Friday, August 08, 2008

Traction-brabant 57

Ils ont bien de la chance, certains de mes amis poètes, de savoir quelle est la poésie qu’il nous faut, à nous autres, habitants de l’univers.
Car, me concernant, parvenu à la quarantaine, mes certitudes sur le sujet semblent s’obscurcir régulièrement.
Et à force d’attendre des solutions à tous mes problèmes, ici comme ailleurs, je suis déçu.
Pourtant, à lire les poètes édités dans de vrais bouquins, je me dis que leurs œuvres souvent se ressemblent.
Du coup, j’en tire la conséquence, toute bête, que c’est comme ça qu’il faut écrire. Avec ce petit dégagement du moi je fais pas de la poésie mais je sais que c’est de la poésie et je suis un poète qui veut pas que ça se sache trop parce que c’est un peu la honte : vous pouvez jouer au même jeu en remplaçant les poèmes par une jupe courte.
Oui, c’est assez déplaisant cette attitude hypocrite qui suinte de l’écriture : car nous le savons bien que vous êtes des bons poètes, alors jouez pas aux précieuses ridicules !
Faut dire que, malgré ces œuvres calibrées, les déclarations des poètes sur le sens du mot poésie sont autant contradictoires que péremptoires :
Alors, il y en a qui disent que la poésie ne doit pas recéler d’images mais qu’elle doit creuser le langage, ou bien qu’elle doit être marrante, ou encore que la philosophie est un plus pour la poésie, d’autres qui prétendent que cette dernière doit être incompréhensible quand leurs adversaires défendent une poésie facile à comprendre, la plupart, enfin, qui se détournent avec dégoût de toute poésie engagée lorsque quelques uns en rêvent.
Moi, au milieu de tout ça, j’en perds mon latin. Et si toutes ces définitions intangibles n’étaient que le reflet des goûts personnels des auteurs de ces déclarations ? Leurs modèles doivent donc être leurs poèmes.
Si ça ne tenait qu’à moi, il y a longtemps que je ferais en sorte d’entreposer toutes les poésies possibles et imaginables dans le garage de la Traction-brabant, sans hiérarchie entre elles. Et sans me soucier par exemple de savoir si c’est branché ou débranché.
Hélas, les professeurs tiennent haut la barre, et la tiendront toujours. Pauvre de moi, je ne suis pas un mec assez solennel, et certains des copains ici présents pas davantage, pour que nous soyons reconnus comme des poètes inconnus dans cette société qui a peut-être raison de se foutre de nous, trop sûrs de la valeur de nos textes, malgré les apparences, pour pouvoir intéresser les autres.    P.M.

4 comments:

Stéphane Bernard said...

Oui, c'est un peu ma vision aussi. Je suis pour toutes les poésies (mais il n'y en a qu'une de toute façon, hein), du moment que c'est bon pour moi :) Pourquoi se brider avec des théories ghettoïsantes ? Je trouve ces joutes-là toujours un peu ridicules.

Stéphane Bernard said...

Tout à fait d'accord. Il n'y a qu'une seule poésie de toute façon, celle qui est à notre goût. Les joutes pour une ghettoïsation sont ridicules.

Langda said...

C'est vrai ça ! Les gens se tapent sur la tronche dans tous les coins du globe, ce serait bien au moins que les artistes n'en fassent pas autant...

Kelig said...

Salut Patrice, bien reçu le n°57, avec ses fameux édito et incipit.

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Poézine ou pour parler comme les gens bien "revue poétique et littéraire" et toutes petites petites éditions, comme le format des bouquins