Thursday, June 23, 2022

Incipits finissants (85)


Quand je pense aujourd’hui à ma vie de poète et que je compte tout ce que j’ai écrit, je me dis : bon sang, comment y suis-je parvenu ? Il y a du temps qui semble manquer dans cette équation. Je n’ai pas rêvé, hélas. Pourtant, j’ai toujours écrit dans l’entre-deux. L’entre deux portes, l’entre deux cafés, l’entre deux demi-journées, l’entre deux corvées, l’entre-deux escapades. Toujours à voler un peu de temps à son rouleau compresseur, toujours à disparaître quelques minutes pour noircir du papier comme un fou furieux, avant de rejoindre le cours de mes émissions normales.
Par exemple, je ne sais pas ce que c’est que me retirer de la société pendant un mois pour écrire (sauf une fois, lorsque j’ai été opéré). Ça n’existe pas dans ma vie. Ça ne devrait pas exister avant longtemps, ou alors, il y aura un problème.
Bien sûr, c’est usant. C’est même rageant, car forcément, comment voulez-vous que je sois certain d’avoir achevé un ensemble qui tienne la route ?
Ce qui me bouffe, précisément, c’est de me dire que si je ne m’étais pas débrouillé comme ça, jamais je n’aurais réussi à publier, ne serait-ce qu’un recueil de textes disparates.
Et puis, en même temps, ce n’est que de la poésie. Ou à peu près. Alors, ce n’est pas grave. Je préfère, à tout prendre, être dans l’action, au moins encore pendant un certain temps, afin d’avoir quelque chose à dire.
Bien sûr, mes poèmes ne sont pas sans défauts. Celles et ceux qui auraient un peu de temps à perdre à les décrypter, y repéreraient des erreurs, incohérences, reprises, problèmes de soudure. Ceci dit, ils passeraient plus de temps à les analyser que j’en ai mis à les écrire ! C’est ça qui est le plus drôle ! Et qu’est-ce que ça me casserait les pieds de devoir corriger ensuite mes textes comme s’il s’agissait de devoirs d’école !…
En plus, quand je lis une majorité de choses publiées par les gens qui ont le temps d’écrire, ça me rassure ! Car, je sens très vite que c’est de la poésie de glandeur.
En effet, quand on enlève tout ce qui est recopié du carnet de notes (au lieu d’être imaginé, comme quand on n’a pas le temps !), ainsi que les références littéraires explicites qui émaillent ces poèmes, je constate qu’il ne reste pas grand-chose de vivant à l’arrivée. Et je ne peux m’empêcher de penser : c’est de la poésie super bien fichue qui aurait dû ne pas être publiée. Du coup, je me console en écrivant de la poésie pas forcément publiable, à cause de toutes ses ratures qui ne sont pas corrigées.

P.M.

Numéro 98 de Traction-brabant


Le numéro 98 de "Traction-brabant" est vendu au prix de 3 €.

Pour plus de précisions, contact association le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Présentation

"TRACTION-BRABANT" (alias T-B pour les intimes) est un fanzine d'écriture, de poésie et autres textes courts, créé en janvier 2004 par Patrice MALTAVERNE (conception, écriture, choix et mise en page des textes) et Patrice VIGUES (illustrations).

"TRACTION-BRABANT" existe aussi et surtout sous sa version papier à une cent soixante-dizaine d'exemplaires par numéro. Le poézine est à parution aléatoire, quoique... si tous les deux trois mois, les combattants sont en forme, un nouveau numéro sort de leur tanière.

"TRACTION-BRABANT", aujourd'hui publié par l'association Le Citron Gare, ne demande aucune subvention, le poézine a juste pour but de faire circuler à son modeste niveau une poésie pas trop classique ni trop molle surtout, ainsi que de véhiculer certaines pistes de réflexion, sans pour autant qu'il ne soit tranché dans le vif.

Plus précisément, à l'origine, TRACTION-BRABANT est la contraction de traction avant, l'auto et de brabant double, la charrue à double soc. Cela montre avant tout notre nostalgie pour ces vieux objets mécaniques ainsi que notre méfiance par rapport à un progrès non mesuré...

Les auteurs (poètes, illustrateurs) présents dans "TRACTION-BRABANT" sont plus de cinq cents, d'après les dernières stats.

Ce blog a pour but de reproduire des extraits du zine sous sa version papier et de faire connaître davantage ce que nous faisons....

