Wednesday, December 31, 2014

Incipits finissants (29)

Moi dans la vie je suis vraiment un révolté. Partout où je passe, je fous toujours un maximum de bordel. C’est peu dire qu’après moi l’herbe ne repousse pas. Je suis le genre de mec qui fait pas dans la dentelle.
Alors forcément les autres autour ont beaucoup peur de mes réactions.
Vous voulez des exemples ? Je vais vous en donner moi des exemples. La vie professionnelle d’abord.
L’année dernière, lors du pot de départ qui était organisé pour un collègue du genre péteux, j’ai mis une épingle à nourrice dans l’enveloppe qui est passée dans les services. Et en plus j’ai signé l’enveloppe. Oh la la m’ont dit les autres t’es cinglé. Hé oui je le suis !
Et c’est pas tout. L’autre jour, j’ai été plus loin. J’ai pas pris ma caisse pour aller au boulot à un kilomètre de chez moi. J’y suis venu en vélo et j’ai gardé mon casque jusque dans le bureau. Ouah le fondu de la teuté ! Je vous le dis moi tout de go ! La révolution elle s’approche et la bidoche ça va saigner.
Mais il y a pire… Vendredi dernier, alors que c’était poisson à la cantoche, j’ai repris du rabe de crème brûlée après m’être engouffré 10 morceaux de pain. Oui, je sais. Carrément suicidaire. De toute façon je suis dans le collimateur des chefs.
Et si encore ça s’arrêtait une fois que j’avais quitté le travail. Mais pas du tout. L’autre jour, on a reçu ma belle-mère à la maison et j’ai carrément enfilé un tee-shirt avec marqué dessus : pas de télé ! Le truc de ouf. Ça sent la rue à plein nez.
Pis l’année dernière j’ai même pas fleuri la tombe familiale. Enfin si, avec des fleurs artificielles…. La provoc quoi ! Je peux pas m’empêcher d’être comme ça. Et encore samedi dernier après le couvre-feu des jeunes à dix heures du soir je roulais à 91 à l’heure sur le périph. Ouais, c’est sûr, de toute façon, mes potes y me l’ont dit : toi, tu vas finir mal. Tu prends vraiment trop de risques dans la vie. Alors là, bientôt, je vais faire pire… Non, c‘est inutile de me retenir. Je sens la révolte qui gronde en moi. Tant pis si je meurs. Si je meurs eh ben… je mourrai : je vais payer mes impôts avec deux jours de retard. C’est vous qui l’aurez voulu. Vous êtes tous trop mous. Je vous l’ai toujours dit. Maintenant, y faut que ça cesse. On peut plus se laisser mener par le bout du nez.

Présentation

"TRACTION-BRABANT" (alias T-B pour les intimes) est un fanzine d'écriture, de poésie et autres textes courts, créé en janvier 2004 par Patrice MALTAVERNE (conception , écriture, choix et mise en page des textes) et Patrice VIGUES (illustrations).

"TRACTION-BRABANT" existe aussi et surtout sous sa version papier à une cent cinquantaine d'exemplaires. Le poézine est à parution aléatoire, quoique... si tous les deux trois mois, les combattants sont en forme, un nouveau numéro sort de leur tanière.

"TRACTION-BRABANT" n'est pas une association, ne demande aucune subvention, le poézine a juste pour but de faire circuler à son modeste niveau une poésie pas trop classique ni trop molle surtout, ainsi que de véhiculer certaines pistes de réflexion, sans pour autant qu'il ne soit tranché dans le vif.

Plus précisément, à l'origine, TRACTION-BRABANT est la contraction de traction avant, l'auto et de brabant double, la charrue à double soc. Cela montre avant tout notre nostalgie pour ces vieux objets mécaniques ainsi que notre méfiance par rapport à un progrès non mesuré...

Les auteurs (poètes, illustrateurs) présents dans "TRACTION-BRABANT" sont près de trois cents, d'après les dernières stats.

Ce blog a pour but de reproduire des extraits du zine sous sa version papier et de faire connaître davantage ce que nous faisons....

Enfin, "TRACTION-BRABANT" s'efforce d'encourager ses participants à des échanges de textes et d'idées et pourquoi pas à de possibles rencontres : vous comprendrez donc que les (h)auteurs intéressés que par eux-mêmes ne soient pas forcément les bienvenus ici.

Les artischtes, non plus, lorsque le dédain des contingences matérielles, qui les arrange tout particulièrement, provoque leur éloignement de la réalité des choses, plus facile à gérer.

