Thursday, December 31, 2020

Incipits finissants (81)

Messieurs les Écrivains, nous connaissons votre maladie. Vous ne pouvez pas vous empêcher d’écrire et de publier, et cela ne vous procure aucun bonheur. C’est une maladie d’autant plus grave, que, le plus souvent, vous écrivez contre le monde. Et pendant que vous écrivez, le monde ne change pas. Et une fois que vous contemplez votre chef d’œuvre, votre petite vie n’a pas varié d’un iota. D’où ce typique effet dépressif, dû au fait de n’avoir pas pu accéder à la reconnaissance, toujours méritée de votre point de vue.
Cependant, nous avons des solutions pour vous guérir de votre dépendance.
Tout d’abord, il y a la méthode Rimbaud. Elle consiste à s’abrutir dans le travail pour ne plus avoir envie d’écrire. En effet, le sujet, épuisé par les heures qu’il passe à gagner sa vie, ne voit plus l’utilité de s’adonner à quelque chose d’aussi vain que la littérature. À cet égard, les sales boulots prenants et mal payés ne manquent pas. Depuis serveur jusqu’à chercheur d’or, en passant par salarié d’un centre d’appels. Attention, cependant, de maintenir la pression sur le malade. Par exemple, en mettant à sa disposition un téléphone portable ou une tablette, afin d’accélérer le processus de guérison.
Si cette méthode Rimbaud enregistre de bons résultats avec les plus jeunes, elle ne fonctionne pas avec leurs aînés, qui, dévorés par la couenne, refusent d’avancer, surtout avec une carotte brandie sous leur nez.
Heureusement, nous ne sommes pas démunis. Nous avons créé la méthode de la rentrée littéraire. Nous vous enfermons dans une pièce aveugle. Bien sûr, vous êtes privés de papier vierge et de crayon. Le but du jeu est de lire la totalité de la production de romans en France paraissant en septembre (équivalence poétique : tous les livres nouvellement édités en juin sur la place Saint-Sulpice). Il y a une dimension cannibale dans cette injonction. C’est pourquoi nous nous excusons par avance de vous demander de lire ce que vous avez pu écrire. Bien sûr, il y a autant de chefs d’œuvres que de nanars, sauf que les premiers ne sont pas plus connus que les seconds. Vous disposez de tout le temps nécessaire, à condition que ces livres soient tous lus. Sinon, le traitement ne sera pas efficace. Pour celles et ceux qui lisent trop vite, nous pouvons vous réserver, en plus, la production de la rentrée littéraire d’avant. À ce jour, notre réussite est parfaite. Nos patients ont cessé d’écrire, au minimum, tout le temps qu’ils ont lu. Et n’allez pas croire que ce retrait des écrivains a diminué le nombre de livres publiés. À présent, ce sont des robots qui écrivent vos textes…
P.M.

Numéro 85 de Traction-brabant


Le numéro 85 de "Traction-brabant" est vendu au prix de 2,60 €.

Pour plus de précisions, contact association le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Présentation

"TRACTION-BRABANT" (alias T-B pour les intimes) est un fanzine d'écriture, de poésie et autres textes courts, créé en janvier 2004 par Patrice MALTAVERNE (conception, écriture, choix et mise en page des textes) et Patrice VIGUES (illustrations).

"TRACTION-BRABANT" existe aussi et surtout sous sa version papier à une cent soixante-dizaine d'exemplaires par numéro. Le poézine est à parution aléatoire, quoique... si tous les deux trois mois, les combattants sont en forme, un nouveau numéro sort de leur tanière.

"TRACTION-BRABANT", aujourd'hui publié par l'association Le Citron Gare, ne demande aucune subvention, le poézine a juste pour but de faire circuler à son modeste niveau une poésie pas trop classique ni trop molle surtout, ainsi que de véhiculer certaines pistes de réflexion, sans pour autant qu'il ne soit tranché dans le vif.

Plus précisément, à l'origine, TRACTION-BRABANT est la contraction de traction avant, l'auto et de brabant double, la charrue à double soc. Cela montre avant tout notre nostalgie pour ces vieux objets mécaniques ainsi que notre méfiance par rapport à un progrès non mesuré...

Les auteurs (poètes, illustrateurs) présents dans "TRACTION-BRABANT" sont plus de cinq cents, d'après les dernières stats.