"TRACTION-BRABANT" s'efforce d'encourager ses participants à des échanges de textes et d'idées et pourquoi pas à de possibles rencontres.

S'il vous plait, n'envoyez jamais plus de 10 pages format A4 (en un seul fichier et format Open office ou Word, de préférence) si vous contactez le poézine, sinon, votre manuscrit ira direct à la poubelle virtuelle, mais la poubelle quand même ! Je n'ai pas besoin de lire des tonnes de pages d'un auteur pour savoir de quoi il en retourne !

P.M.

Contact pour l'association Le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Le poem's truck de T-B n'a pas fait fortune

 


Et pourtant c'était un fourgon Citron...

Revue en ligne Poetisthme

Je viens de découvrir la revue en ligne "Poetisthme", et je vous fais part de cette découverte, faisant ainsi de la pub aux collègues !

Le plus difficile a été d'écrire le titre de la revue, je l'avoue.

Mais à part ça, c'est de la poésie vivante (un peu de révolte, quoi, on est des êtres sensibles, il y a des problèmes, non ?) qui est publiée dans ces numéros, raison de plus de lire cette publication (oui, de la poésie vivante, parce que des fois, je trouve qui se publie dans certaines revues, pas forcément les moins réputées, n'est pas très vivante, peut-être que je suis un vilain garçon…).

Toujours est-il que là, c'est pas pareil. Pour lire les numéros en ligne, vous allez ici.

De Céline Mainguy (extrait de T-B 94)

Voyage
 
Elle griffe les parois de coquille. Lentement, avec application – et rage. Elle cogne et ça se fissure. Elle passe une tête, un bras, pousse, dégage une épaule, hisse une jambe.
Elle est dehors. Tout est blanc, et noir. Tout est vide, et froid. Elle sent son cœur battre et ses poumons respirer – c'est bien assez.
Elle se retourne, voit la coquille vide et peste - elle sait qu'il ne faut jamais se retourner.
Elle décide. Elle décide d'avancer. Elle décide d'avancer dans le tout blanc, et noir, vide, et froid.
Un pas, un autre, une brise sur sa joue – l'air vit.
Elle entend sa respiration – régulière, assourdissante – et c'est tout.
Elle avance dans une matière gluante – comme de la neige, de la boue, sans l'humidité ni la couleur.
Elle doit se concentrer pour avancer, se concentre au maximum, pour éviter toutes les questions qui ne demandent qu'à affluer. Elle atteint une silhouette d'arbre, comme ombre chinoise, un vide dans l'espace. Au-delà, la plaine est pleine. De silhouettes sombres et lourdes. Courbées. Occupées. La brise à nouveau, sur sa joue, souffle. Elle marche vers les spectres – non, ce sont des êtres, hommes, femmes, enfants, sales et silencieux. Regards absents. Automatiques.
Elle cherche à croiser les yeux d'un, d'une autre. N'y parvient pas. Peut-être qu'ils ne la voient pas. Peut-être qu'elles l'évitent. Elle tente de poser sa main sur un bras, sa main glisse, le bras poursuit son mouvement comme si de rien.
Elle parle, crie, hurle et aucun son.
Le sol est devenu de la terre noire et dure. Le ciel blanc, ouate. Ses cris résonnent dans son ventre et pas plus loin.
Elle tente à nouveau, poser une main sur un bras, une épaule, une jambe, un visage, tout glisse, tout file comme l'eau riante d'un torrent entre les pierres, comme le vent entre les feuilles tendres du printemps.
Elle traverse cette assemblée de spectres vivants, d'êtres absents. Elle entend son cœur battre, elle écoute son cœur battre et envoyer du sang dans ses veines pour irriguer ses pieds, ses jambes, son tronc, ses bras, sa tête, ses organes vitaux, ses pensées bousculées. Tout est blanc et froid, tout est vide et noir, tous sont vivants et absents, et elle, continue à sentir, elle, continue à entendre et voir, elle, continue à goûter et toucher, elle, continue à ressentir, continue à marcher, à tenter, à crier.
À nouveau la brise tiède sur sa joue. Elle sourit et reprend son chemin.
 
