Thursday, December 31, 2020

Incipits finissants (84)


Désolé, mais je commence à en avoir marre d’entendre que l’on ne sait pas ce que c’est que la poésie. Ce principe d’incertitude, bien dans le style de l’époque, est devenu une certitude qui permet à celles et ceux qui s‘en prévalent d’écrire tout ce qui leur passe par la tête. C’est pourtant un casse-tête mille fois plus facile à résoudre que celui du chômage.
Surtout que bien sûr, on sait ce que c’est que la poésie. C’est même marqué dans le dico : "La poésie est un genre littéraire très ancien, aux formes variées, écrites généralement en vers mais qui admettent aussi la prose, et qui privilégient l'expressivité de la forme, les mots disant plus qu'eux-mêmes par leur choix (sens et sonorités) et leur agencement (rythmes, métrique, figures de style)" 
D’emblée, la poésie est musique, cette dernière étant rendue par les rimes (du Moyen-âge à Baudelaire), les assonances et le rythme également. Par ailleurs, la typographie, la position des mots sur la page, les coupes aléatoires, entre ou dans les mots, contribuent à mettre du rythme à ce qui peut en avoir déjà.
Et puis, bien sûr, la poésie est image, celle qui se voit et celle qui s’imagine. Là, je fais plus particulièrement référence aux textes surréalistes.
Enfin, la poésie est affaire de situation. Car il y a des situations qui sont en général ressenties comme étant plus poétiques que d’autres : la venue du printemps, la naissance d’un enfant. Ici, je pense à la poésie du quotidien où l’observation de détails de la vie ordinaire donne lieu à l’expression d’une situation poétique.
Donc, c’est pas compliqué de définir la poésie. Et vous pouvez pas dire que ma définition manque de largeur d’esprit. Vous mélangez musique, images et situation, quelle que soit la forme employée pour le dire (vers ou prose) et alors, votre taux de poésie grimpe en flèche. Bien sûr, ce dernier varie en fonction de l’équilibre atteint entre différents dosages de musiques, images et situations.
À l’inverse, si vous découpez en vers le discours d’un homme politique, votre texte risque fort de ne pas être un poème, ce qui n’est pas grave en soi. Après tout, même en France, il n’y a pas de loi qui oblige (encore) à écrire de la poésie. Du moment que c’est bien fichu, vous pouvez appeler ça comme vous voulez : fragments, aphorismes, texte court, brève, roman. On s’en fout.
Mais pitié, arrêtez de vouloir faire rentrer la poésie dans toute expression écrite. La poésie attend juste qu’on l’aide à naître, pas qu’on la présuppose.
P.M.

Numéro 84 de Traction-brabant


Le numéro 83 de "Traction-brabant" est vendu au prix de 2,60 €.

Pour plus de précisions, contact association le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Présentation

"TRACTION-BRABANT" (alias T-B pour les intimes) est un fanzine d'écriture, de poésie et autres textes courts, créé en janvier 2004 par Patrice MALTAVERNE (conception, écriture, choix et mise en page des textes) et Patrice VIGUES (illustrations).

"TRACTION-BRABANT" existe aussi et surtout sous sa version papier à une cent soixante-dizaine d'exemplaires par numéro. Le poézine est à parution aléatoire, quoique... si tous les deux trois mois, les combattants sont en forme, un nouveau numéro sort de leur tanière.

"TRACTION-BRABANT", aujourd'hui publié par l'association Le Citron Gare, ne demande aucune subvention, le poézine a juste pour but de faire circuler à son modeste niveau une poésie pas trop classique ni trop molle surtout, ainsi que de véhiculer certaines pistes de réflexion, sans pour autant qu'il ne soit tranché dans le vif.

Plus précisément, à l'origine, TRACTION-BRABANT est la contraction de traction avant, l'auto et de brabant double, la charrue à double soc. Cela montre avant tout notre nostalgie pour ces vieux objets mécaniques ainsi que notre méfiance par rapport à un progrès non mesuré...

Les auteurs (poètes, illustrateurs) présents dans "TRACTION-BRABANT" sont plus de cinq cents, d'après les dernières stats.

Ce blog a pour but de reproduire des extraits du zine sous sa version papier et de faire connaître davantage ce que nous faisons....

"TRACTION-BRABANT" s'efforce d'encourager ses participants à des échanges de textes et d'idées et pourquoi pas à de possibles rencontres.

