Monday, December 31, 2018

Traction-brabant 58

J’ai longtemps cru à la crise. Voire à la pauvreté. J’y ai cru plus longtemps que les autres. Heureusement : me voilà guéri. Car en me promenant dans la rue, j’ai eu la révélation de ma vie. J’ai vu tous ces gens qui marchaient en contresens (en fait, c’est moi qui marchais en contresens), pas avec des sacs poubelle, non, mais avec des packagings arc-en-ciel, bref que des trucs brillants. Et je fus obligé de constater que ces personnes fort élégamment vêtues ne souffraient guère de la crise. Au contraire, elles semblaient satisfaites de s’essayer des fioles de parfum en pleine rue. Le problème était juste qu’elles manquaient de bras pour porter l’ensemble de leurs paquets. Et si parmi ces passants, il y en avait quelques uns qui étaient dépourvus d’élégance, ce n’était pas grave, car les marchandises l’étaient davantage qu’eux. Et d’ailleurs, ils gloussaient plus fort que les autres !
En vérité, je vous dis, nous sommes tombés dans une période d’universelle abondance.
Alors, il y a des mauvais bougres qui me diront : ça se voit que tu vis pas à la campagne. Hélas, à la campagne, il n’y a plus personne, donc tout le monde s’en fout. Et quand j’y vais, moi, je vois que des grosses bagnoles garées devant de belles bicoques (quand elles ne sont pas abandonnées).
De même, en ville, y compris pour ceux qui ne font rien, tout baigne. Les terrasses des cafés sont remplies dès le printemps. Et les gens n’ont pas l’air de souffrir. On a l’impression qu’ils dorment.
Que dire aussi de ces centres commerciaux, gigantesques, toujours remplis, notez le bien, de caisses ? Certes, leurs ronds points sont un enfer, mais il s’agit d’un enfer de richesse. Tous ces panneaux, tout ce mobilier urbain, ça coûte et ça en jette. Et s’agissant de la littérature, matez moi ces festivals. On y trouve des bouquins partout et des écrivains, tous plus pros les uns que les autres. Le monde entier est là, comme dans une vitrine.
Ainsi, il apparaît que nous sommes pleins aux as. La preuve en est que nous créons chaque jour des usines à gaz qui génèrent plein de clientèle.
Soyez en heureux. Peu importe l’absence de liberté, du moment que vous êtes riches.
Alors, bien sûr, il y a les SDF, puis les réfugiés. Mais eux, c’est différent, ils ne savent pas vivre comme les autres, ils refusent de se gaver de soldes, et quand ils sont dans la rue, ils se conduisent mal.
Donc, en réalité, la misère demeure cette chose invisible.
                                                                                                                                            P.M.

Numéro 73 de Traction-brabant


Le numéro 73 de Traction-brabant est vendu 2,40 €.
Pour plus de précisions, contact association le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Cette fois-ci on est prêts

Présentation

"TRACTION-BRABANT" (alias T-B pour les intimes) est un fanzine d'écriture, de poésie et autres textes courts, créé en janvier 2004 par Patrice MALTAVERNE (conception, écriture, choix et mise en page des textes) et Patrice VIGUES (illustrations).

"TRACTION-BRABANT" existe aussi et surtout sous sa version papier à une cent cinquantaine d'exemplaires. Le poézine est à parution aléatoire, quoique... si tous les deux trois mois, les combattants sont en forme, un nouveau numéro sort de leur tanière.

"TRACTION-BRABANT", aujourd'hui publié par l'association Le Citron Gare, ne demande aucune subvention, le poézine a juste pour but de faire circuler à son modeste niveau une poésie pas trop classique ni trop molle surtout, ainsi que de véhiculer certaines pistes de réflexion, sans pour autant qu'il ne soit tranché dans le vif.

Plus précisément, à l'origine, TRACTION-BRABANT est la contraction de traction avant, l'auto et de brabant double, la charrue à double soc. Cela montre avant tout notre nostalgie pour ces vieux objets mécaniques ainsi que notre méfiance par rapport à un progrès non mesuré...