P.M.

Dans le bocal

De Fadila Baha (extrait de T-B 6)

Les espoirs pauvres

Sensibles les espoirs pauvres redoutent la prochaine averse non armés ni maquisards ni républicains espagnols ils nous traversent tous impalpables. On les voudrait s’arc-boutant la pusillanimité rôde soudain ombrageuse un regard chaleureux une lettre qui a traversé les océans la promesse jalouse.
Il y a encore du pain sur la planche on le tâte il est tendre goûteux au soir. Les espoirs pauvres ne chancellent plus certains qu’ils sont d’avoir le vent dans le dos s’il faut reprendre le maquis.

Yvan Avena vous parle

Enfin un blog de poésie vraiment internationaliste : si vous vous sentez seul en France avec la poésie, sachez que c'est pareil dans toutes les autres parties du monde, mais des poètes il y en a il y en a, il y a par exemple Yvan Avena, français expatrié qui vit au Brésil et qui contribue à faire connaître les poètes de sa région.

Petite remarque au passage : Yvan Avena est l'un de ces hommes, trop rares, qui n'aiment pas trop les valeurs marchandes et surtout l'endoctrinement des bonnes consciences...

Comité de lecture de Patrice VIGUES

Les instants funambules de Virginie Hollain

"Et apprendre à dormir, quand nos rêves n'ont rien d'autre à faire".


Et si les instants funambules de Virginie Hollain étaient plutôt des instants somnambules ?...

De Pierre Vella (extrait de T-B 49)

Le jeune homme trop maigre pour être affamé s’approcha brusquement d’un gros commanditaire sortant de la halle et lui braqua un pistolet sur le cœur.

« Le portefeuille ! » lui cria-t-il dans sa bonne oreille.

Le gros commanditaire frissonna, sortit son portefeuille très lentement et gémit : « Mais pourquoi moi ! Pourquoi subitement moi ? ! Il y a d’autres profiteurs sur la place, d’autres usuriers, d’autres filous bien plus retors que moi ? ! »

Le jeune homme appuya un peu plus son arme contre la poitrine du corpulent vieil homme : « Parce que je vous avais repéré de loin, sachant à votre mine que vous seriez faible et trouillard comme un enfant ! Sans résistance ! Allez, sortez ce portefeuille de votre poche ! »

Le gros commanditaire s’exécuta enfin en tremblant. Le jeune homme sortit alors une grosse liasse de billets épaisse comme un dictionnaire de sa veste et la fourra de force dans le portefeuille déjà bien garni du bonhomme suppliant.

« Non non ! Pas d’argent ! PLUS d’argent ! Pourquoi moi ! Non, non, arrêtez, c’est trop, je n’en puis plus ! » Une commère qui passait par là regarda le jeune homme en souriant, voyant bien qu’il importunait un notable.

« C’est bien fait pour lui – dit-elle en levant les bras devant la sorte de fatalité qui l’avait fait choisir cette victime – c’est bien fait pour lui. Il l’avait bien cherché. L’argent va à l’argent, que peut-on ? »

Le gros commanditaire rentra chez lui plus tôt que de coutume, les poches pleines de billets, pâle et accablé. Il allait devoir dire à sa femme (qui plus il était riche, plus elle était acariâtre) qu’on lui avait encore donné de l’argent dans la rue ! Décidément, la sécurité de la ville laissait à désirer. Ce n’était plus une vie si l’on recevait de l’argent à tous les coins de rue. Et les conséquences !

Le niveau de vie qui monte, les frais obligés que cela entraîne, les œuvres caritatives à l’affût, les aides à la famille, les quémandeurs.

La femme du commanditaire lorsqu’elle le vit comprit tout de suite à sa mine :

« Si c’est pas malheureux de voir ça ! » Elle haussa les épaules sans commisération pour son mari qui soupirait et tremblait encore en enlevant sa veste et en desserrant sa cravate.

2011

Malta compil : 1994 (avec Windows media player)

Ce poème "Les réserves de l'épicière" est vraiment ancien. Je crois qu'il a été publié dans le numéro 91 de la revue Décharge.

Le voici avec moult effets à la gland : mais c'est décidé : je ferai pire la prochaine fois.

