Sunday, November 22, 2020

Traction-brabant 91

Rien à faire. La poésie a décidemment beaucoup à voir avec les saisons. Il y a le printemps des Poètes, bien sûr ! Mais il y a surtout les fins de trimestres. Les mois de mars, juin, septembre et décembre, tant redoutés à cause des avalanches incessantes de poésies. À chaque fois, c’est la même chose : si vous écrivez des poèmes, que vous en lisez (je précise cette circonstance qui n’a rien d’une évidence) et que donc, vous êtes abonné à plusieurs revues vous permettant d’en lire, vous recevez en une semaine une tonne de publications. Et puis après, plus rien. Et pas davantage avant. Pourquoi donc ?

Au-delà des possibles offres de réduction de frais postaux, il y a tout simplement cette attraction terrestre, cet atavisme envers les saisons, qui fait qu’en général, la poésie ne se réveille, dans les revues, que selon la mode quatre saisons ou sinon, été hiver.

Ainsi, en fin de compte, il s’agit d’une discipline très administrative, dans sa régularité de pendule, ce qui peut contribuer à l’ennui que parfois on lui trouve. C’est comme si rien ne pouvait atteindre cette régularité parfaite. Ni évènement grave, ni traumatisme collectif. L’idée s’enracine selon laquelle la poésie tourne à vide, puisque rien ne l’atteint, alors qu’elle est censée traduire l’émotion même, sujette à d’irrégulières explosions aux périodicités, par essence, imprévisibles.

Les revues, me direz-vous, sont justement là pour canaliser, à travers un collectif stable (le collectif du revuiste, qui se tape en général presque tout seul le boulot !), ces explosions individuelles.

Il n’empêche : la régularité poétique finit par me porter sur le système, je l’avoue. Et je pense à nouveau à cette époque où, avec quelques copains, nous rêvions d’allumer un barbecue le 31 décembre, ou de dresser un sapin de Noël pour la Saint-Jean.

Heureusement, ce que la routine inhumaine, car trop humaine, ne parvient pas à obtenir, peut-être l’absence de saisons marquées l’autorisera-t-elle. Et la poésie suivra alors ce changement universel.

Au moins, avec « Traction-brabant », malgré l’apparence, je fais plus attention à mon rythme personnel, voire intérieur, qu’à une respiration trimestrielle.

Si je suis déjà parvenu à sortir un numéro de Traction-brabant en dehors des mois de mars, juin, septembre ou décembre, sans doute recevrez-vous un jour (merci d’avance à la Poste qui m’aidera sur ce coup-là), un de ces numéros un 31 décembre, voire un 2 janvier ou un 14 août. Ce serait l’idéal de voir nos textes surgir quand on ne les attend pas. Cela s’appelle effet de surprise… qui devrait aller de soi en poésie. 

P.M.                                                                       


Numéro 90 de Traction-brabant


Le numéro 90 de "Traction-brabant" est vendu au prix de 2,60 €.

Pour plus de précisions, contact association le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Présentation

"TRACTION-BRABANT" (alias T-B pour les intimes) est un fanzine d'écriture, de poésie et autres textes courts, créé en janvier 2004 par Patrice MALTAVERNE (conception, écriture, choix et mise en page des textes) et Patrice VIGUES (illustrations).

"TRACTION-BRABANT" existe aussi et surtout sous sa version papier à une cent soixante-dizaine d'exemplaires par numéro. Le poézine est à parution aléatoire, quoique... si tous les deux trois mois, les combattants sont en forme, un nouveau numéro sort de leur tanière.

"TRACTION-BRABANT", aujourd'hui publié par l'association Le Citron Gare, ne demande aucune subvention, le poézine a juste pour but de faire circuler à son modeste niveau une poésie pas trop classique ni trop molle surtout, ainsi que de véhiculer certaines pistes de réflexion, sans pour autant qu'il ne soit tranché dans le vif.

Plus précisément, à l'origine, TRACTION-BRABANT est la contraction de traction avant, l'auto et de brabant double, la charrue à double soc. Cela montre avant tout notre nostalgie pour ces vieux objets mécaniques ainsi que notre méfiance par rapport à un progrès non mesuré...

Les auteurs (poètes, illustrateurs) présents dans "TRACTION-BRABANT" sont plus de cinq cents, d'après les dernières stats.

Ce blog a pour but de reproduire des extraits du zine sous sa version papier et de faire connaître davantage ce que nous faisons....

"TRACTION-BRABANT" s'efforce d'encourager ses participants à des échanges de textes et d'idées et pourquoi pas à de possibles rencontres.

