Friday, December 31, 2010

Traction-brabant 17

Encore une fois de plus nous échappera le cœur du problème. On a beau le savoir, on ne résiste pas assez contre ça. Contre ce fabuleux retour de l’Ordre Moral (O.M. comme Ordures ménagères).
Bien entendu, je ne vois guère d’homme politique qui ne vante la vertu parce qu’elle se range du bon côté du fric. La vertu est à la mode, elle est high-tech. Ne pas l’accueillir, c’est comme si après avoir abattu tous les murs, de Berlin et d’ailleurs, on ne construisait rien à la place. Dans le clan des débraillés dépourvus d’influence, il n’y a plus guère que le père Sade pour défendre le néant bienheureux.
Pourtant, sous nos aspects séducteurs, la modernité n’est pas moderne et la marginalité pas plus, qui demeure marginale.
Le problème essentiel est que nous voulons toujours être à peu près normaux. Nos modèles sont usagés et nous y tendons comme à la guerre. Tant que nous trouverons la consolation dans les fêtes calendaires, le retour des saisons et autres babioles, la parfaite sentimentalité familiale qui ne fait que des morts, l’échappatoire par le travail , nous n’aurons pas avancé d’un pas. Nous n’avons peut-être pas d’autre choix ou bien sommes-nous assez naïfs pour nous le figurer ?
Il est affligeant de voir les maîtres de ce monde entuber les masses, parce qu’elles sont trop sentimentales.
Ah ! La bonne vieille vertu ! Les certitudes se rapportent plus ou moins à la sainte vierge, aux liturgies catholique rigide, baba cool mollassonne, voire plus sûrement à la doxa des origines bienheureuses et sans cesse retrouvées. Mais tout ça c’est du pareil au même.
Faut vraiment retenir autre chose de l’existence, et surtout rien du tout, faute de mieux. Tel est le secret de la réussite absolue. Ne rien vouloir d’autre que la vérité sans les fleurs bleues qui l’accompagnent. Pousser les âmes au concret afin qu’elles perdent de vue les valeurs des voleurs.
De toute façon, nous nous perdrons encore et toujours par amour des ressemblances, des références. Nous sommes faits pour nous cloner, nous sommes destinés à y croire, bien que le vide bouche tous les trous.

P.M.

Présentation

"TRACTION-BRABANT" (alias T-B pour les intimes) est un fanzine d'écriture, de poésie et autres textes courts, créé en janvier 2004 par Patrice MALTAVERNE (conception , écriture, choix et mise en page des textes) et Patrice VIGUES (illustrations).
"TRACTION-BRABANT" existe aussi et surtout sous sa version papier à une centaine d'exemplaires. Le poézine est à parution aléatoire, quoique... si tous les deux trois mois, les combattants sont en forme, un nouveau numéro sort de leur tanière.
"TRACTION-BRABANT" n'est pas une association, ne demande aucune subvention, le poézine a juste pour but de faire circuler à son modeste niveau une poésie pas trop classique ni trop molle surtout, ainsi que de véhiculer certaines pistes de réflexion, sans pour autant qu'il ne soit tranché dans le vif.
Plus précisément, à l'origine, TRACTION-BRABANT est la contraction de traction avant, l'auto et de brabant double, la charrue à double soc. Cela montre avant tout notre nostalgie pour ces vieux objets mécaniques ainsi que notre méfiance par rapport à un progrès non mesuré...
Les auteurs (poètes, illustrateurs) présents dans "TRACTION-BRABANT" sont près de deux cents à l'heure actuelle.
Ce blog a pour but de reproduire des extraits du zine sous sa version papier et de faire connaître davantage ce que nous faisons....
Enfin, "TRACTION-BRABANT" s'efforce d'encourager ses participants à des échanges de textes et d'idées et pourquoi pas à de possibles rencontres : vous comprendrez donc que les (h)auteurs intéressés que par eux-mêmes ne soient pas forcément les bienvenus ici.
Les artischtes, non plus, lorsque le dédain des contingences matérielles, qui les arrange tout particulièrement, provoque leur éloignement de la réalité des choses, plus facile à gérer.
P.M.

