Friday, September 30, 2022

Incipits finissants (100)

 
SANS la poésie, que serais-je devenu ? Il me faut reconnaître aujourd’hui que cette vieille dame un peu ridicule, dont la plupart se détournent, m’a servi de principal accélérateur vital.

SANS la poésie, puis-je imaginer un semblant de vie ? Oui, dans la mesure où j’évite d’en parler autour de moi, mais pas de l’écrire et de l’imaginer… encore plus belle qu’elle ne l’est.

SANS la poésie, les choses autour de moi (mammifères humains, circonstances et évènements) perdraient de leur profondeur. Je les trouverais trop vulgaires et perdrais l’envie de les aimer ou de les contester.

SANS la poésie, à quoi pourrais-je me raccrocher, qui ne serait pas une vérité immédiate ? Aux étoiles, à la nature trop verte peut-être, qui lui appartiennent déjà.

SANS la poésie, je devrais remonter très loin en arrière dans mon existence pour dénicher une béquille à ma vie intérieure.

SANS la poésie, j’apprendrai à respirer comme tout le monde. Métro boulot dodo, en y ajoutant les vacances qui appartiennent au même cycle. Alors que la poésie, c’est tous les jours de l’année, comme une permanence téléphonique jamais aux ordres ni aux secours.

SANS la poésie, les jours fériés deviendraient des jours fériés comme les jours de travail deviendraient des jours de travail.

SANS la poésie, tout devrait s’expliquer au quart de tour. Comment voulez-vous nous faire croire de tels bobards, les adultes ?

SANS la poésie, ayant fini par oublier de quoi il s’agit, je ne pourrais que constater son absence.

SANS la poésie, je ne retournerais pas à l’école pour y apprendre des récitations.

SANS la poésie, je n’aurais jamais le courage de découvrir de nouvelles absences de règles pour la remplacer.

SANS la poésie, l’adolescence serait terminée depuis des années.

SANS la poésie, je me serais beaucoup plus ennuyé chaque jour, et j’aurais été obligé d’imiter la plupart des gens.

SANS la poésie, le quotidien finirait par donner raison à la majorité.

Numéro 100 de "Traction-brabant"


C'est un numéro de "Traction-brabant" pas tout à fait comme les autres. Le 100ème. L'aboutissement (auquel je n'ai jamais pensé) de 18 ans de passion. 

Le numéro 100 de "Traction-brabant" est vendu au prix de 3 €. Alors, ne vous privez pas. Des exemplaires des anciens numéros sont disponibles sur demande.

Pour plus de précisions, contact association le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Présentation

"TRACTION-BRABANT" (alias T-B pour les intimes) est un fanzine d'écriture, de poésie et autres textes courts, créé en janvier 2004 par Patrice MALTAVERNE (conception, écriture, choix et mise en page des textes) et Patrice VIGUES (illustrations).

"TRACTION-BRABANT" existe aussi et surtout sous sa version papier à une cent soixante-dizaine d'exemplaires par numéro. Le poézine est à parution aléatoire, quoique... si tous les deux trois mois, les combattants sont en forme, un nouveau numéro sort de leur tanière.

"TRACTION-BRABANT", aujourd'hui publié par l'association Le Citron Gare, ne demande aucune subvention, le poézine a juste pour but de faire circuler à son modeste niveau une poésie pas trop classique ni trop molle surtout, ainsi que de véhiculer certaines pistes de réflexion, sans pour autant qu'il ne soit tranché dans le vif.

Plus précisément, à l'origine, TRACTION-BRABANT est la contraction de traction avant, l'auto et de brabant double, la charrue à double soc. Cela montre avant tout notre nostalgie pour ces vieux objets mécaniques ainsi que notre méfiance par rapport à un progrès non mesuré...

Les auteurs (poètes, illustrateurs) présents dans "TRACTION-BRABANT" sont plus de cinq cents, d'après les dernières stats.

Ce blog a pour but de reproduire des extraits du zine sous sa version papier et de faire connaître davantage ce que nous faisons....

"TRACTION-BRABANT" s'efforce d'encourager ses participants à des échanges de textes et d'idées et pourquoi pas à de possibles rencontres.

