Sunday, December 31, 2017

Incipits finissants (69)

Drôle de pays pour un jour. C’est que l’on reçoit le président. Du coup, je suis désolé que nous ayons les idées si mal placées, sauf qu'aujourd’hui tout est sans-dessus dessous. Les nerfs sont à vif et croyez-moi, pour une fois sur trois cent soixante, ce n’est pas le sexe qui nous obsède. Cela ne signifie pas pour autant que nous ne soyons pas obsédés, même si l'on ne voit personne à poil dans notre viseur. Cela aurait pu, hélas ce n’est pas le bon jour pour une telle fantaisie.
Les couvreurs, dont les formes noires tapent sur le toit, sont des snipers. Les baguettes de pain sont des Kalachnikov. Les sacs en plastique sont des bombes à fragmentation. Les treillis rangers sont des tenues commandos. Le centre-ville est un cimetière. Les camions poubelles sont des chars d’assaut. Les mecs en costards sont des agents en sécurité. Les gros sont des gilets pare-balles. Les chiens sont des bergers allemands, eux pardon, des pitbulls. Les fourgons sont des blindés. Les avions sont des hélicos. Les hélicos sont des bombardiers. Les étuis à violons sont des mitraillettes. Les flotteurs sont des torpilles multicolores. Les lignes d’eau sont des bâtons d’explosifs. Les lunettes noires sont des masques à soudure. Les boites à outils sont des boîtes noires. Les tortues sont des pains de dynamite. Idem pour les escargots. Les téléphones portables sont des rabatteurs. Les fleurs sont des diffuseurs de parfums toxiques. Les ballons sont des drones. Les poissons sont des crocodiles. Les bricoleurs sont des poseurs de grenades. L’air que l’on respire est une arme bactériologique. Un gant est une main bionique. Le son d'une guitare électrique en concert est une scie circulaire en pleine séance de torture. Une perceuse est une chignole pour la cervelle. Un chirurgien en blouse blanche est un bourreau en blouson noir. Une bite d’amarrage est une mine. Un souffle d'air est l’ultime avatar d’une explosion nucléaire. Un photographe est un tireur d’élite. Un talus est le parapet d’une tranchée. Un bateau est un sous-marin. Un volet qui claque est un coup de fusil tiré dans le dos. Une statue est un espion oriental. Un poseur de lapin est un poseur de bombe. Un parapluie est une baïonnette. Une barricade est un salarié en grève. Tout cela finit par ne plus être très naturel, n’est-ce pas ?
Il y a des jours, vous pouvez m’en croire, où l'on souhaiterait vivre dans un désert, ou plus exactement, dans un endroit oublié de toute forme de pouvoir, pour ne pas avoir ce genre d'images en héritage.

P.M.
 

Numéro 69 de Traction-brabant


Le numéro 69 de "Traction-brabant" est vendu 2,40 €. Pour plus de précisions, contact association Le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Présentation

"TRACTION-BRABANT" (alias T-B pour les intimes) est un fanzine d'écriture, de poésie et autres textes courts, créé en janvier 2004 par Patrice MALTAVERNE (conception, écriture, choix et mise en page des textes) et Patrice VIGUES (illustrations).

"TRACTION-BRABANT" existe aussi et surtout sous sa version papier à une cent cinquantaine d'exemplaires. Le poézine est à parution aléatoire, quoique... si tous les deux trois mois, les combattants sont en forme, un nouveau numéro sort de leur tanière.

"TRACTION-BRABANT", aujourd'hui publié par l'association Le Citron Gare, ne demande aucune subvention, le poézine a juste pour but de faire circuler à son modeste niveau une poésie pas trop classique ni trop molle surtout, ainsi que de véhiculer certaines pistes de réflexion, sans pour autant qu'il ne soit tranché dans le vif.

Plus précisément, à l'origine, TRACTION-BRABANT est la contraction de traction avant, l'auto et de brabant double, la charrue à double soc. Cela montre avant tout notre nostalgie pour ces vieux objets mécaniques ainsi que notre méfiance par rapport à un progrès non mesuré...

Les auteurs (poètes, illustrateurs) présents dans "TRACTION-BRABANT" sont près de trois cents, d'après les dernières stats.

Ce blog a pour but de reproduire des extraits du zine sous sa version papier et de faire connaître davantage ce que nous faisons....