Une flamme vive déchire le blanc. Immense.
Elle s'approche. C'est une plaie ouverte dans l'espace. Une bouche tordue et sanglante. Chaude. Muette.
À sa gauche, à sa droite, deux êtres spectres comme deux gardiens. Grands, maigres, vides.
Elle tente d'attirer leurs regards, qui se perdent dans les reflets rougeoyants. Pose un pied, libère son corps qui se met à tourner, tournoyer, bondir et s'enlacer. Elle danse.
Elle danse le silence et le vide.
Elle danse la vie et la peur.
Elle danse autour de la flamme comme aux temps premiers, comme on adore un dieu, comme on chasse le mal, comme on transcende la vie.
Elle s'arrête. Souffle. Les gardiens immobiles. Le paysage immobile. La flamme danse encore, elle.
Elle interroge le vide du regard. Et, lentement, s'avance.
Flamme muette, tiède, humide.
Elle s'avance encore. Se laisse envahir. Traverse. S'engloutit. Disparaît.
Elle tombe encore puis renaît – non, se réveille.
Il est jour et couleur.
Paysage aride et gris, et rouge, et minéral. Comme crachée d'un volcan. Ses pieds nus s'accrochent sur la roche. Sa main attrape une pierre pour la lancer – entendre le son. Ici du son.
Un souffle sur sa joue – compagnon de route.
Elle poursuit. Dévale. En bas, un village. Non, une maison, et une autre. Deux cabanes de pierre.
Elle frappe et on ouvre. Elle pense avoir trouvé le chemin des contes de fées. Sorcière, ou ogresse, ou les deux. Une femme grosse aux cheveux ficelles et aux dents rares. Qui la regarde, sourit-grimace, la fait entrer.
La femme-ogresse parle et regarde, la femme-sorcière rit de guingois et lui touche le bras.
Elle. S'assoit. Sourit. S'endort.
 
Il se passe tant de choses dans la vie du sommeil. Cette nuit-là elle marche sur les étoiles et glisse sur une aurore boréale, se griffe à une branche de genévrier accrochée à rien, saigne des gouttes de rosée, s'enfonce dans le bleu de l'océan, préoccupée d'avoir oublié quelque chose mais quoi.
Elle s'éveille, étonnée d'être là. Dehors le soleil brûle les rochers.
Et la femme-sorcière. Elle vient à ses côtés. Observe comme la femme plonge sa main dans les herbes tordues, laides, hargneuses, et en ressort une pousse tendre improbable. Ici, et là, puis là encore. Elle regarde la femme pêcher au milieu des crabes végétaux. La grosse silhouette penchée, tordue, assurée.
Lui tend une pousse qu'elle grignote, surprise, de la saveur acide, aigre, fraîche. À son tour elle plonge la main, fouille, trouve, arrache une pousse comme trésor révélé.
Ainsi passent. Les heures, les jours, les années. Le temps n'a plus cours, le temps n'existe plus depuis longtemps, qui parle encore du temps, c'est oublié, aboli, anéanti.
Elle reste et disparaît à nouveau.
Ailleurs, ailleurs encore.
Ailleurs, dans un espace neuf et absurde, vide, stupéfiant.

Brahms à Marienbad de Patrice VIGUES


Malta compil 2001 : "La glaciation des sexes" : (avec lecteur mp3)

A la période dure il y avait "La glaciation des sexes", poème extrait du recueil "Mauvaises nouvelles" et publié par la revue Alpes Vagabondes en 2003 :

Les sexes libérés en prison
les sexes en prison à la casse
Cette chaîne d'appels dérisoires
Nous est restée sur le coeur
Comme une ardoise à bercer
Notre histoire au début
Etait pourtant bien partie
Et voilà que la pirouette des coeurs prend toute la place
Il faut choisir une autre voie
Pour nous endormir sur l'autoroute des rêves
Robes et langes
Rêves chatoyants
La route a même été repeinte
Les barreaux de la prison d'Oedipe
Ont fondu sous le soleil germinal
Nous ne sommes que des sexes perdus
Dans l'embouteillage des lumières mortes
Un feu trop désiré
Un feu mort
Avec nos ailes brûlées
Nous voyageons trop vite
Nous pouvons nous arrêter aussi
Enterrer notre lune dans le sable
Repartir avec de nouvelles conserves
Qui font un bruit infernal
Et amusent tout le corps
Bougeant jusqu'à l'éternité
Les passagers clandestins
Se noient par milliers dans ces ferrailles
Mais nous voyageons
Et les corbeaux des mers
Avalent notre sexe repoussant

