Friday, January 21, 2022

Traction-brabant 94

Je me demande pourquoi en 2021, on célèbre toujours autant l’Écrivain. En effet, il n’y a personne d’aussi peu attachant que lui. Un écrivain, c’est quelqu’un qui fait croire aux autres qu’il pense à eux lorsqu’il écrit. Mais rien de plus faux.
D’ailleurs, les écrivains les plus sincères, eux, reconnaissent leur statut de privilégiés, avouant qu’ils n’écrivent que trois heures par jour. Le reste de la journée, ils glandent.
Bien sûr, quand les écrivains disent ne pas pouvoir travailler toute la journée, ils n’ont pas tort. Cependant, lorsqu’ils vous racontent que leur activité est hyper prenante, qu’ils font des recherches pour leur prochain opus, voire, méditent sur leur œuvre, tout ça, c’est du cinoche.
La preuve en est que pas une seconde, ils ne rêveraient de se retrouver salariés à votre place. S’ils restent concentrés, cette activité du cerveau ne constitue, en aucun cas, une obligation de résultat mesurable par des statistiques. Quant à vous, le public, permettez-moi de vous le dire : pour l’écrivain, vous n’êtes qu’une part de droits d’auteurs.
Solidaire l’écrivain ? Depuis l’époque du communisme, les auteurs engagés sont morts et enterrés. D’ailleurs, vous les avez déjà vus se révolter contre les inégalités et autres injustices permanentes de notre temps ? Pas le moins du monde. Au minimum, on pourrait attendre d’eux une fonction sociale précise.
Les vrais pros de l’écriture sont installés dans le système de l’offre et de la demande, donc de la concurrence. Ils ne veulent pas que ça change, surtout s’ils sont perçus par le public comme étant les meilleurs.
Solidaire l’écrivain ? Solitaire oui ! Plus que jamais aujourd’hui. Solitaire et bien heureux de l’être, que personne ne vienne lui casser les pieds, tel un coupable non saisi de remords.
Hélas, pourquoi, quand on parle d’écriture, met-on toujours en avant ce personnage falot, qui met les pieds sous la table pour faire croire à l’universalité de ses nombreux doubles ?
À côté de lui, un éditeur, un imprimeur ou un libraire, qui fabriquent et diffusent les livres, sont plus vite traités de truands… par les écrivains, alors qu’ils révèlent les textes de ces mêmes écrivains au public.
Si l’on avait un minimum de maturité d’esprit, il serait temps de changer nos admirations. Au pire, on ferait mieux de célébrer des livres-objets inanimés, quitte à devenir des païens, plutôt que de vénérer celles et ceux qui ne les ont même pas fabriqués, passion stérile de groupies adolescentes pour du vent.

P.M.                                                                                                                                                                                                                                

Numéro 96 de Traction-brabant

 


Le numéro 96 de "Traction-brabant" est vendu au prix de 2,60 €.

Pour plus de précisions, contact association le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Présentation

"TRACTION-BRABANT" (alias T-B pour les intimes) est un fanzine d'écriture, de poésie et autres textes courts, créé en janvier 2004 par Patrice MALTAVERNE (conception, écriture, choix et mise en page des textes) et Patrice VIGUES (illustrations).

"TRACTION-BRABANT" existe aussi et surtout sous sa version papier à une cent soixante-dizaine d'exemplaires par numéro. Le poézine est à parution aléatoire, quoique... si tous les deux trois mois, les combattants sont en forme, un nouveau numéro sort de leur tanière.

"TRACTION-BRABANT", aujourd'hui publié par l'association Le Citron Gare, ne demande aucune subvention, le poézine a juste pour but de faire circuler à son modeste niveau une poésie pas trop classique ni trop molle surtout, ainsi que de véhiculer certaines pistes de réflexion, sans pour autant qu'il ne soit tranché dans le vif.

Plus précisément, à l'origine, TRACTION-BRABANT est la contraction de traction avant, l'auto et de brabant double, la charrue à double soc. Cela montre avant tout notre nostalgie pour ces vieux objets mécaniques ainsi que notre méfiance par rapport à un progrès non mesuré...

Les auteurs (poètes, illustrateurs) présents dans "TRACTION-BRABANT" sont plus de cinq cents, d'après les dernières stats.

Ce blog a pour but de reproduire des extraits du zine sous sa version papier et de faire connaître davantage ce que nous faisons....

"TRACTION-BRABANT" s'efforce d'encourager ses participants à des échanges de textes et d'idées et pourquoi pas à de possibles rencontres.