Le fond musical est de BOOSTIE : "Ok come with me M. Robot" (Dogmazic).
Le poème c'est :

"Il serait nouveau d'aimer une épicière
Rapide mais vaine
Comme un sursaut d'art
Il n'y a pas d'amour plus sale
Que celui d'un pot de chambre
Dans une flaque de riz
Petit à petit la tendresse
De l'ours en pagaille
Est ramassée
A ce prix l'amour est infidèle
Les rires d'une épicière
Saignent le couchant
Qui déploie sa dernière fantaisie
Sur un homme en bois"

Traction-brabant 39

Pour faire face à l'exigence de la vitesse imposée par les nouvelles technologies qui ne sont que celles du porte-monnaie percé à remplir, bon nombre d'auteurs ont trouvé un truc qui les arrange, en se situant à l'opposé de la vitesse, c'est à dire bien assis dans leur lenteur, comme des homais (aux pattes coupées).
Il y a pas mal de comédies qui sont jouées à ce sujet : forcément, ça en jette toujours d'être le seul à ne pas courir au milieu de ces gens pressés comme des citrons. Pourtant, je soupçonne nombre de poètes lents de tromperie sur la marchandise.
Primo, à voir le rythme auquel leurs publications se succèdent, leur lenteur revendiquée ne me semble être que de pure façade.
Sitôt hors de la vue de leurs concurrent(e)s, les (h)auteurs piquent un sprint jusqu'à leurs manuscrits en souffrance et se grouillent d'harceler les éditeurs. Comme glanduche, y a mieux, n'est-ce pas ?
Secundo, le prétexte de la lenteur peut être celui d'un meilleur résultat à atteindre, oui, je sais, le terme n'est pas joli joli. Car, voyez-vous, les productions répétitives des professionnels de l'écriture sont souvent qualifiées de nourriture fast food par les amateurs alors que ces derniers ne font pas mieux, sauf qu'ils n'en vivent pas, même quand il s'agit de poésie dégagée.
Ainsi, l'important pour tous, professionnels ou amateurs, c'est toujours la carrière, ou, en termes plus diplomatiques, la visibilité d'une pensée.
Bien sûr, demeure l'excuse de l'inspiration. Hélas, comme vous le savez, cette dernière n'est qu'une variante de l'entraînement régulier. Et si la lenteur revendiquée n'était qu'un prétexte pour cacher qu'on est devenus has been ?
Décidément, la meilleure façon de s'opposer à la vitesse ne me semble pas de ralentir le rythme, mais plutôt d'accélérer encore, avec toutefois des objectifs différents.
Et là, j'enfonce des portes ouvertes en affirmant qu'il vaut mieux essayer de coller aux modes utiles (pas uniquement Internet), afin d'en profiter pour diffuser d'autres points de vue. En effet, nous y tendons déjà. Mais pitié, ne me faites pas le coup de la lenteur ! C'est trop facile et bien un peu faux derche. D'ailleurs, je n'y crois guère (croix de guerre), car quand le danger devient immédiat, la lenteur est de mauvais conseil. Ou alors, peut-être que dans un monde idéal, une fois morts !
P.M.

De Oslo Deauville (extrait de T-B 39)

Dérive (3)

Par la force des courants, un dévoiement du cap, une piste écartée, l'errance inacceptable. Je dérive sans explorer les rencontres fortuites aux alentours. En s'écartant des lieux, les corps icebergs, monolithes, se perdent, s'éteignent doucement, c'est irréversible. Je dérive sans le cap, doucement des corps s'écartent. L'errance sans explorer la force des lieux, une dérive sans explorer les courants, doucement, doucement aux alentours, et se perdre, s'éteindre. L'errance que l'on ne tolère, les rencontres fortuites s'éteignent doucement, c'est irréversible. Doucement, l'errance sans le cap, doucement, l'errant que l'on ne tolère, dérive, n'a jamais été, jamais, une rencontre fortuite, tout au plus, qu'il faut écarter, éteindre, sans explorer la force du courant, sans explorer les alentours, même occasionnellement. La force monolithique, un courant irréversible, des corps aux alentours, une dérive, corps icebergs que l'on ne tolère, écartés, une piste inacceptable, même fortuite, une dérive.

Et en supplément, ce lien pour aller rendre visite au blog d'Oslo Deauville :

http://www.netvibes.com/oslodeauville

Marcheur 5 : illustration de Henri Cachau


Et pour en savoir plus, contact : henricachau@free.fr

Le blog d'Alain Jégou

Heureuse initiative que celle de ce blog sur Alain Jégou : l'auteur nous fait part de son expérience de l'écriture et surtout de sa vie pas toujours passée dans les bureaux, sans pour autant nous prendre la tête, et en partant d'une lettre de l'alphabet à chaque fois différente...


