Tuesday, December 31, 2019

Traction-brabant 80


Je crois que je viens de trouver un moyen de rendre la poésie plus intéressante aux yeux du grand public. Si, si, je ne plaisante pas.
Vous voulez vivre centenaires ? (ou presque) ? Eh bien, devenez poètes ! C'est génial, non ? La poésie comme élixir de longue vie ! Fallait y penser, n'est-ce pas ? Ça me semble de loin plus efficace que les recherches scientifiques effectuées sur de nouveaux traitements.
Avec la poésie, rien que du naturel !
C'est à la portée de toutes et de tous, en plus. Bon, je reconnais que ça n'a pas toujours été comme ça, hélas.
Sur ce point, les poètes maudits ont été les pires ennemis de leur art. Pensez-vous ! Villon, disparu dans la nature à 32 ans, Lautréamont décédé à 24 ans ! Et cet imbécile de Rimbaud qui s’est tué au boulot à 37 ans ! Quelle honte ! Mais un tel cauchemar, aujourd'hui, est bien fini. Pour trouver un jeune mort en poésie, il faut remonter à Christophe Tarkos en 2004. Et mis à part quelques illuminés qui n'ont rien compris à la vie, tout cela est derrière nous.
Voyez plutôt : Yves Bonnefoy, mort à 93 ans, Eugène Guillevic et Jean Rousselot, à seulement 89 et 90 ans, Jean L'Anselme à 92 ans, et Pierre Béarn à 102 ans. J'en passe et des meilleurs…En plus, il n’y a pas que des morts, il y a des vivants aussi : Philippe Jaccottet, Jacques Réda, Francis Cheng, Anise Kolz, déjà chopés au radar à quatre-vingt-dix ou peu s’en faut. Ce sont nos valeurs sûres ! Et même les casseurs de langage y parviennent ! La vieillesse c’est no limit ! Un truc de ouf !
Crois-moi, ami poète, je suis désolé de te le dire, mais si tu es mort avant 80 ans, c'est que tu as raté ta vie. C'est bien pour cela que j'ai attendu le numéro 80 pour aborder ce thème sensible du grand âge.
Alors, fais pas le con, poète ! Applique-toi à fonctionner. Écris 5 poèmes et ritournelles par jour, publie tes 4 recueils par an et oublie pas d'aller consulter régulièrement ton médecin. Prends tes pilules quoi. Ça doit être quand même moins crevant que de se droguer et de boire trop d'alcool fort... Écrire, c'est tout ce qu'on te demande, poète, c'est quand même pas difficile ! Écrire, d’ailleurs, tu pourras toujours le faire, à défaut du reste.
Admets en plus que la poésie est un truc lent, donc c’est pas grave si tu ralentis. Ça concerne la contemplation éternelle. Or, avec l'âge, on devient asymptote à l'éternité, en quelque sorte. Donc, tout baigne ! D’ailleurs, je sais pas pourquoi je te dis ça, car tu m’écoutes parfaitement.
Si, avec tout ce que je dis là, la poésie vous fait pas envie, moi j'y comprends plus rien. C'est la vertu écologique à médiatiser (sauf pour les arbres).  
P.M.                                                            


Numéro 80 de Traction-brabant


Le numéro 80 de "Traction-brabant" est vendu au prix de 2,40 €.

Pour plus de précisions, contact association le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Présentation

"TRACTION-BRABANT" (alias T-B pour les intimes) est un fanzine d'écriture, de poésie et autres textes courts, créé en janvier 2004 par Patrice MALTAVERNE (conception, écriture, choix et mise en page des textes) et Patrice VIGUES (illustrations).

"TRACTION-BRABANT" existe aussi et surtout sous sa version papier à une cent soixante-dizaine d'exemplaires par numéro. Le poézine est à parution aléatoire, quoique... si tous les deux trois mois, les combattants sont en forme, un nouveau numéro sort de leur tanière.

"TRACTION-BRABANT", aujourd'hui publié par l'association Le Citron Gare, ne demande aucune subvention, le poézine a juste pour but de faire circuler à son modeste niveau une poésie pas trop classique ni trop molle surtout, ainsi que de véhiculer certaines pistes de réflexion, sans pour autant qu'il ne soit tranché dans le vif.

