Tuesday, December 31, 2019

Incipits finissants (79)


Il n’est plus de mondes qui ne soient pas connus de nous, les humains. Les bienfaits de l’apparence ont disparu derrière la vitrine des commerçants. Et tout ça tache l’âme de partout. On ne voit pas ce qu’il y a derrière, hormis la pauvreté. La banquise a fondu comme les mystères. L’homme est assez avide pour avoir su accrocher ses piolets aux autres coins de la terre, abimant le climat et faisant disparaître la diversité des espèces.
Du coup, je me demande à quoi ça peut servir de partir à l’autre bout de la terre, alors que nous disposons déjà de l’intégrale des zones commerciales, ceinturés que nous sommes, où que nous vivions, par de grandes chaînes d’une transparence opaque.
Donc, si c’est pour trouver des âmes aussi turbulentes que les nôtres, et qui abiment la réalité, ce n’est plus la peine.
Heureusement, il y a l’intérieur de la cervelle de ces cons d’hommes. Elle est plus belle que leur extérieur, quand ils renoncent à manœuvrer en eau trouble et qu’ils se contentent de s’enfoncer en eux-mêmes.
Cela tombe à pic : aujourd’hui, les protubérances de nos cerveaux malades suintent en permanence, grâce à la galaxie Internet. Celle-là, qui n’existe que depuis une vingtaine d’années, on n’est pas prêts de l’épuiser.
Ainsi, je pense que, s’il nous reste assez d’air, d’ici un siècle, on se penchera volontiers, sur ces cimetières des éléphants que sont les sites et blogs abandonnés, orphelins de commentaires, laissés à la jachère de l’indifférence. Mélange de mots et d’images à la richesse insoupçonnée.
Et on se dira : zut, j’ai raté cette cathédrale intérieure, sauf que maintenant je peux prendre le temps de me balader dedans, ouvrant une nouvelle porte, à chaque fois que je clique sur un mot ou sur une image, avant de tomber par les trappes d’un logiciel, puis reprenant le jeu des poupées russes, chacune des poupées ne ressemblant pas à sa grande sœur.
Même le risque de Big Brother, qui cafte combien je peux rapporter de fric à une société très privée, sera écarté. En effet, avec la poésie, il n’y a aucun danger pour qu’il y ait quelque chose à gratter. Sur Internet comme ailleurs, elle jouera le rôle d’un merveilleux éteignoir textuel.
Alors, promis juré, si j’ai du temps à tuer, au lieu d’aller suer du gasoil dans les aéroports, je pourrais visiter d’autres mondes étranges, en restant le cul assis sur ma chaise.
P.M.

Numéro 79 de Traction-brabant


Le numéro 79 de "Traction-brabant" est vendu au prix de 2,40 €.

Pour plus de précisions, contact association le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Présentation

"TRACTION-BRABANT" (alias T-B pour les intimes) est un fanzine d'écriture, de poésie et autres textes courts, créé en janvier 2004 par Patrice MALTAVERNE (conception, écriture, choix et mise en page des textes) et Patrice VIGUES (illustrations).

"TRACTION-BRABANT" existe aussi et surtout sous sa version papier à une cent soixante-dizaine d'exemplaires par numéro. Le poézine est à parution aléatoire, quoique... si tous les deux trois mois, les combattants sont en forme, un nouveau numéro sort de leur tanière.

"TRACTION-BRABANT", aujourd'hui publié par l'association Le Citron Gare, ne demande aucune subvention, le poézine a juste pour but de faire circuler à son modeste niveau une poésie pas trop classique ni trop molle surtout, ainsi que de véhiculer certaines pistes de réflexion, sans pour autant qu'il ne soit tranché dans le vif.

Plus précisément, à l'origine, TRACTION-BRABANT est la contraction de traction avant, l'auto et de brabant double, la charrue à double soc. Cela montre avant tout notre nostalgie pour ces vieux objets mécaniques ainsi que notre méfiance par rapport à un progrès non mesuré...

Les auteurs (poètes, illustrateurs) présents dans "TRACTION-BRABANT" sont plus de cinq cents, d'après les dernières stats.

Ce blog a pour but de reproduire des extraits du zine sous sa version papier et de faire connaître davantage ce que nous faisons....

Enfin, "TRACTION-BRABANT" s'efforce d'encourager ses participants à des échanges de textes et d'idées et pourquoi pas à de possibles rencontres.