S'il vous plait, n'envoyez jamais plus de 10 pages format A4 (en un seul fichier et format Open office ou Word, de préférence) si vous contactez le poézine, sinon, votre manuscrit ira direct à la poubelle virtuelle, mais la poubelle quand même ! Je n'ai pas besoin de lire des tonnes de pages d'un auteur pour savoir de quoi il en retourne !

P.M.

Contact pour l'association Le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Trouver la voiture I

Furomaju de Julien Bielka

Dans son blog, intitulé Furomaju (me demandez pas ce que ça signifie), Julien Bielka joue la carte de la poésie visuelle, plus que la poésie des poèmes écrits à la papa (en allant à la ligne et en faisant des vers).

Et du coup, c'est bien plus original que bien des blogs. Et il s'agit surtout d'une belle fenêtre ouverte sur le monde. Je précise que Julien Bielka vit au Japon, et donc, il montre des photos de son pays d'adoption. Mais, à la limite, il pourrait vivre ailleurs, et montrer les mêmes photos ou poèmes venus de Google.

L'important est de faire de la poésie avec le monde d'aujourd'hui et là, on est tout de suite dans l'ambiance. Furomaju, c'est ici.


De Daniel Debski (extrait de T-B 84)


NE RIEN FAIRE QU'AIMER

Comme il faudrait ne rien faire qu'aimer quand la vie brinquebale parfumée raffinée animale
derrière les volets dans son chariot de printemps

Comme il faudrait manger les fleurs avant les fruits puis coudre ensemble les dernières loques de lumière en attendant la nuit avec une faim de ça au ventre

Comme il faudrait se dévergonder quelque part entre deux portes ou en chemin entre la mer et la forêt de Brocéliande n'espérer rien sinon cette fureur particulière de deux haleines en fusion lente

Comme il faudrait ne rien faire qu'aimer et plus encore quand le sexe en nous échafaude la mort et brouille par la lutte des chairs à fondre les fils secrets qui nous conduisent deux par deux au même inexprimable point d'impact trouble

Comme il faudrait mordre l'humus avant la poussière brouter l'herbe tendre et tendre branches et tendre bras pour ce même chant halluciné qui nous écartèle tous s'élucider O revenir au monde clarté fraîcheur éblouissement d'ombres aimantes aimantées charmantes

Toujours vouloir s'entreprendre voir les buissons s'échancrer amant ardent avancer plus loin comprendre l'insondable mystère nuit d'été amante voir double ivresse du cri rompu ensemble

Transpirer son amour sur Vénus sous les lunes croissantes abonder dans le même sens et bander toujours plus loin frémir plus loin exister plus loin aimer avec reconnaissance

Caresser des cheveux en chevauchant au ciel gercer ses lèvres au sel des fées celtiques à leurs salives roses à leurs seins de naissance à leurs reins de berceau à leurs pieds de dimanche

Et ne comprendre rien qui ne soit déjà su s'émouvoir du reste et tresser des cantiques et ne comprendre rien qui ne soit déjà dit et démonter les astres et leur horlogerie et ne comprendre rien qui ne soit déjà lu pour écrire au travers en souriant du peu

Comme il faudrait changer de style redevenir ptérodactyle changer de froc et de défroques changer de blue-jean silencieux changer d'époque

Comme il faudrait ne rien faire qu'aimer quand la vie se déplace au sud de nos corps quand la mort est si proche quand la vie bat encore

Comme il faudrait ne rien faire qu'aimer


Portrait d'homme politique, de Patrice VIGUES


Malta compil : 2012 (avec Windows media player)

Comme l'année 2012 est désormais finie et bien finie, j'ajoute à la Malta Compil un texte écrit cette année là. La musique qui l'accompagne est "Le cauchemar" de Miss Hélium, importée via Dogmazic (site de libre partage de musique).

Vous pouvez entendre ce poème lu par ici.