Les auteurs (poètes, illustrateurs) présents dans "TRACTION-BRABANT" sont près de trois cents, d'après les dernières stats.

Ce blog a pour but de reproduire des extraits du zine sous sa version papier et de faire connaître davantage ce que nous faisons....

Enfin, "TRACTION-BRABANT" s'efforce d'encourager ses participants à des échanges de textes et d'idées et pourquoi pas à de possibles rencontres.

P.M.

Contact pour l'association Le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Ceci n'est pas un blog soporifique sur la littérature, de Gabriel Zimmermann

Avec le titre du blog de Gabriel Zimmermann - "Ceci n'est pas un blog soporifique sur la littérature -, nous voilà d'emblée prévenus.

C'est peut-être pour cette raison que dans cette publication, ne se trouvent que quelques poèmes !

Dommage ou pas, en tout cas, le lecteur n'y perd pas au change : Gabriel Zimmermann a regroupé ici des textes en prose qui pourraient ressembler à des histoires. Sauf que très vite, on comprend qu'elles entretiennent beaucoup de plus rapports avec le présent qu'il n'y paraît.

Les réflexions se font sociologiques et on sent qu'à chaque fois, l'auteur n'a pas pris la plume pour rien.

Car l'observation de ce qui se passe autour de nous n'est pas si innocente que cela. Elle révèle beaucoup de notre société. Il en est de même lorsque l'action est transposée dans un autre monde que le nôtre. Les problématiques sont toujours actuelles.

Alors, oui, si vous ouvrez cette porte, vous n'allez pas entrer dans les rêves bien longtemps.

D'Igor Quézel-Perron (extrait de T-B 73)

Emails

Perte d’érotique 


Disparue ce vêtement moulant, l’enveloppe, promesse que l’on décachetait comme on dégrafe une robe. Cette pudeur à se livrer enflammait l’imagination. Loin de cet érotisme, main au panier rapidement promise à la corbeille, le mail ne compte pas fleurette. L’excitation du retournement de ce fourreau pour découvrir le nom de l’émissaire, le temps que l’on mettait à vagabonder avant de consommer s’éteignent. Le mail, pornographe, ne remet pas à plus tard. Du texte, il livre la chair nue.

Perte de gestes et d’atours imposée par une dictature, dont la police chasse cette manifestation des émotions : la calligraphie. La texture et le maniement de l’enveloppe sont quant à elles mises à un index tapotant hystériquement sur le clavier.
Impossible de « refaire le trajet de la main qui a écrit »[1] le texte. Les hésitations et les imperfections sont cachées par cette chirurgie esthétique : retours en arrière dont rêveraient bien des peaux avachies, corrections orthographiques ou grammaticales, propositions de synonymes qui donnent à une pensée molle une convenance à peu de frais. La rature, histoire d’une émotion et d’une raison en marche, nécessitait bien du courage.

L’imaginaire n’a pour matériau que le nom de l’expéditeur et le sujet, permettant avant tout de savoir ce que l’on met à la poubelle. L’ancien lecteur est devenu éboueur.


[1]            Roland Barthes, L’empire des signes

L'homme qu'a vu l'homme de Patrice VIGUES

Le Code de déontologie des loubs (part six) : avec Windowsmediaplayer

Cette fois-ci, nous abordons là un thème très important dans la déformation de la psychologie des loubs, un thème qu'il faut pas louper : la famille. Car vous le savez, avec la famille, le travail et la patrie ne sont jamais très loin.

Mais le loub lui n'a pas besoin ni de travail ni de patrie pour avoir une super famille, une super famille de loubs !

A découvrir avec en fond sonore une berceuse du groupe Letabiliset leur "Mel-P", via le site Dogmazic....

