Tuesday, December 31, 2019

Incipits finissants (81)

Messieurs les Écrivains, nous connaissons votre maladie. Vous ne pouvez pas vous empêcher d’écrire et de publier, et cela ne vous procure aucun bonheur. C’est une maladie d’autant plus grave, que, le plus souvent, vous écrivez contre le monde. Et pendant que vous écrivez, le monde ne change pas. Et une fois que vous contemplez votre chef d’œuvre, votre petite vie n’a pas varié d’un iota. D’où ce typique effet dépressif, dû au fait de n’avoir pas pu accéder à la reconnaissance, toujours méritée de votre point de vue.
Cependant, nous avons des solutions pour vous guérir de votre dépendance.
Tout d’abord, il y a la méthode Rimbaud. Elle consiste à s’abrutir dans le travail pour ne plus avoir envie d’écrire. En effet, le sujet, épuisé par les heures qu’il passe à gagner sa vie, ne voit plus l’utilité de s’adonner à quelque chose d’aussi vain que la littérature. À cet égard, les sales boulots prenants et mal payés ne manquent pas. Depuis serveur jusqu’à chercheur d’or, en passant par salarié d’un centre d’appels. Attention, cependant, de maintenir la pression sur le malade. Par exemple, en mettant à sa disposition un téléphone portable ou une tablette, afin d’accélérer le processus de guérison.
Si cette méthode Rimbaud enregistre de bons résultats avec les plus jeunes, elle ne fonctionne pas avec leurs aînés, qui, dévorés par la couenne, refusent d’avancer, surtout avec une carotte brandie sous leur nez.
Heureusement, nous ne sommes pas démunis. Nous avons créé la méthode de la rentrée littéraire. Nous vous enfermons dans une pièce aveugle. Bien sûr, vous êtes privés de papier vierge et de crayon. Le but du jeu est de lire la totalité de la production de romans en France paraissant en septembre (équivalence poétique : tous les livres nouvellement édités en juin sur la place Saint-Sulpice). Il y a une dimension cannibale dans cette injonction. C’est pourquoi nous nous excusons par avance de vous demander de lire ce que vous avez pu écrire. Bien sûr, il y a autant de chefs d’œuvres que de nanars, sauf que les premiers ne sont pas plus connus que les seconds. Vous disposez de tout le temps nécessaire, à condition que ces livres soient tous lus. Sinon, le traitement ne sera pas efficace. Pour celles et ceux qui lisent trop vite, nous pouvons vous réserver, en plus, la production de la rentrée littéraire d’avant. À ce jour, notre réussite est parfaite. Nos patients ont cessé d’écrire, au minimum, tout le temps qu’ils ont lu. Et n’allez pas croire que ce retrait des écrivains a diminué le nombre de livres publiés. À présent, ce sont des robots qui écrivent vos textes…
P.M.

Numéro 81 de Traction-brabant


Le numéro 81 de "Traction-brabant" est vendu au prix de 2,40 €.

Pour plus de précisions, contact association le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Présentation

"TRACTION-BRABANT" (alias T-B pour les intimes) est un fanzine d'écriture, de poésie et autres textes courts, créé en janvier 2004 par Patrice MALTAVERNE (conception, écriture, choix et mise en page des textes) et Patrice VIGUES (illustrations).

"TRACTION-BRABANT" existe aussi et surtout sous sa version papier à une cent soixante-dizaine d'exemplaires par numéro. Le poézine est à parution aléatoire, quoique... si tous les deux trois mois, les combattants sont en forme, un nouveau numéro sort de leur tanière.

"TRACTION-BRABANT", aujourd'hui publié par l'association Le Citron Gare, ne demande aucune subvention, le poézine a juste pour but de faire circuler à son modeste niveau une poésie pas trop classique ni trop molle surtout, ainsi que de véhiculer certaines pistes de réflexion, sans pour autant qu'il ne soit tranché dans le vif.

Plus précisément, à l'origine, TRACTION-BRABANT est la contraction de traction avant, l'auto et de brabant double, la charrue à double soc. Cela montre avant tout notre nostalgie pour ces vieux objets mécaniques ainsi que notre méfiance par rapport à un progrès non mesuré...