En voici le texte :

Ami tu m’as demandé par lettre suspendue dans les airs si je pouvais être pour toi cet arrosoir irriguant des plaies bien tranchées. Soudain il n’y eut plus que toi et moi alors que j’aurais préféré monter à plusieurs sur la plate-forme d’un tête à tête. Au fait comment cela se passait-il avant lorsque nous vivions à peu d’ailes d’oiseaux l’un de l’autre ? J’ignore si le mystère en se déplaçant venait gratter comme un fantôme au pied de nos intimités ou si c’était un grand méchant loup résorbé par les marées quotidiennes. Puis les lettres de cette lettre se sont effacées. Je ne sais plus qui tu es je ne sais plus qui nous étions si nous nous nous traînions dans une oasis à peine calamiteuse. Cela m’étonnerait d’ailleurs. Il y a plein de vides entre ces mots. Il y a plein de vies et quelques faux trésors à ramener chez toi la queue basse et le crépuscule est toujours pour nous ce même raton laveur

Si nous nous croisions sur un morceau de trottoir
Il n’y aurait personne pour claquer notre battoir

De Chantal Godé-Victor (extrait de T-B 84)


Matinale

Le soleil a frappé le volet
alors tout doucement
je me suis levée
j'ai mis mon tablier
mes bagues, mes souliers
et j'ai laissé le chien endormi
à tes pieds,
un livre sur la table
et la lampe de chevet
pour éclairer les mèches
de tes cheveux emmêlés de sommeil
et de nuit dérobée
à l'ange qui te garde.
Te connaît-il mieux que moi ?


Traction-brabant 71

Ah les joies du mailing ! On avance, non pas sur un jeu d'échecs, mais dans la globosphère, planétaires et minuscules à la fois. Imperturbables aussi. Imaginez la scène, tout d'abord.
Assis chacun devant notre boite à rêves, nous envoyons par Internet à des groupes de personnes ces messages électroniques qui nous dépassent dans l'espace.
Bien sûr, nous sommes d'autant plus satisfaits d'appartenir à des fans club de tout plein de poètes recommandables, que nous générons également notre propre fan club.
A cet égard, j'ose prétendre qu'une véritable amitié est née entre quelques-uns d'entre nous. Jugez-en plutôt. Mon pote Hugues de La Branque vient de m'écrire :
« Bonjour à tous
J'ai le plaisir de vous annoncer la parution de mon dernier recueil de poésie « Fouette coucher », aux éditions de la Mite Ultime. Je vous attends au box 12 X de l'allée T du salon des oies vertes le 11 décembre 2016 pour la dédicace de cet ouvrage, qui est vendu au prix de 15 € (dédicace comprise) ».
C'est très sympa comme message. Je vous l'ai dit. Nous sommes des intimes l'un pour l'autre.
Mais ce n'est pas tout.
Dans un élan d'affection, ne doutant pas un seul instant que ma poésie soit moins vitale que toute autre, je rétorque :
« Chers confrères
Je vous annonce la publication de mon dernier recueil de poèmes : « Légère imbécillité », aux Éditions de la Ramée. Le prix de vente est de 20 €, port compris. Paiement autorisé par chèque. Dépêchez-vous de commander ce livre avant le 29 février 2020, car il n'en reste plus que quelques exemplaires ».
Et toc ! Je viens d'abattre mon as de pique. J'ai sorti ma botte de Nevers. Comme dans un western de Sergio Leone, personne ne cille au cours de ce face à face. Hugues de La Branque peut toujours m'écrire deux fois encore cette année. Dans mon flingue poétique, j'ai trois recueils en cours d'édition. Me voilà donc tout sourire face à la soi-disant carrière poétique d'Hugues qui ne m'impressionne guère.
Nous achèterons-nous nos textes ? Vous rigolez : pas le moins du monde ! C'est pour le cinoche qu'on s'écrit. Au mieux, quand l'un de nous sera mort, l'autre se dira : merde, je ne reçois plus ses sympathiques messages. C'est que nous sommes de vrais écrivains, nous. On s'écrit entre les lignes et on s'aime entre les mots.   
P.M.

Nus 4 : illustration de Henri Cachau

Pour en savoir plus, contact : henricachau@free.fr

De Georges Thiery (extrait de T-B 84)


Les agonies convulsant mon visage, j'avançais dans le terne du soir d'un pas hâtif, les contractures au cœur, évitant les regards, la vie est un blasphème pour ceux qui se ferment, la pâleur du jour tombant, les petits signes dans la ville, nous voyons l'horizon parfaire nos directions puis il faut aller se réfugier dans des bras alliés et lorsque les portes se ferment nous n'avons plus que les regards sur lesquels nous appuyer. Cette vie était d'une longueur terrifiante pourtant il me semble qu'éteignant la lampe de chevet nous la rallumons dix ans après, ce n'est que le rêve des transactions pour des avenirs hypothétiques, la sombre rengaine de nos amertumes, quelques éteintes furtives puis le manque de sommeil, de soleil, d'éveil, toujours le souvenir nous serre et la douleur s'agite dans le crâne, je ne vis que la beauté des visages lorsque révélant mes intentions j'effleurais le seuil des êtres.