S'il vous plait, n'envoyez jamais plus de 10 pages format A4 (en un seul fichier et format Open office ou Word, de préférence) si vous contactez le poézine, sinon, votre manuscrit ira direct à la poubelle virtuelle, mais la poubelle quand même ! Je n'ai pas besoin de lire des tonnes de pages d'un auteur pour savoir de quoi il en retourne !

P.M.

Contact pour l'association Le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Bonne année

 

Mais ça décharge guère nos bagnoles…
Je vous attends donc plutôt tous les autres jours qui composent l'année, pour que vous me donniez un bon coup de main afin de faire place nette !

De Basile Rouchin (extrait de T-B 37)

Passage en caisse
Main de papa poule
Signe la facture :
On quitte magasins, cabines et caddies.

En chemin,
Le petit joue à la console,
Sa soeur allume son baladeur dernier cri,
Mes nouveaux dessous couvent des promesses...

Main de père tranquille
Rivée au volant,
Entame une manoeuvre.

Retour au foyer : Main de propriétaire
Nerveusement cherche ses clefs.

Claquement de portes.
Pater inhospitalier : tu te découvres.
Me mater ?

Pas le temps de me changer.
Main d'époux assure la distribution,
Saigne mon corps,
Code barre ma peau

Et j'encaisse par amour des marques

De la poésie contemporaine

Il résume bien la situation, de blog de 2018 intitulé "De la poésie contemporaine". Enfin, pas de toute la poésie contemporaine, mais de certaines d'entre elles ! Car en plus, il y en a plusieurs ! Un peu trop peut-être !

C'est marrant, ça vise juste !

Pour aller y voir, c'est ici.

Le serpent terre de Patrice VIGUES

Malta compil 2011 : "Femme-enfant" (avec Windows media player)

Pour continuer la suite de la Malta compil, cuvée 2011, un extrait de "La partie riante des affreux", recueil écrit avec la complicité de Fabrice Marzuolo, publié aux éditions Le Citron gare par votre serviteur.

Le poème qui suit est intitulé "Femme sous-marine". Vous pourrez l'entendre ici (avec un titre de Synopsis intitulé "Superwave" et importé via Dogmazic, site de musique sous licence libre, https://www.dogmazic.net/), le texte étant reproduit ci-dessous :

Son maquillage épais lui est resté de toutes ces années passées dans la submersion subversion. Elle n’a pas eu beaucoup le choix. Son sous-marin n’était pas jaune il tirait sur le bleu pétrole. Voilà d’où venait l’angoisse. Cette femme a perdu du temps à rester seule. Très vite, il est apparu pour les déjà parents qu’elle avait passé son tour, cette gourde. Pourtant, elle n’était pas plus moche qu’une autre. Elle n’avait pas un seul membre qui lui manquait, pas de bielle qui était tombée sur la voie publique au cours du transport. Et en plus d’être fille unique, elle n’avait pu se faire inséminer restant sèche comme un taille-haie. Et cette harpie se permettait d’enseigner les bonnes manières aux enfants des homais O mais alors ! Pour trouver un peu d’humilité humidité elle dut partir faire de la plongée au fond de l’océan avec les oursins d’apothicaire. Comme ça les oreilles bouchées elle n’entendrait plus les bonnes mères qui lui lubrifiaient ses conduits auditifs à coups de langues mielleuses tout en répétant que son ventre était cimenté. Mais maintenant elle touchait au but. Elle allait ressortir sur la plage. Les autres lui foutraient la paix. Ces mémés lui pardonneraient le fait de n’avoir pas aimé les bébés et de n’avoir pas partagé sa laitance avec quiconque. Elle était presque morte comme après un marathon en apesanteur.

D'Igor Quézel-Perron (extrait de T-B 73)

Emails

Perte d’érotique 


Disparue ce vêtement moulant, l’enveloppe, promesse que l’on décachetait comme on dégrafe une robe. Cette pudeur à se livrer enflammait l’imagination. Loin de cet érotisme, main au panier rapidement promise à la corbeille, le mail ne compte pas fleurette. L’excitation du retournement de ce fourreau pour découvrir le nom de l’émissaire, le temps que l’on mettait à vagabonder avant de consommer s’éteignent. Le mail, pornographe, ne remet pas à plus tard. Du texte, il livre la chair nue.

Perte de gestes et d’atours imposée par une dictature, dont la police chasse cette manifestation des émotions : la calligraphie. La texture et le maniement de l’enveloppe sont quant à elles mises à un index tapotant hystériquement sur le clavier.
Impossible de « refaire le trajet de la main qui a écrit »[1] le texte. Les hésitations et les imperfections sont cachées par cette chirurgie esthétique : retours en arrière dont rêveraient bien des peaux avachies, corrections orthographiques ou grammaticales, propositions de synonymes qui donnent à une pensée molle une convenance à peu de frais. La rature, histoire d’une émotion et d’une raison en marche, nécessitait bien du courage.