Ce blog a pour but de reproduire des extraits du zine sous sa version papier et de faire connaître davantage ce que nous faisons....

"TRACTION-BRABANT" s'efforce d'encourager ses participants à des échanges de textes et d'idées et pourquoi pas à de possibles rencontres.

S'il vous plait, n'envoyez jamais plus de 10 pages format A4 (en un seul fichier et format Open office ou Word, de préférence) si vous contactez le poézine, sinon, votre manuscrit ira direct à la poubelle virtuelle, mais la poubelle quand même ! Je n'ai pas besoin de lire des tonnes de pages d'un auteur pour savoir de quoi il en retourne !

P.M.

Contact pour l'association Le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Pas le bout du tunnel


De Basile Rouchin (extrait de T-B 37)

Passage en caisse
Main de papa poule
Signe la facture :
On quitte magasins, cabines et caddies.

En chemin,
Le petit joue à la console,
Sa soeur allume son baladeur dernier cri,
Mes nouveaux dessous couvent des promesses...

Main de père tranquille
Rivée au volant,
Entame une manoeuvre.

Retour au foyer : Main de propriétaire
Nerveusement cherche ses clefs.

Claquement de portes.
Pater inhospitalier : tu te découvres.
Me mater ?

Pas le temps de me changer.
Main d'époux assure la distribution,
Saigne mon corps,
Code barre ma peau

Et j'encaisse par amour des marques

Le déjeuner du crocodile d'Elsa Hieramente

Le site d'Elsa Hiéramente porte bien son nom. Il donne une idée exacte de ce que s'y trouve : textes, illustrations (dessins en couleurs plutôt que peintures à l'huile, côté clair plutôt que sombre), notamment pour des albums jeunesse.

Plus précisément, textes et dessins se correspondent. Les poèmes sont légers, du moins, en apparence, et surtout décalés. 

Ils racontent des histoires à imaginer.

Et les dessins colorent ces histoires.

Pour accéder au déjeuner du crocodile, l'entrée de sa mâchoire, c'est ici.

Vue sur l'usine à préservatifs de Patrice VIGUES

Le Code de déontologie des loubs (part seven and the last) : avec Windows media player

Hé oui, il faut bien en finir un jour avec les loubs. Histoire de vous préciser juste que ces derniers sont, comme les autres humains, d'affreux matérialistes et qu'ils ne se laisseront jamais déposséder de ce qu'ils ont, à savoir pas grand chose. Avec la boite à musique de BGdu57 et leur titre "International laughing". Via le site de partage musical Dogmazic.

De Xavier Monloubou (extrait de T-B 78)

Les matins de grâce

L’idée me suit. Accrochée à la vie qui d’étale, presque s'enfuit.
Penser l’éternel pour mesurer l’autre éternel.
Lorsque le soleil fait tomber son fer chaud sur le pavé.
L'esprit bruine et devient doux. L'ange joue avec le loup et l'amour n'est plus menacé.
Au milieu des bois. L’arbre et le cygne blanc se mettent à brailler de joie.
1000 rêves ont assiégé les cendres. De l’autre côté de l’arbre. Le règne.
Les rêves nous y ramènent. De plus en plus nombreux. S’entourant de pluie. À peu près sans aucun bruit. Seuls avec la prière. Et l'idée simple de nous rendre heureux.
(27-03-16)


Incipits finissants (85)