Plus précisément, à l'origine, TRACTION-BRABANT est la contraction de traction avant, l'auto et de brabant double, la charrue à double soc. Cela montre avant tout notre nostalgie pour ces vieux objets mécaniques ainsi que notre méfiance par rapport à un progrès non mesuré...

Les auteurs (poètes, illustrateurs) présents dans "TRACTION-BRABANT" sont plus de cinq cents, d'après les dernières stats.

Ce blog a pour but de reproduire des extraits du zine sous sa version papier et de faire connaître davantage ce que nous faisons....

Enfin, "TRACTION-BRABANT" s'efforce d'encourager ses participants à des échanges de textes et d'idées et pourquoi pas à de possibles rencontres.

À l'inverse, merci de ne pas entrer en relation avec "TRACTION-BRABANT", si vous êtes une vedette de cinoche, que vous vous la jouez professionnel(le) - rester simple ne signifie pas toujours être idiot, enfin, il me semble !

P.M.

Contact pour l'association Le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

À poêle


Daba en poésie de Vojka Milovanovic

Voici, publiés dans ce blog, quelques poèmes sensibles, ceux de Vojka Milovanovic, qui font du bien à lire. Un soupçon de fraîcheur, et surtout une sensibilité qui ne me semble pas feinte, de la simplicité pas simple enfin.

Dommage que la publicité des over blog fasse passer ces poèmes pour des îles au milieu d'un océan de trucs pas essentiels...

Pour aller Daba, ou là-bas, c'est ici.

De Solen Le Cun (extrait de T-B 78)


Orpailleurs



En Amérique, ils se ruèrent sur l’or



Creusant de leur cœur de pioche des lits souillés

Fouillant de leur pelle de bouche des deltas asséchés

Tournant de leur batée des êtres particules et émiettés

Explorant chaque corps rongé, chaque souffle coupé

Extrayant des noyés noctambules, des épaves submergées

Tamisant des vouivres limoneuses, des ondins étouffés

Batelant des figures de proue écumeuses et enragées

Scrutant chaque clavicule et chaque péroné décharnés

Appréciant de leur peson d’explorateur des paillettes maquillées



En Amérique, ils déchantèrent

Dans des manmans d’lo cannibales de naufragés

Dans des tritons dévoreurs de lambis nécrosés


En Amérique, ils pleurèrent

Dans des coulées de lie écœurante et avinée

Dans des lahars de Pelée rageux et tourmentés


En Amérique, ils se noyèrent

Dans des Amazones guerrières et du cœur amputées

Dans des Orénoques véreux et de l’âme parasités



En Amérique, il et elle se ruèrent sur l’or

Trouvant dans leurs yeux, la pépite dorée.

Un Iro coi de Patrice VIGUES


Malta compil : 2012 (avec Windows media player)

Comme l'année 2012 est désormais finie et bien finie, j'ajoute à la Malta Compil un texte écrit cette année là. La musique qui l'accompagne est "Le cauchemar" de Miss Hélium, importée via Dogmazic (site de libre partage de musique).

Vous pouvez entendre ce poème lu par ici.

En voici le texte :

Ami tu m’as demandé par lettre suspendue dans les airs si je pouvais être pour toi cet arrosoir irriguant des plaies bien tranchées. Soudain il n’y eut plus que toi et moi alors que j’aurais préféré monter à plusieurs sur la plate-forme d’un tête à tête. Au fait comment cela se passait-il avant lorsque nous vivions à peu d’ailes d’oiseaux l’un de l’autre ? J’ignore si le mystère en se déplaçant venait gratter comme un fantôme au pied de nos intimités ou si c’était un grand méchant loup résorbé par les marées quotidiennes. Puis les lettres de cette lettre se sont effacées. Je ne sais plus qui tu es je ne sais plus qui nous étions si nous nous nous traînions dans une oasis à peine calamiteuse. Cela m’étonnerait d’ailleurs. Il y a plein de vides entre ces mots. Il y a plein de vies et quelques faux trésors à ramener chez toi la queue basse et le crépuscule est toujours pour nous ce même raton laveur

Si nous nous croisions sur un morceau de trottoir
Il n’y aurait personne pour claquer notre battoir

D'Isabelle Alentour (extrait de T-B 77)

L’Hirondelle, (extraits).

