Friday, June 05, 2020

Incipits finissants (88)


Désolé les puristes ! Une revue de poésie qui se créé ressemble à un bistrot qui ouvre. Et le monde de la poésie est si petit qu’une revue qui se créé ressemble à un bistrot qui ouvre dans une même ville.
Au début, tout le monde est curieux. Il s’agit de la période test. On vient voir si le patron, il est gentil. Au besoin, pour les poètes, c’est pas plus mal s’il l’est un peu trop. Les clients se pressent. Les bons et le mauvais. Tous les patrons de bistrot vous le diront : un bon client, c’est quelqu’un de discret, qui vient tous les jours à heure fixe, s’enfile trois whiskies en dix minutes et paye rubis sur ongle sa consommation avant de s’éclipser. Un mauvais client, c’est celui qui vous laisse une ardoise longue comme un rouleau de papier-toilette (« tu me mets ça sur mon compte » : il a bon dos, le compte !) et qui, en plus, casse les pieds à toute la galerie en donnant son avis sur tout, parce que lui, bien sûr, il a tout compris alors que les autres, non. J’en sais quelque chose, la poésie, je la consomme aussi !
Eh bien, ces mauvais clients, ils ne nous font pas pleurer quand ils disparaissent ! Heureusement, ça dure jamais très longtemps ! Au bout de quelques mois de fonctionnement, le patron, qui voudrait avoir un peu la paix et ne pas perdre sa clientèle, est obligé de prendre les choses à bras le corps : ainsi, le mauvais coucheur se retrouve jeté dehors manu militari.
En poésie, on est évidemment beaucoup moins des sauvages. Il n’empêche que ça revient à l’identique. Et comme la nature fait bien les choses, la chance veut que l’emmerdeur en poésie, tel l’emmerdeur alcoolique, se conduit pareil dans les autres échoppes. Du coup, tous les patrons de bistrots de la place le repèrent vite. Et nous, les patrons de bistrot, euh, non, les revuistes, sans avoir étudié pendant dix ans la psychologie, on sait reconnaître tout de suite, les yeux fermés, les quelques cas graves. De toute façon, on sait qu’on parle tous des mêmes zozos.
Vous savez : notre monde est si minuscule ! Et dire que l’on recherche juste la tranquillité. La paix des ménages, et surtout du nôtre, si vous voulez mieux ! Pas de fouille-merdes dans notre périmètre, pour que notre mission s’accomplisse dans la meilleure ambiance possible, sans pour autant donner dans la langue de bois.
Les revues de poésie, c’est comme les bistrots. D’ailleurs, on a aussi l’impression qu’elles naissent plusieurs fois. Faut faire le vide à l’intérieur, de temps en temps !

P.M.

Numéro 88 de Traction-brabant

Le numéro 88 de "Traction-brabant" est vendu au prix de 2,60 €.

Pour plus de précisions, contact association le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Présentation

"TRACTION-BRABANT" (alias T-B pour les intimes) est un fanzine d'écriture, de poésie et autres textes courts, créé en janvier 2004 par Patrice MALTAVERNE (conception, écriture, choix et mise en page des textes) et Patrice VIGUES (illustrations).

"TRACTION-BRABANT" existe aussi et surtout sous sa version papier à une cent soixante-dizaine d'exemplaires par numéro. Le poézine est à parution aléatoire, quoique... si tous les deux trois mois, les combattants sont en forme, un nouveau numéro sort de leur tanière.

"TRACTION-BRABANT", aujourd'hui publié par l'association Le Citron Gare, ne demande aucune subvention, le poézine a juste pour but de faire circuler à son modeste niveau une poésie pas trop classique ni trop molle surtout, ainsi que de véhiculer certaines pistes de réflexion, sans pour autant qu'il ne soit tranché dans le vif.

Plus précisément, à l'origine, TRACTION-BRABANT est la contraction de traction avant, l'auto et de brabant double, la charrue à double soc. Cela montre avant tout notre nostalgie pour ces vieux objets mécaniques ainsi que notre méfiance par rapport à un progrès non mesuré...

Les auteurs (poètes, illustrateurs) présents dans "TRACTION-BRABANT" sont plus de cinq cents, d'après les dernières stats.

Ce blog a pour but de reproduire des extraits du zine sous sa version papier et de faire connaître davantage ce que nous faisons....

"TRACTION-BRABANT" s'efforce d'encourager ses participants à des échanges de textes et d'idées et pourquoi pas à de possibles rencontres.

