Tuesday, December 31, 2013

Traction-brabant 40

Comme ma femme venait de fêter son anniversaire en invitant ses amis, les gens n’ayant pas hésité à faire le déplacement de toute la région, je décidai de l’imiter pour mon anniversaire, étant atteint d’un chiffre rond que la pudeur m’empêche de vous révéler.
Connaissant nombre d’auteurs dans le coin, je veux dire par là de gens qui écrivent et même d’artistes en tous genres, je trouvai l’initiative originale, d’autant plus que la soirée pourrait être agrémentée d’intéressantes lectures et surtout de rencontres entre personnes non conformistes.
Nous prévîmes donc un repas suivi d’une soirée musicale et dansante, contents de pouvoir renouveler la fête, et envoyâmes promptement les invitations aux dits auteurs artoschtes.
Hélas, très vite, d’insurmontables difficultés apparurent, assorties de questions insondables qui ne nous avaient jamais été posées, ce qui ne manqua pas d’ébranler ma confiance déjà chancelante en l’espèce humaine en général, et en particulier lorsqu’elle se pique de pensées élevées.
A avait paumé l’invitation et me demanda par écrit de lui répéter ce que j’avais écrit plusieurs mois auparavant : je n’eus jamais de ses nouvelles ensuite.
B ne voyait pas où était situé le lieu de notre rencontre et je dus lui servir de GPS, ce qui n’eut pas pour effet de lui faire trouver le chemin.
C serait bien venu s’il n’avait perdu sa troisième grand-mère depuis que nous nous connaissions virtuellement.
D avait des épreuves urgentes à corriger pour la publication de son quatrième livre de l’année.
E avait le mal des transports et ne savait pas conduire. Plus précisément, il tombait en syncope dès qu’il prenait le train. Je me gardai donc de lui demander ce qui lui arriverait s’il prenait l’avion.
F aurait volontiers fait le déplacement jusqu’au moment où il apprit que le repas n’était pas strictement végétarien.
G n’aimait que la musique dodécaphonique de l’école viennoise.
H allait partir en Inde, atteint d’une crise mystique impromptue.
Bref, pour ne pas nous retrouver seuls à seuls avec le DJ, ma femme et moi, nous invitâmes par Internet quelques inconnus, en exigeant d’eux qu’ils n’écrivent pas ni ne se livrent à de quelconques activités artistiques.
Et là, nous fîmes salle comble. L’amitié, n’était-ce pas pourtant se faire plaisir en étant présent pour les autres ?

P.M.

Présentation

"TRACTION-BRABANT" (alias T-B pour les intimes) est un fanzine d'écriture, de poésie et autres textes courts, créé en janvier 2004 par Patrice MALTAVERNE (conception , écriture, choix et mise en page des textes) et Patrice VIGUES (illustrations).



"TRACTION-BRABANT" existe aussi et surtout sous sa version papier à une cent cinquantaine d'exemplaires. Le poézine est à parution aléatoire, quoique... si tous les deux trois mois, les combattants sont en forme, un nouveau numéro sort de leur tanière.



"TRACTION-BRABANT" n'est pas une association, ne demande aucune subvention, le poézine a juste pour but de faire circuler à son modeste niveau une poésie pas trop classique ni trop molle surtout, ainsi que de véhiculer certaines pistes de réflexion, sans pour autant qu'il ne soit tranché dans le vif.


Plus précisément, à l'origine, TRACTION-BRABANT est la contraction de traction avant, l'auto et de brabant double, la charrue à double soc. Cela montre avant tout notre nostalgie pour ces vieux objets mécaniques ainsi que notre méfiance par rapport à un progrès non mesuré...





Les auteurs (poètes, illustrateurs) présents dans "TRACTION-BRABANT" sont près de trois cents, d'après les dernières stats.





Ce blog a pour but de reproduire des extraits du zine sous sa version papier et de faire connaître davantage ce que nous faisons....



