Friday, December 31, 2021

Traction-brabant 66

Trois ans après la création des micro-éditions du Citron Gare, il est temps, à mes yeux, de tirer un premier bilan de cette expérience.
Je n’aborderai pas les aspects financiers qui ne sont pas ceux à propos desquels il y a le plus à dire. Sur ce point, pour avoir seulement édité huit recueils à ce jour, l’initiative me paraît concluante. 
Mais plutôt - car le concept de marché est décidément à la mode - je voudrais dire que celui-ci est bien foireux. En effet, il se caractérise avant tout par peu d'offre et beaucoup de demande et ressemble donc au désespérant marché du travail. Quelle mouise alors !
Il est évident qu'avec de telles caractéristiques, la demande en édition ne sera jamais satisfaite. D'ailleurs, de quoi est-elle faite ? Les besoins des auteurs sont-ils pécuniaires ? Pas ici, ces derniers n'étant pas des professionnels de l'écriture, au sens strict du terme. Il s'agit avant tout pour l'auteur de satisfaire une soif d'exister, de clamer son droit à la parole unique. Unique la parole ? Cela reste à voir... Et comment espérer étancher ce besoin ? A y réfléchir, le décalage existant entre l'offre et la demande est encore plus grand que prévu. Car il faudrait un nombre très important d'éditions, pour espérer combler ce déficit vis à vis d'une seule personne.
Plus prosaïquement, ce qu'il ne faut pas dire, et ce que j'affirme, c'est que ce marché s'apparente à un deal de brigands.
En effet, l'offre doit être également caractérisée : en l’occurrence, elle est assurée par un éditeur qui n'est pas non plus un professionnel, et qui aurait lui aussi l'envie d'exister, en tant qu'auteur, par l'édition. Autrement dit, qui se cache derrière l'auteur et son éditeur ? Deux auteurs !
Comme si l'on ne vendait pas de la poésie, mais de la drogue. Comme si l'on était à la fois un dealer et un consommateur. Ou un alcoolique allant de bar en bar payer des coups à un autre alcoolique... cette image résume tout.... Il y a de la vraie passion partagée, là-dedans !
Donc, je ne voudrais pas vous déprimer avec ce constat d'une lucidité implacable, sauf à mettre du plomb dans la cervelle de quelques uns, à la recherche d'ne relation froide, impersonnelle, e s'exerçant comme de bien entendu à leur unique profit. ça ne devrait être jamais ça, l'édition de poésie.
Car les rapports décrits ci-dessus me paraissent être encore les plus féconds. Et tant pis s'il ne réunissent que deux assoiffés d'images  car, pour paraphraser Rimbaud, "Et livre soit cette infortune !"
P.M.

Numéro 86 de Traction-brabant


Le numéro 86 de "Traction-brabant" est vendu au prix de 2,60 €.

Pour plus de précisions, contact association le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Présentation

"TRACTION-BRABANT" (alias T-B pour les intimes) est un fanzine d'écriture, de poésie et autres textes courts, créé en janvier 2004 par Patrice MALTAVERNE (conception, écriture, choix et mise en page des textes) et Patrice VIGUES (illustrations).

"TRACTION-BRABANT" existe aussi et surtout sous sa version papier à une cent soixante-dizaine d'exemplaires par numéro. Le poézine est à parution aléatoire, quoique... si tous les deux trois mois, les combattants sont en forme, un nouveau numéro sort de leur tanière.

"TRACTION-BRABANT", aujourd'hui publié par l'association Le Citron Gare, ne demande aucune subvention, le poézine a juste pour but de faire circuler à son modeste niveau une poésie pas trop classique ni trop molle surtout, ainsi que de véhiculer certaines pistes de réflexion, sans pour autant qu'il ne soit tranché dans le vif.

Plus précisément, à l'origine, TRACTION-BRABANT est la contraction de traction avant, l'auto et de brabant double, la charrue à double soc. Cela montre avant tout notre nostalgie pour ces vieux objets mécaniques ainsi que notre méfiance par rapport à un progrès non mesuré...

Les auteurs (poètes, illustrateurs) présents dans "TRACTION-BRABANT" sont plus de cinq cents, d'après les dernières stats.

Ce blog a pour but de reproduire des extraits du zine sous sa version papier et de faire connaître davantage ce que nous faisons....

"TRACTION-BRABANT" s'efforce d'encourager ses participants à des échanges de textes et d'idées et pourquoi pas à de possibles rencontres.