Les auteurs (poètes, illustrateurs) présents dans "TRACTION-BRABANT" sont plus de cinq cents, d'après les dernières stats.

Ce blog a pour but de reproduire des extraits du zine sous sa version papier et de faire connaître davantage ce que nous faisons....

Enfin, "TRACTION-BRABANT" s'efforce d'encourager ses participants à des échanges de textes et d'idées et pourquoi pas à de possibles rencontres.

À l'inverse, merci de ne pas entrer en relation avec "TRACTION-BRABANT", si vous êtes une vedette de cinoche, que vous vous la jouez professionnel(le) - rester simple ne signifie pas toujours être idiot, enfin, il me semble !

P.M.

Contact pour l'association Le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Les moutons reculent plus vite que la Traction


C'est sûr ça oui !

"Un regard sur la route" d'Antoine Delahaye

Il y a un peu de tout dans ce blog d'Antoine Delahaye, mais au moins ça change les idées, car il n'y est pas question que de poésie au sens strict, mais aussi de cinéma, par exemple (affiches de films).

Je trouve le titre du blog très beau, d'ailleurs : "Un regard sur la route".

Pour ma part, mon regard s'est arrêté en premier sur des haïku collés de nuit dans la ville du poète : Charleville-Mézières.

Puis ensuite je suis tombé sur un slam. Cette écriture peut être plus musicale que celle d'un poète bien contemporain, trop ami des livres !...

"Un regard sur la route" d'Antoine Delahaye tient aussi du journal, de l'instantané de pensée...

Pour aller prendre l'air (sur la route), c'est ici.

De Nicolas Pain (extrait de T-B 81)

en hommage à Anna Akhmatova

Elle aime les parquets en chêne clair,
Tâchés de cire pendant les galas,
Les vestons brodés, les robes en taffetas,
Et tous ces regards sur sa gorge de verre.

Toi, tu sens bon comme le Liban et l’encens.
« La voici. Hâte-toi, ma bien-aimée. »
Ses escarpins effleurent notre entrée.
Elle est là. Tu trembles et ta joie t’étrangle.

Elle et toi, seuls pour la première fois.
La Belle Meunière tomba sur un lit de lettres.
Elle pianote. Elle chante aussi peut-être.
Crie-t-elle aussi parfois ? Tu t’en lasseras.

Je connais tes yeux soumis et suppliants.
Garde tes fourrures et tes soieries fines,
Je n’en veux pas. Rivalise-t-on avec Messaline ?
Offre plutôt à ta nouvelle petite oie ces brillants.

Quand ton bonheur te paraîtra vulgaire,
Que tes yeux gris brilleront pour ton épouse,
N’espère pas que je me jette à genoux
Sous les sabots de ton cheval blanc et fier.

Ce soir, je t’accompagnerai chez ta belle.
Ne reviens pas. Une vie simple recommence.
Plus de sanglots pour ta frénésie et tes silences.
Plus de mimosa brûlé par tes prunelles.

Lyon, mai 2018

L'insecte se rétracte mais ne se rend pas de Patrice VIGUES



Malta compil : 2001 (avec Windows media player)

A la période dure il y avait "La glaciation des sexes", poème extrait du recueil "Mauvaises nouvelles" et publié par la revue Alpes Vagabondes en 2003 :

Les sexes libérés en prison
les sexes en prison à la casse
Cette chaîne d'appels dérisoires
Nous est restée sur le coeur
Comme une ardoise à bercer
Notre histoire au début
Etait pourtant bien partie
Et voilà que la pirouette des coeurs prend toute la place
Il faut choisir une autre voie
Pour nous endormir sur l'autoroute des rêves
Robes et langes
Rêves chatoyants
La route a même été repeinte
Les barreaux de la prison d'Oedipe
Ont fondu sous le soleil germinal
Nous ne sommes que des sexes perdus
Dans l'embouteillage des lumières mortes
Un feu trop désiré
Un feu mort
Avec nos ailes brûlées
Nous voyageons trop vite
Nous pouvons nous arrêter aussi
Enterrer notre lune dans le sable
Repartir avec de nouvelles conserves
Qui font un bruit infernal
Et amusent tout le corps
Bougeant jusqu'à l'éternité
Les passagers clandestins
Se noient par milliers dans ces ferrailles
Mais nous voyageons
Et les corbeaux des mers
Avalent notre sexe repoussant

