Monday, December 31, 2018

Traction-brabant 66

Trois ans après la création des micro-éditions du Citron Gare, il est temps, à mes yeux, de tirer un premier bilan de cette expérience.
Je n’aborderai pas les aspects financiers qui ne sont pas ceux à propos desquels il y a le plus à dire. Sur ce point, pour avoir seulement édité huit recueils à ce jour, l’initiative me paraît concluante. 
Mais plutôt - car le concept de marché est décidément à la mode - je voudrais dire que celui-ci est bien foireux. En effet, il se caractérise avant tout par peu d'offre et beaucoup de demande et ressemble donc au désespérant marché du travail. Quelle mouise alors !
Il est évident qu'avec de telles caractéristiques, la demande en édition ne sera jamais satisfaite. D'ailleurs, de quoi est-elle faite ? Les besoins des auteurs sont-ils pécuniaires ? Pas ici, ces derniers n'étant pas des professionnels de l'écriture, au sens strict du terme. Il s'agit avant tout pour l'auteur de satisfaire une soif d'exister, de clamer son droit à la parole unique. Unique la parole ? Cela reste à voir... Et comment espérer étancher ce besoin ? A y réfléchir, le décalage existant entre l'offre et la demande est encore plus grand que prévu. Car il faudrait un nombre très important d'éditions, pour espérer combler ce déficit vis à vis d'une seule personne.
Plus prosaïquement, ce qu'il ne faut pas dire, et ce que j'affirme, c'est que ce marché s'apparente à un deal de brigands.
En effet, l'offre doit être également caractérisée : en l’occurrence, elle est assurée par un éditeur qui n'est pas non plus un professionnel, et qui aurait lui aussi l'envie d'exister, en tant qu'auteur, par l'édition. Autrement dit, qui se cache derrière l'auteur et son éditeur ? Deux auteurs !
Comme si l'on ne vendait pas de la poésie, mais de la drogue. Comme si l'on était à la fois un dealer et un consommateur. Ou un alcoolique allant de bar en bar payer des coups à un autre alcoolique... cette image résume tout.... Il y a de la vraie passion partagée, là-dedans !
Donc, je ne voudrais pas vous déprimer avec ce constat d'une lucidité implacable, sauf à mettre du plomb dans la cervelle de quelques uns, à la recherche d'ne relation froide, impersonnelle, e s'exerçant comme de bien entendu à leur unique profit. ça ne devrait être jamais ça, l'édition de poésie.
Car les rapports décrits ci-dessus me paraissent être encore les plus féconds. Et tant pis s'il ne réunissent que deux assoiffés d'images  car, pour paraphraser Rimbaud, "Et livre soit cette infortune !"
P.M.

Numéro 74 de Traction-brabant


Le numéro 74 de Traction-brabant est vendu 2,40 €.
Pour plus de précisions, contact association Le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Présentation

"TRACTION-BRABANT" (alias T-B pour les intimes) est un fanzine d'écriture, de poésie et autres textes courts, créé en janvier 2004 par Patrice MALTAVERNE (conception, écriture, choix et mise en page des textes) et Patrice VIGUES (illustrations).

"TRACTION-BRABANT" existe aussi et surtout sous sa version papier à une cent cinquantaine d'exemplaires. Le poézine est à parution aléatoire, quoique... si tous les deux trois mois, les combattants sont en forme, un nouveau numéro sort de leur tanière.

"TRACTION-BRABANT", aujourd'hui publié par l'association Le Citron Gare, ne demande aucune subvention, le poézine a juste pour but de faire circuler à son modeste niveau une poésie pas trop classique ni trop molle surtout, ainsi que de véhiculer certaines pistes de réflexion, sans pour autant qu'il ne soit tranché dans le vif.

Plus précisément, à l'origine, TRACTION-BRABANT est la contraction de traction avant, l'auto et de brabant double, la charrue à double soc. Cela montre avant tout notre nostalgie pour ces vieux objets mécaniques ainsi que notre méfiance par rapport à un progrès non mesuré...

Les auteurs (poètes, illustrateurs) présents dans "TRACTION-BRABANT" sont près de trois cents, d'après les dernières stats.