S'il vous plait, n'envoyez jamais plus de 10 pages format A4 (en un seul fichier et format Open office ou Word, de préférence) si vous contactez le poézine, sinon, votre manuscrit ira direct à la poubelle virtuelle, mais la poubelle quand même ! Je n'ai pas besoin de lire des tonnes de pages d'un auteur pour savoir de quoi il en retourne !

P.M.

Contact pour l'association Le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Dans le bocal

D'Armand Ségura (extrait de T-B 77)

LA CONQUÉRANTE VÉNITIENNE

Lointains les sables fins des points d’évasion !
Cadencés, défilant dans l’azur,
 leurs grains blonds entrent
dans l’espace ivre et le temps fugitif,
dans la voûte des mains
 et le motif parsemé de nos doigts confondus.
 Derrière le muscat, la dune raconte ton corps,
démasquant l’apparat. De milliers de débats,
 apprêtant mille perles. De décembre à octobre,
ma Vénus, tu déferles comme la cire fond
des chandeliers en étain,
effigie fixe, esprit chaud des bougies.


Klimperei de Christophe Petchanatz

Le visiteur de "Klimperei" a accès à une grande partie des créations de Christophe Petchanatz, tant textuelles, que musicales (à travers "Madame Patate" et "Klimperei") ou vidéo.

Une bonne manière d'entrer dans ce blog touffu est de lire le générateur de formules (dans la rubrique "générateurs" : titres de journaux ("Paris-Match") , adages (avec des "dans" et des "comme"), etc.

Un bel exemple de création poétique (pas besoin d'écrire de longs poèmes rimés !) et, en même temps, une façon sympathique de se moquer des annonces qui n'annoncent rien. On en reçoit des pelles tous les jours qui se prennent au sérieux.

Pour aller y voir, c'est ici.

La voiture accidentée du futur de Patrice VIGUES

Malta compil : 1995 (avec Windows media player)

Pour continuer dans le désespoir cette séquence nostalgie, ce poème daté de 1995 "Le tête à queue de la jeunesse posthume", sur un accompagnement sonore de Boostie "Because we love this" :

Nous sommes dans le vieux printemps du corps
Sans autre vie que celle-ci
Droits devant elle
Après le vent de terre qui l'a conclue

Pas de fenêtres ouvertes sur le vide

Sait-on ce qui viendrait nous prendre
Comme une révélation trop légère ?

D'ailleurs ce n'est pas d'aujourd'hui
Qu'en se mordant la queue
Les héros souffrent avec élégance

Le bon vent de l'avoine dépouille la chair de leurs os
Sur la face cachée des villes

Très vite plus vite encore que dans la bouche
Les mots s'effacent pour la danse finale

Ils courent dans le jardin
A la lune incorruptible

De Stéphane Berney (extrait de T-B 48)

Dans mon tombeau

Dans mon tombeau
Au fond de l'Atlantique
Entre trois squelettes
De marins-pêcheurs
Je distingue les traits des avions de ligne
J'imagine les tailleurs sombres
Les petits pains au jambon
Les talons qui cadencent les trots
Je tends l'oreille
Vers cette vie sidérale
Qui ne pense généralement
Qu'à atterrir