À l'inverse, merci de ne pas entrer en relation avec "TRACTION-BRABANT", si vous êtes une vedette de cinoche, que vous vous la jouez professionnel(le) - rester simple ne signifie pas toujours être idiot, enfin, il me semble !

P.M.

Contact pour l'association Le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Cherchez les intruses


Website d'Alain Crozier

Instantanément, rendez vous vers les poèmes d'Alain Crozier, entre le Père Lachaise et les jambes d'une jolie dame, sûrement.

A signaler qu'Alain Crozier est également l'animateur de la revue Cabaret.

De Jamila Cornali (extrait de T-B 79)


TERRE

Les pétales
Rouges
De ma rose
Tombent
Sur un sable
Blanc
Où mes pieds
Fondent
Je me retourne
Et me retrouve
Face à un arbre
Dont les feuilles
Sèches
Tombent
Sur une terre
Rouge ardente
Et je dessine
Sur cette terre
Un signe
Fort
Qui me protègera
De la chute

Le serpent terre de Patrice VIGUES

Malta compil : 1989 (avec Windows media player)

Encore un poème impubère intitulé "Sans identité" mais il fallait bien en passer par là pour arriver à l'âge adulte, considéré par la plupart comme celui de la justesse.
Sans identité
N'êtes-vous pas celle
Qui baise mon coeur aigre ?
Flamme encens
N'êtes-vous pas celle
D'où la nuit surgit
Plus profonde dans ses étendards ?
N'êtes-vous pas celle encore
Qui fuit
Par la porte blanche
Telle une Erinye en mal d'amour ?
Quand la clarté a fini
De changer votre chair
Venue pour nuire
A la totalité du symbole
Vous entrez...
Alors que de retour sur moi-même
J'exprime la tension intérieure
Vous semblez chercher une issue
Ce qui n'interdit pas
Au soleil à reculons
De battre la terre
De ses rayons
Par ici
Le jour perd une aile
L'apercevez-vous
Qui tournoie
Dans l'éclair de vos pas ?
Mais cette sensation ne dure
Qu'une seconde
La lumière nous escorte
Sur sa balance
Et vous tombez
Magnifique.

De Philippe Labaune (extrait de T-B 79)


Yeux de Sonia


Où glissent ses yeux ?

Sonia ferme la porte
Trace
Chaleur de sa main sur le métal de la poignée.

Éclairez la lampe de chevet, Sonia, s’il vous plaît.

Sonia est dans la chambre
Écrin du bustier noir
Corps flexible et frémissant.
Rondeur des fesses dans la pénombre
Sonia n’a pas de culotte.

Ne me regardez pas, Sonia, s’il vous plaît.

Sonia est assise au bord du lit
Aucun mouvement dans la douce lumière du soir
Seul le rythme de sa respiration
Tout est très calme
Elle bouge à peine.

Installez-vous au milieu du lit, Sonia, restez assise.

Tension du bras, courbure de l’épaule
Où glissent ses yeux ?
En équilibre
Entre le haut et le bas
Entre l’avant et l’arrière
Equilibre parfait et pourtant fragile
d’une perle.

Sonia, glissez la bretelle le long de votre bras, s’il vous plaît.

Ouverture sur le côté
Le flanc
Cela baille et révèle
Ne pas toucher
Un sein autour duquel le monde pivote
L’axe d’un
téton
Tout tourne
Et s’amplifie
L’univers en expansion autour de la pointe d’un sein
Le sein de Sonia

S’il vous plaît Sonia, chantonnez un air ancien et amoureux
La vie en rose
Chantonnez la vie en rose
Doucement
Timidement
Sonia
S’il vous plaît.

Sonia pose la tête dans le creux de son épaule le menton fine
pointe du visage si finement taillé
Ciselé
Les lèvres de Sonia une
ligne délicate sur le galbe de l’épaule une
possible humidité
La gorge vibre du chant hésitant retenu
La nuit remue de cette tension infime
Les plis du monde, du bustier et du corps
Je voudrais voir la pointe de votre langue,
Sonia,
S’il vous plait,
Sur votre épaule,
Votre langue
Faites la glisser
Goûtez

La langue de Sonia
Si petite
La langue de Sonia au bord de ses lèvres
La pointe de la langue de Sonia
sur le galbe de son bras
C’est presque invisible
Ne se voit pas
C’est comme si on entendait
Le chant du corps de Sonia
sous sa langue.

