Sunday, December 31, 2017

Incipits finissants (37)

Il était une fois un voyageur qui voulant passer du bon temps, s'en vint dans un bar à hôtesses de la périphérie de Metz.

Cet homme, qui n'avait pas beaucoup de sous sur lui, se trouva bien déconfit, quand le moment fût venu de payer une deuxième bouteille de champagne à sa compagne d'un soir.

Soudain lui vint l'idée qu'il planquait dans son veston un exemplaire des "Affinités électives" de Goethe, écrivain allemand du 19e siècle commençant.

Il sortit donc le livre et le montrant à la fille, lui expliqua qu'il en était l'auteur, le livre ayant été imprimé dans les années mille neuf cinquante.

La fille, qui n'en croyait pas ses oreilles, et pour cause, alla tout de suite le répéter à la patronne qui, émerveillée de recevoir dans son établissement une telle pointure, offrit la deuxième bouteille de champagne à notre écrivain, après avoir examiné ses affinités électives sous toutes ses coutures.

Aux questions empressées de ces femmes, M. Goethe précisa que le travail d'écrivain demandait beaucoup de calme et de concentration, qu'il ne se classait d'ailleurs pas parmi les écrivains français, ni allemands, comme son nom pouvait le faire croire, mais bien plutôt qu'il se considérait comme un auteur lorrain. Enfin il précisa qu'il travaillait déjà à son prochain livre qu'il intitulerait certainement "Les souffrances du jeune Werther", dans lequel était racontée une histoire douloureuse puisqu'il était question de suicide, priant à ce sujet ses hôtesses de rester discrètes sur ce nouveau livre, au moins jusqu'à sa parution, ce qu'elles lui promirent en choeur.

Une fois la bouteille de champagne vidée, M. Goethe fut reconduit vers la sortie avec les honneurs de la maison. Ces dames s'inclinèrent et le videur fit de même. Ensuite, M. Goethe garda une digne contenance jusqu'au coin de la rue, puis abandonnant son rôle, il se vautra sur le capot de son auto.

Le statut d'écrivain ce n'est pas rien, bon diou !

Ainsi finit ma petite histoire où le héros ne vécut pas forcément heureux, mais fut plié de rire et n'eut pas d'enfant, mais bénéficia d'une bouteille de champagne gratos.

Si vous connaissez des histoires dans lesquelles le statut d'auteur vous a servi dans la vie (moi pas), faites-moi signe, je suis preneur.



P.M.

Numéro 69 de Traction-brabant


Le numéro 69 de "Traction-brabant" est vendu 2,40 €. Pour plus de précisions, contact association Le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Présentation

"TRACTION-BRABANT" (alias T-B pour les intimes) est un fanzine d'écriture, de poésie et autres textes courts, créé en janvier 2004 par Patrice MALTAVERNE (conception, écriture, choix et mise en page des textes) et Patrice VIGUES (illustrations).

"TRACTION-BRABANT" existe aussi et surtout sous sa version papier à une cent cinquantaine d'exemplaires. Le poézine est à parution aléatoire, quoique... si tous les deux trois mois, les combattants sont en forme, un nouveau numéro sort de leur tanière.

"TRACTION-BRABANT", aujourd'hui publié par l'association Le Citron Gare, ne demande aucune subvention, le poézine a juste pour but de faire circuler à son modeste niveau une poésie pas trop classique ni trop molle surtout, ainsi que de véhiculer certaines pistes de réflexion, sans pour autant qu'il ne soit tranché dans le vif.

Plus précisément, à l'origine, TRACTION-BRABANT est la contraction de traction avant, l'auto et de brabant double, la charrue à double soc. Cela montre avant tout notre nostalgie pour ces vieux objets mécaniques ainsi que notre méfiance par rapport à un progrès non mesuré...

Les auteurs (poètes, illustrateurs) présents dans "TRACTION-BRABANT" sont près de trois cents, d'après les dernières stats.

Ce blog a pour but de reproduire des extraits du zine sous sa version papier et de faire connaître davantage ce que nous faisons....

Enfin, "TRACTION-BRABANT" s'efforce d'encourager ses participants à des échanges de textes et d'idées et pourquoi pas à de possibles rencontres.