S'il vous plait, n'envoyez jamais plus de 10 pages format A4 (en un seul fichier et format Open office ou Word, de préférence) si vous contactez le poézine, sinon, votre manuscrit ira direct à la poubelle virtuelle, mais la poubelle quand même ! Je n'ai pas besoin de lire des tonnes de pages d'un auteur pour savoir de quoi il en retourne !

P.M.

Contact pour l'association Le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Ils ont réparé l'oubli


Les complices de TraumFabrik ont enfin pensé au brabant double, le double araire de notre mécanique de cauchemar, comme ça, ça fait TraumTractionFabrikBrabant !

De Laurène Duclaud (extrait de T-B 86)

Courir dans le noir
avec des millions d’autres


Assise sur une colline en béton
Avec l’ami que j’allais perdre en vieillissant
Nous regardions au loin le beau bateau sans pavillon
Être démantelé par des nouveaux nazis souriants,
Riches tueurs en cravate, aux dents d’argent.
C’était triste
Cette nuit allait encore être atroce
Et des humains usés, violés, trahis allaient se faire tuer.
Allaient ils devenir hystériques, animal piégé
Quand la Méditerranée les engouffrerait?

Un jeune couple qui “venait d’acheter”
arriva sur la colline pour arracher un des derniers arbres
pour le ramener chez eux.
On était tous très contents
Mon ami saigna du nez

On est encore resté là quelques années et puis on a bougé
On marchait dans des quartiers franchement très sécurisés
L’entre-soi, l’illusion -heureux-d’être née-      

On a croisé une manif pour tous
Alors on y est allé
Les gens y accusaient d’autres, des inconnus,
d’être le diable
Ils étaient très agressifs, et pas très cohérents
Mon ami a dit que c’était dieu qui Trancherait
Et on s’est tiré

On est passé voir la fille que je respectais, que j’aimais
Je la dégoûtais
Elle était en train de vomir d’avoir pensé à m’aimer
Je lui tendis un mouchoir mais j’étais transparente.
Mon ami a eu de la gêne pour moi, puis on s’est en allé.

Pour fêter ça, on est allé voir la destruction
De notre école d’enfance.
Les instit’ courageuses, les dames de cantine
Tout le monde était viré.
Le gardien bourru finirait à la rue quelques années plus tard

Ça nous avait ouvert l’appétit
On adorait manger bio
Mais comme nous voulions tous les 2 plein de cuisses de poulet
Gros appétit
Nous commandâmes le nouveau poulet sans os à 6 cuisses
Livré en 8 secondes par un homme-vélo très pro, très fatigué
Délicieux.
Mon cher ami s’est léché les babines
M’a serré la main sans me regarder il a dit
“On va progressivement ne plus jamais se voir”
Je ne l’ai pas vu partir

J’ai traîné encore quelques temps

C'était l'époque où l'on espérait tous secrètement
l'apocalypse douce ivre
Qu'on s'allonge dans l'herbe qui n'existe plus
et qu'on nous désactive 

Mes 5 poèmes préférés dans Le Tréponème Bleu Pâle

Nous avons été plusieurs à être invités par Léon Cobra (ça doit être un pseudo ?) du Tréponème Bleu Pâle (ça c'est du titre!) à choisir nos 5 poèmes préférés.

Si vous voulez réviser vos classiques ou moins classiques, c'est ici. (entre autres publications, annonces et morceaux musicaux). Et en ce qui concerne mes 5 poèmes préférés, c'est .

Enceint de Patrice VIGUES

Publication dans le numéro 19 de la revue Dissonances (avec Windows media player)

Le fichier audio en lien par ici vous permettra d'entendre les acrostiches publiés en octobre 2010 dans le numéro 19 de la revue Dissonances.

Sinon, le texte, le voici :

Avec la complicité du site Dogmazic, site de musique sous licence libre, https://www.dogmazic.net/ et plus particulièrement de la musique de Trustno1 avec le titre "The ghoul". De la bonne vieille cold wave qui chie bien...

Le déjeuner du crocodile d'Elsa Hieramente

Le site d'Elsa Hiéramente porte bien son nom. Il donne une idée exacte de ce que s'y trouve : textes, illustrations (dessins en couleurs plutôt que peintures à l'huile, côté clair plutôt que sombre), notamment pour des albums jeunesse.

Plus précisément, textes et dessins se correspondent. Les poèmes sont légers, du moins, en apparence, et surtout décalés. 

Ils racontent des histoires à imaginer.

Et les dessins colorent ces histoires.

