Friday, October 20, 2017

Incipits finissants (9)

Peu après minuit je venais de trouver la pente de mon sommeil. J’aurais pu errer en robe de chambre à travers cet appartement transparent, allumer la télévision et recueillir des images fausses.
Mais je dormais c’était plus simple ayant résolu tous les problèmes de survie dans l’immédiat.
A des kilomètres de mon ombre paisible l’incendie s’est déclaré dans une grange.
Les pompiers volontaires envoyés sur place n’ont pas eu le temps de réaliser que le pignon d’une quinzaine de mètres de hauteur s’était détaché. Ils ont été ensevelis sous les pierres.
Le mur était très épais et donc très lourd.
Pendant des années, il n’a pas bougé. Et puis là, en s’écroulant il a tapé dans le mille.
Les corps sans vie des victimes ont été dégagés au moment où j’enfilais mes pantoufles du matin.
Les murs de pierres ne tombent bien qu’une fois seulement. 
Presque toujours d’ailleurs, ce ne sont pas les bons murs qui tombent.
Ils ne sont ni de gauche ni de droite. Ils ne parlent pas non plus. Pourtant, pour les humains qui ne comprennent rien au désastre, c’est pareil. On ne les remarque que lorsqu’ils n’existent plus. Les plus courageux d’entre eux préfèrent l’engagement sans révolte. Les plus fous la révolte sans engagement. La plupart nada. 
A force de faire semblant, je me réveille les yeux dans le brouillard en plein soleil sur le coup des dix heures et me cogne à un mur d’indifférence qui reste droit.
Alors si vous aussi, si vous êtes pâlots, devenez pompiers volontaires et ne passez plus des nuits heureuses à mater la souffrance des autres. Ça donne de beaux poèmes et c’est tout. Interrompez vos cours de contemplation de rien, ne restez pas immobiles, foncez tous dans le tas de pierres des apparences.

P.M.

1 comment:

Anonymous said...

Ah! La souffrance des autres…Ecrire sur la souffrance des autres ça fait souffrir, pas facile, c'est dur, rien qu'à penser à ceux qui ont froid ça fait froid dans le dos, et ceux qui ont faim, ça coupe l'appétit…C'est pas une vie de témoigner de la souffrance des autres, tient c'est pire que d'être à leur place. Non, ils ne connaissent pas leur chance ces SDF, quand ils ont des chiens, ils ne sont même pas obligés de les sortir pisser, moi je dois sortir le chien, cette transition du chaud et du froid c'est plus insupportable qu'un froid continu. Ce n'est pas une vie, et en plus on ne parle pas de moi à la télé, même un petit geste du cœur, rien…Pour peu, les gens me lanceraient des pierres. Salauds!

Fabrice

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Poézine ou pour parler comme les gens bien "revue poétique et littéraire" et toutes petites petites éditions, comme le format des bouquins