P.M.

Contact pour l'association Le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

La vache à traire


De Didier Bazile (extrait de T-B 66)

Une autre sale guerre

je
ne l’ai jamais vécue
cette sale guerre
et pourtant
je
la transpire
elle est partout en moi
je l’ai qui sort de toutes parts
j’en ai la tête qui explose
je la sens poudre partout
sur mon corps j’en ai si peur
je la sens cette poudre
si près si froide sur moi
cette poudre prend feu
et moi
je n’y étais pourtant pas
à cette sale guerre
pourquoi donc
j’explose ?

La Poéthèque de la Cave littéraire

La Poéthèque est la bibliothèque associative de la Cave Littéraire, spécialisée en revues poétiques et/ou littéraires de près de 48000 numéros de revues pour plus de 2800 titres différents. Leurs sommaires sont sur son site de référencement (ou en cours de l'être).
D'un simple clic, si par exemple vous écrivez, vous pouvez trouver toutes (ou partiellement) les occurrences vous concernant, titre par titre ou numéro par numéro. C'est un trésor d'infos !
Bon, je vous le dis tout de suite : tous les numéros de Traction-brabant y sont représentés ! Et la Poéthèque vous permettra de mesurer l'évolution de "Traction-brabant", depuis ses débuts en 2004. J'en profite pour vous signaler que je possède toujours quelques exemplaires des anciens numéros, afin de satisfaire d'éventuelles curiosités.
Pour soulever la trappe de la cave littéraire (http://revues.lacavelitteraire.com), c'est ici.

Un Iro quoi de Patrice VIGUES


Le Code de déontologie des loubs (part two) : avec Windowsmediaplayer

Oui, je sais que vous souhaitez être instruit de mon code de déontologie des loubs. Hé oui, au siècle dernier, j'ai fait des études de sociologie et en plus j'ai toujours eu de la tendresse pour les loubs d'ailleurs j'ai toujours un vieux sac US qui traîne dans les parages. Voici donc "l'image du loub", deuxième partie de cette fabuleuse saga.


Avec la complicité de "Annihilation" de USF ("Homo erratum est" via Dogmazic)

De Claire Grégoire (extrait de T-B 68)

SOUS LES PLUMES DES MÉSANGES

Dans le soir hivernal
Une pluie légère
Sur les ailes des mésanges
Murmure des prénoms.

Sous la mine de plomb
Une hydre solitaire
Sourit à l’horizon.

Un grand feu intérieur
Dans l’âtre de l’hiver 
Eclaire ma maison.

La Girafe à pistons diffusion

Et voici le tout nouveau site de "La Girafe à pistons diffusion", animée par Xavier Frandon, Jean-Claude Goiri, Frédéric Dechaux et moi-même.

Le but est de faire connaître nos écritures, idées, images, par cette nouvelle publication, étant précisé que certains de nos textes peuvent être commandés en version papier ou sous forme d'e-book via le célèbre site Amazon.

A travers la girafe qui est un riche concept animalier, c'est la diffusion elle-même que nous souhaitons chatouiller, car nous trouvons justement que ça circule mal (un peu comme ailleurs, c'est la même tambouille qu'on nous sert : y en a toujours que pour les uns, et pas tellement pour les autres).

Bon, après, c'est une action comme une autre.

Et promis juré : quand on sera assez connus (y a de la marge dans la marge), on cessera de nous auto-diffuser!

Pour peigner la girafe dans le bon sens du poil, c'est par ici....

De Fabrice Marzuolo (extrait de T-B 10)

Le marché de la poésie 2005

Place St Sulpice à deux pas du combat de l’ange
vacille le marché de la poésie
le jour où tout ce qui n’a pas été vendu doit l’être : les soldes
le jour de la parade des vierges folles
j’achète à un type barbu comme un pavé
une revue des « mots de la tribu »
- vous acceptez les textes
il grimace avec deux s
craint que je refile mes lignes de la main à la main
comme le crack à Stalingrad
pas légal
- envoyez donc la purée par la poste
beau détour pour finir sur les roses

au stand de tir de l’hideux
on met en joue
les poètes mal embouchés
et rebelles au magister

sur le présentoir
le catalogue austère
qui suinte les perles rares
néanmoins sous-ensemble phare
de la grande armée des plumes