S'il vous plait, n'envoyez jamais plus de 10 pages format A4 (en un seul fichier et format Open office ou Word, de préférence) si vous contactez le poézine, sinon, votre manuscrit ira direct à la poubelle virtuelle, mais la poubelle quand même ! Je n'ai pas besoin de lire des tonnes de pages d'un auteur pour savoir de quoi il en retourne !

P.M.

Contact pour l'association Le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Ils ont réparé l'oubli


Les complices de TraumFabrik ont enfin pensé au brabant double, le double araire de notre mécanique de cauchemar, comme ça, ça fait TraumTractionFabrikBrabant !

De Dorian Masson (extrait de T-B 88)

Un poisson nommé Elvis.

 

Un poisson nommé Elvis chante l'aquarium des cœurs brisés.

Sa nageoire autour du micro

Et son aileron coiffé à la mode des mulets noirs des 50’s.

Les dauphins tiennent les comptes et gardent la caisse.

Les requins s'assurent que tout le monde paye.

Le poisson nommé Elvis plisse ses yeux jamais fermés,

Fronce ses sourcils absents

Et garde sa bouche telle qu'elle est.

Il chante l'amour sous-marin

À des soles aux yeux bleu marine.

Ses bulles se posent sur leurs joues rouges

Et de leurs yeux coulent des larmes invisibles.

Les étoiles de mer aiment applaudir les stars

Et les éponges n'ont aucune personnalité.

Dans les bas-fonds sous-marins,

Un poisson nommé Elvis chante l’amour

Et met le feu à l’Océan.

Pourtant, ce ne sont que des bulles qui éclatent.

Sous les pieds d'un Monde triste

Qui pense donner naissance à des génies.

Mais là-haut aussi, quand les génies chantent,

Ce ne sont que des bulles.

Le blog de Perrin Langda

Le blog de Perrin Langda est intitulé : "U-poesis / Cité de poésie improductive".

C'est bien trouvé, je dois dire, ce titre inspiré des cités universitaires et qui fait très science-fiction. Il est vrai que pour la plupart des personnes, la poésie est comme de la science-fiction !

Cela donne une idée du contenu, rempli d'humour de cette publication, qui suscite l'envie d'être lue.

Les poèmes sont courts, sonnent comme des billets d'humeur, et les photos qui sont en face sont tout autant décalées.

Bref, un bon moment à passer...Pour accéder à la cité maudite à force d'être improductive, c'est ici.

Vue sur l'usine à préservatifs de Patrice VIGUES

Malta compil 2014 : "Juste une dernière fois..." (avec Windows media player)

Je reprends, après une période d'absence, mes enregistrements audio où je les avais laissés, avec l'extrait suivant du recueil "La voiture accidentée du futur", cuvée 2014.

Juste une dernière fois
Laisser d'un doigt
La peinture des portières
Qui parfois vieillie
S'en va en paillettes de désespoir

Sentir le soleil cuire
Cette absence d'âme
Qui se pose là
Suivre la ligne d'horizon
Épousant les fils électriques
Qui tremblent aux intempéries

L'incertitude est immense

N'épouse plus les arêtes qui vite
S'interrompent face à la noria
Des poussières extra-veineuses"

Et pour l'entendre, sur un titre de Mercadinho (via Dogmazic, site de musique sous licence libre, https://www.dogmazic.net/), "Lucas Alencar", extrait de l'album "Sons da naturezza", c'est ici.

De Marie-Do Laporte (extrait de T-B 88)

Le ciel bleu a poussé sur la route
une éolienne -
puissante dans le vent, elle
attire,
soupèse,
soulage les confidences

et tourne,
emporte,
et dissout
ce qui veut se figer au-dedans.

C’est ainsi maintenant: je rêve à ceux qui s’attardent au ciel doux,
ceux dont au fond du regard je devine
une éolienne qui va,
blanche et légère au-dessus de sa ligne de peine.