Sur fond musical de TcherNoByle le Prophet mix via le site de partage musical Dogmazic, site de musique sous licence libre, https://www.dogmazic.net/

De Véronique Joyaux (extrait de T-B 77)

J'avais peur du dehors
de la ville de ses bruits
sa violence et sa solitude
Je voulais m'entourer de laine
échapper à la douleur aux cris
me replier sur moi-même
pour me protéger me prémunir.
Dans la cage je n'ai trouvé que des barreaux
quelques graines et de l'eau
J'écoutais les bruits du dehors et soudain
je les trouvais beaux
Alors je me suis faite petite et me suis glissée dans la maison
La fenêtre était ouverte
et j'ai pris mon envol.

Image de Pierre Vella et en son hommage


 

De Pascal Dandois (extrait de T-B 74)

La folie comme
Un chewing-gum
À la violette
S’est collée
À mes baskets
De grande tête brûlée
Mais j’aimerais tant
Que tu prennes en considération
La nullité des temps
Qui donne à tes seins
Un parfum
De fin
De toi.

Viande (Open) de Cathy Garcia


Et pour en savoir plus sur les illustrations, la revue et les textes de Cathy Garcia, je vous propose de leur rendre visite :

Poésie et peinture, l'impensé imaginable, de Pierre Vandrepote

Le blog de Pierre Vandrepote, intitulé "Poésie et peinture, l'impensé imaginable", donne à lire des réflexions sur l'œuvre d'écrivains (pas forcément "que" poètes) et penseurs, tout en se penchant aussi sérieusement sur le cas de la poésie.

J'ai bien aimé ce blog pour la densité et la finesse de ses réflexions (il y a du texte !) sur la poésie (obligé !), tout particulièrement, leur introspection et rétrospection synthétiques, et enfin leur absence de certitudes.

À noter également une prédisposition pour l'univers de la poésie surréaliste, avec laquelle je me sens toujours familier.

Pour y aller, c'est ici.

Traction-brabant 41

S’il y a bien un truc dont ne parle guère la poésie, c’est du sport. Donc je vais en parler. Et pourtant, la poésie n’a rien à envier au sport qui n’a guère plus de succès qu’elle, malgré les apparences. Je ne parle pas des spectacles de télé, mais du vrai sport, celui de la sueur. Allez voir les compétitions qui se déroulent près de chez vous, à part les familles des participants, vous n’y trouverez pas grand monde. Car le sport est hélas une affaire de spécialistes, comme la poésie.
Par contre, ils l’aiment pas beaucoup le sport, les poètes. Faut dire qu’ils le connaissent mal. En
plus, ça gigote dans tous les sens, le sport. Ça dérange le sommeil des poètes !
En fait, si les poètes aiment pas beaucoup le sport, c’est à cause de la compétition tandis que dans
la poésie, l’esprit de compétition, ça n’existe pas, avec ces concours, ces résidences… Et pis la compétition c’est l’argent… pour quelques uns, dans le sport comme dans… la poésie (à part qu’il y en a beaucoup moins).
Ainsi, victimes des matraquages médiatiques, les poètes finissent par croire qu’il n’y a que des sportifs professionnels. Alors qu’en vérité 90% des sportifs sont des amateurs et qu’ils n’y gagnent rien, sauf qu’ils peuvent se retrouver chez le médecin aussi vite que s’ils avaient bien fait la fête, comme on dit. Nombre de poètes nombrilistes préfèrent donc pratiquer les vers éthérés et les indignations factices, parce que ça leur coûte moins cher en énergie, ce qui ne les empêche pas d’être capables de prendre les sportifs amateurs pour des masochistes patentés. Comme si les poètes n’étaient pas non plus des masochistes !!!
Tout de même, dans le sport, il y a des possibilités d’action, tandis que dans la poésie, il n’y a surtout que des possibilités d’endormissement (voir la majorité des recueils publiés, me dites pas le contraire).