De Gabriel Zimmermann (extrait de T-B 73)

Stèle 1

Promets-moi, quand la nuit
Couvrira mes yeux, quand mes mains
Seront racines
De pierre et ma bouche
La double lande
Du silence ; à l’heure
Où je serai - oui, vide
Promets-moi, après m’avoir pleuré,
Lavé, habillé, veillé
Et avant de me descendre en terre,
Promets-moi, par égard pour mon éternité,
De poser sur moi les jouets de mon enfance,
Ces figurines,
Mets-les contre ma tempe,
Qu’elles soient mon bijou pour l’au-delà,
Dans la nuit si proche
Mes bras ne saisiront plus
Mais si quelque chose
Survit, j’en serai de les avoir là, tout près,
Apaisé un peu.

Incipits finissants (46)

Né de l’union d’une deux chevaux et d’une quatre ailes, en tant que pilote de traction-brabant, je ne pouvais qu’avoir envie d’écumer ma ville en changeant de monture ou de carrosserie.

A ce propos, m’amusent bien ceux qui bouclent leur tour de monde sans escale. C’est trop simple. Suffit d‘avoir du fric et c’est (presque) sans secousses. Quand ils reviennent parmi nous, c’est comme s’ils sortaient d’une soucoupe volante une minute après y être rentrés. Tu parles d’un voyage !

Tandis que là, vous allez voir si vous en sortez indemnes.

D’entrée de jeu, je nage dans un bras mort qui sent les égouts et saute sur le quai que je longe en vélo couché. Puis, me voici en train de courir jusqu’au bus de la ligne 42, avant de prendre une correspondance pour me boucher les oreilles dans un traîne cons. Puis je fais un tour de calèche en tape cul sur les pavés, avant de tâter du vélo électrique, pas trop longtemps, car ça ne va pas assez vite dans les côtes. Je le troque donc contre une patinette qui me permet de rejoindre la station de tram qui m’emmène direct à son terminus. De là, je monte en montgolfière afin d‘atterrir dans la cour d’une ferme. Et comme je n’ai aucune envie d’y bosser, je me barre en quad (pardon les écolos, mais c’est plus fort que mon ombre, faut que ça dérape). Ainsi, je défonce un plein chemin de terre. Un tel engin, qui consomme beaucoup trop de son, je l’abandonne et après avoir fait du stop, me voilà enfin de retour dans la banlieue, juché sur un tracteur. Et là, je loue une voiture électrique, patientant comme je peux au milieu des badauds qui riment toujours avec veaux et qui traversent en file indienne sur le bitume.

Mais c’est pour mieux accélérer ensuite jusqu’à la fête foraine où là, je saute des chenilles à la grande roue en passant par les autos scooters. Je glisse alors rapidos sur une planche de skate et dévale au port où un canoë ne m’attend pas, le temps de me prendre des gamelles dans les rapides. Et c’est dans une souche d’arbre que finit provisoirement mon escapade. A présent j’attends que tombe la neige pour emprunter des skis et vise une expédition prochaine en fusée, pour aller où, je m’en fous. Est-ce qu’il me sera possible au moins de redescendre en parachute avant terme sur le plancher des bovins à seule fin d’entamer une corrida d’enfer ?

P.M.

"Dans quel -tat-ger...onimo" (illustration de Jean-Marc Couvé)


De Didier Leroi dit Lodi (extrait de T-B 73)

L'ENVIE OU JE M'EVADE


DING DANG DONG : sonnez mâtines
Bing Bang Big Ben : dingo dossier.org

musique maestro !
si la culture ne vient à toi on va
la drainer vers le théâtre du Tiroir
de vos poches sortez vos mouchoirs
le néant et moins bon alterna... tif ce qu'il m'en reste

la méchanceté il va falloir
la sortir de ton ventre !
concert continu phagocyte la culture
mouvement alternatif : ailleurs c'est toujours mieux !?
tête de jivaros ou télé réductrice de cerveaux
ou Big Brother ethnologie à l'envers :

on se conforme à ce qu'on voit à l'écran : méthode ourdie
         de l'ordinateur internet t'es net ou pas !?
petite boîte à la maison silhouette réduite qui ouvre
         sur le monde belle image en avant toute !

T'es pas à la page drôle chute du poème patatras...