Qui tombe ce matin
dans le creux du matin ?

Un corps opalescent
frêle comme un sourire
qui sait que rien ne dure
et simplement s’efface

Qui tombe ce matin
dans le creux du matin ?

Deux mains qui battent l’air
deux ailes éperdues
tout autour le ciel blême

Qui tombe ce matin
dans le creux du matin ?

Sa bouche n’a d’espace
que l’envers d’un caillou
les lèvres y restent closes
les paupières muettes

Qui tombe ce matin
dans le creux du matin ?

Je l’entends respirer
elle ne respire

Incipits finissants (79)


Il n’est plus de mondes qui ne soient pas connus de nous, les humains. Les bienfaits de l’apparence ont disparu derrière la vitrine des commerçants. Et tout ça tache l’âme de partout. On ne voit pas ce qu’il y a derrière, hormis la pauvreté. La banquise a fondu comme les mystères. L’homme est assez avide pour avoir su accrocher ses piolets aux autres coins de la terre, abimant le climat et faisant disparaître la diversité des espèces.
Du coup, je me demande à quoi ça peut servir de partir à l’autre bout de la terre, alors que nous disposons déjà de l’intégrale des zones commerciales, ceinturés que nous sommes, où que nous vivions, par de grandes chaînes d’une transparence opaque.
Donc, si c’est pour trouver des âmes aussi turbulentes que les nôtres, et qui abiment la réalité, ce n’est plus la peine.
Heureusement, il y a l’intérieur de la cervelle de ces cons d’hommes. Elle est plus belle que leur extérieur, quand ils renoncent à manœuvrer en eau trouble et qu’ils se contentent de s’enfoncer en eux-mêmes.
Cela tombe à pic : aujourd’hui, les protubérances de nos cerveaux malades suintent en permanence, grâce à la galaxie Internet. Celle-là, qui n’existe que depuis une vingtaine d’années, on n’est pas prêts de l’épuiser.
Ainsi, je pense que, s’il nous reste assez d’air, d’ici un siècle, on se penchera volontiers, sur ces cimetières des éléphants que sont les sites et blogs abandonnés, orphelins de commentaires, laissés à la jachère de l’indifférence. Mélange de mots et d’images à la richesse insoupçonnée.
Et on se dira : zut, j’ai raté cette cathédrale intérieure, sauf que maintenant je peux prendre le temps de me balader dedans, ouvrant une nouvelle porte, à chaque fois que je clique sur un mot ou sur une image, avant de tomber par les trappes d’un logiciel, puis reprenant le jeu des poupées russes, chacune des poupées ne ressemblant pas à sa grande sœur.
Même le risque de Big Brother, qui cafte combien je peux rapporter de fric à une société très privée, sera écarté. En effet, avec la poésie, il n’y a aucun danger pour qu’il y ait quelque chose à gratter. Sur Internet comme ailleurs, elle jouera le rôle d’un merveilleux éteignoir textuel.
Alors, promis juré, si j’ai du temps à tuer, au lieu d’aller suer du gasoil dans les aéroports, je pourrais visiter d’autres mondes étranges, en restant le cul assis sur ma chaise.
P.M.

"- un avatar - des zavatta : - i.m. achille-" (illustration de Jean-Marc Couvé)



Le blog d'Etienne Ruhaud

Les blogs comme celui-là sont plutôt rares. Soit et la plupart du temps, l'(h)auteur ne parle que de lui-même, que de ses textes, sans les mettre en ligne, soit l'auteur se publie lui-même et publie les textes d'auteurs amis, dans le cadre d'une revue, comme sur Traction-brabant.

Ici, il s'agit d'un véritable blog d'actualité littéraire. Ce qui signifie une suite de chroniques sur des livres parus, mais plutôt sur des livres écrits par des professionnels, ainsi que sur des évènements littéraires (décès de Maurice Nadeau, par exemple). Rareté là encore, car la coupure entre milieu littéraire professionnel et amateur n'a peut-être jamais été aussi forte qu'aujourd'hui, et là, pour une fois, les frontières (psychologiques et financières entre l'auteur qui vit de son art et les autres) s'estompent.

