Friday, December 31, 2010

Incipits finissants (21)

Il n’y a pas si longtemps, nous croyions vivre dans un monde sans papier, moderne et qui serait à notre disposition. En vérité, nous nous sommes bien foutu le doigt dans l’œil. Nous pensions que les objets inertes ne se vengeraient pas de nous. Eh bien c’est fait aujourd’hui. A chaque fois que je vais au travail, je ressemble à un cloporte menacé d’écrabouillement. Pourtant, j’ai espéré m’éloigner du bureau avant qu’il ne s’éloigne de mon ombre.
Les progrès de ces dernières années ont consisté à accroître la surveillance du personnel. De son mobilier, notre immeuble n’a gardé que le squelette. Ca fait belle lurette que nous n’entreposons plus d’argent. Les coffres ont tous été ouverts les uns après les autres par une bande de terroristes capitalistes. Le pouvoir a juste laissé des postes informatiques qui nous scrutent en permanence.
A part ça, les portes blindées existent, incassables, inviolables jusqu’à demain. Et moi qui bosse depuis cinquante ans, j’ai de plus en plus de mal à me rendre à mon ordinateur de contrôle. Les ascenseurs ont été désossés car non rentables alors je prends l’escalier crasseux du désastre ordinaire. Je me colle davantage à sa rampe, unique certitude. Hier, j’ai mis une demi-heure avec mes rhumatismes avant d’arriver au quatrième.
Pour être payés ici, il faut se connecter au moins dix heures par jour. Ma position dans l’espace a été fixée par une circulaire Internet de 2023. De guerre lasse, d’autres fonctionnaires ont bien tenté de se suicider en cognant leur tête à plusieurs reprises contre les bureaux en verre mais que de souffrances inutiles. Pour finir, leurs corps ont été expédiés en cubes colissimo par la hotte chauffante.
Cependant, je crois savoir ce qu’il y a derrière la porte où tout le monde finit. La dernière fois que j’ai parlé à un collègue, en 2040, il était question de cela. Il m’a dit que dans les archives se trouvait ce que nous avions connu autrefois. Tant pis pour la connexion de mon visage. Je vais ouvrir et derrière, quelle n’est pas ma surprise de découvrir un bric-à-brac attendrissant. Les marches de l’escalier sont encombrées de tiroirs sur roulettes. J’ai juste le temps de me sentir partir. Mon corps glisse sous une armoire métallique des années 70 et c’est le trou noir. J’aurais eu soixante dix huit ans le mois prochain.

Présentation

"TRACTION-BRABANT" (alias T-B pour les intimes) est un fanzine d'écriture, de poésie et autres textes courts, créé en janvier 2004 par Patrice MALTAVERNE (conception , écriture, choix et mise en page des textes) et Patrice VIGUES (illustrations).
"TRACTION-BRABANT" existe aussi et surtout sous sa version papier à une centaine d'exemplaires. Le poézine est à parution aléatoire, quoique... si tous les deux trois mois, les combattants sont en forme, un nouveau numéro sort de leur tanière.
"TRACTION-BRABANT" n'est pas une association, ne demande aucune subvention, le poézine a juste pour but de faire circuler à son modeste niveau une poésie pas trop classique ni trop molle surtout, ainsi que de véhiculer certaines pistes de réflexion, sans pour autant qu'il ne soit tranché dans le vif.
Plus précisément, à l'origine, TRACTION-BRABANT est la contraction de traction avant, l'auto et de brabant double, la charrue à double soc. Cela montre avant tout notre nostalgie pour ces vieux objets mécaniques ainsi que notre méfiance par rapport à un progrès non mesuré...
Les auteurs (poètes, illustrateurs) présents dans "TRACTION-BRABANT" sont près de deux cents à l'heure actuelle.
Ce blog a pour but de reproduire des extraits du zine sous sa version papier et de faire connaître davantage ce que nous faisons....
Enfin, "TRACTION-BRABANT" s'efforce d'encourager ses participants à des échanges de textes et d'idées et pourquoi pas à de possibles rencontres : vous comprendrez donc que les (h)auteurs intéressés que par eux-mêmes ne soient pas forcément les bienvenus ici.
Les artischtes, non plus, lorsque le dédain des contingences matérielles, qui les arrange tout particulièrement, provoque leur éloignement de la réalité des choses, plus facile à gérer.
P.M.