Enfin, "TRACTION-BRABANT" s'efforce d'encourager ses participants à des échanges de textes et d'idées et pourquoi pas à de possibles rencontres : vous comprendrez donc que les (h)auteurs intéressés que par eux-mêmes ne soient pas forcément les bienvenus ici.



Les artischtes, non plus, lorsque le dédain des contingences matérielles, qui les arrange tout particulièrement, provoque leur éloignement de la réalité des choses, plus facile à gérer.





P.M.







Assemblée générale des actionnaires de Traction-brabant : exercice 2009












De Etienne Paulin (extrait de T-B 44)

OCTOBRE OU JUIN

« Oh, la musique allemande, celle qui porte à rêver. »
Léon Dupuis dans Madame Bovary


ce soir le vent n’a pas d’allure
le ciel porte des masques
et l’air s’adosse à l’ombre inouïe des tanks


des écailles s’éveillent
mille fois sans nous


mourir est à rêver


quel beau visage entendre


et y aura-t-il assez d’étages de grelots d’engouements
pour un drame aussi sourd

Le blog de Cribas

Les poèmes de Cribas sont proches du réel urbain et de l'actualité. Voilà pourquoi ils ne me laissent pas indifférent.
Il y a là de la bonne vieille révolte, ça ne manque pas de puissance...
En prime, écoutez la voix de Cribas lire quelques uns de ses poèmes. C'est la voix du slameur qui nous fait réfléchir...
Pour entrer, c'est ici.

Peinture Cactus de Patrice VIGUES







De Renaud Mahric (extrait de T-B 24)

« Beaucoup d’émotion devant cette destruction, comme cette femme… une des plus vieilles habitantes de la cité… :
- Qu’est-ce que ça vous fait de voir la barre détruite, là ?…
- Ça fait de la peine… on s’tait habitué hein… »

FRANCE INTER 08.06.00

Pleureuses à dynamite

Vint le postmodernisme
vive la déconstruction !
le rez-de-chaussée, enfin
emballe le 15e

Flonflons ! applaudissements !
contemplez, architectes
des gueux HLMytes
la revanche par le vide

– « Ça ira ! » des gravats
honneur au pavillon !

Puis un jour une larme…

(Était-ce poussière dans l’œil ?
celui du Père Média
aux aguets, et voilà !)

… ravalez vos flonflons
et salez vos vestons
de chagrins… gros bouillons !

« Quand même ça fait quê’qu’chose
une tour qu’on abat
on a tant d’souv’nirs là
comme disait Grand’ Tata »

Pleureuses à dynamite…
quelle fut la première ?
peu importe le cordon
pourvu qu’on ait l’antienne

« C’est dans la boîte, coco ! »

– le pecnot en sanglot
préliminaires huileux
des minutes escomptées
pour cerveaux disponibles

Le TF1-a-dit
donne le la aux cinq sens
à quoi bon vivre un peu
imiter suffit bien


Histrionnes, histrions
incarnant, font la chaîne
aux micros complaisants
des souffleurs d’air du temps

– L’Ode à la Tour perdue
fait refrain populaire
qu’on se pique de goualer
mieux que qui, à-côté

(Quart de siècle a passé…)

Disparaissent les poètes
leurs chansons à la rue
et la foule distraite
« lalala… lalala… »

Écoutons France Info
mixer les sanglots longs
de « Claudine, retraitée »
au fracas dynamite :

« Quand même, etc. »

Impression 7 erreurs
l’émérite ? sur sa branche !
– pas même elle a cillé –
l’explosion est ailleurs

– ce que pleure Claudine ?
sa cheminée d’usine



Et pour en savoir davantage sur l'auteur, allez rendre visite à son site : http://www.marhic.fr/

Publication dans le numéro 3 de la revue Chos'e (avec Windows media player)

Le poème suivant a été publié dans le numéro 3 de la défunte revue Chos'e.


