Saturday, January 23, 2021

Traction-brabant 92

Cette idée lumineuse nous pendait au nez. Voilà t-y pas que les intellectuels de la haute et autres business men voudraient que Rimbaud soit enterré au Panthéon en compagnie de Verlaine. Bon, s’il aboutit, ce changement de sépulture n’empêchera pas la terre de continuer à tourner. Depuis le temps qu’il y a des catastrophes plus graves, y compris dans la sphère intellectuelle – par exemple, la mise en péril de la liberté d’expression pour les enfants de Charlie Hebdo – cette panthéonisation ne constituerait qu’une récupération de plus. Néanmoins, elle est révélatrice du gouffre qui sépare la bien-pensance parisienne des poètes de terrain que nous sommes.

Si mettre Rimbaud au Panthéon est un symbole de lutte contre l’homosexualité, nous ne pouvons nous empêcher de penser que cette manière de réduire la révolte de Rimbaud à un épisode de sa vie (liaison avec Verlaine), montre que ces intellectuels de chambre – c’est le cas de le dire - passent à côté du plus important, en voulant à tout prix sortir quelques poussières de leur continuelle tristesse.

Car notre poète est plus provincial et plus populaire que ça. Et ses contradictions d’homme contribuent à son aura. À côté de ça, l’ombre impressionnante du Panthéon est celle de l’ordre établi auquel le poète s’est dérobé, en partant à l’autre bout du monde pour vendre des peaux. La preuve en est que Rimbaud est demeuré un anarchiste en même temps qu’il est devenu un homais.

Ainsi, le petit cimetière étriqué de Charleville lui ressemble mieux que tous les beaux palais du monde. Car libre soit cette infortune, et nul n’échappe à son destin, malgré les apparences. Or, ce qui nous intéresse, c’est que Rimbaud, avec sa jambe coupée, partage notre misère d’êtres ordinaires. Quand nous peinons à accéder en plein vent au bout de ce monde qu’est sa dernière demeure, nous y sommes à fond, dans sa vérité.

De ça, nous ne voudrions pas être privés. En effet, le parcours du marcheur aux semelles de vent est moins consensuel que son homosexualité : thématique censée mettre au contraire à peu près tout le monde d’accord.

À cet égard, mieux vaut toujours en revenir à l’écriture survoltée de Rimbaud, dont la vitesse de pensée, la richesse des images, l’amour de la sauvagerie et de l’aventure ne sont pas encore digérées aujourd’hui : la preuve en est !

Oui, quand on voit à quoi ces intellectuels de haut vol ramènent la vie du poète, la superficialité de leurs pensées, dont en plus ils se vantent, est à pleurer de rage… ou de pitié !      

P.M.

Numéro 91 de Traction-brabant

 


Le numéro 90 de "Traction-brabant" est vendu au prix de 2,60 €.

Pour plus de précisions, contact association le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Présentation

"TRACTION-BRABANT" (alias T-B pour les intimes) est un fanzine d'écriture, de poésie et autres textes courts, créé en janvier 2004 par Patrice MALTAVERNE (conception, écriture, choix et mise en page des textes) et Patrice VIGUES (illustrations).

"TRACTION-BRABANT" existe aussi et surtout sous sa version papier à une cent soixante-dizaine d'exemplaires par numéro. Le poézine est à parution aléatoire, quoique... si tous les deux trois mois, les combattants sont en forme, un nouveau numéro sort de leur tanière.

"TRACTION-BRABANT", aujourd'hui publié par l'association Le Citron Gare, ne demande aucune subvention, le poézine a juste pour but de faire circuler à son modeste niveau une poésie pas trop classique ni trop molle surtout, ainsi que de véhiculer certaines pistes de réflexion, sans pour autant qu'il ne soit tranché dans le vif.

Plus précisément, à l'origine, TRACTION-BRABANT est la contraction de traction avant, l'auto et de brabant double, la charrue à double soc. Cela montre avant tout notre nostalgie pour ces vieux objets mécaniques ainsi que notre méfiance par rapport à un progrès non mesuré...

Les auteurs (poètes, illustrateurs) présents dans "TRACTION-BRABANT" sont plus de cinq cents, d'après les dernières stats.

Ce blog a pour but de reproduire des extraits du zine sous sa version papier et de faire connaître davantage ce que nous faisons....

"TRACTION-BRABANT" s'efforce d'encourager ses participants à des échanges de textes et d'idées et pourquoi pas à de possibles rencontres.

