Saturday, February 14, 2009

Incipits finissants (10)

Le jour j du plan h est arrivé. Voici venu le temps des médailles. Dépose ton cerveau ou ce qui en tient lieu avant de pénétrer dans la succursale métalleuse de notre infernale coopérative. Ce qui nous irrite, c’est de ne pas savoir où ton âme a bien pu s’envoler, où elle est partie. Pourtant, nous encerclons tout le monde avec nos GPS. Aucun des marais en bordure de boites de nuit ne nous est inconnu. De toute façon, nous avons accéléré la cadence de fabrication de vos hochets. Et quand les corps remontent à la surface, ils brillent dans le noir. C’est bien ce que nous voulions. La reconnaissance des corps, pas de l’humanité, même morte, surtout morte. Donc voilà, à présent ton cœur a été aspiré par les circuits informatiques. La toile est tellement complexe que nous l’avons tissée. Et surprise ! Elle s’adapte aux contours de la réalité.
Si ça te chauffe, c’est que tu es admis en tant que complice du pouvoir dans les forges du ministère des dieux pétant et priant. Ci gît ta médaille.
Nous en avons multiplié les modèles pour qu’elle te soit unique au monde, que tu y croies fort, à ton bout de ferraille.
Bien sûr, nous récompensons ta soumission d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Homme de peu, elle s’est affermie pendant les 365 jours de nos années lumière et tu n’es pas censé la rechercher au fond du puits où tu l’as laissée en entrant.
Où sont les autres ? Mais tu le sais bien : au fond de ce trou. Pas comme toi : nous t’avons téléporté sur un chariot en plastique afin de te voir en direct un bref instant. Pardonne nous si notre visage doit demeurer invisible. Il ne faudrait pas que de mauvaises pensées de révolte te dominent pour que se perpétue notre pouvoir constitué de vide.
Maintenant tu as reçu la récompense de ton travail de fourmi, comme s’il s’agissait d’un vulgaire prix littéraire. N’oublie pas : au sortir de la forge, tu devras éviter de te pendre à ta médaille.
Ton image de corps dans un grand couac en haut de nos tranchées virtuelles ne demeurerait pas longtemps sur nos écrans. Même si tu n’existes plus, puisque tu n’existes pas

P.M.

1 comment:

nadinada said...

Tiens, justement ce soir, j' allais dorer ma medaille, sur feu doux, couverte de sauce amere, servie sur un lit de pitie.
J' ai emprunte une ame apparemment inutile, m' en suis servie jusqu'a usage perime.
bonne ame, bon marche, poete d' occasion, roule bien encore.

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Poézine ou pour parler comme les gens bien "revue poétique et littéraire" et toutes petites petites éditions, comme le format des bouquins