Quand je pense aujourd’hui à ma vie de poète et que je compte tout ce que j’ai écrit, je me dis : bon sang, comment y suis-je parvenu ? Il y a du temps qui semble manquer dans cette équation. Je n’ai pas rêvé, hélas. Pourtant, j’ai toujours écrit dans l’entre-deux. L’entre deux portes, l’entre deux cafés, l’entre deux demi-journées, l’entre deux corvées, l’entre-deux escapades. Toujours à voler un peu de temps à son rouleau compresseur, toujours à disparaître quelques minutes pour noircir du papier comme un fou furieux, avant de rejoindre le cours de mes émissions normales.
Par exemple, je ne sais pas ce que c’est que me retirer de la société pendant un mois pour écrire (sauf une fois, lorsque j’ai été opéré). Ça n’existe pas dans ma vie. Ça ne devrait pas exister avant longtemps, ou alors, il y aura un problème.
Bien sûr, c’est usant. C’est même rageant, car forcément, comment voulez-vous que je sois certain d’avoir achevé un ensemble qui tienne la route ?
Ce qui me bouffe, précisément, c’est de me dire que si je ne m’étais pas débrouillé comme ça, jamais je n’aurais réussi à publier, ne serait-ce qu’un recueil de textes disparates.
Et puis, en même temps, ce n’est que de la poésie. Ou à peu près. Alors, ce n’est pas grave. Je préfère, à tout prendre, être dans l’action, au moins encore pendant un certain temps, afin d’avoir quelque chose à dire.
Bien sûr, mes poèmes ne sont pas sans défauts. Celles et ceux qui auraient un peu de temps à perdre à les décrypter, y repéreraient des erreurs, incohérences, reprises, problèmes de soudure. Ceci dit, ils passeraient plus de temps à les analyser que j’en ai mis à les écrire ! C’est ça qui est le plus drôle ! Et qu’est-ce que ça me casserait les pieds de devoir corriger ensuite mes textes comme s’il s’agissait de devoirs d’école !…
En plus, quand je lis une majorité de choses publiées par les gens qui ont le temps d’écrire, ça me rassure ! Car, je sens très vite que c’est de la poésie de glandeur.
En effet, quand on enlève tout ce qui est recopié du carnet de notes (au lieu d’être imaginé, comme quand on n’a pas le temps !), ainsi que les références littéraires explicites qui émaillent ces poèmes, je constate qu’il ne reste pas grand-chose de vivant à l’arrivée. Et je ne peux m’empêcher de penser : c’est de la poésie super bien fichue qui aurait dû ne pas être publiée. Du coup, je me console en écrivant de la poésie pas forcément publiable, à cause de toutes ses ratures qui ne sont pas corrigées.

P.M.

"- un avatar - des zavatta : - i.m. achille-" (illustration de Jean-Marc Couvé)



De Diana Bifrare (extrait de T-B 83)

entré sans préavis
insistant sur les volets boisés
de la porte
effleurant les pavés du seuil
comme un félin ou un chien
traînant sous ses pattes
les parfums de terrasses
jusqu'à la cuisine

à l'intérieur
on ne s'attendait plus vraiment
au soleil
on a ouvert du côté jardin
le cœur agité de la saison tardive

pareille au sourire
une lumière couchée dans l'herbe
de cette façon assez effrontée
nous incite à faire de même

et j'ai souri de tout mon corps
à la nudité du monde
dans les becs des oiseaux

quand les corolles écorchées
retournent dans l'ordre des fleurs
sous les semelles du temps

on lui tend ce biscuit de soleil
comme à l'enfant
qui en met partout

en plein quatre-heures du printemps

Cézanne : illustration de Henri Cachau




Pour en savoir plus, contact : henricachau@free.fr


De Roland Cornthwaite (extrait de T-B 54)

Je serais cette balle (extrait)

Je serais cette balle,
Saisie au vol,
Chemise d’acier,
Taille ajustée,
L’élégance aérodynamique.

Je serais cette balle,
La tension contenue dans l’élan,
Le projet, le tracé rectiligne,
La déchirure de l’air
Sur la ligne de mire.

Je serais cette balle,
Juste le poids,
Et juste la poussée,
Quelques grammes d’indifférence,
Juste une balle.

Je serais ce point,
Dix grammes de menace,
390 mètres à la seconde,
Je n’aurais pas d’affect
Hors cette poussée qui tend ma trajectoire.

Je serais les forces qui me guident,
La pointe de la pensée.
La déflagration de la charge sous le percuteur,
Là je suis née,
Libre du sertissage.

Je serais cette balle,
La pression de la phalange,
L’influx nerveux.
L’ordre donné,

L’ordre dicté,
Je serais l’obéissance.

Je ne tue pas,
Je suis la balle,
La pointe de la pensée dite en haut-lieu,
Dite hors les lieux, hors-champs, de mon chant,
Je ne tue pas,
Quelques grammes de plomb,
Dix grammes silencieux.

L’explosion m’a projeté,
Chargée du discours loin pensé,
Loin, calculs et bilans comptables,
Loin, bureaux sous pression,
Loin, les valeurs marchandes, les partages impossibles,
Les accrocs et déchirures du monde,
            pression des dictats de la rentabilité, dans l’urgence à remplir le tableau,
De voir la courbe grimper, grimper, grimper,
Escalader les sommets, sommets de papier-dollars,
Sommets de feu, paille des nations.