Encore un peu de temps et nous serons tous à la rue


De Dominic Caétano (extrait de T-B 30-31)

L'espace entre 2 grains de sable

Il y a un tourbillon de mots et d'images. Il va bien finir par crever, ce tourbillon.
- A en devenir fou, à en crever!
Je dégage cette fois-ci sur la pointe des pieds et la veste sous le bras.
Je prends avec moi une pierre trouvée dans une très vieille tombe, elle a toujours été là sous mes yeux.
Je caresse les murs en descendant les escaliers et je saute la dernière marche. Dehors sur le trottoir je déambule, mon corps déambule et je jette ma veste sur mon épaule.
Ne plus se brûler le cerveau, enjamber des ponts même imaginaires - je t'écoute si tu le veux.
Je baisse le regard et mate mes chaussures, elles sont vieilles et c'est étrange d'avoir le cœur léger dans cette chaleur d'été.
Sans le savoir, sans le comprendre, être seul dans un univers bien rempli - tu m'écoutes?
Toujours avoir un flingue dans sa poche pour se défendre...une fois et pour toutes.
Les voitures volent à côté de moi, je ne vois que de la couleur.Les maisons sont sales et à l'intérieur les gens ont le cafard même quand ils dorment.
Des mots, des wagons de mots qui partent dans le grand Est, il fait trop chaud ici.
Je suis monté sur les hauteurs, je vois toute la ville et ces toits gris, on dirait de la peau d'éléphant et je suis le cornac pleurant son salaire.
- Et si tu ne comprends pas tu me fais un signe et on verra...
Je pense à celui qui est resté dans mon lit, nu, allongé sur le ventre, il ronflait un peu. Il m'en reparlera de sa joie de vivre, de tous ses projets et de cette sale manie de trahir tous ces principes - Oui oui il est totalement malheureux.
Ça me fait penser à toutes ces lumières qui sont allumées derrière les rideaux, elles ne sont pas là pour dire - venez, entrez, vous êtes les bienvenus, elles sont là pour dire - ne vous approchez pas, il y a quelqu'un ici. Les plus malins ont un écriteau "attention chien méchant". Si leur chien est vraiment méchant, à leur place j'aurai peur.
Un jour on m'a dit que le plaisir était du miel qu'on lèche sur une lame de rasoir, je n'aime pas le miel, je peux mettre autre chose?
Je pense à ce qui me reste à faire pour le restant de ma vie et le tourbillon revient.
Juste baigné de lumière, agiter les bras pour qu'ils se détachent, courir vite et sauter les obstacles les plus hauts.
Juste plisser les yeux quand quelqu'un vous fait la morale, juste boire à la bouteille quand quelqu'un vous insulte.
Traverser au dernier moment et sourire.
Ne rien prendre, tout laisser à la meute, prendre une photo du spectacle et la mettre dans son portefeuille.
Se récupérer de justesse, tomber amoureux de soi-même, se caresser et embrasser le miroir.
Jusqu'à la mort bouger la tête sur un seul rythme, toujours le même à l'infini.
Prêter serment devant une icône fabriquée de choses trouvées ici et par là bas, promettre de ne pas se faire semer, promettre de trouver sa place entre deux grains de sable.

Le Code de déontologie des loubs (part three) : avec Windowsmediaplayer

Venez redécouvrir le monde merveilleux des loubs avec ce troisième volet du "Code de déontologie des loubs". Dans notre société qui va jusqu'à réglementer l'heure de tombée des crottes de pigeon, il était vital d'écrire ce texte...
Avec la complicité musicale de Blazervilain : "The good the blazer and the vilain" (va Dogmazic)

L'insecte se rétracte mais ne se rend pas de Patrice VIGUES


Incipits finissants (27)

Il y en a qui disent que les (h)auteurs sont difficiles à rencontrer, qu’ils ne sont pas accessibles, qu’ils n’aiment pas être dérangés dans leur production de l’esprit nébuleux… heureusement, moi, je ne suis pas du tout comme ça.
Je reste ouvert à toutes les rencontres... Bon, vous savez mon adresse ? Si vous souhaitez faire ma connaissance, quand vous serez arrivé devant le portail en fer forgé, il suffira juste que vous sonniez avant d’entrer dans le sas. Ensuite, il vous faudra taper le code d’accès c’est facile. Vous vous retrouverez alors dans la cour intérieure de mon immeuble. Ensuite, pas compliqué, vous taperez le mot de passe qui vous permettra d’accéder aux habitations. Comme il y a plusieurs appartements dans le même immeuble et aussi pour des motifs de terrorisme, vous comprendrez bien qu’il m’est impossible de vous révéler un seul de mes codes…
C’est pourquoi je vous conseille de passer durant mes heures de présence et de prononcer mon nom dans le parlophone du mur. J’ai mis en place des horaires de rendez-vous les jours pairs et plus exactement les mardis de 14 h 15 à 17 h 50 mn, les jeudis de 10 h 15 à 11 h 25 mn et vendredis de 9 h 25 à 10 h 40 mn ça c’est pour l’été. Le reste du temps, je peux vous accueillir sur rendez-vous sauf le lundi c’est mon jour férié. Afin de connaître mes horaires de présence, au cas où je me serais absenté momentanément et pour toute urgence, vous pouvez laisser également un message sur mon portable (05/82/78/10/79) ou même sur mon téléphone fixe (02/46/75/06/51). Je vous répondrai bien sûr dès que possible.
Sachez que je dispose enfin d’un compte Internet :
malta@hotmail.com
Qu’il m’arrive de consulter en hiver le mercredi et le samedi les jours impairs.
Là, vous ne pourrez pas dire que je me dérobe à vous. Tout est transparent, je vous l’ai déjà dit. Il ne serait pas normal que le Président directeur général de la revue « Traction-brabant » laissât ses clients auteurs dans la panade…
Bon, on reprend tout depuis le début. Si vraiment vous voulez me causer, demandez Malta au bar du zèbre noir de la place des trois girafes du lundi au dimanche de 8 h 00 à 24 h 00.
P.M.