Enfin, "TRACTION-BRABANT" s'efforce d'encourager ses participants à des échanges de textes et d'idées et pourquoi pas à de possibles rencontres.

P.M.

Contact pour l'association Le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Famille


De François Cougnon (extrait de T-B 69)

A Jérôme

Il fut celui qu'on allait chercher par la 
fenêtre
Il fut celui dont la tête comme du hêtre
A la feuille dure et l'écorce difficile
N'écoutait sans entendre en dansant sur un
fil.

Il était de ceux-là qui glissent entre les
doigts
Qui pour un bout de sucre se mettent aux
abois
Et qui sans crier gare s'empressent dans la
nuit
Echapper aux démons de leurs sombres
folies.

Le printemps pourtant avait fait bonne
affaire,
Donnait du soleil tant il pouvait en faire.
Mais le jeune et ses yeux malheureux
Ne voyaient passer que les nuages pluvieux.

Il n'y a plus maintenant sur not' route ce
bonhomme
Ce si joli minois, ce sourire de Jérôme.
Dans un ultime jogging, une dernière fuite,
Il est allé là-haut s'acheter une bonne
conduite.

Les bouseux de l'Ouest par Thomas Vinau

Voici un super blog avec des méga photos (venant de la Libray of Congress) qui chient bien et que m'a fait suivre Thomas Vinau. C'est pas à la mode mais c'est.

La voiture accidentée du futur de Patrice VIGUES

Malta compil : 2003 (avec Windows media player)

Le poème de 2003 ici enregistré, extrait d'un ensemble intitulé "Faux partir", a été publié dans l'anthologie de la revue du Jardin ouvrier (de Pierre Ivart) éditée chez Flammarion, le recueil venant d'être édité dans son intégralité par Le Manège du Cochon seul éditeur en 2009.


Il est accompagné d'une musique de Fic'l'Chap (traknar, dark teck remix) via Dogmazic.


Depuis que j'ai fini par me coucher
Dans un rêve qui s'enfuit au loin
Je cherche à le rattraper mort ou vif
Sur la route déjà rayée par la pluie

Aux frontières il est écrit qu'un pays
Doit naître pour annuler toutes les joies uniques
De cette vie toujours prête à être consommée
Sans changer de lit au milieu de rien

Tu parles quand bien même je serais debout
Je n'irai pas au delà de ce panneau
Qui m'indique la fin de la ville
De tous nos instincts captifs sans le savoir

Mais de quoi diras-tu ne serait-ce
Pas de la liberté qui m'inflige beaucoup
De ses grimaces au néant des jours ouvrables
Sous la vitre où témoigner de mes buées

D'Henri Clerc (extrait de T-B 69)

Les Lords

Dans la salle du dîner
la Reine d’Angleterre
se munit d'une fourchette
et l'envoie valser
au visage du pondérant
Duc de Toulouse.
Piqué par cet affront,
il se lève couteau en main.
Sept infirmiers les neutralisent,
les ramènent à leur chambre
les sanglent à leur lit.
Pour empêcher la rixe
au sein de l'UMD
il faudra éviter
les semaines à venir
que la Reine et le Duc
ne s'entrevoient.
Décaler les repas,
temporiser les sorties,
resserrer d'un cran
ce qui leur reste
de liberté...

La Girafe à pistons diffusion

Et voici le tout nouveau site de "La Girafe à pistons diffusion", animée par Xavier Frandon, Jean-Claude Goiri, Frédéric Dechaux et moi-même.

Le but est de faire connaître nos écritures, idées, images, par cette nouvelle publication, étant précisé que certains de nos textes peuvent être commandés en version papier ou sous forme d'e-book via le célèbre site Amazon.

A travers la girafe qui est un riche concept animalier, c'est la diffusion elle-même que nous souhaitons chatouiller, car nous trouvons justement que ça circule mal (un peu comme ailleurs, c'est la même tambouille qu'on nous sert : y en a toujours que pour les uns, et pas tellement pour les autres).

Bon, après, c'est une action comme une autre.

Et promis juré : quand on sera assez connus (y a de la marge dans la marge), on cessera de nous auto-diffuser!

Pour peigner la girafe dans le bon sens du poil, c'est par ici....