Sonia se donne à voir
entre tristesse et abandon
entre la joie et la peine
Une femme en équilibre
qui suspend le monde autour de son cou
C’est une liane dans le vent du soir
une madone secrète et dénudée

Où glissent vos yeux ?

Traction-brabant 25

Ah oui, moi j’aime ça le travail quand le réveil sonne tous les matins et qu’après je me caille mouille dans le brouillard sous les réverbères avant de passer une heure par jour dans les embouteillages.
Le travail ça me fait jouir quand je pense à toutes les nouvelles primes et déprimes qui arrivent.
Ah oui, moi j’aime ça l’travail quand j’ai pas le temps et que je cours dans tous les sens comme un zombie.
Le travail ça me fait roter de plaisir quand je sais plus où placer mes sous sous tellement j’ai plus le temps de les dépenser.
Ah oui, moi j’aime ça l’travail quand je dois jouer à la carpette dix heures par jour face à un chef incompétent.
Le travail ça me fait tressauter de joie quand je peux en foutre plein la vue à tous ceux qui sont trop feignants pour pouvoir gagner suffisamment de fric.
Ah oui, moi j’aime ça l’travail quand je m’engueule avec tout le monde, tellement j’ai été dressé à me prendre la tête durant toute la journée.
Le travail ça me fera toujours rêver quand une fois l’an pendant une semaine je m’endors sur des plages à bestiaux en me dorant la pilule avec les autres bestiaux.
Ah oui, moi j’aime ça l’travail quand je suis obligé de prendre des médicaments à cause de mon palpitant ou parce que ça boum-boum dans mon crâne.
Le travail ça me manque presque quand devant ma télé je vois les rentiers dépenser plein de fric dans du big naze.
Ah oui, moi j’aime ça l’travail quand je dors plus la nuit tellement je suis crevé et que j’ai de soucis.
Le travail ça me rend fort quand je passe enfin l’arme à gauche et que le curé et tous les fantômes me remercient d’une onctueuse extrême onction.

Pas à dire, le travail c’est pas la santé. Mais ne rien faire, c’est passer pour un beau blaireau : bon pour vivre sous terre.

P.M.

Rêves de Cathy Garcia


Et pour en savoir plus sur les illustrations, la revue et les textes de Cathy Garcia, je vous propose de leur rendre visite :

http://cathygarcia.hautetfort.com/
http://gribouglyphesdecathygarcia.wordpress.com/
http://delitdepoesie.hautetfort.com/
http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com/
http://imagesducausse.hautetfort.com/
http://ledecompresseuratelierpictopoetiquedecathygarcia.hautetfort.com/
http://associationeditionsnouveauxdelits.hautetfort.com/

Le blog de Christian Chevassieux

Pour changer un peu de la poésie, voici ce blog dans lequel il est surtout question de réagir à l'actualité, mais avec la distance de celui qui réfléchit un peu à ce qu'il écoute et à ce qu'il voit. Des aphorismes aussi, d'humour acide.

Vrai ! On va finir par croire que nous ne sommes pas plus intelligents que ceux qui sont morts avant nous !

Pour passer par la trappe de la réflexion, c'est ici.

De Bénédicte Bonnet (extrait de T-B 79)


Vaines insanités

Je canarde basse-cour
Je canarde fermière, je canarde fermier
Je canarde purin, cochon dans son purin
Je canarde putain en moi. Je canarde et vous emmerde
Je suis putain au cœur large. Pucelle de vos ardeurs
Je vous emmerde et je grandis, énorme dans ma cage archi-mini
Je grandis, je grossis, je rugis, je rage et j’éclabousse dégueu-lasses
Je suis candeur et putain. Rage et puis purin. 
Et de mes ailes je m’aplatis sur vos bottes 
Pisse / Chie 
Candide-putride/ Je mêle les 2/ Rassemble les 2
Je m’élève haut / Redescends bas.
Fange et anges
Je côtoie Ciel et Enfer/ Rage-Amour / Désir et Haine
Je-Jeu. Cage et bourreau. Flamme puis bûcher
Je me casse / Trisse / Carapate 
Au-dessus de basse-cour
Au-dessus
De fermière
De fermier
De purin
Et cochon
Bien au-dessus de vos ardeurs…

"Henri Michaux" : illustration de Henri Cachau

Et pour en savoir plus, contact : henricachau@free.fr

De Gauthier Blasco (extrait de T-B 79)