Le blog de Jean-Claude Touzeil

Le blog de Jean-Claude Touzeil, ex-organisateur de la manifestation poétique des printemps de Durcet, s'intitule Biloba et est avant tout un repère d'observation.
On y trouve beaucoup de photographies de choses vues, dont le côté insolite est mis en avant.
Et c'est vrai que la nature ou les objets des hommes recèlent des surprises dont l'intensité peut varier selon l'angle sous lequel ils sont découverts.
Cela nous change aussi des poètes et de leurs(h)œuvres (h)énormes, les meilleures étant souvent celles qui ne font pas exprès d'exister...
Pour aller y voir, c'est ici.

"-Ô vos leurres ! (chasseur Mohana, Pakistan)" (illustration de Jean-Marc Couvé)


De Claire Gauzente (extrait de T-B 73)


Infra

Électrique,
subreptice, anime.
Courant faible affaibli, lentement il
circule,
infra-passe,
faiblissant sans jamais s’éteindre.

Puis, dans l’atténué dénuement, il retrouve
son chant infini et le tient
à pleines mains.

Le Raudi à Metz

Une fois n'est pas coutume. Je fais de la pub pour un site d'actualités culturelles messin. Il s'agit du Raudi, ou la culture autrement, comme c'est très bien résumé.

A côté de nombre de manifestations et d'initiatives locales présentées à la une, vous trouverez en cliquant sur le bandeau de droite un lexique messin. De quoi prendre son passeport et venir vivre en France de l'extérieur.

Vous verrez : on y arrive. J'en suis la preuve vivante ! 

A ne pas manquer également une belle série de contrepèteries messines...

Le Raudi, c'est ici.

Wednesday, April 25, 2018

Traction-brabant 73

Pas très rapide le gars ! Il m’a fallu attendre le 73ème numéro de « Traction-brabant » et les 13 ans d’existence du poézine pour me demander quelles étaient les raisons qui me poussaient à aimer la poésie.
La question est pourtant essentielle, surtout si l’on consacre, comme moi, à cette passion, deux heures de ses journées.
Tout d’abord, il ne faut pas se fier aux apparences : n’emboîtant pas le pas à tous les fans de langage, j’affirme haut et fort que la poésie ne se résume pas à une suite de signes alignés sur la page ou prononcés dans les airs.
Sinon, si ce n'était que ça, il y a déjà longtemps que je me serais cassé de là pour faire autre chose de plus concret.
Non, si j’aime la poésie, c’est parce qu’elle alimente mon imagination, ce qui me permet de passer par-dessus le réel. Ainsi, par les chemins tortueux de l'inspiration, la voici qui revient me donner des idées originales d’aménagement de l'espace et du temps.
Pourquoi ne pas donner à voir aux autres des choses (objets, comportements) que l'on oublie de montrer en priorité ? Pourquoi ne pas occuper le temps de façon peu ordinaire, plutôt que d'imiter la masse bêlante ?
D’ailleurs, la poésie, j’arrive déjà, au minimum, à la transformer en feuilles assemblées par deux agrafes, voire en petits livres et en rencontres nombreuses, qui provoquent elles-mêmes l'ingestion d'aliments bien réels.
De plus, si je crois en la poésie, c’est parce que ce n’est pas une religion. Je suis libre d’imaginer tout ce que je veux à travers ses mots. Je n'ai aucun Dieu à respecter. Je peux tenter toutes les expérimentations possibles et imaginables dans la suite de mes mots. La poésie, c’est mon jardin secret qui en voit de toutes les couleurs. C’est mieux que la chimie et même que l’alchimie. Il y a peu de chances que je fasse sauter l’immeuble où je vis avec. En plus, ça ne coûte pas cher en matériel, la poésie. Il faut juste disposer d'un stylo et d'un papier, ou au pire, d'une unité centrale et de courant électrique.
C’est plutôt économique ! Cette caractéristique bien réelle devrait donc constituer un argument de vente, en ces temps de réalisme. Nous les poètes, on la pratique depuis toujours, l'austérité !
Bref, la poésie, c’est un gage de liberté. Pas d’obligation de résultats. Pas de coutumes à la gland ou de statistiques à respecter, pas de grand manitou à bénir. Que sa propre tête à opposer aux brumes du quotidien.
Alors, vous préférez encore, après ça, des religions qui ne viennent pas de vous ?