S'il vous plait, n'envoyez jamais plus de 10 pages format A4 (en un seul fichier et format Open office ou Word, de préférence) si vous contactez le poézine, sinon, votre manuscrit ira direct à la poubelle virtuelle, mais la poubelle quand même ! Je n'ai pas besoin de lire des tonnes de pages d'un auteur pour savoir de quoi il en retourne !

À l'inverse, jusqu'à preuve du contraire, et contrairement à la majorité des revues de poésie d'aujourd'hui, aucune thématique n'est imposée dans "TRACTION-BRABANT". C'est la liberté chère au poète (du moins, je le crois) qui prime, et puis aussi, cette certitude que le poète peut trouver lui-même de quoi il a envie de parler quand il écrit…

P.M.

Contact pour l'association Le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Traction-brabant : la Méga Totale Collect

 




D'Isabelle Morino (extrait de T-B 100)

 
Retour de plage
 
La peau blanchie de sel
Brouille la connaissance
De tes contours,
Ou alors le soleil.
 
Un cartel de grains
Agrippent tes galbes.
En pluie, la douche publique
Les réduit
À la fuite.
 
Des anglaises font remonter
Ta coupe d'un quart
De siècle. Un car
De tourisme s'apprête
 
Presque autant que toi
À changer d'avis
Sur l'allure à prendre
Pour l'issue à terme.
 
Arrêt en surface
Grande et son rayon
Frais qui, en claquettes,
Fait tes dents claquer.
Cabas tête en bas
Pour trouver - hormis
Bretelles et fouta -
Des cents pour un cône.
Au dernier virage,
L'air perd de son iode,
L'ordre prêche sa foi
Et harponne sa horde.

"Le murmure du monde", de Lambert Schlechter

Quand je découvre un blog dans lequel il y a plein de mots, ça me fait toujours plaisir, et quand c'est bien écrit, c'est encore mieux. 

Avec Lambert Schlechter, nous voilà partis pour la confession tous azimuts, mais pas vraiment dans le sens de la religion.

"Le murmure du monde", c'est ici.

Cervelle d'intellectuel de Patrice VIGUES





Malta compil 2018 : "Les transports en commun" (avec lecteur mp3)

En 2018, Dieu sait que je connaissais les transports en commun ! D'ailleurs, Dieu s'en fout pas mal.

Voici donc ce nouvel épisode de ma passionnante Malta compil, intitulé "Les transports en commun" (avec, en fond musical, "Doremus", de Moïse, téléchargé via l'application de musique en libre accès Dogmazic : https://www.dogmazic.net/).
Le fichier son est accessible par le lien en surveillance ci-après.

En finir par le commencement

Avoir des cahots
Au rythme des balais
Dans le ventre
 
Prendre la direction du bétail
Pour une tête qui balance
Sans réfléchir
 
Le courant va fuir vers le travail
Ou de telles traces de néant
 
C’est ça la trace
Des pneus sur la chaussée
La trace qu’on ne voit pas
Car on campe dessus
 
La petite roue qui nous berce
Elle est plus forte que nous
La petite roue d’un moule à tartes géantes
 
Nous
Balancés sur des trajectoires
De plus en plus urticantes.

De Laurent Bouisset (extrait de T-B 53)