Le monde rétrécit

Le monde rétrécit
À vol d’homme
Tout est à portée de main
Où allez-vous ?
Oh … d’un battement d’aile d’avion
Sous les tropiques
« Mais quel beau paysage ! »

Le monde rétrécit en duty free
Le voyage se suffit à lui-même
Les touristes en reviennent enrichis
De bibelots bon marché
D’anecdotes à dix dollars
Selon le prix du kérosène
« Vous vendez ça combien ?
C’est vraiment pas cher ici ! »

Le monde rétrécit en couleur
Sur ma télévision j’ai tout vu
En millions de pixels
Les Indiens et les Péruviens
D’ailleurs les lamas faut s’en méfier
Ça crache
« Et puis là-bas c’est pas comme ici
Les gens sont plus accueillants »

Le Raudi à Metz

Une fois n'est pas coutume. Je fais de la pub pour un site d'actualités culturelles messin. Il s'agit du Raudi, ou la culture autrement, comme c'est très bien résumé.

A côté de nombre de manifestations et d'initiatives locales présentées à la une, vous trouverez en cliquant sur le bandeau de droite un lexique messin. De quoi prendre son passeport et venir vivre en France de l'extérieur.

Vous verrez : on y arrive. J'en suis la preuve vivante ! 

A ne pas manquer également une belle série de contrepèteries messines...

Le Raudi, c'est ici.

Thursday, May 16, 2019

De Stéphanie Quérité (extrait de T-B 79)


Les filles

Je m'appelle Clarisse et mes pensées sont rouges. Je suis omniprésente, volubile, on m'entend, on m'attend, je me déguise, je me répands. J'aime vivre aux bruits, à la foule, au vivant.
Mes pensées sont rouges puisqu'elles restent au chaud, en moi, à l'intérieur de moi. Ce que l'on voit de moi n'est que le vent.

Je m'appelle Élisa et mes pieds sont rouges. Je reste là, immobile, et j'observe. Le monde est vaste, les hommes sont violents, je recule. Je reste là, immobile, et j'observe. Mes pieds sont rouges.
Le jour où ils prendront le chemin de la vie, je serais parmi les femmes sauvages.

Je m'appelle Solange et mes lèvres sont rouges. J'avance lentement, je devance vos avances, esquive. Je suis l'effacée, un rien m'effraie, il ne faut pas me brusquer. Mes lèvres sont rouges, elles sont ce que j'ai de plus précieux, bouche et sexe accordés.

Je m'appelle Délia et mon rire est rouge. Je m'avance, légère, vers vous, vers eux, vers elles. Je sautille, mon pas est léger. Je me faufile et surgis là où vous ne m'attendez pas. Mon rire est rouge, il est mon offrande au monde, aux hommes, aux éléments.

Je m'appelle Marianne et mon cœur est rouge. Emmurée. Ceux que je choisis, ceux qui m'entourent, ils vivent tous en mes remparts. Mon cœur est rouge puisqu'il est citadelle, de feu, de flammes, de femmes.

Nous sommes des adolescentes qui ne se tiennent pas droites, qui se tiennent avachies, les épaules voûtées, les jambes recroquevillées sur le buste, assises en tailleur, assises à l‘envers, marchant tête baissée, marchant côte à côte, deux grandes et trois petites, des visages renégociés à chaque humeur, les ongles rongés, certains jaunies par les cigarettes de tabac roulé, un chewing-gum à la bouche, les cheveux emmêlés, les baskets trouées, la main comme post-it et le sac à dos comme bagage, toujours arpentant les rues plutôt que les routes, traversant en diagonale, ne distinguant aucune unité à la foule, souriant parfois au hasard, silencieuses ou criardes, jamais en avance, souvent flegmatiques, masquant ainsi mollement nos angoisses. Nous avons chacune une sexualité qui lui est propre, chacune un style vestimentaire qui lui est significatif, chacune une griffe cosmétique qui lui est symbolique. Une étoile, des chaussettes, un homme, un chapeau, un point, une femme, une spirale, ni l’un ni l’autre, un bracelet, seule, un foulard, un signe, les deux. Il n’y a là aucune volonté de s’opposer, de se révolter, de contester, de boycotter, de revendiquer. Nous n’avons aucune conscience politique. Il y a là une volonté de s’affirmer en tant que soi, en tant qu’identité singulière, en tant que personnalité authentique, en tant que personne encerclant le dedans et le dehors d‘une sphère unitaire. Nous sommes des caricatures de nous-mêmes. Des filles rouges. Des filles peintes en rouge. Narcisses baignant dans le sang menstruel. 