Traction-brabant 39

Pour faire face à l'exigence de la vitesse imposée par les nouvelles technologies qui ne sont que celles du porte-monnaie percé à remplir, bon nombre d'auteurs ont trouvé un truc qui les arrange, en se situant à l'opposé de la vitesse, c'est à dire bien assis dans leur lenteur, comme des homais (aux pattes coupées).
Il y a pas mal de comédies qui sont jouées à ce sujet : forcément, ça en jette toujours d'être le seul à ne pas courir au milieu de ces gens pressés comme des citrons. Pourtant, je soupçonne nombre de poètes lents de tromperie sur la marchandise.
Primo, à voir le rythme auquel leurs publications se succèdent, leur lenteur revendiquée ne me semble être que de pure façade.
Sitôt hors de la vue de leurs concurrent(e)s, les (h)auteurs piquent un sprint jusqu'à leurs manuscrits en souffrance et se grouillent d'harceler les éditeurs. Comme glanduche, y a mieux, n'est-ce pas ?
Secundo, le prétexte de la lenteur peut être celui d'un meilleur résultat à atteindre, oui, je sais, le terme n'est pas joli joli. Car, voyez-vous, les productions répétitives des professionnels de l'écriture sont souvent qualifiées de nourriture fast food par les amateurs alors que ces derniers ne font pas mieux, sauf qu'ils n'en vivent pas, même quand il s'agit de poésie dégagée.
Ainsi, l'important pour tous, professionnels ou amateurs, c'est toujours la carrière, ou, en termes plus diplomatiques, la visibilité d'une pensée.
Bien sûr, demeure l'excuse de l'inspiration. Hélas, comme vous le savez, cette dernière n'est qu'une variante de l'entraînement régulier. Et si la lenteur revendiquée n'était qu'un prétexte pour cacher qu'on est devenus has been ?
Décidément, la meilleure façon de s'opposer à la vitesse ne me semble pas de ralentir le rythme, mais plutôt d'accélérer encore, avec toutefois des objectifs différents.
Et là, j'enfonce des portes ouvertes en affirmant qu'il vaut mieux essayer de coller aux modes utiles (pas uniquement Internet), afin d'en profiter pour diffuser d'autres points de vue. En effet, nous y tendons déjà. Mais pitié, ne me faites pas le coup de la lenteur ! C'est trop facile et bien un peu faux derche. D'ailleurs, je n'y crois guère (croix de guerre), car quand le danger devient immédiat, la lenteur est de mauvais conseil. Ou alors, peut-être que dans un monde idéal, une fois morts !
P.M.

Lire dit-elle de Barbara Auzou

"Lire dit-elle" (qui me rappelle un titre d'un livre de Marguerite Duras) est le blog de Barbara Auzou. Un blog textuel, comme je les aime, dans lequel il y a quelque chose à se mettre sous les dents, en l’occurrence, beaucoup de poèmes passionnés et lyriques.

La principale caractéristique de ce blog est sans doute d'associer systématiquement image et écriture, à travers de véritables cycles de poèmes composés à partir d'images précises, par exemple les "Missives bleues", les "Cartes postales" et ces "Mots peints Barbara - Niala", ces derniers poèmes étant inspirés des peintures de Niala.

Le visiteur trouve également des poèmes d'illustres aînés : Paul Eluard, Guillaume Apollinaire et Paul Chaulot (ce dernier poète moins connu, d'où raison de lui rendre également hommage).

Pour aller lire dit-elle, c'est ici.

Et pour en savoir plus sur Barbara Auzou, c'est ici.




De Cathy Jurado (extrait de T-B 85)


Partage des eaux

Nous avancions sur ce pont entre deux eaux jumelles,
Et la nuit jouait un air si doux,
Comme une neige sur nos plaies,
Que j’aurais pu dormir sur l’épaule du ciel.
À présent, les ondes de ton cœur se renouvellent dans le songe,
Circulaires, violentes.
 - Mon chant tel une lame dans l’écorce,
Sauvage comme une forêt.
Mon reflet d’oiseau piégé. -
Et me voici enclose,
Dans la mort intime,
Où le corps n’est plus qu’un reflet.

J’ai suspendu ma nuit à des lèvres scellées.
Quelque part, loin dans l’ombre du cœur,
Frissonnent les murs d’une prison.
Je n’ai qu’une mort, elle commence en toi.

"3 Facettes de Lille, dont un dos" (illustration de Jean-Marc Couvé)


De Jean Gorzar (extrait de T-B 22)

Humain jouant avec son œil, avec ses yeux et son regard,
Les roulant comme les bébés, les petits enfants, les pyramides
Les cubes, et toutes sortes d’autres volumes, leur expression se vide
Les orbites pleines, les sourcils et les cils toujours secs
comme le blé au vent et l’étendard

Au lit, c’est souvent le soir, c’est souvent la nuit, les yeux clos
On ne sait pas vraiment si personne, un bébé, un enfant, un joueur
de trop
Oublié, ne s’amuse et retourne dans son bonheur, notre regard

Vers l’intérieur « Allez donc vérifier par vous-même si votre iris,
Votre rétine, et tout ce qui fait prise, au fin fond ne glisse
De votre corps, votre âme, allez donc voir par vous-même ! »

Par contre, chacun peut y perdre la peau, et sa situation
C’est pourquoi, ces mondes demandent et prient la plus grande attention,
Hier, je m’y suis perdu en cherchant ceux que j’aime.