Sur fond musical de TcherNoByle le Prophet mix via le site de partage musical Dogmazic

De Pascal Mora (extrait de T-B 80)

Casquette, gants et bottes
Le balayeur amasse le déchet des rues,
Son balai de brande racle les épluchures
Les vestiges des repas vite pris.

Il réunit la boue des faubourgs
À toute la couleur puante des trottoirs
La troupe des bureaux s’écarte.
Il ouvre lentement sa main
Il regarde et voit à travers
Paume des palmiers, palme des tambours.

Et le printemps du jour ruisselle sur les branches
Les clartés passent derrière les pins,
Les routes bordées de platanes.
Elles diffèrent à chaque tableau du jour,
Ces fenêtres d’heures obliques.

À travers la boite de pluie,
Je regarde la place,
Le visage des lieux rayonne
Sur le visage de mon frère.

Je chemine dans un paysage
De fleuves et de crues qui se nouent, se dénouent.
La vie présente se déverse
Dans les méandres de la vie suivante.

Un regard brûlant, un front clair
Où dansent les épaules nues
Couvertes des éclats de l’eau.
Reflets bleus de lampe brisée.

Traction-brabant 19

Ouaip n’empêche que je continue à penser que nous respectons trop de règles et pour ne déboussoler personne j’essaierai de parler d’écriture.
La présentation de T-B en fait encore tiquer plus d’un après sa majorité, bien que naturelle, mais moi j’aimerais surtout que l’on s’intéresse au contenu de toutes nos petites publications.
Hélas, les pharisiens de tout poil ont tellement élevé le niveau des traditions dans ce monde déjà plein comme un oeuf que nous ne nous rendons même plus compte de ce qui est juste nécessaire pour qu’une publication naisse.
Bien sûr, il y a des standards qui veulent que soient utiles :
- les numéros de pages
- les tables des matières
- les tranches de livres
- les polices de caractères uniformes.
Même cet énoncé, je vous le ferai remarquer, dit comme ça, a l’air comique. Tout ça pour qu’un bouquin finisse à la benne !…A moins qu’il ne s’agisse de courir après de chastes subventions ?
Bref, ainsi nous entrons dans le moule bienséant de l’indifférence. F’rait ben mieux de scruter en quoi un texte peut aider à changer nos pauvres vies, c’est vrai aussi pour T-B qui doute et qui doute.
Cependant, il est amusant de constater que pour accéder à la reconnaissance, il est primordial de pratiquer la forme parfaite.
C’est comme si les lettrés ne savaient plus lire soudain, avec leurs petits yeux.
Bien sûr, ce faisant, on rentre sagement dans le rang, on traverse un mur de connerie dont les larges fissures nous demeurent invisibles.
Prenez plutôt un bon bol d’immédiat nom de dieu, crachez pas dans la soupe ! Et faites plutôt gaffe que votre mixture apprêtée ne devienne pas comme de la poudre en sachets. Cherchez plutôt à fuir les habitudes automatiques. Ne pratiquez pas le jeûne le vendredi !
Bientôt d’ailleurs nous toucherons au but : la population de ce pays se composera en majorité de marginaux qui se seront petit à petit écartés d’obligations légales et timorées (voir en politique).
On réalisera alors que l’absence de règles était plus vivifiante que son contraire. Car après tout il faut bien vivre et même n’importe comment.
P.M.

Arpo

Si vous êtes curieux des revues (actuelles ou anciennes), ce site est fait pour vous, puisqu'il reçoit et recense pas mal de publications périodiques en poésie, autrement dit des revues.

Il s'agit de Arpo, comme Animations, Revues, rencontres en POésie.

Ainsi, Arpo est devenu une vraie base de données en ligne.