Les poètes sans vagues

Fleurissent en deux mille et quelques


A l'aise avec leur patron

Ils n'ont plus besoin de chapelles

Pour y étouffer leurs cris


Ils n'ont plus besoin de cordes

Pour y être pendus


Leur monde tient tranquille

Dans un mouchoir où stopper leurs glaires

Entre des cloisons

A peine tuberculeuses


Et s'ils réussissent à parler

De plus en plus sans faire de bruit

Les voilà qui aspirent

A ne plus être poètes du tout

A retrouver le flux de l'humus

Car il serait vilain

De mélanger soudain

Les marteaux avec les cognées


Les poètes sans vagues intériorisent

Les échecs des autres humains

Sortis de la toile de couleurs et d'apparences


Plus tard ils se retrouvent

Aux confins d'un pays qui leur ressemble

Passeurs des noyés de la haute-mer

Qu'ils ne reconnaissent même plus


***


A écouter en fichier audio ici avec la complicité du site Dogmazic (http://www.dogmazic.net/) et plus particulièrement du titre "The Tomat" du groupe Démogratostest.

Incipits finissants (27)

Il y en a qui disent que les (h)auteurs sont difficiles à rencontrer, qu’ils ne sont pas accessibles, qu’ils n’aiment pas être dérangés dans leur production de l’esprit nébuleux… heureusement, moi, je ne suis pas du tout comme ça.
Je reste ouvert à toutes les rencontres... Bon, vous savez mon adresse ? Si vous souhaitez faire ma connaissance, quand vous serez arrivé devant le portail en fer forgé, il suffira juste que vous sonniez avant d’entrer dans le sas. Ensuite, il vous faudra taper le code d’accès c’est facile. Vous vous retrouverez alors dans la cour intérieure de mon immeuble. Ensuite, pas compliqué, vous taperez le mot de passe qui vous permettra d’accéder aux habitations. Comme il y a plusieurs appartements dans le même immeuble et aussi pour des motifs de terrorisme, vous comprendrez bien qu’il m’est impossible de vous révéler un seul de mes codes…
C’est pourquoi je vous conseille de passer durant mes heures de présence et de prononcer mon nom dans le parlophone du mur. J’ai mis en place des horaires de rendez-vous les jours pairs et plus exactement les mardis de 14 h 15 à 17 h 50 mn, les jeudis de 10 h 15 à 11 h 25 mn et vendredis de 9 h 25 à 10 h 40 mn ça c’est pour l’été. Le reste du temps, je peux vous accueillir sur rendez-vous sauf le lundi c’est mon jour férié. Afin de connaître mes horaires de présence, au cas où je me serais absenté momentanément et pour toute urgence, vous pouvez laisser également un message sur mon portable (05/82/78/10/79) ou même sur mon téléphone fixe (02/46/75/06/51). Je vous répondrai bien sûr dès que possible.
Sachez que je dispose enfin d’un compte Internet :
malta@hotmail.com
Qu’il m’arrive de consulter en hiver le mercredi et le samedi les jours impairs.
Là, vous ne pourrez pas dire que je me dérobe à vous. Tout est transparent, je vous l’ai déjà dit. Il ne serait pas normal que le Président directeur général de la revue « Traction-brabant » laissât ses clients auteurs dans la panade…
Bon, on reprend tout depuis le début. Si vraiment vous voulez me causer, demandez Malta au bar du zèbre noir de la place des trois girafes du lundi au dimanche de 8 h 00 à 24 h 00.



P.M.