Et pis, dans le sport, il peut y avoir du collectif même dans l’individuel, alors que dans la poésie, les gens sontsouvent bien bien compliqués, alors que les choses sont hyper simples : tu veux performer dans la poésie, eh bien t’as besoin des autres. Alors tu payes ta licence de poète pour aller dans un club.
En fait, c’est parce qu’ils sont jaloux de l’argent gagné par quelques sportifs (les faux) que les poètes se reconnaissent davantage dans le pinard. Apparemment, ça les choque moins la richesse des vignerons !
Pendant qu’on parle de dopage, arrêtez de dire que tous les sportifs sont des dopés. Pour que le dopage se voie, il faut déjà être très bon avant ! Essayez vous-mêmes, vous verrez pas la différence. En tout cas, si vous avez des poèmes sur le sport, je suis preneur. Ça nous aèrera un peu les neurones !

P.M.

Le site de Marc-Albéric Lestage

En suivant le lien ci-après, vous pourrez faire un tour sur le site de Marc-Albéric Lestage, qui décrit l'ensemble de ses activités artistiques, notamment musicales (d'interprète multi-instrumentiste et de compositeur) et poétiques (par la publication de recueils à la fois denses et à la forme d'objet-livre originale).

Pour y aller, c'est ici.

Monday, June 20, 2022

De Nadège Cheref (extrait de T-B 97)

 
La chair équivoque
 
Je t’aime mais tu ne le sais pas.
Et je suis là,
là où,
les rues grouillent de glapissements
à en crever le bitume !
 
J’aperçois le voile de ton sourire,
me voler mon désir
et le fragmenter doucettement
dans la poussière nocturne.
 
 
Le temps s’arrête.
 
Et je pense à toi, tout bas.
Je tends ma joue
dans l’air duveteux
et ta main
effleure ma peau étoilée
comme le bruissement sourd du Zéphir.
 
Je frissonne.
 
Alors, j’entends au loin, une musique,
le flottement ivre des chauve-souris,
balayer le vent moqueur
      et voler dans l’obscurité.

Tuesday, June 14, 2022

D'Hélène Miguet (extrait de T-B 89)

Est-ce que le silence un jour se tait ?

Personne ici ne lui a demandé de crier si fort, personne n’est né vivant pour supporter ses hurlements de lune à l’envers ni ses grincements de loup à l’affût. Sa gueule cassée

de remords s’ouvre sur la gorge des mots et mâche lentement leurs soubresauts de vie encore flûtée comme ces voix qui tremblent souvent au bord des seuils et que ce satané silence roué aux tortures subtiles

étrangle  

sadique sarabande.

Saturday, June 11, 2022

Le feu central de François-Xavier Farine

C'est un joli titre pour un blog (aussi) : "Le feu central. C'est bien quand les poètes ont encore le feu central ! ça devrait être obligatoire !

Dans cette publication - un blogspot tout simple comme ceux que j'anime - se côtoient quelques poèmes de François Xavier Farine, le tenancier de blog, mais également pas mal de chroniques de recueils.

La poésie comme une tranche de vie, voilà ce que vous lirez ici. Et c'est déjà pas mal. Et aussi, ça se lit bien !

Pour retrouver Le feu central, c'est ici.

Traction-brabant 44

C’est Marrant. Depuis deux trois ans, je vois fleurir de plus en plus de pseudos dans Traction-brabant, alors qu’au début, lorsque j’ai commencé, pour parler comme un vieux con, ils se comptaient sur les doigts d’une main.
Que certains poètes ne se sentent pas précisément visés par cette rubrique. Simplement, je m’interroge sur cette pratique que je comprends mais regrette aussi un peu.
Je la comprends parce qu’avec l’expansion d’Internet, Big Brother a des yeux tout neufs. Alors oui, dans la plupart des cas, écrire de la poésie peut porter préjudice à l’individu. Vous savez, c’est ce jeu stupide : la majorité des personnes n’écrit pas de poésie, donc il vaut mieux ne pas en écrire pour ne pas appartenir à la minorité. On sait pas pourquoi, mais c’est comme à l’armée, tu dois ressembler aux autres et pis surtout pas de vagues !
Néanmoins, la pratique du pseudo a également pour effet de faire de la poésie une maladie honteuse, voire contagieuse. J’ai toujours l’impression d’entendre dire : « La poésie c’est bien. Mais faut pas que ça contamine le reste, ma vie raisonnable, la famille etc. Faut bien savoir séparer le bon grain de l’ivraie ». Alors qu’au contraire, j’aurais tendance à souhaiter que la poésie contamine le reste, et tout particulièrement les imbéciles, qu’ils soient poussés à l’erreur, ou bien qu’ils s’ôtent de mon soleil et n’y reviennent jamais ! Parce que la poésie, c’est aussi la vie et pas autre chose !
De manière générale, j’ai envie de dire aux auteurs : Bon dieu, assumez votre état, embêtez pas tout le monde avec vos turpitudes artistiques, mais soyez quand même un peu poètes dans la vie, et si les autres ne comprennent pas, tant pis pour eux !
Il fut un temps où je me fichais des hauteurs qui étalent leur soi-disant génie, alors que les autres s’en moquent, et maintenant, je commence à me demander si nous n’allons pas tomber dans l’excès inverse, c’est à dire au 36e dessus, avec les premiers crétins, pour ne pas avoir eu le courage de nos passions et ne pas avoir assumé en plein jour notre maladie, la poésie.
Vous me direz : on peut très bien utiliser un pseudo et faire le malin auprès des autres poètes : alors là, c’est encore pire, puisqu’il s’agit de la maladie de l’agent double. Imbu de lui-même dans le réseau et fuyant dans la vraie vie.
Car être poète tous les jours, cela ne reviendrait-il pas à disposer de franchise envers les autres, et pas que pour de la poésie ?