Arpo organise également des rencontres poétiques (Tarn en poésie, une fois par an) et des animations (café poésie).

On y trouve aussi des vidéos de lectures poétiques.

Pour savoir tout ce qui s'y passe, c'est par ici...

"Dès qu'on pose" (illustration de Jean-Marc Couvé)


Le blog de Ghislaine Lejard

Le blog de Ghislaine Lejard est une réalisation autant visuelle qu'écrite.
En effet, dans cette publication sont présentées ses participations, en tant que collagiste (j'espère que l'on dit bien comme ça), à travers plusieurs livres d'artiste, notamment.
Plus particulièrement, vous trouverez, dans la rubrique Anthologie, les fruits de la collaboration avec cinquante poètes (à ce jour), invités à écrire un texte sur un des collages de Ghislaine Lejard.
Un exercice qui laisse une belle part à l'imagination...
Pour soulever un coin des collages, c'est ici.

De Gaël Guillarme (extrait de T-B 81)

Notre visage n’est jamais tout à fait le nôtre
mais aussi en large part celui des autres
qu’ils traversent par droit d’usage
vers eux-mêmes ou de plus proches paysages

On voudrait qu’une fois un regard s’attarde
plus longtemps que le temps d’aimer pour qu’il garde
quelque chose de nous et nous prête vie
plus tard si nous en avions perdu l’envie

Tu restes seul Il n’est pas de pire déclassement
parmi les hommes que ce renoncement au protocole
communément admis de l’émerveillement
devant la beauté de la vie et ses vestiges de nécropole

Tu pourrais partir et rejoindre au loin cette île
pour qu’enfin l’eau se montrât dans la transparence
de ces ciels plus proches des plateaux de transhumance
où se disent aussi la blancheur de la feuille et le désir inutile

Tu pourrais boire à l’eau de cette rivière
sise au bord d’une prairie à l’herbe si fluide
dans le vent que ton corps devenu lui-même liquide
accepterait enfin de creuser son lit dans la terre

Tu découvrirais peut-être une nouvelle façon d’aimer
dans la belle de nuit qui fuit l’étreinte de la lumière
et au baiser arraché d’un soleil éreintant préfère
pour s’offrir toute la distance de l’obscurité

Mais tu restes sachant ce qui aura le dernier mot
et quel sera ce mot noyauté de silence
et quel sera ton silence dans ce dernier soubresaut
de poisson dans l’œil duquel entre tout un ciel immense

Mais tu attends cependant qu’à l’ennui de la cime
ne répond seul en toi que l’écho de l’abîme
Dressé sur la plaine des hommes couchés
tu rejoins lentement le reflet de ton horizontalité

Image de Pierre Vella


De Jean-Michel Bongiraud (extrait de T-B 81)

Rouge le peuple noir son esprit et son corps
la houle populaire chante par-delà les enceintes
pas de micro ni de sonorisation l'idéal suffit
dans les ruelles un enfant court vers les hauteurs
la nature reprend des forces et les humbles demeurent humbles
les matins seront froids neigeux et les mains chaudes
quel rouge teinte la vie quel noir adoucit la parole
dans les vallées où songe un serpent une pousse verte s'émancipe
il fera doux dans ce pays où les pluies seront dociles et fécondes

Rouge sur les joues et noir entre les dents
quelle révolution portera l'humain plus loin que sa vue
les affiches interpellent une main les déchire
derrière leurs écrans des gardes en cravate coupent la pensée
le rire des ânes se fait strident et leurs pattes cognent fort
les portails d'acier s'ouvriront sous la poussée du nombre
autant de masques à brûler autant de langues à couper
dans le rouge flambera la vie et sur le noir les guêpes sauteront
aucun martyre n'est utile quand la foule l'accompagne
elle coupera les cercles poussera les cortèges charmera les soldats
de leurs mains douces et calmes les êtres apprivoiseront les écureuils

Le Raudi à Metz

Une fois n'est pas coutume. Je fais de la pub pour un site d'actualités culturelles messin. Il s'agit du Raudi, ou la culture autrement, comme c'est très bien résumé.