Pour accéder au déjeuner du crocodile, l'entrée de sa mâchoire, c'est ici.

De Chantal Godé-Victor (extrait de T-B 84)


Matinale

Le soleil a frappé le volet
alors tout doucement
je me suis levée
j'ai mis mon tablier
mes bagues, mes souliers
et j'ai laissé le chien endormi
à tes pieds,
un livre sur la table
et la lampe de chevet
pour éclairer les mèches
de tes cheveux emmêlés de sommeil
et de nuit dérobée
à l'ange qui te garde.
Te connaît-il mieux que moi ?


"L'enfer me ment" (illustration de Jean-Marc Couvé)


De Vincent Galois (extrait de T-B 87)

Le bain


C'est de l'eau qui va et vient
un océan dans ma baignoire
des nageoires bleues
striées de veines
qui sont mes pieds
s'agitent sous l'écume
et la brume de chaleur

Et puis il y a le corps
tout entier
immergé
qui entre
et qui sort
la tête
qui cherche (encore)
à revenir


dans la matrice
en manque d'avortements

Portrait 3 : illustration de Henri Cachau


Pour en savoir plus, contact : henricachau@free.fr

De Diana Bifrare (extrait de T-B 83)

entré sans préavis
insistant sur les volets boisés
de la porte
effleurant les pavés du seuil
comme un félin ou un chien
traînant sous ses pattes
les parfums de terrasses
jusqu'à la cuisine

à l'intérieur
on ne s'attendait plus vraiment
au soleil
on a ouvert du côté jardin
le cœur agité de la saison tardive

pareille au sourire
une lumière couchée dans l'herbe
de cette façon assez effrontée
nous incite à faire de même

et j'ai souri de tout mon corps
à la nudité du monde
dans les becs des oiseaux

quand les corolles écorchées
retournent dans l'ordre des fleurs
sous les semelles du temps

on lui tend ce biscuit de soleil
comme à l'enfant
qui en met partout

en plein quatre-heures du printemps

Le Raudi à Metz

Une fois n'est pas coutume. Je fais de la pub pour un site d'actualités culturelles messin. Il s'agit du Raudi, ou la culture autrement, comme c'est très bien résumé.

À côté de nombre de manifestations et d'initiatives locales présentées à la une, vous trouverez en cliquant sur le bandeau de droite un lexique messin. De quoi prendre son passeport et venir vivre en France de l'extérieur.

Vous verrez : on y arrive. J'en suis la preuve vivante ! 

À ne pas manquer également une belle série de contrepèteries messines...

Le Raudi, c'est ici.

Tuesday, November 17, 2020

De Marie-Do Laporte (extrait de T-B 88)

Le ciel bleu a poussé sur la route
une éolienne -
puissante dans le vent, elle
attire,
soupèse,
soulage les confidences

et tourne,
emporte,
et dissout
ce qui veut se figer au-dedans.

C’est ainsi maintenant: je rêve à ceux qui s’attardent au ciel doux,
ceux dont au fond du regard je devine
une éolienne qui va,
blanche et légère au-dessus de sa ligne de peine.

Saturday, November 14, 2020

Traction-brabant 81

Si mon poème est un loisir, il me vient illico presto quand je laisse mes pensées vagabonder. Je n’ai pas besoin de faire des efforts. Je regarde ce qu’il y a autour de moi : plein de choses stupides. À chaque fois, les pattes de mouche de la réalité l’emportent. Ou bien je me laisse transbahuter par mes rêves, mâtinés de réel. Et mon poème, s’il pousse de travers, je ne lui coupe pas les tifs. Il grandit comme il a envie, il peut se cogner aux murs, en sortir un peu amoché, et finalement, tourner court au bout de cinq minutes. Conglomérat de déjections de mon esprit vacant, tonneau des Danaïdes à remplir continuellement, il m’aura au moins permis d’occuper dix minutes. J’ai envie d’en envoyer une brassée de pareils à Malta. Il en fera ce qu’il voudra. Au pire, il les jettera à la poubelle sans fond des textes non publiés.