Image de Pierre Vella


Le Raudi à Metz

Une fois n'est pas coutume. Je fais de la pub pour un site d'actualités culturelles messin. Il s'agit du Raudi, ou la culture autrement, comme c'est très bien résumé.

A côté de nombre de manifestations et d'initiatives locales présentées à la une, vous trouverez en cliquant sur le bandeau de droite un lexique messin. De quoi prendre son passeport et venir vivre en France de l'extérieur.

Vous verrez : on y arrive. J'en suis la preuve vivante ! 

A ne pas manquer également une belle série de contrepèteries messines...

Le Raudi, c'est ici.

Bon les gars j'ai trop bu je rentre chez moi (illustration de Jean-Louis Millet et titre de Malta)




De Béatrice Amodru (extrait de T-B 84)


LA LAISSE DE MER
Abandonné
47° 19' 24'' N ; 3° 08' 08''W

Me laisseras-tu sur la laisse de mer ?
Quand tu auras roulé le dos de tes crêtes sur ma coque
Combien, oh combien de lunes m'as-tu porté, bercé, enveloppé
Quand devant moi se dessinait notre voyage

Quand viendras-tu écouter tes empreintes
Qu'une respiration restitue
Quand la caresse appelle à l'accalmie

Un carnet de routes scellé
Entre le petit hémisphère et le grand
Les « waypoints » s'y alignent quand cela pétille
Dans le creux de ton cœur
Dans la robe de ta peau


Un alignement qui ouvre la passe
De ta carte au trésor
Que chaque palabre piste
Que chaque coup de scie, de marteau alimente
De nombreuses couches en pagaille
Aux œuvres vives
Tes rêves
Aux œuvres mortes
Ton impatience
Une pression artérielle sans trêve

Tu roulais ta bosse en moi
Je reconnaissais là
Une vélocité à tempérament
Je voulais m'y étendre
Tu disais attendre

Que la retraite vienne
Qu'une retraite te prenne
Comme le cimetière des éléphants
Le cimetière des bateaux
Est un pansement aux sentiments
Une plaie ouverte toutes voiles dehors

Que d'âmes en perte
Sur la laisse de mer
Marcheur, randonneur, observes bien
Sous ton regard
Ce tracé qui est à terre


 T'emporte loin en mer
Me laisseras-tu sur la laisse de mer ?


"Lâche assaut, Trésor" (illustration de Jean-Marc Couvé)




Tuesday, May 26, 2020

De Sharon (extrait de T-B 84)


Parasite



On devrait les éviter ces films en noir et blanc,
souvent sombres et emplis de nostalgie.
On devrait les éviter toutes ces villes du passé,
à l’économie de renom qui ont eu leurs glorieuses mais qui
contrairement au phénix, humainement ne renaîtront jamais.
On devrait l’éviter ce prochain terne,
qui te grise et se rend imperméable à tout.
Que même s’il t’anime rend les sourires tabous.
Celui qui s’indiffère, celui qui te nuit.
Celui qui malgré tous ces rêves s’ennuie.