Sunday, April 28, 2019

De Jean-Yves Bourgain (extrait de T-B 72)

La vraie vie

La vraie vie n’est ni la propriété ni la liberté ni la ponctualité. Ni la sécurité sociale ni le système scolaire ni l’appareil judiciaire. Ni le PIB ni le niveau d’instruction ni l’espérance de vie. Ni la politique ni la culture ni la religion. Ni internet ni la télévision ni l’électricité.

La vraie vie ne peut être ni définie ni encadrée ni réglementée ni contrôlée ni prévue ni aménagée.

La vraie vie est un souffle, un élan, un torrent. Un tsunami d’événements contre lesquels le Conseil de sécurité de l’ONU, Daech et la bombe atomique ne peuvent absolument rien.

La vraie vie fait naître les nourrissons et pousser les fleurs, elle déplace les nuages, inspire des mélodies aux uns et de l’amour aux autres, elle détruit tout en un clin d’œil et reconstruit le double encore plus rapidement.

La vraie vie ne s’arrête pas. Elle n’est pas à la mode. Elle n’a aucun diplôme ni aucun papier d’identité, elle n’a ni nom, ni âge, ni statut social.

La vraie vie fait rire et pleurer, elle donne faim et soif, elle fait couler le sang dans les veines et clapoter les ruisseaux entre les rochers.

La vraie vie est dans un sourire, dans un baiser, dans un échange sincère. Elle se fout des codes, des titres, des règlements, des grands hommes et de l’histoire. Elle se joue des frontières, des prisons, des clôtures et des contrats.
La vraie vie transforme les pires moments en meilleurs souvenirs, elle provoque les rencontres et scelle les amitiés. Elle maintient en vie les mourants et foudroie les plus vigoureux dans la force de l’âge.

La vraie vie donne des frissons, des émotions, des picotements dans le ventre. Elle n’attend pas que ce soit le bon moment pour faire ce qu’elle veut. Quand elle a envie de changer le cours d’une vie, elle n’a qu’à claquer des doigts et rien ni personne ne pourra rien y faire.

Coule, avance, dévale la pente, toi, la vraie vie. Précipite-toi vers ta destination, précipite-moi dans le sens que tu as choisi de choisir. Change d’avis mille fois. Piétine-moi, écrase toutes mes tentatives de te nommer, de t’étudier, de te faire connaître. Efface ma mémoire, saccage mon quotidien, fais de moi ce que tu veux.

Fais-moi comprendre encore des millions de fois que je n’existe pas, que Jean-Yves n’est qu’un vêtement, une fleur bientôt fanée, une vague insignifiante qui finira bien par s’échouer sur la plage, un jour ou l’autre. Fais-moi sentir que la table, la pluie, l’écran en face de moi ne sont pas distincts de tout ce que je crois pouvoir enfermer dans mon hypothétique individualité.

Balaye mes certitudes. Déshonore-moi, fous-moi la honte à chaque fois que je t’oublierai, à chaque fois que je te confondrai avec tout ce que tu animes, toutes ces illusions qui prennent des faux airs d’importance capitale.

Sers-moi un verre d’eau fraîche.