Incipits finissants (20)

Il n’y a plus de murs, plus de routes. Le béton a fini par fondre sous le soleil devenu rouge. Le fil de fer a laissé des traces de bouillie visqueuse dans des arrière-cours revenues aux avant-postes des latrines tombées en poussière.
La terre s’est creusée en maints endroits, entraînant l’apparition de cratères distordus.
Sous l’effet de l’augmentation titanesque de la température, de nombreuses substances radioactives ont émigré vers l’extérieur qui, mélangées à du métal fondu, provoquèrent l’apparition d’une mélasse pouvant propager des brûlures au 3e degré.
C’est pourtant au bord de l’un de ces cratères qu’un peloton d’exo-terriens, atterri en filin thermique, a isolé un objet oblong taillé dans une substance inconnue, éminemment poreuse, présentant une teinte marron beige et dont l’ouverture se situe sur le dessus.
A l’intérieur, de plus petits pavés de couleur pâle, avec à leur surface de nombreuses taches, ont attiré l’attention de nos chercheurs. Après avoir survécu à leur passage en sas de décontamination, les dits objets livrèrent une partie de leurs secrets. Composés de feuilles empilées les unes sur les autres et de faible grammage, l’examen de ces fragments d’ancien monde, en référence à cette période qui dura quelques milliers d’années et durant laquelle les humains peuplaient la terre bleue comme une orange, a révélé le tracé de caractères à peu près parallèles, sans doute l’écriture de nos ancêtres trop tôt disparus.
La transcription à l’identique de cette écriture, sur le modèle du moule informatique parvenu suite à l’explosion du dernier ordinateur à particules stellaires, s’est avérée peu concluante. Ainsi, ce qu’il faut bien appeler le texte suivant a été mis à jour : « Par référence à la polychromie de la représentation médullaire, le poète est tenté d’offrir un visage prédictif dont l’aporie se dissimule sous la cape de la métaphore totalitaire. Cette image, fut-elle réductrice d’un certain ordonnancement du plasma congénital, provoque en dedans la silencieuse anamnèse d’un monde clos qui échappe encore aux prébendes du signifiant». La quête de sens continue encore… P.M.

De Nathalie Lauro (extrait de T-B 88)

Désintégration,

 

La terre tremble sous mes pieds,

La lave éclate les pavés,

J'avance alors pour échapper,

À ta présence qui fait mal,

À ton amour mi- animal.

 

Tu désintègres dans tes danses,

Mes synergies, mes énergies,

Puis par magie,

Puis par démence,

Tous mes abris,

Mes joies intenses,

Mes chants d'amour,

Mes influences,

Et pour finir, mes couleurs denses.

 

Tes yeux, je crois, sentent l'enfer,

Ton cœur crois-moi n'est que de fer.

 

Je sens tous les maux me ronger,

Le soleil se fait lourd

Et le vent carnassier…

 

C'est l'horreur rouge sang

Qui nous a inondés.

Poésiques d'Hervé Jamin

La poésie d'Hervé Jamin est d'une rare densité. En lisant les poèmes mis en ligne dans "Poésiques", j'ai vraiment l'impression que l'auteur cherche à capter la vitesse de sa pensée, ce qui pour moi est l'un des buts essentiels de l'écriture.
Et si Hervé Jamin voit des choses, il regarde surtout ce qui est en lui. 

Alors bien sûr, l'auteur peine à respirer, comme il le reconnaît lui-même, dans ce flux d'images qu'il ne peut arrêter et qui ressemble en cela à de la musique, d'où peut-être le titre du blog. 

Il n'empêche : cette poésie là est très riche et restitue bien les caractéristiques du monde de l'Internet, actuel s'il en est. C'est par ici les Poésiques.

De Parme Ceriset (extrait de T-B 88)

LES VOIX DE LA NUIT

Les voix de la nuit se promènent
Sur le contour des cimes bleues,
Elles palabrent sous les étoiles,
Elles racontent le chant des mystères,
Au loin, un cerf brame,
Le cri des rapaces, le sang, le feu,
Les lueurs animales dans tes yeux
Qui m'aiment
Sous la lune d'Opale.

"George Orwell, my big brother - with love" (illustration de Jean-Marc Couvé)

De Georges Elliautou (extrait de T-B 88)


Il est presque nu, une tache grise au niveau du ventre. Il me regarde de ses orbites creuses. Sa bouche vide est ouverte sur un désir fou. Il a faim.
Moi, j’ai soif. J’ai trop mangé au restaurant de l’hôtel. J’espère un bistrot dans une de ces rues misérables sous le soleil de plomb.
Il tend la main. Une main décharnée couverte de crasse. Je cherche dans ma poche une pièce. Je n’ai plus de monnaie.
Je hausse les épaules et tourne le dos à l’épave humaine qui me suit, marmottant ce que je suppose être des malédictions dans son dialecte tribal.
J’avise enfin une gargote. Des autochtones sont attablés à l’ombre d’un figuier dans une courette au sol de terre rouge. Que suis-je venu faire dans ce coin pourri de la ville ? La recherche du pittoresque… Ce n’est pas l’ombre du figuier qui me protégera de la chaleur épaisse. Ont-ils seulement un frigo dans ce bouiboui ? On verra bien.
Je commande une bière. Le patron, un vieillard assisté par un enfant, m’apporte une canette tiède. Tous les regards sont dirigés vers moi. Le silence s’est établi à mon arrivée. Le mendigot vient d’être chassé par le patron. Il m’attend de l’autre côté de la rue.
J’avale la bière tiède au goulot. Une amertume m’emplit la bouche. Une lassitude me vient. Vivement le retour à l’hôtel où la climatisation, le bar, les putes, la piscine…
Une bousculade soudaine. Des indigènes armés et cagoulés se saisissent de moi, m’entraînent vers un 4/4 poussiéreux.