Traction-brabant 84


C'est l'histoire d'un mécanicien garagiste qui, au début, avait besoin de réparer les véhicules avant de les revendre. Il a donc acheté un atelier tout équipé. Devant, il y avait un parking d’exposition sur lequel étaient garées les occasions du moment. Normal, me direz-vous. Mais ça c’était avant.
Après quelques années de pratique, notre garagiste s’est fait revendeur exclusivement. Il a d’abord fermé le garage, ayant découvert qu’il pouvait gagner plus d’argent en sous-traitant la réparation (plus de cambouis sur les mains) ou en ne réparant pas les bagnoles. Il garda toutefois le parking d’exposition.
Puis notre revendeur se rendit compte qu’il pouvait encore augmenter sa marge en supprimant le parking et ce, grâce… à Internet !
Il n’avait plus qu’à mettre en vente les véhicules sur Le Bon Coin et à attendre que ça morde dans son immeuble vide, qu’il revendit ensuite.
Avec son ordinateur et son téléphone portables, le voici connecté H24 pour les transactions, y compris quand il dort à l’hôtel, en déplacement pour le convoyage de caisses. Il a même embauché des sbires qui font le job à sa place, pendant qu’il reste à la maison en pyjama, dirigeant à distance les mouvements de fonds.
Eh bien, en poésie, c’est idem, sauf que le bénéfice c’est de la reconnaissance.
Au début, j’écrivais à la main, potassant les traités de versification. J’ai gagné, à cette occasion, deux trois concours de jeux floraux.
Puis j’ai laissé tomber les rimes, écrivant des poèmes en vers libres que j’envoyais à des revues. J’ai aussi édité pas mal de recueils de poésie, chez de petits éditeurs, sans que ce terme soit péjoratif. C’était apparemment le bon créneau, sauf que je n’étais pas lu. Alors, il y a eu Internet. J’ai créé mes propres blogs. Plus de frais postaux et autant de lecteurs. D’abord, mes blogs ont été visités, puis de moins en moins, puis plus du tout. J’ai donc laissé pousser l’herbe à l’intérieur et suis allé voir du côté des réseaux sociaux. Facebook en tête. Et là, c’est carrément le pied. J’ai pu mettre en ligne un poème tous les jours, sans plus jamais me servir d’un stylo. Et au bout d’un moment, j’ai cessé d’écrire des poèmes. Depuis, je tague et tweete tout ce qui me passe par la tête. Constipation du matin, diarrhée du soir. Et je reçois des dizaines de like. Mon rêve d’un public instantané s’est réalisé. Les gens lisent ou ne lisent-ils pas ce que j’ai écrit ? Pas grave, c’est n’importe quoi, de toute façon. Ça, c’est vous, c’est moi, c’est nous tous, quoi !   
P.M.

Monday, May 18, 2020

Poésiques d'Hervé Jamin

La poésie d'Hervé Jamin est d'une rare densité. En lisant les poèmes mis en ligne dans "Poésiques", j'ai vraiment l'impression que l'auteur cherche à capter la vitesse de sa pensée, ce qui pour moi est l'un des buts essentiels de l'écriture.
Et si Hervé Jamin voit des choses, il regarde surtout ce qui est en lui. 

Alors bien sûr, l'auteur peine à respirer, comme il le reconnaît lui-même, dans ce flux d'images qu'il ne peut arrêter et qui ressemble en cela à de la musique, d'où peut-être le titre du blog. 

Il n'empêche : cette poésie là est très riche et restitue bien les caractéristiques du monde de l'Internet, actuel s'il en est. C'est par ici les Poésiques.

Saturday, May 02, 2020

Visions poétiques de Manon Roth

Derrière le titre plutôt général de "Visions poétiques", Manon Roth cherche (et trouve), dans ses poèmes, la rime. C'est qu'il s'agit de poèmes galants (objet classique de la poésie), mais pas uniquement. 

On y trouve aussi de très courts poèmes qui sonnent comme des haïku modernes. 

Malgré l'apparente légèreté de ces textes, voulue parfois, comme un air de ne pas trop se prendre au sérieux, quand les rimes s'estompent, les préoccupations d'aujourd'hui (écologie, virtuel) remontent à la surface et la poésie persiste alors, étonnée de se voir exister...

Pour les visions poétiques, c'est par ici.



Thursday, April 23, 2020

De Philippe Leclair (extrait de T-B 1)

Fragment 11

Seule une analyse superficielle laisserait penser que c’était leur sujétion à un impératif suprême de productivité qui les aurait un temps immémorial conduits à adopter un modus vivendi partagé entre deux états ; l’un, fondamental, celui de la veille, au cours duquel ils accumulaient des heures et des heures d’activités fiévreuses dévolues à l’élaboration de quantité d’objets, qui, lorsqu’ils étaient matériels, étaient produits soit de leurs mains propres, soit par l’entremise de robots assez frustes et dont il fallait encore assurer surveillance et maintenance, l’autre, celui du sommeil, qu’ils vivaient comme un temps visant à réparer (réparer, tel était bien leur mot en effet, et l’on ne peut que s’étonner d’une telle clairvoyance dans leur choix de ce terme ô combien pertinent) les cruels dégâts qui avaient été infligés à la machine humaine au cours de la précédente période de veille. En réalité, force est d’affirmer que, selon toute vraisemblance – et il faut le dire à leur décharge -, cette répartition se trouvait plutôt comme inscrite dans leur état d’assujettissement – de fait, et obligé celui là – à une alternance alors quasi-régulière entre des phases de jour (au cours desquelles le monde physique environnant recevait une espèce d’éclairage global, mais non artificiel) et des phases de nuit (autrement dit d’obscurité naturelle). Quoi qu’il en soit – notre propos ici n’est pas d’apporter une réponse définitive à ce débat -, cette répartition veille / sommeil, étrange, et surtout, étrangère à toute connaissance approfondie de la nature humaine, ne laissait d’induire à son tour une interminable cohorte de prodigieux contre-sens : ainsi par exemple, la fatigue se trouvait-elle uniquement interprétée par eux comme le signal de la nécessité plus ou moins urgente de mettre leurs corps au repos (en d’autres termes, de les soustraire, pour des durées variables que nous n’avons pu encore pu établir, à l’ensemble de leurs efficiences matérielles) ; ainsi également l’activité onirique [1] - dont on imagine évidemment quel devait être l’état global de délabrement – se trouvait-elle communément analysée comme un pitoyable ersatz, dont toute relation, lorsque d’aventure elle était tentée devant un public élargi, ne pouvait provoquer que moqueries et rires gras.