P.M.

"Abel Ferrara", illustration d'Alain Minighetti



Wednesday, June 08, 2022

Incipits finissants (90)

Par la magie des évènements, la vie avait changé en profondeur. Les rues étaient devenues calmes. On n’entendait plus le bruit des moteurs. Il n’y avait plus d’embouteillages. Pour la première fois depuis toujours, ce n’était pas la guerre, mais le couvre-feu. Le corps se réveillait reposé. Le monde d’avant était mort. On ne risquait pas de se faire écraser en traversant la route. Les trottoirs nous appartenaient. On ne se marchait plus sur les pieds.

Du coup, le corps ralentissait et le chant des oiseaux, auquel on ne prêtait guère attention, d’habitude, redevenait plus net. D’ailleurs, les oiseaux descendaient presque becqueter à nos pieds. Même si la pollution était, la plupart du temps, invisible, sauf en cas de pot d’échappement bouché, de passage dans un tunnel, etc., les bronches, cette fois-ci, se dégageaient. Était-ce juste un effet psychologique ?

Non, pas. La pollution avait diminué. La différence avec le monde d’avant se vérifiait. Ce dernier était mort, à présent. Il fallait s’imprégner en profondeur de ces nouvelles sensations pour l’enterrer, l’ancien monde. Il suffisait de cela, en théorie.

Parfois, le corps se sentait encore plus seul qu’auparavant. Mais c’était juste un réflexe à prendre. Non, le passé ne reviendrait pas.

Seulement, voilà, il y avait les sous, ou plutôt, le manque de sous pour beaucoup et le trop plein de sous pour quelques-uns. Était-on si certain que le monde de demain ne serait pas pareil au monde d’avant ?

Alors, comme à regrets, afin de renflouer les trésoreries, on recommença à produire du bruit de chantiers, à débrider les pots d’échappement hors du garage. Sauf que la machine était ankylosée.

Pourtant, on ne pouvait pas rester comme ça pendant dix ans, le cul entre deux chaises. Soit on arrêtait tout, soit on repartait, car il y avait trop de gêne à demeurer entre deux états, à tout le temps hésiter sur la conduite à tenir, comme sur les gestes barrière à effectuer. Et puis, qu’importe, la vitesse en bagnole, ça enivre. Petit à petit, le chant des oiseaux fut de nouveau recouvert par le vrombissement des moteurs. Le retour au passé fut progressif pour ne pas trop perdre l’être humain. Enfin, la pollution reprit le dessus, dans son nuage, que l’on oublia vite.

Le monde d’après ressemblait comme deux gouttes de pluie acide au monde d’avant. À moins que l’on tente le jeu des sept différences ?

P.M.

 


Sunday, June 05, 2022

D'Éric Jaumier (extrait de T-B 85)


L'éther

ton bec
dans la petite
tauromachie
du jour.

Ton bec pique
ce peu !

montre quelques
reflets,
vagabonds.

racle la voix
la peau du tambour

l'énigme nue
in fine
chante à tue-tête.

Incipits finissants (85)

Quand je pense aujourd’hui à ma vie de poète et que je compte tout ce que j’ai écrit, je me dis : bon sang, comment y suis-je parvenu ? Il...