Poème d’un autre

Peut-être bien que tout devrait crever, mais le souper du port apporte en pluie l’idée que tout pourrait durer encore un souffle. Sur ce presque rien de délai, le chemin de ce fil en mouvement vers son néant, enflent et se mêlent aux voiles les visages importants, les voix cassées des vieux qui savent et blaguent, et l’on sent que se désassemblent nos pores même. Craque et s’effrite en bouts ce texte que l’on ne parvient plus à recoller dans le bon sens. On a lutté pour semer direction sous une pluie vague. Traîné nos yeux-carrioles en vrac et ronds carrés des heures, hurlant qu’on ne voudrait plus croire à rien, c’est faux... et rire. Quand l’imminence aux mâts s’enroule d’une naissance distraite et floue qu’on ne situerait plus au creux des teintes... ou qu’on sent s’annoncer dans l’ombre en araignée paisible et seule, et déposant l’envie de rester replié ici des heures, à voir se projeter sur l’eau le démon du désir qu’on a d’en finir au plus vite. Alors que grasse et de la peau du cul raclant le noir épais et doux que l’on n’aurait plus l’envie forcément d’accoler à notre insomnie, l’envie redéboule grave et fait cow-boy que tout crève et s’éteigne ici enfin. Commencer par un gros carton des étoiles connes avancées par ce ciel gaufré et vide que l’on n’en finira jamais de malmener de nos yeux lourds, que l’on voudrait sur le champ déchirer de nos doigts morts, pour la raison pure et très bête qu’on n’a plus aucune raison de le voir, ni moins de raisons de le peindre ou pendre encore, ni même de porter nos vies plus loin, quand stock épuisé de sourires avant la lune avec le sucre... et la raison bien moins couillonne encore qui brûle et vrille et reprend fil au fond du noir en torche hilare que nous nous refusons d’un bloc uni, têtes cognées, pas réduites, frénétiques, à demeurer de ce purin de ciel un doigt de plus, et sans orgueil, la nuque basse en berne ou la mouche qu’il compisse.


Marseille, le 19 avril 2013

Image d'Alain Minighetti


 

Le jardin sauvage d'Ana B

Voilà un blog d'images alignées les unes derrière les autres, et qui constituent autant de rêves en bleu.

Zut ! Mais c'est qu'il s'agirait encore d'une belle invitation à écrire !...

Rien de neuf sous le soleil, décidemment. Un jardin sauvage à peupler ici.

De Myriam Oh (extrait de T-B 93)

 

CECI N'EST PAS UN CORPS D'ÉTÉ
 
ce n'est pas un corps d'athlète ni de mannequin
ce n'est pas un corps de déesse,
il a plutôt parfois le diable en lui
voilà : ceci est un corps imparfaitement humain
 
ceci n'est pas un corps d'été
et il en a vécu
des automnes, des hivers, des printemps
qui ont laissé des empreintes par-dessus
jusqu'en dedans
et il a survécu
à des orages des giboulées des canicules
à des coups de têtes à des élans du cœur
jusqu'à se tordre
ceci est un corps fatigué d'être pris pour
ce qu'il n'est pas
ceci n'est pas un corps d'été
ce n'est pas une pâte qu'on peut modeler
pour rentrer dans des jeans
qui datent d'un temps où on avait le goût
de nous extraire du moule
et, ce n'est pas une œuvre d'art non plus
ça veut dire qu'on a le droit de le toucher
avec autre chose que les yeux
quand il dit oui
parce que, oui, ceci est un moyen d'expression
qui sait dire merde aussi
 
ceci est un corps détraqué
comme les saisons
c'est ce qu'on dit et c'est ce qu'on fait
comme quoi
des fois on est cohérents
 
ceci n'est pas un corps d'été
d'ailleurs
il n'a aucune idée de ce à quoi un corps d'été
peut bien ressembler
d'ailleurs
il n'a aucune envie de ressembler à quoi que
ce soit
ceci est un corps
d'accord
mais ceci est bien plus que lui
ceci est un véhicule mais aussi le chemin
ceci est un outil mais aussi l'ouvrage
ceci est mon corps
celui d'une trentenaire qui plaide coupable
d'avoir été bourreau en se pensant victime
celui d'une femme
qui n'a pas donné la vie ; pas prise non plus
en ayant honte de ses formes
en simulant pour entrer dans la norme
en s'affamant et se surmenant
en prenant son corps
comme on prend ses jambes à son cou
 
ceci n'est pas un corps d'été
d'accord
depuis tes mains il ne sait plus comment s'habiller :
seulement ce poème pour se mettre à nu
sans pour autant débander.