Albertus HAYNES,
Le nycthémère : le mythe, la réalité probable.
Colloque de Monticelli, Chr. 350 a. d.

Philippe LECLAIR, Supplément au petit traité des transparences (extrait)
Editions Les corneluces, 2003

[1] - Pour ne pas être injuste, nous nous devons bien évidemment de citer ici, la pensée, timide mais fulgurante, de cet antique prêtre fou (ou de son ami – le Germanique, encore incomplètement maîtrisé aujourd’hui par nos linguistes, recèle une ambiguïté gênante sur ce point), qui entrevit que les rêves pussent faire partie intégrante de la vie de chaque homme ; mais, de ses analyses, ne furent tirées que quelques conclusions anecdotiques, et l’on peut dire que l’humanité continua des chronies durant à vivre dans l’ignorance totale de la face hypnophane de son existence, passant à côté d’elle comme détenus aveugles égarés devant des portes ouvertes.

Wednesday, April 15, 2020

Traction-brabant 83

C'est par provocation que je vais établir un parallèle entre la poésie et le droit.
C’est de la provocation, mais non, en fait. Car le droit a constitué ma deuxième révélation (en 1990), après la poésie (en 1988). Et depuis, je n’ai pas quitté ces deux domaines.
Bien entendu, le droit, c’est le français du fric, parfois maigre, alors que la poésie, c’est le langage du pauvre, souvent riche.
Sauf que la distance entre les deux n’est peut-être pas si grande qu’elle y paraît.
Vu de l’extérieur, et tout d’abord, pour la plupart des personnes, le droit et la poésie sont des langues différentes du langage commun. Ainsi, n’étant pas bon en langues vivantes, je me suis spécialisé dans le français juridique, un patois plutôt class. Et dans la poésie, un patois universel… à chaque poète !
De plus, dans le droit, les mots employés ont une signification précise. Tandis qu’en poésie, on peut écrire tout ce qui passe par la tête, grâce à l’inspiration.
Soit. Hélas, dans la vraie vie, ce n’est pas tout à fait comme ça que les choses se passent bien avec un poème.
Il vaut mieux remettre plusieurs fois son ouvrage sur le chantier, comme on devrait tourner sept fois la langue dans sa bouche avant de parler. Et au bout de quelques années d’écriture, il devient facile de sentir que l’on n’écrit pas un mot plutôt qu’un autre, y compris en poésie.
Mais la comparaison entre le droit et la poésie ne s’arrête pas là. Ce sont deux façons d’incarner la réalité par des mots, même s’il ne s’agit pas de réalités identiques, en apparence.
Au droit, la réalité de l’économie, traduite en contrat. Un acte notarié, c’est peut-être tout ce qui restera de nous après la mort. Ainsi se reconstituent les arbres généalogiques. Et la vérité des hommes s’y trouve plus facilement contenue que dans certains poèmes.
À la poésie, la réalité d’une sensation (presque) immédiate.
Et au deux, leur puissance d’évocation, celle du pouvoir et de l’argent, pour le droit, celle de la liberté et de la singularité, pour la poésie que j’aime.
Cette verticalité d’oracle peut frapper par sa violence, comme si les mots, dans les deux cas, étaient gravés dans le marbre, de l’entendement comme de la lucidité. Une sorte d’engagement à tenir.
En somme, deux réalités antithétiques qui s’entrechoquent, entre les pôles desquelles mon cœur balance depuis presque trente ans. 
P.M.

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Poézine ou pour parler comme les gens bien "revue poétique et littéraire" et toutes petites petites éditions, comme le format des bouquins