Chacune des chroniques doit être assortie d'un document vidéo (interview, par exemple) ou tout simplement d'une photo, ce qui aère le contenu de ce blog et prolonge les chroniques mises en ligne.

Pour y aller, c'est ici.

De Jean Azarel (extrait de T-B 55)

Entre chienne
Et louve
Il pleut
Sur l’autoroute
Des songes

***

Ces prétendus poètes
À la mords-moi le nœud
Ces morveux de la glotte
Ces scribouillards
Des mes deux
Qui enseignent
Sans en saigner
Tu leur dédies
Tes nerfs de bœuf

***

Il faudrait plus d’élégance
Dans la manière
De faire éclater le pus
Pour le reste
Le micro ondes est suffisant

***

En dépucelant
Une gueuze mort subite
Voir passer le corbillard
Où repose le corps
Enveloppé de cellophane
D’une femme dont la peau
Fut douce à ta peau

(extraits de "A point d'heures")

Portrait 4 : illustration de Henri Cachau

Pour en savoir plus, contact : henricachau@free.fr



De Valérie Canat de Chizy (extrait de T-B 56)

J’exerce mon esprit d’analyse
pour ne pas tomber dans les pièges
tendus par les autres
leurs beaux mots
leur évidente vérité
je trace mon chemin
à coups de faux
je débroussaille les grandes herbes
mes bottes s’enfoncent dans des flaques
de boue je n’aime pas
leurs sentiers tout tracés.

Le Raudi à Metz

Une fois n'est pas coutume. Je fais de la pub pour un site d'actualités culturelles messin. Il s'agit du Raudi, ou la culture autrement, comme c'est très bien résumé.

A côté de nombre de manifestations et d'initiatives locales présentées à la une, vous trouverez en cliquant sur le bandeau de droite un lexique messin. De quoi prendre son passeport et venir vivre en France de l'extérieur.

Vous verrez : on y arrive. J'en suis la preuve vivante ! 

A ne pas manquer également une belle série de contrepèteries messines...

Le Raudi, c'est ici.

Saturday, June 01, 2019

Incipits finissants (38)

Ah bon sang ! Qu'est-ce qu'ils étaient bath les vieux de dans le temps ! Ils ne nous faisaient pas concurrence, ils ne nous cassaient pas les pieds, à toujours vouloir être dans le coup, à vouloir rester jeunes, à toujours être dans le vent, dans la bourrasque oui, à courir à bride abattue, malgré leurs dénégations, après la jeunesse éternelle, alors qu'ils ne parviendront pas à garder la jeunesse en courant après, c'est une évidence, parce que le moteur, il est davantage foutu, malgré tout. Et puis aussi, parce que c'est inutile car la jeunesse, qu'est-ce qu'elle peut être conne des fois !
Alors, oui, moi, je regrette les vieux qui ne quittaient jamais leur maison, qui continuaient à s'habiller en bleu de travail, comme s'ils continuaient à aller au boulot, même s'ils ne travaillaient plus. Les vieux pour qui les loisirs principaux étaient la culture du potager et le canon de vin rouge au café du coin. Les vieux qui n'avaient pas honte de se coucher à sept heures du soir et qui regardaient jamais la télé, ne suivaient jamais la mode, même pour la critiquer. Bref, des vieux de vieux, des vrais vieux ! Là, au moins, on n'était pas trompés sur l'emballage. Avant, les vieux revendiquaient d'être vieux, parce qu'ils n'étaient pas nombreux à pouvoir le devenir. Alors voilà, c'était plus clair pour moi.
Heureusement, je suis très content, parce que le pouvoir, merci, en reculant l'âge de départ à la retraite, va contribuer à changer cette situation, en faisant de nous des vrais vieux, comme autrefois. Pas des vieux jeunes, qui font tout le temps semblant, mais des vieux aux dos cassés et plein de rhumatismes et qui voyageront du lit au boulot et vice versa. Les vieux vont enfin pouvoir retrouver leur fonction première, celle d'être vieux et de faire vraiment tache au milieu du tableau, en nous offrant un spectacle, certes désolant, mais tellement naturel. En plus, c'est de là qu'on vient, alors autant y retourner.
Parce que, en plus, les vrais vieux, ça sera nous. Génial, car nous ne risquons pas de nous faire de l'ombre. Et pis, les jeunes nous respecteront mieux si on essaye pas de leur ressembler.
Ah vivement qu'on soit vieux ! On pourra même pas regretter notre jeunesse, notre jeunesse de vieux !
Parce que tout ça, de toute façon, pour la révolte, c'est du pareil au même !