Bakounine : illustration de Henri Cachau

Pour en savoir plus, contact : henricachau@free.fr

Le Raudi à Metz

Une fois n'est pas coutume. Je fais de la pub pour un site d'actualités culturelles messin. Il s'agit du Raudi, ou la culture autrement, comme c'est très bien résumé.

À côté de nombre de manifestations et d'initiatives locales présentées à la une, vous trouverez en cliquant sur le bandeau de droite un lexique messin. De quoi prendre son passeport et venir vivre en France de l'extérieur.

Vous verrez : on y arrive. J'en suis la preuve vivante ! 

À ne pas manquer également une belle série de contrepèteries messines...

Le Raudi, c'est ici.

Tuesday, June 02, 2020

Traction-brabant 14

Alors voilà pour être un bon écrivain c’est comme une recette dans laquelle il faut se laisser porter au début la qualité des oracles du poète du haut de la plaque le prédispose à des propos qui tombent à pic dans un murmure d’indifférence mais en y regardant bien là n’est pas encore son succès d’estime les paroles pour être admises doivent être répétées plusieurs fois après la réussite se joue ailleurs dans la qualité du silence associée à la pureté des oracles tant et si bien que leur valeur dépend de la pureté du silence un vrai silence de bonne qualité ne doit pas dépendre des idées même pour un communiste surtout libertaire l’interruption volontaire de silence force aux rapports humains non protégés il n’est même pas besoin de prétexter que l’on a une famille à torcher ou une vieille tante en viager quand on dispose d’un beau silence on n’a pas de famille la qualité du silence donne au bon écrivain les trois quarts de son intelligence face aux choses de la vie les hommes comptent pour du beurre c’est le moyen le plus sûr de couper court à toute tentative d’immixtion dans un débat où tremblerait la tolérance comme ça on peut conclure seul à seul avec ses idées qu’on les gardera toujours comme une tribu de poux dans un monde poli le silence est bien vu il est malséant de déranger les autres quand on a pas envie d’être dérangé par eux un bon écrivain ce n’est pas quelqu’un qui a une présence extraordinaire ses oracles disent le contraire c’est quelqu’un qui réussit chaque jour à être invisible le bon écrivain sait écrire une bonne fois pour toutes suffisamment bien pour ne pas être dérangé par les autres il lui faut aller le plus vite possible pour ne jamais être emmerdé on ne va pas mettre le nez dans le cambouis des abrutis qui veulent connaître de l’humain être bon auteur c’est plus qu’être un bon adulte rien à voir avec le bon père de famille qui se fait entuber à longueur de journée par les cris des mômes dit-il par duo de chèques interposés les rapports humains convergent quelque peu sans que les idées n’aient aucun rôle à jouer là dedans ce ne sont pas les mains qui signent les chèques et qui demandent d’acheter les bouquins ce n’est pas la langue c’est une conscience en dehors de l’écrivain un instinct séculaire de survivance les mots seuls entrent par intrusion le pro ne touche pas à tout ça ce sont pas ses mains qui écrivent non plus il écrit avec la bouche comme les autres handicapés comme ça il n’a pas besoin d’en rajouter après si seulement le silence ne nécessitait pas d’écrire encore pour assommer le silence pieux car le meilleur écrivain n’est rien il n’a pas de peau pas de sexe il est le néant cyberactif nul ne peut s’en approcher des fois un vrai pro prend l’air dans les foires à bouquins que si on parle des siens c’est un pro et un pro n’a que faire des crottes de chiens qui jonchent les trottoirs il n’a que faire aussi de ceux qui sont pas des pros il finit toujours par dire ses parfaits oracles il est l’impuissance mais il ne faut pas que ça se voie il n’a pas envie d’arriver tout sale à l’assemblée des sages de la langue des hommes de bonne volonté il écrit tous ses trucs pour pas qu’on le dérange dans sa bulle la poésie c’est réussi un fameux tour de passe- passe la poésie ennuie un maximum de personnes alors si l’on peut par le silence surmultiplier la valeur toute relative de ses sentences quand elles plombent un peu plus le fond des caves de papiers défraîchis alors c’est OK le pro signe un contrat d’édition exclusif avec le silence lui seul est vraiment pro