S'il vous plait, n'envoyez jamais plus de 10 pages format A4 (en un seul fichier et format Open office ou Word, de préférence) si vous contactez le poézine, sinon, votre manuscrit ira direct à la poubelle virtuelle, mais la poubelle quand même ! Je n'ai pas besoin de lire des tonnes de pages d'un auteur pour savoir de quoi il en retourne !

P.M.

Contact pour l'association Le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

After brouette

D'Éric Scilien (extrait de T-B 89)


LA CAVE

 

L’année dernière,

Pierre est descendu

à la cave

mais n’est jamais

remonté

 

et maintenant, je n’ose plus

aller chercher du vin

de peur que Pierre

ait bu

toutes les bouteilles

et que je sois obligé

d’aller en acheter d’autres

au supermarché

La revue Possibles

La revue Possibles, animée par Pierre Perrin, paraît désormais sous format numérique.

Si vous aimez le lyrisme, vous devriez apprécier cette publication.

Son avantage est de ne proposer que quelques poèmes par numéro, ce qui la rend plus digeste à lire.

Y sont publiés à la fois les textes de poètes contemporains, mais aussi de poètes plus anciens, et tout particulièrement de la première partie du 20ème siècle. Idéal pour réviser ses classiques.

Si vous entrez par ici, tout est possibles.

Les derniers instants d'une trompette de la mort de Patrice VIGUES



Publication dans le numéro 19 de la revue Dissonances (avec Windows media player)

Le fichier audio en lien par ici vous permettra d'entendre les acrostiches publiés en octobre 2010 dans le numéro 19 de la revue Dissonances.

Sinon, le texte, le voici :

"Triple idiot

Il marche comme un automate avec ses nouvelles piles
Dans cette ville dont les désirs l'éclaboussent
Immergés sous les plaques tournantes des vitrines
Ou planqués comme une drogue sous une tôle
Toute la journée il y revient attiré par ce centre absolu

Il sourit d'un petit héritage
Dont il n'a jamais touché que le quart
Il doit avoir un magot caché derrière son expression
Ou bien alors cette fente de malade
Tire sa substance d'un dieu perdu dans le ciel

Il n'a jamais longtemps quitté son bistrot
Donc le football se compose de gars qui courent et lui
Immobile s'en sert comme d'un encéphalogramme
Ondulant élevant le niveau des vagues de bières
Trémoussant tel un ballon son petit cerveau"

Avec la complicité du site Dogmazic, site de musique sous licence libre, https://www.dogmazic.net/ et plus particulièrement de la musique de Trustno1 avec le titre "The ghoul". De la bonne vieille cold wave qui chie bien...

De Xavier Frandon (extrait de T-B 55)

Créer un enthousiasme comme une putain débauchée
dans l'inexistante usine – disparue ! - l'acti
vité salvatrice prude puritaine – mazette!
On ne contrôle plus rien, une débandade générale.

Elle rougit au Pôle emploi – sa jupe très ouverte
mais sans liberté possible et nous évitons
les week-ends : trop douloureux...trop proches des lundis
avec cette paperasse...on ne s'en sort plus.

Restent les nuits éclaircies à pleins phares, mais sans but
ne pas déranger les voisins, passer invisible
invisible mais belle, belle à se maudire d'être là.

Restent les jours et leurs putains d'heures longues, très sévères
avec vos rêves et les siens. Elle reste dans ce milieu
tellement animé qu'on ne peut plus la voir.

La nouille martienne

La nouille martienne, est-ce l'émergence d'une mythologie du futur ? Je plaisante mais tout de même... Je suis en train d'imaginer à quoi peut ressembler une nouille martienne.

La nouille martienne, qui écrit sous un pseudo, n'est sûrement pas la nouille martienne.

Peu importe d'ailleurs. J'aime ses poèmes, même s'ils sont comme la nouille martienne : pas faciles à suivre. Pour autant, ils ont une bonne densité de bons poèmes.

Il y a beaucoup d'introspection dans ces textes, une distance avec ce qui est autour assez importante, mais pas forcément critique.

Non, la nouille martienne est plutôt nostalgique et regarde le temps qui passe autour d'elle...

En outre, vous trouverez dans ce blog, sous-titré "Juste pour ne pas, et encore", vous trouverez également des extraits d'autres poèmes d'autres auteurs aimés.

Pour changer de monde, c'est ici.