Friday, May 24, 2019

Le blog de Vince

S'agit-il de Vince Taylor ? En tout cas, ce blog déménage comme du rock and roll et la poésie qui dépote est pas mal venue à cette époque de l'année où on commence à rempoter les fleurs.

Rien que le titre est déjà tout un programme : ma poésie et pas la tienne...

Le Vince, tout ce que les poètes bien élevés gnangnan pensent tout bas, lui, il a le mérite de le dire tout haut. Ma poésie c'est pas la tienne et c'est bien pour cela qu'elle est bien : tiens, encore une histoire de cylindrée à décapoter en ces premiers jours de printemps pour en foutre plein la vue aux copains.

Bon, le Vince, il y a du sexe aussi dans sa poésie, mais bon, je vais pas vous refaire le coup du printemps... Laissez vous pousser au Vi(n)ce en cliquant dessus !

Thursday, May 16, 2019

De Clément Bollenot (extrait de T-B 76)

après la pluie
la poussière est toujours noire
sous le soleil
la poussière est toujours noire
au clair de lune
la poussière est toujours noire
sur les mains de l'enfant
la poussière est toujours noire
dans les cœurs
la poussière est toujours noire
à travers les bombes
la poussière est toujours noire
au-delà des falaises
la poussière est toujours noire
parmi le couloir des souvenirs
la poussière est toujours noire
rien ne bouge
maintenant
dans le coin de la pièce
la poussière est toujours là 

Sunday, April 28, 2019

De Jean-Yves Bourgain (extrait de T-B 72)

La vraie vie

La vraie vie n’est ni la propriété ni la liberté ni la ponctualité. Ni la sécurité sociale ni le système scolaire ni l’appareil judiciaire. Ni le PIB ni le niveau d’instruction ni l’espérance de vie. Ni la politique ni la culture ni la religion. Ni internet ni la télévision ni l’électricité.

La vraie vie ne peut être ni définie ni encadrée ni réglementée ni contrôlée ni prévue ni aménagée.

La vraie vie est un souffle, un élan, un torrent. Un tsunami d’événements contre lesquels le Conseil de sécurité de l’ONU, Daech et la bombe atomique ne peuvent absolument rien.

La vraie vie fait naître les nourrissons et pousser les fleurs, elle déplace les nuages, inspire des mélodies aux uns et de l’amour aux autres, elle détruit tout en un clin d’œil et reconstruit le double encore plus rapidement.

La vraie vie ne s’arrête pas. Elle n’est pas à la mode. Elle n’a aucun diplôme ni aucun papier d’identité, elle n’a ni nom, ni âge, ni statut social.

La vraie vie fait rire et pleurer, elle donne faim et soif, elle fait couler le sang dans les veines et clapoter les ruisseaux entre les rochers.

La vraie vie est dans un sourire, dans un baiser, dans un échange sincère. Elle se fout des codes, des titres, des règlements, des grands hommes et de l’histoire. Elle se joue des frontières, des prisons, des clôtures et des contrats.
La vraie vie transforme les pires moments en meilleurs souvenirs, elle provoque les rencontres et scelle les amitiés. Elle maintient en vie les mourants et foudroie les plus vigoureux dans la force de l’âge.

La vraie vie donne des frissons, des émotions, des picotements dans le ventre. Elle n’attend pas que ce soit le bon moment pour faire ce qu’elle veut. Quand elle a envie de changer le cours d’une vie, elle n’a qu’à claquer des doigts et rien ni personne ne pourra rien y faire.