De Georges Cathalo (extrait de T-B 15)

Ah ! Qui saura parler du blues du 1% ?

***

A la télé, comme un peu partout, tout est fait pour nous faire dépenser et dépenser. Ne pas s'étonner alors que presque plus personne ne pense.

***

Plutôt jeûner avec les aigles et les rapaces que de s'empiffrer avec les poules et les gallinacés.

***

Il y a un temps pour se taire et un temps pour ne rien dire.

***

Sur la porte d'un magasin : "Entrez libre !" Et à l'envers était inscrit : "Sortez prisonnier !"

***

On est toujours consacré par de sacrés cons.


***

- En fait, nous ne sommes que de passage.
- Non, pas du tout : nous ne sommes que de passage, en fait.

***

Qui trouvera les mots qu'il faut pour dire aux enfants d'aujourd'hui que le Livre est le seul et l'unique objet inter-actif, sans modem, sans souris et sans électronique ?

"Où est Sterne" (Illustration de Jean-Marc Couvé)





Incipits finissants (22)

Bonjour je m’appelle Odéon. Je suis un cheval qui a eu de la chance. Avec la mainmise du libéral sur le politique, plus de 77% de mes compagnons de tiercé ont été délocalisés à l’équarrissage. Heureusement, compte tenu de la valeur de mon CV qui recélait des courses remportées dans les plus prestigieuses écuries, telles le Jonathan Pisse ou le Studenthin Baron Stone, suivies par une jolie carrière d’étalon payée 3000 bottes la saillie, j’ai pu m’adonner au pantouflage dès 1994 et intégrer le pré d’un hôtel quatre étoiles, assuré de toucher en fin d’exercice un pécule en foin de 4 000 kilogrammes. Nombre d’ex-collègues n’ont pas eu cette chance qui, quand ils n’étaient pas équarris, finirent dans des établissements peu prestigieux, oubliés au fond d’une étable pourrie, en compagnie de vieilles vaches étiques comme eux, avec pour tout terrain, un trapèze de 2 mètres sur 1, bouffé par les ronces et les orties. Bien que je sois étrillé deux fois par semaine, ma troisième vie comporte des zones d’ombre. Mes maitres me font brouter un pré en pente plus long que large. Et cette année, pour la troisième fois consécutive, ma prime de foin a été diminuée de 19%, en échange de quoi j’ai vu mes indicateurs statistiques augmenter. Ainsi, les cadences de broutage ont accéléré de manière inquiétante et je ne suis pas revenu de tout l’été dans mon écurie, malgré mes 29 ans d’âge. De plus, de 2 hectares à brouter 4 fois par an, je suis passé à une superficie annuelle de 6 fois 5 hectares. Par ailleurs, l’abreuvoir n’est plus rempli qu’épisodiquement et je me déshydrate chaque jour davantage. J’ai eu beau protester en déposant mon crottin au pied du terrain de tennis qui jouxte le jardin de l’hôtel où les touristes BCBG se prélassent en hiver grâce à la climatisation extérieure, l’accès de cette bande de terre abritée du soleil et riche en gazon m’a été interdite la semaine dernière et je dois aller de plus en plus loin, partageant mon espace vital avec une paire de taureaux à la triste humeur. Ca sent l’équarrissage à l’horizon n+1. Mais quand je pense à mes anciens collègues qui ont dû affronter le grand voyage alors qu’ils ne connaissaient rien de cette vallée ensoleillée, je reste stoïque et envisage de ne pas renouveler ma cotisation au Team des Longues Raies.

P.M.