PM

Sunday, May 31, 2020

De Barbara Auzou (extrait de T-B 88)

Et si l'on vous demande

Et si l'on vous demande
Vous répondrez que je ne suis qu'une crieuse d'herbes
Cultivant son âge et sa déraison dans un rire frais
Découpé dans les clairières de l'enfance et que je répare
En toutes saisons l'oiseau que le vent indocile a cassé
Qu'il aurait été trop facile de faire rimer demande avec amandes
Dans ces conditions et au coin de votre œil hilare

Monday, May 25, 2020

De René Ralf (extrait de T-B 88)

la douleur
grimpe ma mâchoire et
un clou
perce mon oreille de même

(un léger acouphène en guise de décor)

qui de
l’anti-inflammatoire ou de
la poésie
sauvera ma vie ?



am / stram / gram


Friday, May 22, 2020

Incipits finissants (65)


Les vacances, c'est comme un vase à remplir de vide. Avant, on précipite, le rythme de travail, même quand ce n'est plus du travail. Tout ce qui est à faire, et ce qui ne l'est pas, doit être terminé.
Un empilement de tâches se fait jour, qui se contredisent presque et qu’il faut absolument mener à bien. Cela ressemble à des casiers à remplir dans son cerveau en un temps minimum. D’ailleurs, on est déjà en train d’harnacher le coffre de toit. Et si ça ne ferme pas, on pousse davantage les bagages jusqu’à ce qu’ils ressortent de l’autre côté.
Au milieu de cette succession précipitée d’actions, l’esprit s’énerve pour un rien. En fin de compte, les vacances trouvent leur justification, cette dernière n’existant pas encore un mois auparavant. Par chance, il faut croire que la nature a horreur du vide, car les tâches se succèdent une à une à l’horizon mental, telles des armées de petits soldats de plomb ou de fourmis industrieuses…Et toute cette agitation, pour quoi ?
Pour finir allongé en été sur une plage. Pour être surpris par les carsses du soleil qui n'est autre que de l'électricité naturelle rechargeant nos batteries. C'est bien ce que je disais : il s'agit d'un vide qui nous remplit peu à peu, en sablier inversé. Puis, au bout de quelques jours, la force, de nouveau, nous habite. Comme si, à présent, nous nous sentions plus grands que cette pile de choses évanouies qui ont squatté notre esprit avant notre départ.
Ainsi, une fois démembré, le coffre bondé n’est plus qu’un symbole d’inaction. Les objets ne nous parlent plus et c’est une bonne nouvelle car rien d’autre ne parle ici. Même les hommes demeurent silencieux, alors qu’ils continuent à dire des bêtises à longueur de journée. Tels au bureau, tels en terrasses !
Mais ce rêve, on le sait, ne dure jamais longtemps.
Quand la vie intérieure est enfin parvenue à prendre toute la place, il convient de la pousser dans un coin. Le beaucoup de bruit pour rien reprend. On doit se résoudre par mimétisme, à mener de nouvelles batailles, afin de répondre aux ordres et de remettre en place les choses, et ce n’est pas une image - utiles seulement au corps matériel qui nous cerne.
Hélas, il faut admettre que ce monstre a un aspect bêtement social, et qu’il joue les caméléons pour nous faire avaler des grosses couleuvres.
Vous le devinez. Dès à présent, on n’espère plus que les prochaines vacances.

P.M.

Thursday, May 21, 2020

D'Olivier Bouillon (extrait de T-B 88)


nos souvenirs coulent dans le sablier
ils s’amassent au fond

les pieds se traînent
et le corps fatigué
vieillissant
nous semble lourd

ah ! l’idée de la mort
revient toujours
moins pesante peut-être
que la vie passée

car la mort est un brouillard
visible et impalpable
passant sur le front de nos proches
et le passé
ce grain de sable dans nos chaussures
qui nous fait boiter
et rend le chemin douloureux

Blog Archive

About Me

My photo
Poézine ou pour parler comme les gens bien "revue poétique et littéraire" et toutes petites petites éditions, comme le format des bouquins