L’imaginaire n’a pour matériau que le nom de l’expéditeur et le sujet, permettant avant tout de savoir ce que l’on met à la poubelle. L’ancien lecteur est devenu éboueur.

[1]            Roland Barthes, L’empire des signes

Exopoésie de Lancelot Roumier

Là, je vous présente un truc vachement rare en poésie : vous vous rendez compte : un blog de lecteur... de poésie !

Moi, je croyais que la poésie ça s'écrivait, mais que ça lisait pas ! Ah ben merde ! Parce qu'en plus, faut lire la poésie qu'on écrit ! Manquait plus que ça !😀

Ce lecteur de poésie, il s'agit de Lancelot Roumier. Et son blog s'appelle "Exopoésie". Comme exo de poésie ? Il n'empêche. Lire de la poésie, c'est un vrai plaisir.

Ici, les chroniques sont concentrées : pas de graisse inutile (il y en a déjà souvent assez dans les poèmes !).

Pour y aller, c'est .

Image de Pierre Vella

 


De Clément Bollenot (extrait de T-B 76)

après la pluie
la poussière est toujours noire
sous le soleil
la poussière est toujours noire
au clair de lune
la poussière est toujours noire
sur les mains de l'enfant
la poussière est toujours noire
dans les cœurs
la poussière est toujours noire
à travers les bombes
la poussière est toujours noire
au-delà des falaises
la poussière est toujours noire
parmi le couloir des souvenirs
la poussière est toujours noire
rien ne bouge
maintenant
dans le coin de la pièce
la poussière est toujours là 

Image d'Alain Minighetti


 

Incipits finissants (95)


Je m’excuse par avance de plomber l’ambiance avec cette anecdote pas vraiment drôle pour le commun des mortels.

C’est l’histoire de quelqu’un d’organisé et de solitaire. Et comme la grande affaire de la vie, c’est la mort, il ne voulait avoir de comptes à rendre à personne au moment du grand saut. En effet, il est désagréable de dépendre des autres, y compris dans ce cas.

Bien sûr, dans les grandes lignes, on n’a besoin de personne pour mourir. Mais parfois… comment dire…, la mort est plutôt longue à venir. Il y a donc beaucoup de choses à préparer avant qu’elle ne nous embarque. Il faut, par exemple, commander un médecin, des infirmières, de la nourriture. Bon, sur ces points, on peut toujours s’organiser. C’est au moment du dernier soupir que les choses se compliquent.

En réalité, il fallait que quelqu’un le portât dans le tombeau, ce pauvre malheureux, qu’il soit cramé ou pourrisse in situ.

C’est pourquoi cet homme non moins précautionneux dormait dans son cercueil tout préparé au milieu de sa chambre. Comme ça, il ne risquait pas d’être pris au dépourvu. Une telle disposition est assez classique. Pour résumer, c’est comme pour le reste, Il faut s’y habituer et après, ça va tout seul. Il s’agit de dormir habillé, la fleur à la boutonnière, dans son dernier frac de scène tenant lieu de pyjama.

Et le couvercle se referme dès que la température corporelle baisse en dessous du point critique.

N’ayez crainte ! On peut vivre des années dans cet environnement et se réveiller chaque matin, frais comme un gardon. Il s’agit d’une précaution utile qui ne servira qu’à une seule occasion.

Le voilà donc tout content d’avoir prévu jusqu’à la fermeture de son couvercle. Symboliquement, c’était un signe très fort. Une fois le cercueil refermé, après vingt-quatre d’heures d’extinction des volets et de la lumière, les pompes funèbres, prévenues par leur bip, viendraient au domicile chercher le corps après avoir désactivé l’alarme et la serrure. Bref, juste une formalité administrative.

Hélas, mille fois hélas, une nuit, le couvercle tomba sur son corps victime d’un malaise et déjà froid, alors qu’il avait oublié d’activer l’extinction automatique de la lumière, à cause de cette manie de se mirer avant de s’endormir. Résultat : la facture d’électricité du défunt gonfla post-mortem et les huissiers, dépêchés sur place, durent appeler le médecin légiste, toutes narines bouchées.       

P.M.  

Image de Cathy Garcia

 


Et pour en savoir plus sur les illustrations, la revue et les textes de Cathy Garcia, je vous propose de leur rendre visite :

http://cathygarcia.hautetfort.com/
http://gribouglyphesdecathygarcia.wordpress.com/
http://delitdepoesie.hautetfort.com/
http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com/
http://imagesducausse.hautetfort.com/ http://ledecompresseuratelierpictopoetiquedecathygarcia.hautetfort.com/ http://associationeditionsnouveauxdelits.hautetfort.com/

Le Raudi à Metz

Une fois n'est pas coutume. Je fais de la pub pour un site d'actualités culturelles messin. Il s'agit du Raudi, ou la culture autrement, comme c'est très bien résumé.