Ce blog a pour but de reproduire des extraits du zine sous sa version papier et de faire connaître davantage ce que nous faisons....

Enfin, "TRACTION-BRABANT" s'efforce d'encourager ses participants à des échanges de textes et d'idées et pourquoi pas à de possibles rencontres.

P.M.

Contact pour l'association Le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Le comité de lecture

Revue Le capital des mots

Une nouvelle revue vient de sortir sur le net, celle de Eric Dubois intitulée "Le capital des mots", dont le numéro 1 date de ce mois de novembre (2007). Textes de Alain Suied, Roger Lahu, Roland Nadaus, Laurent Fels, P.M. etc mais c'est pas juste pour cela que j'en parle... Capitalisons donc sur les mots et souhaitons qu'ils ne soient pas trop bons, les mots.

De Jean-Yves Bourgain (extrait de T-B 72)

La vraie vie

La vraie vie n’est ni la propriété ni la liberté ni la ponctualité. Ni la sécurité sociale ni le système scolaire ni l’appareil judiciaire. Ni le PIB ni le niveau d’instruction ni l’espérance de vie. Ni la politique ni la culture ni la religion. Ni internet ni la télévision ni l’électricité.

La vraie vie ne peut être ni définie ni encadrée ni réglementée ni contrôlée ni prévue ni aménagée.

La vraie vie est un souffle, un élan, un torrent. Un tsunami d’événements contre lesquels le Conseil de sécurité de l’ONU, Daech et la bombe atomique ne peuvent absolument rien.

La vraie vie fait naître les nourrissons et pousser les fleurs, elle déplace les nuages, inspire des mélodies aux uns et de l’amour aux autres, elle détruit tout en un clin d’œil et reconstruit le double encore plus rapidement.

La vraie vie ne s’arrête pas. Elle n’est pas à la mode. Elle n’a aucun diplôme ni aucun papier d’identité, elle n’a ni nom, ni âge, ni statut social.

La vraie vie fait rire et pleurer, elle donne faim et soif, elle fait couler le sang dans les veines et clapoter les ruisseaux entre les rochers.

La vraie vie est dans un sourire, dans un baiser, dans un échange sincère. Elle se fout des codes, des titres, des règlements, des grands hommes et de l’histoire. Elle se joue des frontières, des prisons, des clôtures et des contrats.
La vraie vie transforme les pires moments en meilleurs souvenirs, elle provoque les rencontres et scelle les amitiés. Elle maintient en vie les mourants et foudroie les plus vigoureux dans la force de l’âge.

La vraie vie donne des frissons, des émotions, des picotements dans le ventre. Elle n’attend pas que ce soit le bon moment pour faire ce qu’elle veut. Quand elle a envie de changer le cours d’une vie, elle n’a qu’à claquer des doigts et rien ni personne ne pourra rien y faire.

Coule, avance, dévale la pente, toi, la vraie vie. Précipite-toi vers ta destination, précipite-moi dans le sens que tu as choisi de choisir. Change d’avis mille fois. Piétine-moi, écrase toutes mes tentatives de te nommer, de t’étudier, de te faire connaître. Efface ma mémoire, saccage mon quotidien, fais de moi ce que tu veux.

Fais-moi comprendre encore des millions de fois que je n’existe pas, que Jean-Yves n’est qu’un vêtement, une fleur bientôt fanée, une vague insignifiante qui finira bien par s’échouer sur la plage, un jour ou l’autre. Fais-moi sentir que la table, la pluie, l’écran en face de moi ne sont pas distincts de tout ce que je crois pouvoir enfermer dans mon hypothétique individualité.

Balaye mes certitudes. Déshonore-moi, fous-moi la honte à chaque fois que je t’oublierai, à chaque fois que je te confondrai avec tout ce que tu animes, toutes ces illusions qui prennent des faux airs d’importance capitale.

Sers-moi un verre d’eau fraîche.

Les deux Patroches c'est les deux artoschtes de Patrice VIGUES

Le Code de déontologie des loubs (part six) : avec Windowsmediaplayer

Cette fois-ci, nous abordons là un thème très important dans la déformation de la psychologie des loubs, un thème qu'il faut pas louper : la famille. Car vous le savez, avec la famille, le travail et la patrie ne sont jamais très loin.