Coule, avance, dévale la pente, toi, la vraie vie. Précipite-toi vers ta destination, précipite-moi dans le sens que tu as choisi de choisir. Change d’avis mille fois. Piétine-moi, écrase toutes mes tentatives de te nommer, de t’étudier, de te faire connaître. Efface ma mémoire, saccage mon quotidien, fais de moi ce que tu veux.

Fais-moi comprendre encore des millions de fois que je n’existe pas, que Jean-Yves n’est qu’un vêtement, une fleur bientôt fanée, une vague insignifiante qui finira bien par s’échouer sur la plage, un jour ou l’autre. Fais-moi sentir que la table, la pluie, l’écran en face de moi ne sont pas distincts de tout ce que je crois pouvoir enfermer dans mon hypothétique individualité.

Balaye mes certitudes. Déshonore-moi, fous-moi la honte à chaque fois que je t’oublierai, à chaque fois que je te confondrai avec tout ce que tu animes, toutes ces illusions qui prennent des faux airs d’importance capitale.

Sers-moi un verre d’eau fraîche.

Saturday, April 20, 2019

Traction-brabant 79

Il s'en passe de bien moches dans les blogs de plus en plus sites.com. Les choses ont empiré en une dizaine d’années. Désormais, dans plus d’un tiers des cas, je renonce à mettre en lien d’autres blogs avec celui de Traction-brabant. Il y a des signes qui ne trompent pas. Les titres poétiques de ces publications artisanales sont constitués des noms des auteurs, quand ce ne sont pas des pseudos.com. Ben voyons ! Faut pas se crever la nénette. On enregistre de nouveaux records d’immodestie dans le milieu amateur de l’écriture. Les blogs foutraques et marrants ont laissé la place à des publications que les gentils qualifieront d’épurées, et que moi, je considère comme anémiées. Sur la page principale, sur fond blanc toujours, deux trois gribouillis se battent en duel, que des gamins de maternelle réussiraient sans problèmes... C’est l’apologie du pois chiche à se mirer dans l’assiette. En lieu et place de textes, on trouve des vidéos ennuyeuses. Et puis, des photos de lectures et de rencontres. Les lectures, c’est des nanasmecs qui lisent debout, les rencontres, c’est des nanasmecs qui causent assis et puis les performances, c’est des nanamecs qui hurlent couchés. Avec ça, je me couche moins idiot, c’est sûr. Si la malchance est de la partie, on a droit à la profession de foi de l’auteur volontiers artiste (ou autiste), du style « Mon travail est une réflexion sur l’espace, une mise en situation du réel » et blablabla vas-y que je te drosophile une armée de grosses mouches.
Bref, après avoir fait le tour du site, tu sais toujours pas ce que le boss écrit, car tu vas jamais au-delà des premières de couverture, et si ça se trouve, c’est juste ça qui coûte 20 € pièce, tellement t’as l’impression qu’il n’y a rien derrière. Ces (h)auteurs sans scrupules et naïfs à la fois pensent qu’ils vont nous convaincre d’acheter leurs œuvres. Hélas, de telles publications me persuadent surtout d’aller voir ailleurs, là où l’herbe est verte, et non pas blanche comme un cahier.
Bon, si vous me dites que c’est une façon ordinaire de nous prendre pour des billes, là, je suis d’accord. Si pour abattre son chien, on dit qu’il a la rage, on est sur la bonne voie. Bientôt, il n’y aura plus rien d’intéressant sur Internet.
Alors qu’un bon blog, c’est quelque chose de bien plus simple. C’est du texte plus du texte plus du texte, un laboratoire évolutif d’écriture éruptive à ciel ouvert. N’économisez pas vos poèmes. Si on vous les pique – pas grave - c’est qu’ils sont réussis. Et puis un blog, c’est de l’image, pleine et entière, des couleurs que l’on voit, du rouge sang, oui, c’est ça, des textes sanglants qui s’écoulent des plaies de l’âme, quelque chose de dense qui vous étouffe, dans lequel vous avez du mal à vous repérer, et qui, en tout cas, refuse de ressembler aux placards vides de chez Ikéa. 
P.M.                                                                                                   

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Poézine ou pour parler comme les gens bien "revue poétique et littéraire" et toutes petites petites éditions, comme le format des bouquins