De Tristan Félix (extrait de T-B 39)

1/7/2010

Et si Ovaine se mettait à poursuivre les policiers pour trouble au désordre public ?
Elle s’élance comme une bille dans une manifestation contre outrage à la démesure.
De tous les bords accourent les Bouches, les Bulles, les Méduses, les Trous, tout un cortège de Nulles échappées du pire. Même le rire s’est fendu d’un éclat.
« L’Emeute de tous les temps » titre la Gazette :
Les agents, tournent aussitôt les talons mais ils
sont pris de vertige et se transforment en toupies.
Ovaine, émue, ne mollit pas : elle en attrape un par
le fond du pantalon - mais il est déjà plein de trous


Extrait de "Les prouesses d'Ovaine" et comment il ne lui est rien arrivé, publié aux Editions Hermaphrodite, William Guyot, 56 rue des Fabriques 54000 NANCY, william.guyot@hermaphrodite.fr


Et d'autres liens concernant Tristan Félix :








Le blog d'Emilie Alenda

Je suis tout content d'avoir découvert ce blog frais comme une rose de printemps (ça vient le printemps des roses ?) qui contient les dessins d'Emilie Alenda qui chient bien : spontanéité et... vérité !

"Maison interstitielle" (illustration de Jean-Marc Couvé)




De Jacques Lucchesi (extrait de T-B 35)

Prêt-à-porter

La fin de toute robe
Est d'inspirer l'envie
D'une nudité
Sans pudeur ni artifice
Une nudité franche
Et partagée

La fin de toute robe
Est de rouler à terre.

"Miss Knut", illustration de Cathy Garcia


Et pour en savoir plus sur les illustrations, la revue et les textes de Cathy Garcia, je vous propose de leur rendre visite :

http://cathygarcia.hautetfort.com/
http://delitdepoesie.hautetfort.com/
http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com/
http://imagesducausse.hautetfort.com/
http://ledecompresseuratelierpictopoetiquedecathygarcia.hautetfort.com/

Incipits finissants (2)

C’est bien. Maintenant on fête les patrons. Ca vient d’Amérique. Un peu comme la Saint Valentin. La Saint Valentin des Patrons. Nous, on a dit d’accord.
La maîtresse du patron nous a prévenus que si nous souhaitions la fête à son jules on aurait droit à une image mais qu’il fallait qu’on reste sages tout au long de l’année tant qu’on serait dans l’entreprise et même quand on n’y serait plus. Alors nous, on a dit merci patron.
Comme nous manquons d’imagination depuis le temps, la maîtresse du patron nous a demandé de préparer un beau gâteau. Ca s’appelle Doubitchou. C’est tradition locale. Avec de la coco de la synthèse, de la saccharine et de la margarose. C’est pour notre patron.
Pis on a mis un petit mot pour qu’il soit content de nous tout au long de l’année tant qu’on serait dans l’entreprise et même quand on n’y serait plus. Alors nous, on a dit merci patron.
Le jour H, j’ai été désigné par le syndicat des saintniqués pour porter le cadeau à notre patron.
Mes cheveux étaient coupés au carré et ma tête aussi. Comme j’étais le plus beau, les autres se sont planqués à la cuisine pour bouffer les restes. Je me rappelle toujours le tapis rouge déroulé depuis le local syndical. C’est le jour le plus chouette de mon existence.
Je porte un gâteau à mon patron pour la Saint Valentin des tintins.


P.M.













Wednesday, July 20, 2011

Le blog d'Annaj

Veuillez m'excuser, tellement nous ne sommes plus habitués à la passion. Pour écrire un vers, vous le savez bien, il faut s'y prendre à plusieurs fois, le temps de le découper en petits morceaux, des fois qu'il y aurait encore trop de poésie, que ça porterait préjudice au bon dieu de la pudeur. Alors, on retranche on retranche jusqu'à ce qu'il ne reste plus bien grand chose d'humanité dans nos chtits poèmes de chtits hommes...







Eh bien là, dans le blog d'Annaj (Anna Jouy), ce n'est pas tout à fait la même chose pareil.








Car de la passion, il y en a plus que dans la moyenne, ici. ça parle de la force de l'amour, y compris quand elle se retourne contre soi, ça parle des ravages du temps, de toutes ces réfections de soi qui finissent par recouvrir sa personnalité.