P.M.

Tuesday, April 17, 2018

Realpoetik

Je vous propose de découvrir une revue en ligne dont le ton tranche sur ce qui est publié habituellement.

Il s'agit de Realpoetik, animée par Grégoire Damon et Sammy Sapin.

Comme son nom l'indique, cette publication contient des poèmes réalistes, qui parlent de ce que nous vivons aujourd'hui, si nous vivons sur la même planète que le commun des mortels (un monde urbain, électronique, virtuel mais réel).

Ce que j'aime dans nombre de poèmes, c'est l'automatisme de leur écriture, l'impression qu'un flux d'immédiateté s'écoule.

A lire également pour les éditos en forme de poèmes en vers de Grégoire Damon, qui contiennent des réflexions théoriques (sans vouloir insister trop fort sur ce gros mot) et qui surtout, mettent en doute ce qui peut s'écrire aujourd'hui, ce qui peut être reconnu dans la poésie qui, de toute façon, n'est pas reconnue par beaucoup de monde.

Et si vous pratiquiez la Realpoetik, ça nous changerait un peu non, peut-être qu'on la reconnaîtrait un tout petit mieux la poésie ? (vœu de nouvelle année, non je rigole)

Monday, April 09, 2018

De Bénédicte Montjoie (extrait de T-B 73)

Débusqué des sous-bois de l'oubli
Un désir se dessine

Cloqué sous la kératine du temps
Insolent fardeau
Giflé par la beauté lunaire

Il s'obstine

Chair amie, vibrante et nue.

Sunday, April 01, 2018

Traction-brabant 40

Comme ma femme venait de fêter son anniversaire en invitant ses amis, les gens n’ayant pas hésité à faire le déplacement de toute la région, je décidai de l’imiter pour mon anniversaire, étant atteint d’un chiffre rond que la pudeur m’empêche de vous révéler.
Connaissant nombre d’auteurs dans le coin, je veux dire par là de gens qui écrivent et même d’artistes en tous genres, je trouvai l’initiative originale, d’autant plus que la soirée pourrait être agrémentée d’intéressantes lectures et surtout de rencontres entre personnes non conformistes.
Nous prévîmes donc un repas suivi d’une soirée musicale et dansante, contents de pouvoir renouveler la fête, et envoyâmes promptement les invitations aux dits auteurs artoschtes.
Hélas, très vite, d’insurmontables difficultés apparurent, assorties de questions insondables qui ne nous avaient jamais été posées, ce qui ne manqua pas d’ébranler ma confiance déjà chancelante en l’espèce humaine en général, et en particulier lorsqu’elle se pique de pensées élevées.
A avait paumé l’invitation et me demanda par écrit de lui répéter ce que j’avais écrit plusieurs mois auparavant : je n’eus jamais de ses nouvelles ensuite.
B ne voyait pas où était situé le lieu de notre rencontre et je dus lui servir de GPS, ce qui n’eut pas pour effet de lui faire trouver le chemin.
C serait bien venu s’il n’avait perdu sa troisième grand-mère depuis que nous nous connaissions virtuellement.
D avait des épreuves urgentes à corriger pour la publication de son quatrième livre de l’année.
E avait le mal des transports et ne savait pas conduire. Plus précisément, il tombait en syncope dès qu’il prenait le train. Je me gardai donc de lui demander ce qui lui arriverait s’il prenait l’avion.
F aurait volontiers fait le déplacement jusqu’au moment où il apprit que le repas n’était pas strictement végétarien.
G n’aimait que la musique dodécaphonique de l’école viennoise.
H allait partir en Inde, atteint d’une crise mystique impromptue.
Bref, pour ne pas nous retrouver seuls à seuls avec le DJ, ma femme et moi, nous invitâmes par Internet quelques inconnus, en exigeant d’eux qu’ils n’écrivent pas ni ne se livrent à de quelconques activités artistiques.
Et là, nous fîmes salle comble. L’amitié, n’était-ce pas pourtant se faire plaisir en étant présent pour les autres ?