Là saisie dans l’élan de moi,
Rien,
Quelques grammes, quelques secondes.

Dans l’arrêt, le silence,
Et dans le silence,
Rien.

Je suis la pointe de la pensée.

Image de Pierre Vella


Le Raudi à Metz

Une fois n'est pas coutume. Je fais de la pub pour un site d'actualités culturelles messin. Il s'agit du Raudi, ou la culture autrement, comme c'est très bien résumé.

A côté de nombre de manifestations et d'initiatives locales présentées à la une, vous trouverez en cliquant sur le bandeau de droite un lexique messin. De quoi prendre son passeport et venir vivre en France de l'extérieur.

Vous verrez : on y arrive. J'en suis la preuve vivante ! 

A ne pas manquer également une belle série de contrepèteries messines...

Le Raudi, c'est ici.

Monday, September 07, 2020

De Fabrice Farre (extrait de T-B 44)

Les routes de la terre

Nos petites vies sous
les plafonds pas plus hauts
que nous. Petits rêves,
petits salaires, des rêves
ramenés aux posters,
aux lumières, et nous
papillons fidèles, nous
aurions la danse folle.
Toutes les villes
s’abaissent, l’univers
est vaste. D’un contraire
l’autre, la tension résignée,
le monde est une belle toile.
Peut-être un papier peint
qui suffit à tracer ici une route
là jamais plus qu’une route.

Sunday, August 30, 2020

Sitaudis

Le site Sitaudis, animé par Pierre Le Pillouer, regroupe différents chapitres, qui ont pour noms "Parutions", "Incitations", "Poèmes et fictions", "Apparitions", "Célébrations" et "Prescriptions".

Pour résumer les choses, ce site contient à la fois des des poèmes ou textes en prose, mais également des des chroniques de livres et des textes théoriques sur la poésie, le tout rédigé par les nombreux collaborateurs du site.

Résolument ancré dans la poésie d'aujourd'hui, Sitaudis constitue une porte d'entrée possible pour celles et ceux qui souhaitent se tenir de ce qui s'écrit de moderne dans ce domaine.

Sitaudis, sitôt fait, c'est ici.

Saturday, August 15, 2020

Recours au Poème

Recours au Poème est une belle revue numérique consacrée à la poésie, très riche en contributions (192 numéros en février 2019) et en perspectives.

Poèmes, essais et chroniques de livres et de revues, entretiens, agenda s'y croisent.

La présentation est rendue dynamique par la succession d'images (photos couleur d'auteurs et couvertures de livres) et de titres en surimpression 

Bref, un bel objet immatériel qui donne l'envie d'aller s'y plonger.

Car il est vrai que les visiteurs de "Traction-brabant" ont tous Recours au Poème ! Et ils ne s'en portent pas plus mal !

Friday, August 07, 2020

De Charles Orlac (extrait de T-B 76)

Inventaire

Nouvel an : impossible bilan.
À tout hasard pourtant j’ai dressé l’inventaire
De tout ce que j’ai gardé en dépôt
De ce qui n’est qu’un désordre de plus
Un désordre nouveau :
Des frénésies pour crânes exigus

Des chevelures houleuses tranchées dans la soie

Des draps pliés parfumés, une averse dans l’armoire

Un billot de chêne maculé d’éclaboussures
D’aube sur des restes de nuit

Un escargot à la rue, expulsé
Des limaces coquettes essayant sa coquille

Des camelots, les lundis, sous le métro aérien

Des nuits incertaines mal refermées
Comme de vieux tiroirs sur des envies lubriques

Dans la ruelle étroite, pavés luisants,
Des réverbères amnésiques
Angelots vieillots, retraités du gardiennage

Des lèvres célébrant le calice l’autel
Des livres genèses des pires génocides

Des candélabres aux murs de manoirs délabrés

Des arbres, le tronc noir et la branche coupable,


Blanche à l’endroit de la corde nouée,
L’envers d’un décor bucolique, lynché

Des machines de guerres froides sanglantes
Avec dans leurs tambours toutes les voix petites
Le silence qu’on étrangle.

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