Si mon poème est un métier, j'ai avant tout besoin d’un patron pour l’écrire. Entendez par là une forme obligatoire. Sans patron, pas de sujet. Quant à ce dernier, il sera rendu inoffensif par mon patron. À la limite, il vaut mieux qu’il le soit. Et pas question de changer de forme. En effet, contrairement aux rêveurs, je regarde toujours pousser mon poème. Je le surveille tandis qu’il tente de s’élever dans des limites restreintes, celles que je lui ai fixées. Et je n’écris pas un seul poème, mais une série de textes construits sur un patron identique. Le but est d’écrire le recueil le plus uniforme possible. Mon poème, je veux qu’il ait la boule à zéro. Quand on ouvre un de mes livres, il faut que toutes les pages se ressemblent, afin que le lecteur ne soit pas perdu. Mon poème, c’est le petit soldat d’une grande armée personnelle. Bien entendu, je refuse de l’envoyer à Malta qui ne publie que des ramassis d’humeurs. Moi, j’exige un véritable éditeur, qui m’obéisse au doigt et à l’œil. Car en réalité, je suis ma propre forme.

Si mon poème est une passion, il a une tête et un cœur. Il n’est pas directement inspiré par l’extérieur, il n’obéit pas non plus à un plan précis. Il doit me permettre de résoudre une difficulté, même passagère, même symbolique. Illusion ? Tant pis, je l’écris malgré tout, pour le plaisir du voyage intérieur. D’ailleurs, il n’est pas tout seul, sans être pour autant indifférencié. Il suit sa propre logique et se fout de ce qu’il y a autour. Il ne veut pas toujours être montré. C’est ce que ce poème irradie en moi qui compte. À la limite, je l’enverrai peut-être à Malta, s’il est sympa, ou je ne lui enverrai pas. L’essentiel, c’est qu’il soit écrit. Et qu’il me fasse vivre un peu différemment, dans le monde réel, celui qu’il me faut subir chaque jour. Lorsqu’il s’agit de mettre du beurre dans les épinards. Et basta.

P.M.

Wednesday, November 11, 2020

De Marlène Tissot (extrait de T-B 24)

Deux garçons
Assis sur un muret
Ils ont chacun
Une cigarette dans une main
Et une bière dans l’autre
Ils doivent avoir quatorze ans
Peut être quinze
Et dans le regard
Pas la moindre
Lueur d’espoir

Thursday, November 05, 2020

De Philippe Labaune (extrait de T-B 79)


Yeux de Sonia


Où glissent ses yeux ?

Sonia ferme la porte
Trace
Chaleur de sa main sur le métal de la poignée.

Éclairez la lampe de chevet, Sonia, s’il vous plaît.

Sonia est dans la chambre
Écrin du bustier noir
Corps flexible et frémissant.
Rondeur des fesses dans la pénombre
Sonia n’a pas de culotte.

Ne me regardez pas, Sonia, s’il vous plaît.

Sonia est assise au bord du lit
Aucun mouvement dans la douce lumière du soir
Seul le rythme de sa respiration
Tout est très calme
Elle bouge à peine.

Installez-vous au milieu du lit, Sonia, restez assise.

Tension du bras, courbure de l’épaule
Où glissent ses yeux ?
En équilibre
Entre le haut et le bas
Entre l’avant et l’arrière
Equilibre parfait et pourtant fragile
d’une perle.

Sonia, glissez la bretelle le long de votre bras, s’il vous plaît.

Ouverture sur le côté
Le flanc
Cela baille et révèle
Ne pas toucher
Un sein autour duquel le monde pivote
L’axe d’un
téton
Tout tourne
Et s’amplifie
L’univers en expansion autour de la pointe d’un sein
Le sein de Sonia

S’il vous plaît Sonia, chantonnez un air ancien et amoureux
La vie en rose
Chantonnez la vie en rose
Doucement
Timidement
Sonia
S’il vous plaît.

Sonia pose la tête dans le creux de son épaule le menton fine
pointe du visage si finement taillé
Ciselé
Les lèvres de Sonia une
ligne délicate sur le galbe de l’épaule une
possible humidité
La gorge vibre du chant hésitant retenu
La nuit remue de cette tension infime
Les plis du monde, du bustier et du corps
Je voudrais voir la pointe de votre langue,
Sonia,
S’il vous plait,
Sur votre épaule,
Votre langue
Faites la glisser
Goûtez

La langue de Sonia
Si petite
La langue de Sonia au bord de ses lèvres
La pointe de la langue de Sonia
sur le galbe de son bras
C’est presque invisible
Ne se voit pas
C’est comme si on entendait
Le chant du corps de Sonia
sous sa langue.

Sonia se donne à voir
entre tristesse et abandon
entre la joie et la peine
Une femme en équilibre
qui suspend le monde autour de son cou
C’est une liane dans le vent du soir
une madone secrète et dénudée

Où glissent vos yeux ?

Traction-brabant 91

Rien à faire. La poésie a décidemment beaucoup à voir avec les saisons. Il y a le printemps des Poètes, bien sûr ! Mais il y a surtout les f...