P.M.

Saturday, March 24, 2018

De Jean-Baptiste Happe (extrait de T-B 73)

Lui c'était un type qui avait plein d'idées
tout le temps
par exemple il voyait une lampe renversée
hop il créait quelque chose avec
quelque chose de mieux
par exemple il comprenait par où passer comment
pour rejoindre un lieu précis
ou convaincre des gens réticents d'adopter un lapin
il disait des fois
« oui mais les gars je fais ça maintenant
pour précisément rien faire ensuite »
bien vu
bien vu
maintenant il fait plus rien
nous non plus
il avait tellement d'idées tout le temps
qu'on se demandait
s'il y avait de la place pour autre chose
hop recadrer une photo ratée
maintenant il n'y a plus la place pour autre chose
que lui
là-dedans
et ses idées
c'est con
et cela dure
cela dure
les idées c'est pratique
mais pas suffisant
autant directement rien faire

Friday, March 16, 2018

Traction-brabant 72

Ah les pseudos ! Pour les plus fidèles lecteurs de Traction-brabant, il en était déjà question dans l'édito du numéro 44, en décembre 2011.
Depuis cette date, j'en vois de plus en plus fleurir parmi les auteurs, ce qui m'a amené à revoir en partie mon jugement sur cette pratique.
En effet, avec le recours massif à Internet et tout particulièrement aux réseaux sociaux, type Facebook, l'utilisation d'un pseudo, quand on fait circuler ses textes, me paraît davantage justifiée qu'autrefois.
Ainsi, la poésie, comme tout ce qui traîne sur la toile, peut faire partie des informations utilisées contre soi dans la sphère professionnelle.
Belle aubaine pour les employeurs (ou les collègues, les élèves), afin d'essayer de mettre sur la touche un peu plus de personnes, « à la tête du client ».
Peut-être suis-je paranoïaque, mais la validité ou l'invalidité du prétexte n'est pas en cause, seulement son existence trop facile à exploiter.
Bien sûr, je déplore cette situation et comprends ce besoin de se protéger pour survivre dans la jungle de l'hypocrisie, qui trouve là un nouveau terrain de jeu...
Par contre, ma position ne varie pas d'un iota quant à l'émergence de pseudos seulement justifiés par des caprices d'artiste, hors de toute contrainte.
Attention, il n'est pas question ici de ceux qui s’intègrent dans la réalisation d'une œuvre collective, à dominante potache. L'exemple classique est celui de l'Album Zutique, auquel a notamment participé Albert Mérat (Arthur Rimbaud).
Non, ces pseudos-là sont marrants, puisqu’ils relativisent le sérieux de la démarche.
Au contraire, lorsque les pseudos d'agrément sont mis au service d'une œuvre personnelle, j'y vois là une façon d'augmenter le nombre de ses égos, alors qu'il me semblerait plus souhaitable pour la représentation de la poésie, de les éliminer jusqu'au dernier. C'est une façon pratique de séparer toute pratique artistique de sa vie réelle et ordinaire. Attitude peu humble (je suis certain d'être (re)connu sous mon patronyme, la charrue étant mise avant les bœufs !) et en même temps, frileuse, qui me déplaît. J'ose croire qu'une partie de notre marginalité vient du fait que l'on ne cherche pas à assumer sa poésie, notamment envers ses proches, même quand cela serait possible.
Bientôt, ne s'inventera-t-on pas des pseudos différents pour se brosser les dents et faire les commissions ?
Tout autant d'identités qui servent de cache-misère à notre réalité, à nous voiler la face plutôt qu'à essayer de vivre en toute simplicité, avec une seule identité, non dissimulée de poète et de pas poète à la fois...Vous me trouverez bien dur, sans doute... Tant pis...
P.M.

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Poézine ou pour parler comme les gens bien "revue poétique et littéraire" et toutes petites petites éditions, comme le format des bouquins