Mais le loub lui n'a pas besoin ni de travail ni de patrie pour avoir une super famille, une super famille de loubs !

A découvrir avec en fond sonore une berceuse du groupe Letabiliset leur "Mel-P", via le site Dogmazic....

De Régine Seidel (extrait de T-B 70)

Complainte de l'ouvrier

Sur le bord de mon audace rôde ma native crédulité toujours en brèche d'espérance et j'écris ce que je veux en toute liberté. J'écris pour ne pas crier, j'écris pour ne pas chanter, j'écris pour ne pas pleurer. C'est selon ?

Poids de l'interdit venu de l'enfance jamais perdue. Ainsi on ne m'entend pas, on m'oublie. Est-ce que j'existe ?

Sur le bord de ma vie s'évanouissent comme champignons vénéneux, ou pas, des doigts d'honneur à l'adresse d'improbables imposteurs et je ferme les yeux, serre les poings pour ne pas maudire, pour ne dire mots de tous ces maux dont souffrent tous ceux comme moi et ainsi on m'oublie, on nous nie. Est-ce que vraiment j'existe ?


Et pourtant de mes mains, de nos mains, chaque jour, sortent des produits qui valent or et argent, pour d'autres que moi. Sans moi et mes potes tout cela n'existerait pas ! J'en crève, ils en crèvent, on se consume tandis que les nantis consomment sans savoir, sans vouloir savoir, niant nos peines, la valeur de notre labeur. Pour eux, est-ce que j'existe ?


Un jour, je vais crier, je vais chanter, je vais pleurer. On m'entendra. Avec tous mes potes on fera un tel fracas qu'ils ne comprendront pas. Vite nous serons chassés, réprimés, enfermés. Définitivement, je disparaîtrai, sera remplacé comme pièce de machine à broyer. On aura existé le temps d'une mêlée, le temps d'un entrefilet.


Sans identité, dans la rue, sur les quais, sous les ponts, je mourrai. Aurai-je vraiment 
existé ?

Traction-brabant 18

Depuis que Traction-brabant n’est plus gratuit (et même avant), j’ai fait les observations suivantes.
Il est habituel pour certaines personnes, j’ai pas dit toutes, de se lamenter de l’inutilité de la poésie, sauf de la leur. Ben oui, c’est comme ça, la poésie n’a pas assez de lecteurs, ce qui resterait d’ailleurs à prouver. Cependant, il faut entendre par là, de lecteurs qui payent. Et les lecteurs, c’est qui ? C’est le public ? Et le public, c’est qui ? Eh ben, il se trouve que, Mesdames, Mesdemoiselles Messieurs, les lecteurs de poésie, ce sont très majoritairement les revuistes, les auteurs zeux-mêmes et autres enfants, nous quoi.
Ah ben merde alors ! Y en a qui y avaient pas pensé. C’est bien pour ça que certains auteurs et revuistes (en reçoivent déjà assez de poèmes, répètent-ils), j’ai pas dit tous, ne semblent pas acheter de poésie. Le public c’est pas eux. Par contre, ils veulent vendre leurs bouquins, mais pas en acheter. On pourrait en faire un sketch à la Coluche.
Eux, c’est pas les autres. Un peu comme avant la révolution lorsque les suzerains n’étaient pas les vassaux, comme aujourd’hui les députés, qui ne sont pas des individus aux besoins naturels.
Hé Les nanamecs ! Si vous voulez absolument que la poésie s’achète, j’ai le regret de vous annoncer qu’il vous faudra changer de mentalité. Il vous faudra passer par la pompe à fric, le guichet à biftons. Appliquez vous à vous-mêmes les principes que vous souhaiteriez voir appliqués aux autres, et si ça vous semble crétin, non, chrétien, remplacez alors ce mot par sympathie. Cessez de vous prendre pour des aristos du papelard, des artistes de l’immatériel néanmoins très matériels, des pros de la littérature assis le cul sur une chaise. Si vous voulez que la poésie s’achète, faites en le commerce. Et le commerce égal l’achat-revente.
Ou alors, c’est gratuité totale pour tous. Le grand soir du papier mâché. Y en a, parmi nous, qui depuis toujours prêts à ça, pratiquent le troc.
Le spectacle que certaines personnes, j’ai pas dit toutes, donne d’elles-mêmes est si peu reluisant que si jamais la race humaine, la leur, ne les entend guère, c’est sans doute parce qu’elle leur ressemble.
P.M.