Vous pouvez également retrouver des fichiers vidéo de l'une de ses lectures.

De Didier Ober (extrait de T-B 24)

La mort a tout envahi
et règne
Le monde s’est éteint
Plus rien ne vient
Mes rêves se sont enfuis
consumés
comme je me consume
jour après jour
je m’enfonce
de plus en plus lourdement
dans la boue de ce monde
insensé
et délibérément inconscient

Les rêves se sont effondrés
au fond d’un cauchemar
qui chaque jour gagne en réalité

Nuit calcinée

Pourtant
tout n’est pas encore fini
Rien n’est encore joué

Dernière minute de Cathy Garcia

Et pour en savoir plus sur les illustrations, la revue et les textes de Cathy GARCIA, je vous propose de leur rendre visite.

http://cathygarcia.hautetfort.com/
http://delitdepoesie.hautetfort.com/
http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com/
http://imagesducausse.hautetfort.com/
http://ledecompresseuratelierpictopoetiquedecathygarcia.hautetfort.com/
http://associationeditionsnouveauxdelits.hautetfort.com/

Tuesday, March 25, 2014

Incipits finissants (13)

- Bonjour Monsieur
- Bonjour Monsieur
- En tant que Président Directeur Général de Traction-Brabant, je réalise un micro-trottoir sur toutes les manifestations d’originalité qui traversent notre société. Il y a de quoi faire… En passant à plusieurs reprises à côté de vous, j’ai réalisé que vous peigniez des figures sur le sol. Et tous les jours, il y en a une nouvelle. Est-ce qu’il vous arrive d’être en vacances ?
- Ah ben non, je pars jamais en vacances parce que je suis pas un pro.
- En tout cas, c’est beau ce que vous faites. Mais dites donc, vos dessins, vous devriez les vendre.
- Oh non ! Pas question. j’aime trop ma liberté. Et pis j’ai pas besoin de ça. L’autre jour, j’ai représenté une bite sur bitume. Sûr, si j’étais un artiste, je la vendrais, j’essaierai de créer de la provoc pour mieux argenter ma came. Tandis que là, c’est du naturel. Gérants de sociétés et assistantes de direction me snobent. Pas grave. Il y a les autres. Vous, vous êtes le 3000ème visiteur de mon site. C’est bon pour la révolte.
- Excusez moi je vois pas bien le rapport…
- Juste la preuve qu’on a pas besoin de grand-chose pour agir, donc la pub et tout le matos….
- Mais de quoi vous vivez, alors ?
- Poubelle + soupe populaire + RMI + Trésor de guerre + Vides greniers : peintures, pinceaux, puces.
- Hélas, dès demain, tout ce que vous avez peint sera effacé.
- OK d’accord. Mais les gens sérieux, à force de comparer les murs de la banque d’en face, horriblement tristes avec mon soleil, à l’indifférence pleine de gaieté, commencent à se dire, dans un accès de lucidité, que peut-être le soleil n’a pas besoin de plus pour briller. Et si la pluie efface mes croûtes, ils s’en rappellent plus que s’ils allaient se chauffer dans une expo musée
- Eh bien merci, Nous rendons l’antenne. Nous continuerons demain notre enquête sur le bonheur.


P.M.

Monday, March 17, 2014

Le blog de Laurent Bouisset and co

Voici venir le blog de Laurent Bouisset et de ses comparses. Il s'agit pour moi d'un immense chantier à ciel ouvert dans lequel les choses sont remises à plat. Les choses ? Je veux dire les choses de la poésie. Ce qui me plait dans ce blog, c'est qu'il ne s'arrête pas à une présentation prédéfinie.

On y trouve les publications mises en ligne de Laurent Bouisset, mais également des photographies, des extraits d'autres textes (nouvelles, textes d'idées), des vidéos et lectures audio...des traductions de poètes latino-américains...

Oui, ce blog est habité par l'insatisfaction. Comme si cette poésie était de la lave de volcan. C'est l'image qui me vient. Elle peut se manifester sous n'importe quelle forme, charrier une tonne de déchets. Elle ne se satisfera jamais vraiment de la véracité permanente des théories de l'âge tranquille (l'adulte)...

Je me prends à espérer qu'un jour de semblables publications internet aboutiront à un renouveau de la poésie beaucoup publiée dans les livres papier d'aujourd'hui...La balle serait davantage remise au centre, au centre de quoi ? Au centre de la vie, pardi...