Wednesday, June 28, 2017

Tuesday, June 20, 2017

Traction-brabant 69

Nous sommes de drôles de poètes. Mais sommes-nous vraiment des poètes ? Quand on discute entre nous, seconds couteaux de l’underground, on découvre petit à petit que nous n'avons pas écrit que des poèmes. Certains sont les auteurs de nouvelles, d'autres avouent même quelques romans, comme par hasard inédits. Et pourquoi pas des pièces de théâtre, pendant qu'on y est ! Sans oublier de possibles chroniques, articles et essais bien tentés.
Me voilà déçu, moi qui croyais que nous étions dévoués à l'unique cause poétique.
Surtout que nous nous sommes rencontrés sur cette base-là : celle de la poésie.
C'est comme si, arrivés à minuit, subrepticement, et quand les regards se détournent, nous nous transformions en des fous d'écritures, noircissant des pages au kilomètre.
En fin de compte, la forme courte est une belle daube, y compris pour nous, les amis du lyrisme et des vers.
Ainsi, nous sommes des écrivains – non, pardon, des écrivants – déguisés en poètes de circonstance. Mais, dans la « vraie vie », nous nous foutons de la poésie comme de notre première communion.
Nous poussons la chansonnette à Radio-crochet quand nous rêvons de voir exécutés – enfin… je veux dire : interprétés – nos symphonies et nos opéras.
Nous formons donc une sacrée bande de faux culs, puisqu’il est inexact de clamer que la poésie nous fait kiffer. C'est juste un faire-valoir, un costume de plus que nous enfilons le week-end et les soirs après l'uniforme du boulot. En dessous se cache encore quelqu'un d'autre.
Bon, faut pas trop noircir le tableau, non plus. Nous aimons tout de même un peu la poésie. Il faut dire que dans l'ensemble, elle nous le rend bien. Publications en revues, voire en livres pour certain(e)s d'entre nous, lectures publiques.
Tandis que les romans, ils ne feraient que nous anonymer davantage. Pourtant, nous retrouver parmi les cinq cent cinquante romanciers de la rentrée d'une  année n, ne serait-ce pas notre véritable nirvana ?
Non, décidément, c'est plus rigolo d'être poète qu'écrivain, ce professionnel de la solitude.
Et puis, dans nos poèmes, parfois nous collons des romans, mine de rien. Quand je dis que nous sommes de drôles de poètes, c'est tout à fait ça...
P.M.

Monday, June 12, 2017

De Murielle Compère-Demarcy (extrait de T-B 56)

On ne réalisera jamais son autopsie,
            au soleil, mais mon corps
            l’ausculte
            en rayons de chair et de pulpe
            où les organes de la vie pulsent
            pleinement jusqu’à
            son cœur de lumière


et je retombe, tête la première,
            sur le traversin du jour
            où traverse la pluie
            dans les draperies fines de ses heures comptées
            -de cette même lumière
            où je m’effondre


            où je m’effondre
            à l’envers du ciel
face contre terre


            On ne réalisera pas son autopsie,
            au soleil, mais dans le fruit du vers où
            se croque la friandise
            il court et couve discount, le jour affriolant,

            et je m’en vais le vendre

Wednesday, May 31, 2017

De Marine Gross (extrait de T-B 67)

Si je tends la main
Vers le mur et le touche
Mon corps devient le mur
Et ma main reste de l'autre côté
Du mur
Si je regarde l'ampoule
Qui brille au plafond
C'est mes pieds qui  fondent
Et disparaissent dans le crépitement
Du filament
Et quand j'entends les moteurs
Au loin
C'est tous mes os
Qui rutilent et pleurent
De ne pas être la voiture
Bleu métallique
Avec jantes argentées

Monday, May 22, 2017

Malta compil : 2015 (avec Windows media player)

Dernier né de la Malta Compil, voici un extrait de "Les états de Cassandre" :

La ville est une machine à fabriquer du doute
A l'intérieur des yeux multiples naît le désespoir
Et les rues les plus calmes sont frappées de murs borgnes
Au fil de la lumière le mutisme culmine
Le cri des prisonniers se surprend à être mâle
Tandis que les devantures renvoient aux bris de verres
Plus simples plus réduits au fond d'une impasse
Ce sont des hommes qui errent en contrepoint
Cherchant une cause au mystère de l'argent
Ce sont des hommes qui aiment trop de femmes
Cherchant une cause au mystère de l'argent
Ce sont des hommes qui errent en contrepoint
Plus simples plus réduits au fond d'une impasse
Tandis que les devantures renvoient aux bris de verres
Le cri des prisonniers se surprend à être mâle
Au fil de la lumière le mutisme culmine
Et les rues les plus calmes sont frappées de murs borgnes
A l'intérieur des yeux multiples naît le désespoir
La ville est une machine à fabriquer du doute

Pour écouter également ce poème lu avec une musique venue de http://www.dogamzic.net/ : "Alis heart shaped Cushion (alternate ending version)" de Someone Else (extrait de "You can name this EP), cliquez ici.

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