Les états civils libres

Dans ce site dont le nom me rappelle les premiers chapîtres du Code Civil, se succèdent des textes voyageant en toute liberté (quelquefois surveillée), malgré les tensions sociales (numéro 1) qui parlent d'ailleurs (numéro 2), de Princesse Stella, de Rudy, de Ben...
Présentation sobre, photos élégantes : tout ce qui va bien.
Une bonne adresse pour la poésie de l'immédiat...

De Vincent Courtois (extrait de T-B 26)

Je suis une pure sensation
Quand la boisson coule dans ma gorge
Tout se réduit à ce beau passage
Du liquide qui descend
Qui libère le nœud
Qui me serre
Accumulation de mots
Non sortis
De violence faite à moi
Imaginaire
Ou réelle
Je confonds
Toutes les origines
De ce que j’éprouve
Car au final
Tout se réunit
Dans cette pure sensation
Plusieurs fois recommencée
Par jour
Quand la boisson coule dans ma gorge
Et que tout se réduit à ce beau passage
Du liquide qui descend
Qui libère le nœud
Qui me serre

Croix de bois croix de fer si je mens vais en enfer (illustration de Jean-Louis Millet et titre de Malta)


Webzine La belle-mère dure

Venez nombreux participer à cette nouvelle revue "La belle-mère dure" : trois numéros à ce jour. Les contributions, le titre donne de la matière (!), seront publiées sur le blog dont lien bien attaché.
Bonnets de nuit s'abstenir !

Friday, December 17, 2010

De Olivier Millot (extrait de T-B 30-31)

Je vous enverrais des fleurs
La grenadine me manque
J’en suis fort aise
La vérité n’est point plaisante
Je rêve d’une ombre meilleure
La glace se détend
Je vous rends l’âme

Wednesday, December 15, 2010

Hommage à Ludovic Kaspar

Vous pouvez retrouver mis en ligne sur le site Francopolis l'hommage à Ludovic Kaspar avec des poèmes de lui et témoignages de ses amis...

Tuesday, November 30, 2010

"Henri Michaux" : illustration de Henri Cachau


Wednesday, July 07, 2010

De François Gorin-Camard (extrait de T-B 4)

Elle viendra me voir avec son sourire attendrissant
En me regardant elle semblera me dire regarde je me suis fait belle
pour toi
Je ne pourrai m’empêcher d’être attendri mais d’un attendrissement
détaché
Je semblerai sourire mais il y aura quelque chose au fond de mon oeil
Et elle le remarquera
Elle me dira chéri tu es sombre il y a toujours quelque chose qui ne
va pas mais je t’aime
J’aimerais pouvoir lui dire que au lieu de respecter une image avec
rouge à lèvres et maquillage
Et puis tous ces magazines de mode avec ces habits si lointains
Que j’aimerais tellement qu’elle garde ce côté sauvage
Qu’elle ne passe pas une heure devant sa glace et qu’au contraire
5 minutes donne un imprévu
et puis qu’elle pense au pommier en Bretagne– à la tulipe en Hollande–
et à la grue en Afrique du Sud
j’aimerais tellement qu’elle ait cela et qu’elle arrive avec les
cheveux au vent et l’odeur de fraises dans la bouche


(Extrait de « L’Epée »)

Friday, June 25, 2010

Malta compil : 2001 (avec Windows media player)

A la période dure il y avait "La glaciation des sexes", poème extrait du recueil "Mauvaises nouvelles" et publié par la revue Alpes Vagabondes en 2003 :

Les sexes libérés en prison
les sexes en prison à la casse
Cette chaîne d'appels dérisoires
Nous est restée sur le coeur
Comme une ardoise à bercer
Notre histoire au début
Etait pourtant bien partie
Et voilà que la pirouette des coeurs prend toute la place
Il faut choisir une autre voie
Pour nous endormir sur l'autoroute des rêves
Robes et langes
Rêves chatoyants
La route a même été repeinte
Les barreaux de la prison d'Oedipe
Ont fondu sous le soleil germinal
Nous ne sommes que des sexes perdus
Dans l'embouteillage des lumières mortes
Un feu trop désiré
Un feu mort
Avec nos ailes brûlées
Nous voyageons trop vite
Nous pouvons nous arrêter aussi
Enterrer notre lune dans le sable
Repartir avec de nouvelles conserves
Qui font un bruit infernal
Et amusent tout le corps
Bougeant jusqu'à l'éternité
Les passagers clandestins
Se noient par milliers dans ces ferrailles
Mais nous voyageons
Et les corbeaux des mers
Avalent notre sexe repoussant

Sur fond musical de TcherNoByle le Prophet mix via Dogmazic

Thursday, June 24, 2010

"- un avatar - des zavatta : - i.m. achille-" (illustration de Jean-Marc Couvé)


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Poézine ou pour parler comme les gens bien "revue poétique et littéraire"
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