Trouver la voiture I

De Marc Tison (extrait de T-B 27)

Pierres
Pierres qui calent mesures d'usines
imbriquent des briques de terre de pierres

pierres rouges les murs des maisons ouvrières
des ouvriers effacés dans le canton de Denain
désintégrés statistique sociale troisième page
des misères du journal rouge
maisons barricades planches aux fenêtres
et les murs désertés rouges de pierres
s'effritent sans fin recyclées et d'autres
écrasées sans fin tapis des sols d'autoroutes
sacrifices des os d'anciens locataires sidérurgistes
au RMI offerts à la condition de poussières

Le Code de déontologie des loubs (part three) : avec Windowsmediaplayer

Venez redécouvrir le monde merveilleux des loubs avec ce troisième volet du "Code de déontologie des loubs". Dans notre société qui va jusqu'à réglementer l'heure de tombée des crottes de pigeon, il était vital d'écrire ce texte...
Avec la complicité musicale de Blazervilain : "The good the blazer and the vilain" (va Dogmazic)

Tout cassé dans la machine de Patrice VIGUES


Incipits finissants (7)

En suçant son stylo disait-il quelle drôle de philosophie on nous enseigne là… Le sujet du jour c’est se souvenir encore et toujours comme si l’on n’était pas déjà assez vieux comme cela.
Car ce n’est pas bien d’enfourner une charrette d’humains dans un four à pâtisserie, même pas pour les manger. Tiens… j’avais oublié les derniers outrages que les images médiatiques ont fait subir aux très vieux morts.
C’est bizarre vous savez j’ai tendance à tout mélanger dans cette société de consommation : petits noirs poignardés avec une gamelle vide et quelques mouches sur les côtes, des arabes avec leur panoplie de dynamite autour du corps, des noyés jaunes, des afghans sautant sur quelles mines, des trognes avinées dont le circuit de refroidissement a éclaté en pleine canicule, des garçons de ferme pendus à la lieuse, des filles mères sous 3000 mètres d’antidépresseurs, les rmistes, sauf qu’ils n’existent pas du tout, ceux là. Alors leur souffrance ne vaut pas un kopek.
Tandis que dans les fours il y a quelque chose de religieux. Comme le destin qui frappe à la porte.
Comme quand on pénètre dans une église. Trop class. L’orgue se met en branle et il n’est pas de barbarie. Non, il faut surtout ne pas confondre l’odeur d’encens avec celle de la crasse.
Mais alors, comment des pauvres pourraient-ils réussir à devenir des héros Post Mortem (P.M.) pour qu’on se souvienne d’eux, même sur les chaînes incultes et au fil de symposiums imposants ?
Je ne vois qu’une seule solution : qu’une météorite leur tombe sur le coin de la gueule.
Un coup du destin qui se mérite. Faut vivre en bande dans un chouette terrain vague. Et après, des scientifiques sérieux effectuent quelques relevés dans le petit tas de rien du tout. Possible même qu’un homme politique avisé émette l’idée d’une stèle. Alors là, ce n’est plus un incipit finissant, mais une fin insipide.
J’en finis donc avec ma dissertation de philosophie sur les vieux morts.


P.M.




Chroniques du Bardeau (Jan)


"Lorsqu'une ânesse se laisse séduire par un cheval, la jeune dévergondée donne naissance un an plus tard à un animal à mi-chemin du cheval et de l'âne. On l'appelle bardot s'il est de sexe masculin et bardote s'il est de sexe féminin. Le bardeau n'est pas un hybride très apprécié, et sa naissance procède plus des accidents de clôture de champ que de la volonté délibérée des éleveurs. Il ne possède ni la force du cheval ni le caractère placide de l'âne, et ne sait pas très bien quelle est sa place sur la Terre.
Il hennit plus qu'il ne braie, et encore est-ce un cri pas très affirmé."
Voilà comment Jan Bardeau ouvre ses chroniques du Bardeau, qui regroupent des textes intitulés "Chutes", "Corpuscules", proses d'un quotidien mi-douces, et pas mal amères, comme le quotidien quoi, et que je vous encourage à découvrir...