Illustration d'Alain Minighetti et titre de Malta : encore un Tour de France


De Marc Bernelas (extrait de T-B 50)

De Coluche



Belle et pleine d’images
Riche d’un lexique
A goûter à saisir
En tous ses registres
En tous ses mots
Des plus légers
Aux plus gros
Belle et pleine d’images
La langue de chez nous

Chercher fortune d’être
Dans les mots des dicos
dans les mots de la rue
Ceux des Habits Verts
Et ceux de Coluche

Ainsi danse
Le bâtisseur de vers
Brassant notre parole
Jusqu’à la rupture
Dans une quête
De l’autre en soi

Le blog d'Emilie Alenda

Je suis tout content d'avoir découvert ce blog frais comme une rose de printemps (ça vient le printemps des roses ?) qui contient les dessins d'Emilie Alenda qui chient bien : spontanéité et... vérité !

Des pieds et des mains (illustrations de Jean-Louis Millet et titre de Malta)




De Jean Pézennec (extrait de T-B 58)

LE MÉTIER

Le métier ne l’avait jamais vraiment enthousiasmé. Il l’exerçait un peu par hasard, et il ne se sentait pas vraiment fait pour, même s’il faisait de son mieux. Longtemps il s’était dit que comme tous les métiers, celui-là devait s’apprendre, même s’il était difficile, même si l’on avait vite fait en l’exerçant de se blesser ou de blesser les autres — et il s’était plusieurs fois blessé, et il avait plusieurs fois blessé les autres —. Longtemps, il avait cru qu’avec l’âge il s’adapterait, qu’avec l’âge, lui aussi finirait par s’attacher à ce métier qu’il n’avait pas choisi, comme tous ces collègues si appliqués, si consciencieux qu’il voyait autour de lui. Malheureusement, il atteignait ses soixante ans et il constatait qu’il n’en était rien. Il était toujours aussi malhabile, il se sentait toujours aussi mal adapté à la tâche qui était la sienne.

Il lui fallait se rendre à l’évidence. Il mourrait avant d’avoir acquis la maîtrise du métier de vivre.

Le Raudi à Metz

Une fois n'est pas coutume. Je fais de la pub pour un site d'actualités culturelles messin. Il s'agit du Raudi, ou la culture autrement, comme c'est très bien résumé.

A côté de nombre de manifestations et d'initiatives locales présentées à la une, vous trouverez en cliquant sur le bandeau de droite un lexique messin. De quoi prendre son passeport et venir vivre en France de l'extérieur.

Vous verrez : on y arrive. J'en suis la preuve vivante ! 

A ne pas manquer également une belle série de contrepèteries messines...

Le Raudi, c'est ici.

Sunday, July 01, 2018

Incipits finissants (73)