Saturday, April 20, 2019

Traction-brabant 79

Il s'en passe de bien moches dans les blogs de plus en plus sites.com. Les choses ont empiré en une dizaine d’années. Désormais, dans plus d’un tiers des cas, je renonce à mettre en lien d’autres blogs avec celui de Traction-brabant. Il y a des signes qui ne trompent pas. Les titres poétiques de ces publications artisanales sont constitués des noms des auteurs, quand ce ne sont pas des pseudos.com. Ben voyons ! Faut pas se crever la nénette. On enregistre de nouveaux records d’immodestie dans le milieu amateur de l’écriture. Les blogs foutraques et marrants ont laissé la place à des publications que les gentils qualifieront d’épurées, et que moi, je considère comme anémiées. Sur la page principale, sur fond blanc toujours, deux trois gribouillis se battent en duel, que des gamins de maternelle réussiraient sans problèmes... C’est l’apologie du pois chiche à se mirer dans l’assiette. En lieu et place de textes, on trouve des vidéos ennuyeuses. Et puis, des photos de lectures et de rencontres. Les lectures, c’est des nanasmecs qui lisent debout, les rencontres, c’est des nanasmecs qui causent assis et puis les performances, c’est des nanamecs qui hurlent couchés. Avec ça, je me couche moins idiot, c’est sûr. Si la malchance est de la partie, on a droit à la profession de foi de l’auteur volontiers artiste (ou autiste), du style « Mon travail est une réflexion sur l’espace, une mise en situation du réel » et blablabla vas-y que je te drosophile une armée de grosses mouches.
Bref, après avoir fait le tour du site, tu sais toujours pas ce que le boss écrit, car tu vas jamais au-delà des premières de couverture, et si ça se trouve, c’est juste ça qui coûte 20 € pièce, tellement t’as l’impression qu’il n’y a rien derrière. Ces (h)auteurs sans scrupules et naïfs à la fois pensent qu’ils vont nous convaincre d’acheter leurs œuvres. Hélas, de telles publications me persuadent surtout d’aller voir ailleurs, là où l’herbe est verte, et non pas blanche comme un cahier.
Bon, si vous me dites que c’est une façon ordinaire de nous prendre pour des billes, là, je suis d’accord. Si pour abattre son chien, on dit qu’il a la rage, on est sur la bonne voie. Bientôt, il n’y aura plus rien d’intéressant sur Internet.
Alors qu’un bon blog, c’est quelque chose de bien plus simple. C’est du texte plus du texte plus du texte, un laboratoire évolutif d’écriture éruptive à ciel ouvert. N’économisez pas vos poèmes. Si on vous les pique – pas grave - c’est qu’ils sont réussis. Et puis un blog, c’est de l’image, pleine et entière, des couleurs que l’on voit, du rouge sang, oui, c’est ça, des textes sanglants qui s’écoulent des plaies de l’âme, quelque chose de dense qui vous étouffe, dans lequel vous avez du mal à vous repérer, et qui, en tout cas, refuse de ressembler aux placards vides de chez Ikéa. 
P.M.                                                                                                   

Thursday, April 04, 2019

Traction-brabant 29

Je n’ai jamais ressenti le besoin d‘expliquer aux nouveaux lecteurs de Traction-brabant plus que quelques détails qui pourraient leur paraître inexplicables de prime abord : l’origine du titre, l’énumération de l’intérieur de la couverture, les « A dit ». Mais à part ça, je trouve que les poèmes se suffisent à eux-mêmes. Il n’y a rien d’autre ici que des flashes, en un même flux appartenant à chacun de leurs auteurs et qui s’entrecroisent sur ce lieu de papier comme feuilles mortes aux couleurs parfois chatoyantes et refont le paysage d’une bande dessinée à chaque fois repris(é)e comme une vieille chaussette. A l’opposé, dans une véritable revue, il est demandé à ses concepteurs bien davantage, par exemple de mettre en place tous ces dispositifs qui font semblant d’expliquer l’inexplicable, en cantonnant les poèmes à un thème, en les rangeant dans une certaine partie de la revue et pas dans une autre, bref, en en faisant des petits soldats de l’armée régulière. Pour ma part, je préfère me plonger directement dans les écritures, au risque de m’y perdre. Alors, si vous avez absolument besoin d‘avoir des précisions sur le pourquoi du comment, j’en profite pour lancer un avis de recherche à l’adresse du chroniqueur qui m’expliquera plutôt comment fonctionne le monde scientifique réaliste économique, et qui décortiquera ce moteur là. Pour le reste je n’ai guère besoin d’abîmer les sensations, de restreindre l’imagination ou de limiter la liberté d’écrire par des analyses. Voilà qui me paraît inutile, sauf s’il s’agit de promouvoir un texte avec des mots simples (ne rigolez pas). Car il n’y a ici que des gens qui se réunissent animés par une même volonté de résistance et de compréhension. Si vous voulez en savoir plus sur les poètes, soulevez l’étiquette de leurs noms. Contactez-les. Nous ne sommes ni au supermarché ni au musée ici. Sinon, je crois aux vertus des trous de ver. Les commentaires vraiment littéraires ne nous permettent jamais de nous en sortir et si nous n’avons besoin que de cela, c‘est que notre situation matérielle est plutôt enviable. L’intuition accouplée à l’amour devrait être plus efficace pour trouver des solutions aux vrais défis qui zèbrent notre vie en nous permettant de traverser plusieurs mondes étranges et étrangers, tour à tour effrayants ou désirables. 
P.M.

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Poézine ou pour parler comme les gens bien "revue poétique et littéraire" et toutes petites petites éditions, comme le format des bouquins