Et entre les poèmes, nombreux, et ce n'est pas moi qui m'en plaindrait, le visiteur trouvera des vidéos de musiques aussi diverses que variées.








La poésie au féminin, ça déménage aussi !









Saturday, July 16, 2011

De Patrick Aveline (extrait de T-B 30-31)

Gardien de phare
Hé ho ! le gardien de phare
Héroïque éplucheur de marées
Armé de l’économe
Affûté aux brisants de tes paupières
Hé ho ! le gardien de phare
Le sismologue des solitudes évasées
Ton oscillographe est aussi plat
Qu’un jusant sans algues
Et ton électrocardiogramme jalouse
Les Oural illégitimes et syncopés de ma grand-mère
Oh ! L’amiral de tes sommeils épuisés
Le pédagogue de l’asile gradué au micron des soupirs
Je t’observe
As-tu vu l’écorchure
A la paume de ta main gauche
Déroger aux bonnes manières
Rien, tu n’as rien vu des plaies des montagnes
De la colère de leur gabardine violette
Consacré à l’écueil
Tu t’obstines à la solitude
Cent lumières tournent autour de toi
Tu t’obstines à la solitude
Le Monde grouille d’anguilles
Mais toi, le sang de ta main
Sature la rétine des imagos tropiques
Baigne d’eau rouge l’estran de tes rêves paradoxaux
Sans qu’une seule hyperbate jamais
Ne traverse ton oreille interne
Ou ne serait-ce que le névraxe des littératures
As-tu senti ô gardien
Les gréements de ta glotte
Grincer du silence de ses œillères
Cliqueter au mât de tes adrénalines
Sourd, sourd aux symphonies des avalanches
Leurs symposiums immaculés
Réduit au front scrutateur
Tu sillonnes tes labours d’écume
Avec cet œil de cheval doux
Le port a beau fourmiller de ferry-boats
Et l’église de ses déambulations ferventes
Toi, la corde et le nœud de ta voix
Affolent la corolle infundibuliforme du liseron
Porte-voix des cris qui rampent sous ta peau
Mégaphone d’un orémus sanglotant
Où tu sprintes un moon walking d’anthologie
Rejoindre ton trône sauf
Là se situe la gageure, le lœss fertile
A la croisée d’un transept aussi circulaire
Que ton horizon bienveillant
Aussi digne que les bateaux cherchant ta lumière
Tu veilles ô gardien
Impassible, tu veilles à l’écueil à l’écume
Tu veilles aux transits submersibles
Des fragiles esquifs de mon souffle

23 décembre 2008

Tuesday, July 12, 2011

Le blog de Pierre Anselmet

Et voici enfin, c'était pas trop tôt, le blog de Pierre Anselmet.


Les pigeons écrasés, ça change des chiens !



En tout cas, vous en aurez pour votre poids de sensibilité, avec pas mal de dérision aussi : le genre de choses qui, quand vous les lisez, vous font rire et en même temps regretter qu'il n'en soit pas autrement.











Avec en prime, entre les mots, des musiques vraiment originales (par exemple celle de The Residents, groupe inconnu très connu)...














Friday, July 08, 2011

De Murièle Modely (extrait de T-B 41)

Cela faisait longtemps que je n'étais pas allée au café seule
je veux dire longtemps que je ne m'étais pas accoudée à un comptoir
je veux dire qu'il me reste en tête quelques vieux clichés aussi épais
que les sourcils froncés de mon père
je veux dire que pour mon père une fille
la sienne, ça ne va pas seule au café

bon, je vais avoir quarante ans, je ne suis plus une fille
alors j'ai poussé la porte et posé mes fesses beaucoup moins vives
beaucoup plus molles sur le tabouret violet près du bar

ah putain ces bruits...
le choc des cuillères, le râle du percolateur, les jets de vapeur
c'est doux comme musique, ça picote les rides
le rouge colombien, ça dilate les poumons
et me revoilà vierge et sacrément liquide
les yeux en maraudage sur les bras de cette fille
qui passe une éponge sale sur les miettes de sucre
elle fait sonner sa caisse, cliqueter quelques pièces
elle sent bon le tabac, une odeur de maïs
une voix rauque, un rire gras