Il faut être vraiment cinglé pour parler de choses sérieuses ! Et qui plus est, en public !
Imaginez la scène. Ce mec-là débarqué de je ne sais quelle galère, dans ce restaurant en plein crépuscule, parlait à haute et très intelligible voix des primaires des présidentielles, du terrorisme ambiant, des prises de position de telle ou telle personnalité politique, de l’individualisme des français d'aujourd'hui (tu parles, Charles, on n'a pas envie d'être dérangés dans nos habitudes, nous). Tout du bonhomme déprimant ! À l'écouter, pas une seule chose n'allait.
Bon, il déblatérait aussi sur des histoires de flics et de traversée de frontières difficile. C'est incroyable comme dans les péripéties des fous et des alcooliques (des fous aussi), il peut y avoir plein de bastons, voire de coups de matraques qui s'abattent sur les têtes !
Bizarrement, la frontière n'avait pas eu l'air d'être imperméable pour notre bonimenteur qui avait pu, malgré tout, passer d'Allemagne ou du Luxembourg à la France, avec juste pas mal d'égratignures à l'âme.
Bref, ce mec-là était bon à enfermer.
Sauf qu'en l'espace d'un quart d'heure, je l'entendis parler d'Erich Honecker et de la pièce de théâtre d'Eugène Ionesco, « Le rhinocéros ».
« Vous n'êtes que des rhinocéros ! », clama-t-il pour conclure de façon péremptoire son spectacle gratos, devant nos yeux rassurés par sa sortie de scène.
Cependant, je réfléchissais. Qui, en 2017, connaît encore Erich Honecker et « Le rhinocéros » d'Eugène Ionesco ?
Franchement, pas beaucoup d’âmes. Et d'ailleurs, tout le monde s'en tape. Quand j'observe les personnes sensées et intégrées qui m'entourent, à dire vrai, on n'est pas aussi sinistres et dépréciatifs que ça. On est surtout informés sur le temps qu'il fait dans la semaine, sur les promos chez Lidl, ou bien sur la recette de la tarte Tatin.
Non, mais franchement, on n'a pas idée ! En 2017, il faut être aliéné pour se permettre de développer des théories politiques et de s'occuper d'absurde !
Que Dieu nous préserve de finir aussi mal que de tels personnages négligés, rencontrés au fil des rues, quand on ne file pas assez vite, avec toute cette folie ramassée comme un venin qui ne songe qu'à être craché sur des gens aussi dignes que nous le sommes en toutes circonstances ! 
P.M.

Friday, June 22, 2018

De Vincent Deyveaux (extrait de T-B 44)

bad things

L'histoire je la connais,
du matin au soir fréquentée,
avant que t'arrives, j'étais né,
alors arrête t'es gentil,
bad things, mon bon.

Allons plutôt nous promener,
du vert devant l'immeuble,
comme une vieille vague,
des bouts d'eau oubliés…

***

Je suis sorti…

Je suis sorti la nuit dans la fumée
Je voulais voir le soleil se lever

Mais les bouts d'herbe en falaises
la serviette de bois
les isbas apathiques
menaçaient,
asiatiques

Thursday, June 14, 2018

Traction-brabant 74

Le lieu d'écriture est une question éminemment romantique qui revêt beaucoup d'importance pour celles et ceux... qui n'écrivent pas ! Comme si le lieu devait refléter le caractère extra-ordinaire de ce qui est écrit, s'agissant de fictions (romanesques ou poétiques) : textes constitués de raison, mais surtout d'inventions auxquelles il paraît logique que corresponde un lieu de rêve : paysage de montagne ou de mer, forestier, haut-lieu historique, etc.
Bien entendu, chaque scribouilleur a ses petites manies qui lui permettent d'élire un endroit de prédilection pour y exercer son art.
Ainsi, les exemples sont légion d'écrivains ne pouvant écrire que dans des cafés (le dernier en date, à ma connaissance, est Ismail Kadaré). Cela paraît contradictoire en apparence, car il y fait du bruit, ce qui devrait gêner la concentration. En même temps, ce choix est porteur : on peut parler dans un café. C'est un lieu de vie que l'écrivain capte dans ses textes.
Mais il n'y a pas que les cafés pour inspirer. Je suis aux regrets de vous annoncer que n'importe quel endroit convient, pour peu que l'on ait envie de s'y mettre. Patatras ! Le romantisme de l'inspiration en prend un bon coup dans l'aile. Il n'y a pas de légende, pas de truc.
Écrire, c'est n'importe où, même dans les endroits moches comme c'est pas permis. Et pourquoi ? Parce que l'on n'écrit que ce que l'on a dans sa tête, qui n'a souvent aucun rapport avec ce qui se passe à l'extérieur.
Vous voulez des confidences ? Les poèmes de « Faux partir », je les ai composés dans un appartement situé en plein centre-ville de banlieue, au-dessus des feux qui bordent la Nationale 3 à Livry-Gargan (Seine Saint-Denis). Un endroit plutôt bruyant. Il est vrai que l'ambiance de « Faux partir » tire sur le cauchemar. Quant aux proses que j'ai écrites sur la course à pied (qui se déroulent dans des lieux de nature), il en est à peu près de même. C'était toujours face à un mur, avec comme seule courte vue, le tronçon de la cheminée d'une tuilerie à Nancy. Rien à voir avec la plupart des endroits bucoliques décrits, situés à des kilomètres de là.
Plus que d'espace, j'ai besoin de temps pour me détacher des paysages dont il est question dans mes textes. Peut-être qu'un jour, face à un panorama de rêve, je serais tenté de délirer sur une cheminée d'usine.
L'esprit de contradiction encore et toujours, c'est ça et rien d'autre qui est important pour l'écriture !                                                                    

P.M. 