A l’entrée – par où je sors ils vendent du vin
négociants en vain
les poètes ne boivent plus depuis des lustres
la faute à l’écrire pour personne
qui donne moins soif que le parler pour rien dire

peu dire donc
qu’on s’aguerrit ici autant du marché
que de la poésie
on se surprend
à inventer un ami qui n’écrit pas
et on rêve d’y parvenir soi-même

Image de Pierre Vella


Incipits finissants (39)

C’était un pays dans lequel l’ensemble des problèmes se réglait par l’écriture. Ce n’était plus seulement l’administration qui se défendait comme ça ou les grandes entreprises. Mais tous les hommes considérés comme étant des individus à part entière.
Il faut préciser qu’ils n’avaient plus besoin de maîtriser l’orthographe et encore moins la grammaire. Ils avaient appris leur langage sur Internet. Ça faisait pester quelques vieux singes mais dans l’ensemble tout le monde était sur la même longueur d’onde, depuis que l’ordinateur permettait d’écrire toujours plus vite, toujours plus de choses, enfin, de trucs, donnant à sa production des reflets technologiques qui la faisaient paraître plus balaize.
Ainsi, pour toute doléance, les hommes s’envoyaient une quantité de messages. Ils s’adossaient à leurs logorrhées comme à la paroi de leurs écrans. Ils avaient inventé quelque chose de plus virtuel pour ne plus avoir à être d’accord entre eux. Comme ça ils n’avaient pas non plus à recourir à la violence. On ne pouvait plus les accuser d’être des barbares. Et donc ils ne se projetaient pas dans la réalité. Les gens étaient très contents d’être devenus des génies, rien qu’en usant d’invectives jours et nuits de derrière leur mur, leur seule trace de leur productivité. Ils avaient enfin réussi à aimer les avocats. Ils étaient tous devenus leurs propres avocats.
Et puis tous les gens s’étaient transformés en écrivains. Ils avaient même accédé au bonheur suprême de battre à plat de couture ces maudits gratte-papiers, étant publiés de leur vivant et enregistrant à vitesse réelle des réactions à leurs écrits.
Vu de loin, les hommes s’agitaient dans leurs petits alvéoles de vie urbaine. Ils avaient pris l’habitude de parler tous seuls et leur dictée de bile était immédiatement réingurgitée dans l’ordinateur. Dehors des pelles mécaniques de la taille d’une ville continuaient à construire puis à fracasser des immeubles quartiers par quartiers.
Les gens baignaient dans le bonheur. Ils avaient reçu le don d’être immortels pendant la période durant laquelle la pelleteuse ne venait pas broyer leur alvéole, l’espace d’une vie virtuelle. Bref, il n’y avait plus que des idées et elles ne comptaient pas tant que leur égo magnifié par l’invisible.

P.M.

Sans titre : Illustration de Cathy Garcia

Et pour en savoir plus sur les illustrations, la revue et les textes de Cathy Garcia, je vous propose de leur rendre visite :

http://cathygarcia.hautetfort.com/
http://gribouglyphesdecathygarcia.wordpress.com/
http://delitdepoesie.hautetfort.com/
http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com/
http://imagesducausse.hautetfort.com/
http://ledecompresseuratelierpictopoetiquedecathygarcia.hautetfort.com/
http://associationeditionsnouveauxdelits.hautetfort.com/

Wednesday, July 05, 2017

Etrange playground d'Emanuel Campo

J'aime très bien le site d'Emanuel Campo, intitulé "Etrange Playground". ça m'a rappelé le titre d'une "chanson" appelée "Violent Playground" du groupe Nitzer Ebb que j'écoute encore de temps à autre.
C'est que dans cette publication, il y a comme un goût de baston à venir, quelque chose qui menace. Les menaces, elles ne sont pas difficiles à trouver. Il suffit d'allumer sa télé le soir et de lire un peu le journal...
L'extrapolation n'est qu'en face B mais elle est nécessaire à mon sens. C'est aussi ce que Grégoire Damon, complice d'Emanuel, appelle la "Débénabarisation du quotidien", projet d'écriture commun.
Dans cet étrange playground vous trouverez également des morceaux de musique, des coups de cœur, notamment pour la poésie de Jason Heroux (que je partage). Bref, pas mal de points communs et surtout beaucoup de textes qui claquent bien et que je vous encourage à aller lire. Pour abaisser la pointe du saphir, c'est ici...