A côté de nombre de manifestations et d'initiatives locales présentées à la une, vous trouverez en cliquant sur le bandeau de droite un lexique messin. De quoi prendre son passeport et venir vivre en France de l'extérieur.

Vous verrez : on y arrive. J'en suis la preuve vivante ! 

A ne pas manquer également une belle série de contrepèteries messines...

Le Raudi, c'est ici.

Monday, July 01, 2019

Traction-brabant 81

Si mon poème est un loisir, il me vient illico presto quand je laisse mes pensées vagabonder. Je n’ai pas besoin de faire des efforts. Je regarde ce qu’il y a autour de moi : plein de choses stupides. À chaque fois, les pattes de mouche de la réalité l’emportent. Ou bien je me laisse transbahuter par mes rêves, mâtinés de réel. Et mon poème, s’il pousse de travers, je ne lui coupe pas les tifs. Il grandit comme il a envie, il peut se cogner aux murs, en sortir un peu amoché, et finalement, tourner court au bout de cinq minutes. Conglomérat de déjections de mon esprit vacant, tonneau des Danaïdes à remplir continuellement, il m’aura au moins permis d’occuper dix minutes. J’ai envie d’en envoyer une brassée de pareils à Malta. Il en fera ce qu’il voudra. Au pire, il les jettera à la poubelle sans fond des textes non publiés.

Si mon poème est un métier, j'ai avant tout besoin d’un patron pour l’écrire. Entendez par là une forme obligatoire. Sans patron, pas de sujet. Quant à ce dernier, il sera rendu inoffensif par mon patron. À la limite, il vaut mieux qu’il le soit. Et pas question de changer de forme. En effet, contrairement aux rêveurs, je regarde toujours pousser mon poème. Je le surveille tandis qu’il tente de s’élever dans des limites restreintes, celles que je lui ai fixées. Et je n’écris pas un seul poème, mais une série de textes construits sur un patron identique. Le but est d’écrire le recueil le plus uniforme possible. Mon poème, je veux qu’il ait la boule à zéro. Quand on ouvre un de mes livres, il faut que toutes les pages se ressemblent, afin que le lecteur ne soit pas perdu. Mon poème, c’est le petit soldat d’une grande armée personnelle. Bien entendu, je refuse de l’envoyer à Malta qui ne publie que des ramassis d’humeurs. Moi, j’exige un véritable éditeur, qui m’obéisse au doigt et à l’œil. Car en réalité, je suis ma propre forme.

Si mon poème est une passion, il a une tête et un cœur. Il n’est pas directement inspiré par l’extérieur, il n’obéit pas non plus à un plan précis. Il doit me permettre de résoudre une difficulté, même passagère, même symbolique. Illusion ? Tant pis, je l’écris malgré tout, pour le plaisir du voyage intérieur. D’ailleurs, il n’est pas tout seul, sans être pour autant indifférencié. Il suit sa propre logique et se fout de ce qu’il y a autour. Il ne veut pas toujours être montré. C’est ce que ce poème irradie en moi qui compte. À la limite, je l’enverrai peut-être à Malta, s’il est sympa, ou je ne lui enverrai pas. L’essentiel, c’est qu’il soit écrit. Et qu’il me fasse vivre un peu différemment, dans le monde réel, celui qu’il me faut subir chaque jour. Lorsqu’il s’agit de mettre du beurre dans les épinards. Et basta.

P.M.

Monday, June 24, 2019

Revue Lichen

Et voici un webzine publié sur blogspot : "Lichen", revue de poésie, animée par Elisée Bec, et en même temps cosmopolite (Île de la Réunion, arrière-pays niçois, Vietnam, Haute-Provence). Cette revue privilégie les textes inédits (comme cela peut se comprendre) et les formes brèves (une page par auteur à peu près).

La revue est disponible et imprimable également sous version PDF.

Et pourquoi, "Lichen", au fait ? Parce que "Le premier signe de vie à revenir / sur les blocs de lave refroidie / c'est le lichen".