Wednesday, June 06, 2018

Le site d'Ana Igluka et le Thermogène

Vous retrouverez, en suivant le lien ci-après, le site d'Ana Igluka, qui vit et travaille à Nantes, et sur lequel est regroupé l'ensemble de ses réalisations artistiques, dont elle est l'initiatrice (par les textes, illustrations ou la musique notamment) ou auxquelles elle a collaboré (chants), notamment Daou Deod paru en 2013 chez Gros Textes.

Sur ce site, vous pourrez voir et écouter des extraits de ces spectacles, dont certains ont donné lieu à la réalisation de livres.

Pour y aller voir, c'est par là .

Allez rendre visite également au site du Thermogène, association (dont Ana Igluka est membre) et qui concocte des spectacles éco-citoyens dans tous les domaines artistiques : écriture, poésie, arts plastiques. C'est par ici le Thermogène !

Saturday, May 26, 2018

Incipits finissants (55)

Cela fait plusieurs mois que la poésie a officiellement disparu. De prime abord, on peut dater avec certitude sa mort du jour de celle du dernier poète. De nombreuses statistiques ont été effectuées à ce sujet, comme si la survie de la poésie pouvait dépendre de quelques terriens perdus dans le ciel. Mais en fait, nous venons d’avoir la révélation que la poésie était morte depuis bien longtemps auparavant.
Il y a plus d’un siècle, lors de la décolonisation atmosphérique, les institutions poétiques matérielles ont disparu en même temps que d’autres bâtiments plus prestigieux : maisons de la poésie, fonds documentaires, enfin, moins de vingt cinq ans plus tard, dernières bibliothèques virtuelles.
Il n’y a donc plus de traces écrites de la poésie. Et pas davantage de flux poétique qui ait survécu à cette hécatombe silencieuse. Alors oui, le dernier poète importé du sol ânonnait quelques strophes de sa composition. Mais comme elles étaient très mauvaises, à présent qu’il s’est tu, nous sommes soulagés.
D’ailleurs, l’argent qui n’était pas destiné à maintenir sous perfusion la poésie a servi à l’édification hors sol de nouveaux espaces éclairés d’une richesse combinatoire telle que les voir simultanément nous rendrait aveugles. La seule inquiétude est de constater que les embouteillages se multiplient au ciel comme sur la terre, un siècle en arrière, avant que la planète n’ait été recouverte de ferrailles en ville. Il est bien des espaces de plus en plus rares qui restent dans le noir et bénéficient d’une végétation luxuriante, étant rattachés à la surface du globe. Hélas, plus personne n’ose s’aventurer aussi bas et surtout en revenir, en s’aidant de ces prétendues lianes d’une solidité à toute épreuve. L’essentiel pour nous est que les guerres aient été abolies lors de la colonisation du ciel. Nous nous situons désormais dans tous les sens du terme, au dessus de cela. Cependant, voilà que nous semblons tristes et désolés de reconnaître que l’effacement d’un ultime flux de poésie a été détecté par hasard, sur l’écran d’un capteur d’imagination collective, en fin d’algorithme. Après cette découverte, il nous a fallu encore du temps avant de comprendre que nous étions devenus la poésie, plus personne ne parvenant à décrire cet état. Il faudrait sortir de ce monde, et c’est impossible. Nous sommes emprisonnés pour l’éternité. Ne devrions-nous pas souhaiter que l’un de ces singes resté sur terre ait le moyen de sauter assez haut pour se saisir de nous et crever cette maudite bulle de lyrisme ?                                


P.M.

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Poézine ou pour parler comme les gens bien "revue poétique et littéraire" et toutes petites petites éditions, comme le format des bouquins