Sunday, March 09, 2014

De Jacques Laborde (extrait de T-B 37)

Descente


D'abord je me scindai du bloc de glace qui fermentait à la lumière de sa blouse blanche ses stries aux reflets de lames de rasoir à vous couper la voix, des ersatz de songes soufflés d'or dragéifié qu'on croque grêle sous le pouce avant la dégringolade, toutes forces potentielles confondues entre névés de seroplex, ballons d'aspirine et monts de crèmes hydratantes sachant qu'il s'ensuivrait cent et cent glissades dégluties de lodoxal en lexomil, balbutiées en sempiternelles bleuités dont l'écho sur les vitrines fraîchement pailletées de frêles aiguilles fait des noeuds à fond de gorge.

Prêt à dévaler sur la mauvaise pente ?

J'affrontai en dérapant sur ses yeux clairs, un oratorio sensible aux crissements du subutex et ma rétine, comme un sparadrap qu'on arrache à la volée, se décolla; grand saut d'aveugle à travers mille perles d'éther diffractées comme au bord d'un halo qu'une pastille Vichy éclaire, irise et dissout avant la pose infime d'une gaze glacée de cirrus sur l'iris.

Il s'ensuivit un survol luxueux et silencieux tapissé de sapins bleus - ceux-là qui tout à l'heure, sacrifiés de ventoline à la valda, ciselés dans leurs glaciers de migralgine, frimaient, accumulant, issus des cimes invincibles, des avalanches de gélules blanches à deux doigts ampoulés de percer mon air dérisoire, ma fonte sous son sourire éternel.

Mes jambes échouèrent dans une absorption consistante et ouatée de guimauve, sachant éperdument comment se défilait leur mauvais coton.

Aux premiers relents d'eucalyptus, ce fut un lâcher prise; l'obscure forêt de son haleine me força à m'extraire de moi-même, dans l'hypnose, à fixer d'ultimes cristaux de résine ou de miel qui scintillaient dans l'épaisseur de sa coiffure, âcre à la profondeur d'un grand flacon de néocodion. Prêt pour la piste noire ?

Pantin désarticulé je m'ensevelis dans un ice-cream de viagra, sous des congères de bronchatiol, d'exidol, rhinatiol et biocalyptol; j'inspirai sans mot dire son air acuponcteur piquant poumons, bronches, narines et couronnant mon front de mille aiguillons sortis d'atypiques pinèdes de menthe ou de méthadone avant d'ouvrir - supportant à la croix verte en cachant ma gueule de bois - mon coeur sans ordonnance à la pharmacienne, un soir de descente, à Grenoble.

Saturday, March 01, 2014

Le blog de Denis Heudré

Le blog de Denis Heudré se révèle très exhaustif et c'est bien ce que j'aime dans cette publication. Le lecteur peut y trouver :

- des poèmes,
- des illustrations,
- des photos (parmi celles-ci, celles venues d'un marché de la poésie à Rennes, avec des photos de poètes,  normal, me direz-vous, mais certains ont vraiment des têtes de poètes !!!),
- la recension complète des publications de l'auteur en revues, ce qui permet du même coup de découvrir de nouvelles publications,
- une note biographique en puzzle qui m'apprend entre autres que Denis Heudré est grand et que nous avons des points en commun (!),
- enfin, plusieurs recueils à télécharger,
- bref, une publication consacrée à soi, mais pas seulement, et avec un esprit sensible au partage.

Du coup, cela vaudrait la peine que j'y retourne faire un tour. Pour vous, c'est ici (que le tour peut commencer).

Monday, February 24, 2014

De Jérôme Hugounet (extrait de T-B 30-31)

Les tactiques du feu mettent les dispositifs à l’horreur
Les grands ensembles constitués après les exercices de réserve
Lançant Opération Tonnerre en ouvrant les hostilités
Les méditations guerrières se tiennent au garde-à-vous
Que Machiavel associe au bon sens qui défaille dans Babaorum

La marche au pas est cadencée par une gymnastique de l’esprit
Quand le bataillon passe la mesure sur les ponts en résonance
Tenant le fusil-mitrailleur dans la gâchette du destin
Qui montre la grande parade des balles traçantes
Devant les cils des yeux palestiniens qui brûlent en pleurant