cela faisait longtemps que je n'avais pas offert mon corps
mon cerveau mes yeux aux accords convenus
du café microscope
plus jeune je transgressais
(l'interdit de papa)
et j'avalais sans soif les filles
les gars la vie minuscule
(j'aimais pas le kawa)
j'avais le temps à perdre
et les mots à semer

mais là raide seule plantée
sur mes (presque) quarante balais
la mousse du café
sur mes lèvres taiseuses
je peine

Friday, July 01, 2011

Traction-brabant 6

Nous sommes en avril 2081. Traction-Brabant 309 vient de sortir.
Ce poézine un peu timbré a vu défiler une tonne de revues bien payantes, avec des comités de lecture lisant les œuvres des comités de lecteurs, des subventions d’un état toujours subventionnaire, des numéros ISBN dont certains, paraît-il, étaient, faux. Encore fallait-il y penser. De grosses cylindrées tirées sur l’autoroute des rêves. Ce sont les plus chères d’entre elles qui se sont cassé la gueule le plus vite, ce qui demeure assez drôle… ils n’ont jamais compris que la réussite la plus absolue ne pouvait exister en ce monde, ces « humains qui ressemblent à des pierres et dont la bêtise a l’ubiquité de la lumière »
[1]. Ils pétaient dans la soie d’un cénacle riche de dix pantins à la ronde. Et pendant ce temps, l’unique beauté réside toujours dans un soleil muet qui vous tape sur les nerfs.
Bien entendu, les choses ne sont pas si simples. « Traction-brabant » a dû cesser toute activité à plusieurs reprises car il était sujet aux pannes de secteur libéral. Cela ne l’a pas empêché d’assister à la mort pitoyable du « Monde », terrassé par une crise de goutte, à l’âge de 127 ans. Il faut préciser que même le compteur de pages avait un bac plus 12. De quoi sécher une loutre en sortie de baignoire.
Tant qu’il resta des textes à passer, « Traction-brabant » fonctionna. Mais là, aujourd’hui, c’est the end. On l’a enfermé dans une malle avec des tonnes de vieux poèmes.
« Traction-brabant » a fini par tuer l’hydre de papier qui le dévorait lui-même.
Et les auteurs ? Où sont-ils passés ? Je présume que le plus jeune d’entre eux ne doit plus être bien vaillant. Le dernier poème reçu est arrivé par l’Internet le 19 juin 2031. Sûrement un virus. Depuis, plus rien.
Existe t-il encore des auteurs dont le cœur batte ? Dans les grosses cylindrées décrites ci-dessus, ils étaient bouffés par la choucroute. On aurait cru des cœurs de généraux à la retraite. Autant dire, plus de vie possible sur la terre dévastée des poèmes universitaires.
P’tit con va.

P.M.


[1] Sic Michel Bourçon, dans « Fleur obscène de la pluie », Polder n°60 de la revue « Décharge » 20 Rue du Pâtis 89130 TOUCY

Friday, June 24, 2011

De Christophe Esnault (extrait de T-B 20)

La brèche / Il s’emballe beaucoup trop vite, à la moindre illusion d’un début de commencement fantasmé, ses espoirs filent dans la brèche. Il se voit déjà accepté dans un univers féminin qui donnerait sens à ses rêveries solitaires. Cette inconnue l’extirpera de son célibat forcé. Lui offrira son corps à succulentes doses journalières. Croira assez en lui pour le dynamiser et insuffler ce qu’il lui manquait pour le voir parvenir à un statut professionnel valorisant aux rémunérations jusque-là improbables. Cette femme sera la mère de ses enfants. Ou, plus sûrement, l’ignorera complètement à leur prochaine rencontre.

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