Dans son "avis aux écrivants", Elisée Bec met en garde contre les auteurs qui seraient tentés d'envoyer des textes sans mot d'accompagnement, de les "asséner", suivant une expression bien sentie. Précision qui pourrait sembler inutile dans un monde normal, mais qui ne l'est pas dans le monde de l'écriture, je vous le confirme !...

Pour soulever un peu de Lichen, c'est ici.

Sunday, June 16, 2019

Traction-brabant 80


Je crois que je viens de trouver un moyen de rendre la poésie plus intéressante aux yeux du grand public. Si, si, je ne plaisante pas.
Vous voulez vivre centenaires ? (ou presque) ? Eh bien, devenez poètes ! C'est génial, non ? La poésie comme élixir de longue vie ! Fallait y penser, n'est-ce pas ? Ça me semble de loin plus efficace que les recherches scientifiques effectuées sur de nouveaux traitements.
Avec la poésie, rien que du naturel !
C'est à la portée de toutes et de tous, en plus. Bon, je reconnais que ça n'a pas toujours été comme ça, hélas.
Sur ce point, les poètes maudits ont été les pires ennemis de leur art. Pensez-vous ! Villon, disparu dans la nature à 32 ans, Lautréamont décédé à 24 ans ! Et cet imbécile de Rimbaud qui s’est tué au boulot à 37 ans ! Quelle honte ! Mais un tel cauchemar, aujourd'hui, est bien fini. Pour trouver un jeune mort en poésie, il faut remonter à Christophe Tarkos en 2004. Et mis à part quelques illuminés qui n'ont rien compris à la vie, tout cela est derrière nous.
Voyez plutôt : Yves Bonnefoy, mort à 93 ans, Eugène Guillevic et Jean Rousselot, à seulement 89 et 90 ans, Jean L'Anselme à 92 ans, et Pierre Béarn à 102 ans. J'en passe et des meilleurs…En plus, il n’y a pas que des morts, il y a des vivants aussi : Philippe Jaccottet, Jacques Réda, Francis Cheng, Anise Kolz, déjà chopés au radar à quatre-vingt-dix ou peu s’en faut. Ce sont nos valeurs sûres ! Et même les casseurs de langage y parviennent ! La vieillesse c’est no limit ! Un truc de ouf !
Crois-moi, ami poète, je suis désolé de te le dire, mais si tu es mort avant 80 ans, c'est que tu as raté ta vie. C'est bien pour cela que j'ai attendu le numéro 80 pour aborder ce thème sensible du grand âge.
Alors, fais pas le con, poète ! Applique-toi à fonctionner. Écris 5 poèmes et ritournelles par jour, publie tes 4 recueils par an et oublie pas d'aller consulter régulièrement ton médecin. Prends tes pilules quoi. Ça doit être quand même moins crevant que de se droguer et de boire trop d'alcool fort... Écrire, c'est tout ce qu'on te demande, poète, c'est quand même pas difficile ! Écrire, d’ailleurs, tu pourras toujours le faire, à défaut du reste.
Admets en plus que la poésie est un truc lent, donc c’est pas grave si tu ralentis. Ça concerne la contemplation éternelle. Or, avec l'âge, on devient asymptote à l'éternité, en quelque sorte. Donc, tout baigne ! D’ailleurs, je sais pas pourquoi je te dis ça, car tu m’écoutes parfaitement.
Si, avec tout ce que je dis là, la poésie vous fait pas envie, moi j'y comprends plus rien. C'est la vertu écologique à médiatiser (sauf pour les arbres).  
P.M.                                                            


Saturday, June 08, 2019

De Solen Le Cun (extrait de T-B 78)


Orpailleurs



En Amérique, ils se ruèrent sur l’or



Creusant de leur cœur de pioche des lits souillés

Fouillant de leur pelle de bouche des deltas asséchés

Tournant de leur batée des êtres particules et émiettés

Explorant chaque corps rongé, chaque souffle coupé

Extrayant des noyés noctambules, des épaves submergées

Tamisant des vouivres limoneuses, des ondins étouffés

Batelant des figures de proue écumeuses et enragées

Scrutant chaque clavicule et chaque péroné décharnés

Appréciant de leur peson d’explorateur des paillettes maquillées



En Amérique, ils déchantèrent

Dans des manmans d’lo cannibales de naufragés

Dans des tritons dévoreurs de lambis nécrosés


En Amérique, ils pleurèrent

Dans des coulées de lie écœurante et avinée

Dans des lahars de Pelée rageux et tourmentés


En Amérique, ils se noyèrent

Dans des Amazones guerrières et du cœur amputées

Dans des Orénoques véreux et de l’âme parasités



En Amérique, il et elle se ruèrent sur l’or

Trouvant dans leurs yeux, la pépite dorée.