À côté de nombre de manifestations et d'initiatives locales présentées à la une, vous trouverez en cliquant sur le bandeau de droite un lexique messin. De quoi prendre son passeport et venir vivre en France de l'extérieur.

Vous verrez : on y arrive. J'en suis la preuve vivante ! 

À ne pas manquer également une belle série de contrepèteries messines...

Le Raudi, c'est ici.

Tuesday, January 18, 2022

De Thierry Radière (extrait de T-B 45)

VIVRE C’EST TROUVER LES MOTS

on dit que tout ça c’est de la poésie
parce qu’on sait pas comment nommer
ces enchaînements d’images
comme des œufs de grenouilles flottant en avril
sur l’étang suivis de têtards au mois de mai

on raconte dans le brouillard des histoires
qui n’en sont pas pour l’unique plaisir
d’y voir plus clair sans trop d’espoir
et on continue appliqués à porter des armures
des lunettes des casques des boucliers

la crainte est un sentiment exagéré la nuit
elle prend dans les rêves des bouts de jupe
des pans de nappes et s’amuse à étouffer
la respiration des pensées le souffle des girafes
si bien qu’on croit mourir avant chaque réveil

Saturday, January 15, 2022

Poésie et peinture, l'impensé imaginable, de Pierre Vandrepote

Le blog de Pierre Vandrepote, intitulé "Poésie et peinture, l'impensé imaginable", donne à lire des réflexions sur l'œuvre d'écrivains (pas forcément "que" poètes) et penseurs, tout en se penchant aussi sérieusement sur le cas de la poésie.

J'ai bien aimé ce blog pour la densité et la finesse de ses réflexions (il y a du texte !) sur la poésie (obligé !), tout particulièrement, leur introspection et rétrospection synthétiques, et enfin leur absence de certitudes.

À noter également une prédisposition pour l'univers de la poésie surréaliste, avec laquelle je me sens toujours familier.

Pour y aller, c'est ici.

Sunday, January 09, 2022

Poèmes d'un jardinier de Didier Saint-Jean

Dans son blog intitulé "Poèmes d'un jardinier", Didier Saint-Jean vous présente ses jardins intérieur et extérieur. 

Ses jardins extérieurs sont plusieurs : ce sont ceux qu'il entretient et embellit, à découvrir en photos, de même que les panoramas de ses voyages, témoignages, notamment de sa passion pour les Cévennes. Ainsi, l'éloge de la nature est transcrit aussi par ces photos.

Quant au jardin intérieur de Didier Saint-Jean, c'est celui de sa poésie. Une belle complémentarité avec la nature : une façon de décrire les saisons au présent.

L'entrée du jardin, c'est ici.

Thursday, January 06, 2022

De Chloé Landriot (extrait de T-B 66)

Témoignage

Que la vie porte autant de joie
Bien sûr tu le savais déjà
Mais ce n’est pas pareil

Il y a cet arbre
Au jour naissant on dirait
Qu’il porte la lumière et qu’il éclaire
Doucement
D’un feu très doux
Ses bourgeons sont d’un or discret
Ses bourgeons sont de petites lumières
Comme des soies
Qui n’ont pas plus de poids dans l’air
Que le souffle qui l’entoure

Aux branches de cet arbre aimé par le levant
Il y a
Ce que la vie porte en elle et d’espoir et de joie
Il y a la beauté
Il y a le miracle
Il y a qui traverse ton corps
Perdu
Qui se rassemble sous le maillage du temps
L’amour

Et cet arbre au matin se tient dans la lumière
Sa présence est si dense
Que tes yeux ne suffisent
Ni ton corps tout entier
Ni ton cœur
Et tu cherches encor comment le saluer

A cet instant du jour qui n’appartient qu’à toi
Dans la ferveur muette et l’air frais du matin.

Monday, January 03, 2022

Mes 5 poèmes préférés (entre autres) dans Le Tréponème Bleu Pâle

Nous avons été plusieurs à être invités par Léon Cobra (ça doit être un pseudo ?) du Tréponème Bleu Pâle (ça c'est du titre!) à choisir nos 5 poèmes préférés (entre autres).

Si vous voulez réviser vos classiques ou moins classiques, c'est ici

Traction-brabant 94

Je me demande pourquoi en 2021, on célèbre toujours autant l’Écrivain. En effet, il n’y a personne d’aussi peu attachant que lui. Un écrivai...