Jean GORZAR - RENNES

Sans oublier son blog : http://paulfreval.over-blog.com/

Image de Cathy Garcia



Et pour en savoir plus sur les illustrations, la revue et les textes de Cathy Garcia, je vous propose de leur rendre visite :

http://cathygarcia.hautetfort.com/
http://gribouglyphesdecathygarcia.wordpress.com/
http://delitdepoesie.hautetfort.com/
http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com/
http://imagesducausse.hautetfort.com/ http://ledecompresseuratelierpictopoetiquedecathygarcia.hautetfort.com/ http://associationeditionsnouveauxdelits.hautetfort.com/

Le Raudi à Metz

Une fois n'est pas coutume. Je fais de la pub pour un site d'actualités culturelles messin. Il s'agit du Raudi, ou la culture autrement, comme c'est très bien résumé.

À côté de nombre de manifestations et d'initiatives locales présentées à la une, vous trouverez en cliquant sur le bandeau de droite un lexique messin. De quoi prendre son passeport et venir vivre en France de l'extérieur.

Vous verrez : on y arrive. J'en suis la preuve vivante ! 

À ne pas manquer également une belle série de contrepèteries messines...

Le Raudi, c'est ici.

Thursday, October 15, 2020

Le blog de Perrin Langda

Le blog de Perrin Langda est intitulé : "U-poesis / Cité de poésie improductive".

C'est bien trouvé, je dois dire, ce titre inspiré des cités universitaires et qui fait très science-fiction. Il est vrai que pour la plupart des personnes, la poésie est comme de la science-fiction !

Cela donne une idée du contenu, rempli d'humour de cette publication, qui suscite l'envie d'être lue.

Les poèmes sont courts, sonnent comme des billets d'humeur, et les photos qui sont en face sont tout autant décalées.

Bref, un bon moment à passer...Pour accéder à la cité maudite à force d'être improductive, c'est ici.

Wednesday, September 30, 2020

Les mains flâneuses de Marine Giangregorio

Résurgence du titre "Les mains flâneuses" (?), le blog de Marine Giangregorio propose, dans une alternance de photos en noir et blanc et de poèmes, des textes que je qualifierai de passionnels, et ça me fait du bien de les lire, d'être tourneboulé par ces vers.

Ce n'est pas si courant d'y aller aussi franchement dans l'écriture, je trouve...

Si vous n'avez pas peur de la bagarre et de la foudre (mais je fais confiance à celles et ceux qui rendent visite à "Traction-brabant"), c'est ici.

Déclinaison du même blog, "États d'âme" montre différents tableaux, effectués à l'aide de différentes techniques (huile, aquarelle, acrylique etc).


Tuesday, September 22, 2020

Incipits finissants (12)


Cette nuit, je me suis relevé. Il n’était pas possible que la ville brûlât après la banlieue. Et pourtant, il fallait entendre les actualités. On m’avait prévenu sur mon portable. Trois jours que les sarrasins nous menaçaient. Ils avaient juré de nettoyer la ville de ses autos. Ce quartier en particulier. Le feu progressait bien dans les rues. Je ne pouvais pas admettre que ma voiture, par le hasard des circonstances, dût être incendiée. Trois nuits que je la déplaçais. Quant aux policiers, certains avaient déjà brûlé en patrouille.
J’étais la seule personne honnête à m’aventurer dans les parages à cette heure de la nuit. J’avais déjà fait ça. Une fois que j’étais dans mon auto, j’en verrouillais les portières avant de circuler à toute vitesse dès qu’un couloir de circulation était dégagé.
Ce soir hélas, les gars étaient là. Ma voiture trônait en bout de file. Ils semaient le feu comme on sème la future récolte, avec le balancement des explosions au bout des doigts.
Il y avait sûrement moyen de pactiser. J’empruntai une rue parallèle pour arriver jusqu’à eux. Je n’avais rien contre ces manifestations d’existence mais je tenais à mon véhicule de puissance neuf chevaux fiscaux avec ABS et brumisateur de testostérone.
Je les attendais de pied ferme avec un drapeau blanc. Quand la petite bande se pointa, ils n’étaient que trois. Les sirènes de police brûlaient à l’horizon derrière un mur de feu.
Je leur exposai ma requête. Ils me sourirent en changeant de trottoir, achevant l’autre côté au lance-flammes et à l’instant de quitter la rue ils lâchèrent par derrière un cocktail sur mon auto. Je sautai sur le trottoir avec le drapeau en friches.
Quand la rue fut dégagée de ses cadavres, on mit là plusieurs dizaines de parterres de fleurs et il fallut encore slalomer pour aller au boulot tous les matins. Drôle de monde je vous dis.
P.M.

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