Image de Pierre Vella


De Gorguine Valougeorgis (extrait de T-B 90)

Flamme
 
Le jour se lèvera comme
Les autres jours
Sur mon ignorance
 
Il étendra son voile translucide
M’aveuglera de sa lumière
M’assommera de son bruit
Étouffera mes bruits intérieurs
Mes doutes
Les soufflera d’un coup de poumon
Les changeant en fumée ocre
Comme quand le pouce
Rencontre l’index
S’échappe
La fumée de la bougie
La mèche reste éteinte
Si longtemps
Avant que la nuit
De nouveau ne vienne
Lui donner un sens
 
À croire que la vie
Ne compte
Que si on la consume
Par la flamme :
Les larmes de cire
Doivent couler
Se répandre, tâcher la table et le sol
Que brûlent les masques
Et brille enfin
Le visage si vrai
Si vivant
Si vacillant du bonheur qui ne sait pas qu’il est là
 
À fondre goutte
 
Après goutte…
 
Tout le reste
Toutes les certitudes qui restent
Ne vivent jamais assez
 
Ou si mal…

Portrait 3 : illustration de Henri Cachau


Pour en savoir plus, contact : henricachau@free.fr

Incipits finissants (44)

Yann n’est pas venu au monde dans la peau d’un autiste mais il l’est devenu. Déjà enfant, il entendit beaucoup beaucoup de paroles autour de lui. Celles de sa famille, qui trouvait des solutions rapides et sûres pour régler tous les problèmes que personne ne réglait. Et même une ribambelle de conseils qui pouvaient aller jusqu'à exiger des autres mais jamais de soi-même (ah non surtout pas !) quelques efforts inutiles.
Puis, loin de la famille mais si près cependant, plus tard, il y a eu la parole des experts entendue dans les médias : économistes, avocats, criminologues, dont certains étaient en plus des hommes politiques.
Les détails, toujours des détails étaient critiquables. Projetés dans la pensée des experts, ils devaient rendre les idées de leurs adversaires totalement caduques. Bien sûr leurs adversaires prétendaient l’inverse avec le même brio.
A la fin, ces bruits de bouche suivis du silence de l’action montèrent à la tête de Yann qui se détacha de toute vérité qui ne serait pas révélée à lui seul.
Pour lui, le meilleur des médias devint la musique, comme s’il allait rentrer dans une couveuse. Cette habitude qu’ont les jeunes d’écouter de la musique toute la journée ! C’est afin de ne plus être obligé de partager les horreurs quotidiennes, la bêtise ordinaire des adultes bien comme il faut, jamais responsables ni coupables, tombés dans l’endormissement général des assis dans leurs propriétés immobilières.
Sauf que chez Yann, cela allait plus loin. La musique, ou plutôt les musiques, étaient goûtées comme autant de festins prodigieux. Il y en avait de violentes, comme on découpe pour les manger des morceaux de viande. Il y en avait de douces, comme on ingère des fruits au sirop dans une cuillère en argent.
Bientôt Yann ne voulut plus sortir en rase campagne sans que ses airs ne lui bouchent les oreilles. Il refusait de subir les paroles de la radio, les offres d’achat en grandes surfaces, les discours des manifestants, les harangues sur écrans géants, dans les foires d’exposition, tout ça pour acheter moins cher des trucs qui ne servent à rien, et aussi les gloussements dans les transports en commun de ceux qui ont tout compris alors qu’ils n’ont rien compris.
Alors, il écouta de la musique de l’aube jusqu’au crépuscule pour ne plus rien entendre d’autre. Et un court-circuit lui grilla les deux hémisphères paisiblement.
P.M.

Le Raudi à Metz

Une fois n'est pas coutume. Je fais de la pub pour un site d'actualités culturelles messin. Il s'agit du Raudi, ou la culture autrement, comme c'est très bien résumé.

À côté de nombre de manifestations et d'initiatives locales présentées à la une, vous trouverez en cliquant sur le bandeau de droite un lexique messin. De quoi prendre son passeport et venir vivre en France de l'extérieur.

Vous verrez : on y arrive. J'en suis la preuve vivante ! 

À ne pas manquer également une belle série de contrepèteries messines...

Le Raudi, c'est ici.