Saturday, June 01, 2019

Incipits finissants (38)

Ah bon sang ! Qu'est-ce qu'ils étaient bath les vieux de dans le temps ! Ils ne nous faisaient pas concurrence, ils ne nous cassaient pas les pieds, à toujours vouloir être dans le coup, à vouloir rester jeunes, à toujours être dans le vent, dans la bourrasque oui, à courir à bride abattue, malgré leurs dénégations, après la jeunesse éternelle, alors qu'ils ne parviendront pas à garder la jeunesse en courant après, c'est une évidence, parce que le moteur, il est davantage foutu, malgré tout. Et puis aussi, parce que c'est inutile car la jeunesse, qu'est-ce qu'elle peut être conne des fois !
Alors, oui, moi, je regrette les vieux qui ne quittaient jamais leur maison, qui continuaient à s'habiller en bleu de travail, comme s'ils continuaient à aller au boulot, même s'ils ne travaillaient plus. Les vieux pour qui les loisirs principaux étaient la culture du potager et le canon de vin rouge au café du coin. Les vieux qui n'avaient pas honte de se coucher à sept heures du soir et qui regardaient jamais la télé, ne suivaient jamais la mode, même pour la critiquer. Bref, des vieux de vieux, des vrais vieux ! Là, au moins, on n'était pas trompés sur l'emballage. Avant, les vieux revendiquaient d'être vieux, parce qu'ils n'étaient pas nombreux à pouvoir le devenir. Alors voilà, c'était plus clair pour moi.
Heureusement, je suis très content, parce que le pouvoir, merci, en reculant l'âge de départ à la retraite, va contribuer à changer cette situation, en faisant de nous des vrais vieux, comme autrefois. Pas des vieux jeunes, qui font tout le temps semblant, mais des vieux aux dos cassés et plein de rhumatismes et qui voyageront du lit au boulot et vice versa. Les vieux vont enfin pouvoir retrouver leur fonction première, celle d'être vieux et de faire vraiment tache au milieu du tableau, en nous offrant un spectacle, certes désolant, mais tellement naturel. En plus, c'est de là qu'on vient, alors autant y retourner.
Parce que, en plus, les vrais vieux, ça sera nous. Génial, car nous ne risquons pas de nous faire de l'ombre. Et pis, les jeunes nous respecteront mieux si on essaye pas de leur ressembler.
Ah vivement qu'on soit vieux ! On pourra même pas regretter notre jeunesse, notre jeunesse de vieux !
Parce que tout ça, de toute façon, pour la révolte, c'est du pareil au même !

Friday, May 24, 2019

Le blog de Vince

S'agit-il de Vince Taylor ? En tout cas, ce blog déménage comme du rock and roll et la poésie qui dépote est pas mal venue à cette époque de l'année où on commence à rempoter les fleurs.

Rien que le titre est déjà tout un programme : ma poésie et pas la tienne...

Le Vince, tout ce que les poètes bien élevés gnangnan pensent tout bas, lui, il a le mérite de le dire tout haut. Ma poésie c'est pas la tienne et c'est bien pour cela qu'elle est bien : tiens, encore une histoire de cylindrée à décapoter en ces premiers jours de printemps pour en foutre plein la vue aux copains.

Bon, le Vince, il y a du sexe aussi dans sa poésie, mais bon, je vais pas vous refaire le coup du printemps... Laissez vous pousser au Vi(n)ce en cliquant dessus !

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Poézine ou pour parler comme les gens bien "revue poétique et littéraire" et toutes petites petites éditions, comme le format des bouquins