Wednesday, June 28, 2017

Tuesday, June 20, 2017

Traction-brabant 69

Nous sommes de drôles de poètes. Mais sommes-nous vraiment des poètes ? Quand on discute entre nous, seconds couteaux de l’underground, on découvre petit à petit que nous n'avons pas écrit que des poèmes. Certains sont les auteurs de nouvelles, d'autres avouent même quelques romans, comme par hasard inédits. Et pourquoi pas des pièces de théâtre, pendant qu'on y est ! Sans oublier de possibles chroniques, articles et essais bien tentés.
Me voilà déçu, moi qui croyais que nous étions dévoués à l'unique cause poétique.
Surtout que nous nous sommes rencontrés sur cette base-là : celle de la poésie.
C'est comme si, arrivés à minuit, subrepticement, et quand les regards se détournent, nous nous transformions en des fous d'écritures, noircissant des pages au kilomètre.
En fin de compte, la forme courte est une belle daube, y compris pour nous, les amis du lyrisme et des vers.
Ainsi, nous sommes des écrivains – non, pardon, des écrivants – déguisés en poètes de circonstance. Mais, dans la « vraie vie », nous nous foutons de la poésie comme de notre première communion.
Nous poussons la chansonnette à Radio-crochet quand nous rêvons de voir exécutés – enfin… je veux dire : interprétés – nos symphonies et nos opéras.
Nous formons donc une sacrée bande de faux culs, puisqu’il est inexact de clamer que la poésie nous fait kiffer. C'est juste un faire-valoir, un costume de plus que nous enfilons le week-end et les soirs après l'uniforme du boulot. En dessous se cache encore quelqu'un d'autre.
Bon, faut pas trop noircir le tableau, non plus. Nous aimons tout de même un peu la poésie. Il faut dire que dans l'ensemble, elle nous le rend bien. Publications en revues, voire en livres pour certain(e)s d'entre nous, lectures publiques.
Tandis que les romans, ils ne feraient que nous anonymer davantage. Pourtant, nous retrouver parmi les cinq cent cinquante romanciers de la rentrée d'une  année n, ne serait-ce pas notre véritable nirvana ?
Non, décidément, c'est plus rigolo d'être poète qu'écrivain, ce professionnel de la solitude.
Et puis, dans nos poèmes, parfois nous collons des romans, mine de rien. Quand je dis que nous sommes de drôles de poètes, c'est tout à fait ça...
P.M.

Monday, June 12, 2017

De Murielle Compère-Demarcy (extrait de T-B 56)

On ne réalisera jamais son autopsie,
            au soleil, mais mon corps
            l’ausculte
            en rayons de chair et de pulpe
            où les organes de la vie pulsent
            pleinement jusqu’à
            son cœur de lumière


et je retombe, tête la première,
            sur le traversin du jour
            où traverse la pluie
            dans les draperies fines de ses heures comptées
            -de cette même lumière
            où je m’effondre


            où je m’effondre
            à l’envers du ciel
face contre terre


            On ne réalisera pas son autopsie,
            au soleil, mais dans le fruit du vers où
            se croque la friandise
            il court et couve discount, le jour affriolant,

            et je m’en vais le vendre

Wednesday, May 31, 2017

De Marine Gross (extrait de T-B 67)

Si je tends la main
Vers le mur et le touche
Mon corps devient le mur
Et ma main reste de l'autre côté
Du mur
Si je regarde l'ampoule
Qui brille au plafond
C'est mes pieds qui  fondent
Et disparaissent dans le crépitement
Du filament
Et quand j'entends les moteurs
Au loin
C'est tous mes os
Qui rutilent et pleurent
De ne pas être la voiture
Bleu métallique
Avec jantes argentées

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Poézine ou pour parler comme les gens bien "revue poétique et littéraire" et toutes petites petites éditions, comme le format des bouquins