Baudelaire : illustration de Henri Cachau


Pour en savoir plus, contact : henricachau@free.fr

Traction-brabant 100

Nous y voilà. Je n’y ai jamais cru et m’en suis même foutu jusqu’au numéro 90. 100 numéros de « Traction-brabant » comme 100 ans, c’est trop vénérable. Quand je repense à mon état d’esprit lors de la création de T-B en 2004, il y avait de la fraicheur dans tout ça. Beaucoup de révolte. Envie d’œuvrer sans penser à l’avenir. Pas un truc de vieux. D’ailleurs, comment prétendre à quelque chose ? Le premier numéro existant à 50 exemplaires, tous photocopiés, les illustrations collées sur la maquette. Puis T-B a continué d’exister, sans que j’y réfléchisse longtemps, se perfectionnant au fil des années. Participation aux frais à partir du numéro 15 (décembre 2006), fin des copies après le n°28 (mars 2009), idem avec le papier calque, remplacé par une couverture couleur à compter du numéro 55 (janvier 2014) et enfin, abandon de l’agrafage manuel après le n°89 (septembre 2020).

Mais qu’est-ce que représente aujourd’hui à mes yeux Traction-brabant ? Une publication de poésie modeste, qui respire depuis 18 ans sans subventions, sans comité de lecture et sans thème imposé. C’est sûrement grâce à toutes ces absences que T-B vit toujours... Sauf que le talon d’Achille est là. T-B ne se perpétue que grâce à mon énergie et à ma santé. Si je perds les deux, c’en sera fini de lui. Donc, je ne fais pas le malin. Histoire de vous amuser : il me semble impossible d’en sortir 200 numéros. Et je ne suis pas sûr que cela soit souhaitable. Car les choses ont évolué depuis 2004. Est-ce que la valeur d’un poézine papier est toujours avérée ? J’en suis convaincu, mais tous les lecteurs de poésie sont-ils de cet avis ? Ne croyez pas que le doute m’emporte. La passion est intacte, et les contraintes itou : manque de temps surtout, du fait d’une activité professionnelle qui va s’éterniser…

Par contre, je livre un constat lucide : si tous les autrices et auteurs se retroussaient les manches pour créer leur publication, nous serions davantage lus (par quelques-uns). Las !... depuis la création de T-B, la plupart ne semblent pas avoir pas eu cet élan, pensant que le fait de s’occuper de leurs seuls poèmes les sert mieux, ce qui n’est pas certain dans tous les cas. Et les plus intrépides se lassent. Pourtant, animer et fabriquer une revue est l’activité la plus passionnante que je connaisse. Le frisson provient de ces nouvelles écritures à découvrir… qui ne va pas de soi, et donc il s’agit à chaque fois d’une vraie surprise.   

P.M.

De Marine Gross (extrait de T-B 67)

Si je tends la main
Vers le mur et le touche
Mon corps devient le mur
Et ma main reste de l'autre côté
Du mur
Si je regarde l'ampoule
Qui brille au plafond
C'est mes pieds qui  fondent
Et disparaissent dans le crépitement
Du filament
Et quand j'entends les moteurs
Au loin
C'est tous mes os
Qui rutilent et pleurent
De ne pas être la voiture
Bleu métallique
Avec jantes argentées

Le site de Marc-Albéric Lestage

En suivant le lien ci-après, vous pourrez faire un tour sur le site de Marc-Albéric Lestage, qui décrit l'ensemble de ses activités artistiques, notamment musicales (d'interprète multi-instrumentiste et de compositeur) et poétiques (par la publication de recueils à la fois denses et à la forme d'objet-livre originale).

Pour y aller, c'est ici.

Saturday, September 24, 2022

De Jean-Marie Alfroy et en son hommage (extrait de T-B 53)

Blues sur la mort de Chuck dans The Last Show, dernier film de Robert Altman

Avant de plier tes santiags Chuck
Avant de resserrer ton bandana
Tu nous as chanté la chanson du temps retrouvé.

Avec ta voix d’obstiné brouillard
Avec ta voix de goudron de gas oil
Tu as puisé des pleurs dans nos mouchoirs.

Puis tu es retourné dans l’ombre de ta loge
Puis tu as tiré sur le bras du pick-up
Pour faire tourner le dernier microsillon.

On voudrait tous mourir comme toi Chuck
On voudrait tous avoir le même départ
Dans la chaleur amie d’un harmonica.

On voudrait tous mourir en chanson
On voudrait tous partir avant le point d’orgue
Loin des chapelets et des perfusions.

Salut Chuck bon vent bonne route
Ne perds ni Nord ni diapason
Oublie cette vie qui ne vaut pas plus
Qu’un bout de chanson.