De Christophe Esnault (extrait de T-B 20)

La brèche / Il s’emballe beaucoup trop vite, à la moindre illusion d’un début de commencement fantasmé, ses espoirs filent dans la brèche. Il se voit déjà accepté dans un univers féminin qui donnerait sens à ses rêveries solitaires. Cette inconnue l’extirpera de son célibat forcé. Lui offrira son corps à succulentes doses journalières. Croira assez en lui pour le dynamiser et insuffler ce qu’il lui manquait pour le voir parvenir à un statut professionnel valorisant aux rémunérations jusque-là improbables. Cette femme sera la mère de ses enfants. Ou, plus sûrement, l’ignorera complètement à leur prochaine rencontre.

Human II de Cathy Garcia


Et pour en savoir plus sur les illustrations, la revue et les textes de Cathy Garcia, je vous propose de leur rendre visite :

Le blog d'Alain Lacouchie

Découvrez le blog d'Alain Lacouchie, dans lequel l'auteur réagit à l'actualité et malheureusement il y a matière ! A moins d'être dépourvus de bon sens, vous devriez apprécier !

Friday, December 17, 2010

De Vincent Wahl (extrait de T-B 19)

Conte d’apothicaire :


Il était une fois de petites balances
petites boites
petits bouts d’étiquettes
purgatifs clystères
petits mystères, petits jeux.

Il était une fois des ventres plats ou même carrément creux
des yeux larges et cernés.

Il y eut beaucoup d’enfants dont peu vécurent
il y eut des conteurs qui brodaient tous la même histoire
il y eut la pénurie comme aiguillon pour le désir
il y eut à renoncer au beurre pour des canons.

C’est ça que tu veux retrouver, c’est ça ?


(extrait de « Rumines ») qui va être prochainement publié par les Editions Rhubarbe, éditeur de textes inclassables, c'est rare...

Tuesday, November 30, 2010

Clown 32 : illustration de Henri Cachau


Wednesday, July 07, 2010

De Samuel Ico (extrait de T-B 26)

JUS D’ORANGES
- Ca ne devrait pas exister. Me dit-elle. Ce genre d’abandon ne devrait pas se produire.
Il est neuf heures du matin. J’émerge juste tandis que Melinda tourne dans la cuisine sans arrêt.
- Non, mais t’as vu ça ! Reprend-elle. Elle est quand même magnifique, hein !
Je m’assois à la table, chope la cafetière encore tiède puis me verse la mélasse dans une tasse.
- Où t’as récupéré ce truc ? Je lui demande, à moitié chlasse.
- Dans une poubelle. A deux pas d’ici. Le couvercle était sur le trottoir et je l’ai vu.
La main qu’elle tient dans la sienne est fine et abîmée. On dirait une main de femme mais je n’en suis pas certain. Je pense ça par rapport aux doigts. Je rétorque :
- Tu fais les ordures, maintenant ? !
- J’fais ce qui me plaît. Y a des choses qu’on ne peut pas jeter. Ca me dégoûte. Celui qui s’est permis un tel acte, est un criminel.
Je bois une gorgée du café. Plus tiède, froid. Me fous d’elle :
- N’exagère pas. C’est une main en plâtre. La personne a dû la trouver ratée et elle s’en est débarrassée. Ou alors, elle provient d’un objet cassé et elle n’a pas voulu s’emmerder à le rép…
- Fumier ! S’exclame Melinda, plantée contre l’évier. Les objets, comme tu dis, ont une âme. Tu n’en as jamais entendu parler ? ! Pour un type qui écrit, je te trouve bien terre à terre.
Je finis ma tasse. Pique légèrement du zen sur la table. Me ressaisis.