Les directives sont issues du commandement replié dans la tente
Dressée sur les hauteurs des arrière-gardes du campement
Pendant que la chair à canon nettoie le cobalt de ses bottes
En ruminant des airs d’Ella Fitzgerald donnant du cœur à l’ouvrage
De la Soul à l’instruction en passant sous le viseur du feu ennemi

L’entraînement dans la salle d’armes où les escrimes sont capitonnées
Ne suffit pas pour dégoupiller la grenade avec les rameaux du fruit
Les pépins encombrent la route militaire où les décorations affleurent
Naissant dans le sang des morts kakis sous le reflet d’étain d’une breloque
Faite avec le plastic du C-4 récupéré dans l’armurerie où les sabres font le rang

Les tirs d’infanterie sont des piqûres de moustiques sur les blindés adverses
Qui rigolent en ayant le hoquet d’une salve d’artillerie à vingt-cinq millimètres
Poussant la toux grasse de quelques roquettes qui glairent sur les peaux déconfites
Le cœur à l’ouvrage et les genoux ouverts sur le champ de bataille céleste
Où se rencontrent Horatio Nelson et Spartacus qui conduit la révolte du Bounty

Une salve de tir à balles réelles puis les fantômes à blanc qui trompent les cibles
La sonnette d’alarme est tirée dans le mess qui croit encore à l’exercice d’alerte
Alors que plongent dans la baie les porte-avions sous la chape déjà rougeoyante
Qui missile le bruit même d’un lever du jour ensanglanté par l’aurore
De chaque côté de la coque qui chavire en perdant son tirant d’eau

Sunday, February 16, 2014

Traction-brabant 49

En ces temps de vache maigre – ça fait longtemps qu’elle est maigre la vache – et de crise de la dette (ça oui, on risque pas de l’oublier celle-là !), les monts de pitié vont bientôt se casser la gueule, tellement ils sont chargés de vieilles babioles.

N’empêche que jamais j’aurais cru voir ça ! En allant sur Internet, je découvris qu’un ancien numéro de T-B avait été mis en vente. Qui aurait osé imaginer un tel honneur ! Un tel honneur ? Vous rigolez ? Quel pékin s’était-il permis de mettre aux enchères un T-B ? N’empêche, le ptit bénéf avait quand même pas oublié d’être réalisé au passage. Imaginez le tableau de chasse. Un numéro acheté 2 €, avec un prix de vente à 3 €, ça faisait une marge sympa de 1,5. En espérant que ce numéro avait été acheté, parce que rien n’est moins sûr. Dans ce cas là, vous vous rendez compte ? Ça donne une plus-value nette de 3 € sur la vente d’un Traction-brabant. Dérisoire non ? A moins qu’il dorme dans la rue et soit en manque de repas, j’ai du mal comprendre pourquoi un ou une anonyme a pu faire ça. Evidemment, l’animalcule s’est bien gardé de mettre son nom sur le site vous en faites pas ! Il a pas non plus prévenu de sa secrète manœuvre. C’était bien mieux qu’il restât faux cul pour compléter le tableau ! Et moi, pendant ce temps là, j’enregistre un énième déficit, alors que pour réaliser du bénef, il me faudrait augmenter la participation afin qu’elle atteigne la somme de 20 € pour 5 numéros !

Quand j’vous dis, y a pas de ptits profits dans notre république ! Grâce à la poésie, on croyait en avoir fini avec ces boutiquiers de merde, au besoin louangeurs (ça coûte pas cher). Eh bien non ! On les vire par la porte, ils reviennent par la fenêtre ! Sûrement des bons français qui critiquent des décisions stratégiques qui leur ressemblent. Zont guère de conscience ! Ils se sont arrêtés à la première syllabe. Ils ont pas compris à quoi ça servait la poésie, visiblement. Si ça se trouve, ils s’engagent avec la gueule contre la guerre et pour la démocratie. Mais le petit commerce ! Pas touche ! C’est que ça arrondit les bourses étudiantes comme les retraites des vieux pépés. Et bien entendu, les auteurs de telles indélicatesses se croient au dessus de tout soupçon, comme le sont les politichiens de leur race. On n’a pourtant pas demandé aux poètes d’être des rêveurs. On aurait juste attendu d’eux qu’ils soient un peu moins taches que des pas poètes ! Mais ça c’est trop dur pour certains, toujours les mêmes, bizarrement !

P.M.

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Poézine ou pour parler comme les gens bien "revue poétique et littéraire" et toutes petites petites éditions, comme le format des bouquins