Thursday, January 21, 2021

Traction-brabant 46

J’aime pôs les blogs des auteurs qui sont régulièrement publiés. Tu trouves toujours en « page d’accueil » une publicité concernant le dernier livre qui est sorti avant le suivant, 3 mois plus tard. Pas de problème, ça, tu la connais par cœur la 1ère de couverture. Tu peux te la mirer sous tous les angles avec les présentations en dynamique. Et bien sûr, le prix est indiqué en gras en dessous du bouquin, voire au dessus. Et pis le lien pour rendre visite au site de l’éditeur. En bas, dans les messages plus anciens, tu as d’autres publicités pour d’autres bouquins qu’il serait souhaitable que tu achètes aussi. Et t’as encore de la chance si t’as pas la possibilité de payer par carte bancaire. Bref, plus qu’à remplir le caddie bande d’cons ! Tu as tout appris, sauf ce qu’il y a dans le chef d’œuvre. Pis, si l’(h)auteur est pas trop pingre mais encore pas mal quand même, t’as droit à quelques photos prises dans des lectures publiques. Bon, faut savoir que les poètes ont 2 sortes de tronches, enfin 3, soit ils sont binocleux, soit ils sont barbus, soit les deux. Pour les dames, je sais pas, j’ai pas la recette. Elles doivent être plus pudiques !

Donc, toutes ces photos représentent des mecs debout ou assis, derrière un pupitre ou un micro, et qui lisent. Bref, c’est un peu tout le temps la même chose pareil.

En résumé, sur le blog d’un auteur publié, tu lis pas les textes de l’auteur, justement parce qu’ils sont publiés. A la fin, tu te dis, ce gars là, il se pourrait qu’il écrive comme un pied. Ou peut-être qu’il n’écrit pas. Finalement, tu n’as pas envie d’acheter ses strophes car ça te paraît trop louche qu’il te soit obligé de payer pour les lire. Si j’étais à la place de tels esthètes du porte-monnaie, j’irais faire de temps en temps un tour sur mon blog, histoire de voir s’il m’attirerait. A l’inverse, je le confesse, il m’arrive de brûler d’acquérir le contenu de tout ou partie du blog d’un poète qui n’est pas publié.

Bon, vous allez me dire que j’exagère. C’est vrai, de temps en temps, la vedette en impuissance consent à nous dévoiler quelque peu ses vers ou sa prose. Hélas, c’est toujours pour des bios trafiquées alors que dans la réalité, tu n’ignores pas que l’auteur, soit il est professeur, soit journaliste, soit rien du tout, enfin, que poète. Pas besoin de nous raconter des craques donc. Enfin, parfois, cerise sur le gâteau, on a droit au jeu du j’aime j’aime pas : j’aime me lever tard et rien faire de la journée mais j’aime pas quand mon patron me donne un travail urgent à faire j’aime l’odeur du jasmin mais j’aime pas celle du purin j’aime quand le soleil brille mais j’aime pas quand souffle la tempête, j’aime les démocraties mais j’aime pas les dictatures. Sans blagues ! T’es sérieux ?...

P.M.


Tuesday, January 19, 2021

Page Paysage d'Etienne Ruhaud

Le nouveau blog d'Etienne Ruhaud est intéressant en ce sens qu'il est de type généraliste. Souvent, il est de bon ton de ne chroniquer (du moins apparemment, puisque dans les trois quarts des cas c'est ainsi) que tel ou tel style de littérature, voire un seul type de poésie...

Eh bien là, pas du tout. Car Etienne Ruhaud ne se contente pas de parler de Traction-brabant ! Il se livre à un vrai vagabondage à travers les lectures qui l'ont marqué ("La conjuration des imbéciles" de John Kennedy Toole), ou évoque des expositions, des auteurs professionnels connus (Pierre Guyotat).

En même temps, vive le journalisme littéraire s'il ne se limite pas à parler que des auteurs ou initiatives archi reconnues !

Pour entrer dans le paysage, c'est ici.

Wednesday, January 13, 2021

Le site d'Antoine Bertot

Le site d'Antoine Bertot propose avant tout plusieurs séries de photographies en couleurs, notamment la série d'"œil de verre", quelques clichés volés à travers cet "œil de verre" d'un verre fêlé.

Les quelques poèmes mis en ligne sur ce site, la plupart du temps publiés en revues, sont également des textes visuels, des éclats de vie, des instants étirés par la contemplation.

Si vous voulez tout voir, c'est ici.

Sunday, January 10, 2021

De Julien Bielka (extrait de T-B 85)


Healing Quiche

Sur mon téléphone s’affiche
Une photo de quiche
Phrase encore incompréhensible
il y a quelques dizaines d’années
Des rayons de quiche
Dans la tête c’est l’heure de sortir
Du boui-boui s’en aller prendre
Le plaisir par les pieds
Penser piétiner écrire marcher

Traction-brabant 92

Cette idée lumineuse nous pendait au nez. Voilà t-y pas que les intellectuels de la haute et autres business men voudraient que Rimbaud soi...