Wednesday, September 21, 2022

D'Adrien Braganti (extrait de T-B 75)

La tendresse des fêlés

Pendant qu'ils affichent pour tous
Leur vie sans sommeil,
Nous touchons du doigt une tendresse
Sans pareille.
À l'abri des madrigaux en ruine,
De ces serpents qui bossent sous couvertures
Dans les décors au désordre calculé.

Enfonce-toi entre mes bras.
Contracte-toi si l'on te déloge
Des beautés de nos chansons
Si l'on te mène à voir
Nos vies de rêves comme le fruit pourri
De la passion.

Les cris des cochons ne valent pas une rime
Et nos silences seront notre seul crime.

Thursday, September 15, 2022

Incipits finissants (81)

Messieurs les Écrivains, nous connaissons votre maladie. Vous ne pouvez pas vous empêcher d’écrire et de publier, et cela ne vous procure aucun bonheur. C’est une maladie d’autant plus grave, que, le plus souvent, vous écrivez contre le monde. Et pendant que vous écrivez, le monde ne change pas. Et une fois que vous contemplez votre chef d’œuvre, votre petite vie n’a pas varié d’un iota. D’où ce typique effet dépressif, dû au fait de n’avoir pas pu accéder à la reconnaissance, toujours méritée de votre point de vue.
Cependant, nous avons des solutions pour vous guérir de votre dépendance.
Tout d’abord, il y a la méthode Rimbaud. Elle consiste à s’abrutir dans le travail pour ne plus avoir envie d’écrire. En effet, le sujet, épuisé par les heures qu’il passe à gagner sa vie, ne voit plus l’utilité de s’adonner à quelque chose d’aussi vain que la littérature. À cet égard, les sales boulots prenants et mal payés ne manquent pas. Depuis serveur jusqu’à chercheur d’or, en passant par salarié d’un centre d’appels. Attention, cependant, de maintenir la pression sur le malade. Par exemple, en mettant à sa disposition un téléphone portable ou une tablette, afin d’accélérer le processus de guérison.
Si cette méthode Rimbaud enregistre de bons résultats avec les plus jeunes, elle ne fonctionne pas avec leurs aînés, qui, dévorés par la couenne, refusent d’avancer, surtout avec une carotte brandie sous leur nez.
Heureusement, nous ne sommes pas démunis. Nous avons créé la méthode de la rentrée littéraire. Nous vous enfermons dans une pièce aveugle. Bien sûr, vous êtes privés de papier vierge et de crayon. Le but du jeu est de lire la totalité de la production de romans en France paraissant en septembre (équivalence poétique : tous les livres nouvellement édités en juin sur la place Saint-Sulpice). Il y a une dimension cannibale dans cette injonction. C’est pourquoi nous nous excusons par avance de vous demander de lire ce que vous avez pu écrire. Bien sûr, il y a autant de chefs d’œuvres que de nanars, sauf que les premiers ne sont pas plus connus que les seconds. Vous disposez de tout le temps nécessaire, à condition que ces livres soient tous lus. Sinon, le traitement ne sera pas efficace. Pour celles et ceux qui lisent trop vite, nous pouvons vous réserver, en plus, la production de la rentrée littéraire d’avant. À ce jour, notre réussite est parfaite. Nos patients ont cessé d’écrire, au minimum, tout le temps qu’ils ont lu. Et n’allez pas croire que ce retrait des écrivains a diminué le nombre de livres publiés. À présent, ce sont des robots qui écrivent vos textes…
P.M.

Monday, September 12, 2022

De Bruno Giffard (extrait de T-B 99)

 

Moteurs grondants

 

sur la page

dégouline

l’incidence

des roses

proches

du nid forgé

de la rage

 

l’huile ressemble

sereine

à une colline d’aube

qui s’humecte

 

Par veines et

par nerfs

malgré une poitrine

enroulée

de précautions

j’entends

cavalcade

ce dialogue

des sphères

 

un bruit de cuillère

au plancher

la facture du cachot

qui s’allonge

le cachet

des paumes

Incipits finissants (100)

  SANS la poésie, que serais-je devenu ? Il me faut reconnaître aujourd’hui que cette vieille dame un peu ridicule, dont la plupart se détou...