- Tu ne réponds rien ? Me demande-t-elle, énervée. Tu préfères te défiler ?…
- Arrête ! Je dis, lassé. J’ai mitraillé toute la nuit. Je suis crevé.
- Ah, ouais ! Et ça t’empêche de ressentir de l’émotion pour cette main ? Ca t’empêche de t’y intéresser ? Tu es égoïste, voilà ton vrai visage. Tu ne penses qu’à ta petite vie d’écrivaillon de merde. Et… et si on te coupait l’une de tes paluches ! Si on la fourguait dans une benne ! Tu… tu resterais avachi sur ta chaise ? A attendre qu’elle repousse ?…
Je la fixe, paumé. Me frotte la figure puis réplique :
- T’es givrée ou quoi ? ! Qu’est-ce que tu m’embrouilles avec ta pogne en plâtre ? ! Qu’est-ce que tu cherches comme problème ? !… Ecoute, on reparlera de ça, plus tard. Là, il faut que…
- CONNARD ! Gueule-t-elle d’un coup. T’AS PAS REMARQUÉ ?… T’AS PAS VU QUE CETTE BON DIEU DE MAIN, C’ETAIT LA MIENNE ? ! C’EST DE CETTE FACON QUE TU ME REGARDES ? QUE TU DIS M’AIMER ? !…
J’écarquille les yeux. Bafouille :
- Quoi ? !… Qu’est-ce… Ta main ?… C’est quoi, ce délire ?…
- Ce délire, c’est ma jeunesse. J’avais 20 ans quand j’ai posé pour un enfoiré de sculpteur. Et puis ce matin, voilà… je retrouve un de mes membres enfoui dans la merde. C’est… Tu es comme tous les autres : aveugle.
D’un geste violent, elle pose la main sur la table. Jure « PUTAIN ! » avant de me conseiller :
- Tu devrais prendre un jus d’oranges. C’est vrai que tu as l’air foutu.
J’observe la main. Entends Melinda quitter la pièce. Ses pas pressés dans le couloir d’entrée. La porte qui claque. Le moteur de sa voiture qui rugit.
Il y a un filet d’oranges juste devant moi. Elle a sûrement raison, je suis foutu.

Je tends le bras droit vers les vitamines puis je cherche un verre.
L’index de la main me montre un placard près du frigo.
Je murmure : « Merci » sans savoir à qui je parle.
Dans la rue, plus rien ne bouge.

Friday, June 25, 2010

Malta compil : 2002 (avec Windows media player)

Le poème qui suit, daté de 2002, est extrait d'un cycle intitulé "Samson" et dont plusieurs poèmes ont été publiés, dont celui-ci dans la revue Diérèse.

Le prix de l'amour
Montre à chaque fois la réalité de plus près
Comme un couffle glacial
Un corps qui ne ment plus

Enfin mort
Il s'abat
Rendu rapace
De la rapacité d'une femme
Qui tourne en mante noire
Au dessus de la perfection d'un visage

Sans que les yeux du désir
Soient tués
Les draps du sommeil
Remontent sur son ombre

La côte de sable qui efface les apparences de la vie
Ne laisse plus qu'une masse
Complètement morte

Le marteau d'une porte qui se ferme

Sur une musique de Joy Vains "In my old house" via Dogmazic

Thursday, June 24, 2010

"-I-Che-assaut tr-sor" (illustration de Jean-Marc Couvé)


Sunday, April 04, 2010

De Christian Bulting (extrait de T-B 9)

Observant
Le gros insecte sur le dos
Qui agite ses frêles pattes
Je pense à Grégoire Samsa
A Kafka
Aux récits singuliers de cet homme étrange
Mais pas étranger si proche de nous
Des tréfonds de nos âmes boiteuses
De nos peurs ensablées
Sous la surface lisse du silence social
Réveillées dans la nuit par ce solitaire acéré
Entre deux journées d’employé modèle
Anonyme ignoré regardant passer les notoriétés
Littéraires quand pour lui il ne s’agit
Que d’amener au jour les ténèbres
L’obscur l’indécidable l’imprononçable
De donner voix à l’informe
Vie à ce qui hante les soupiraux
De nos esprits tourmentés inquiets
Impuissants les pattes en l’air
A s’agiter en vain
De moins en moins
Sous le regard de qui

Blog Archive

About Me

My Photo
Traction-brabant
Poézine ou pour parler comme les gens bien "revue poétique et littéraire"
View my complete profile