Thursday, December 31, 2020

Incipits finissants (85)


Quand je pense aujourd’hui à ma vie de poète et que je compte tout ce que j’ai écrit, je me dis : bon sang, comment y suis-je parvenu ? Il y a du temps qui semble manquer dans cette équation. Je n’ai pas rêvé, hélas. Pourtant, j’ai toujours écrit dans l’entre-deux. L’entre deux portes, l’entre deux cafés, l’entre deux demi-journées, l’entre deux corvées, l’entre-deux escapades. Toujours à voler un peu de temps à son rouleau compresseur, toujours à disparaître quelques minutes pour noircir du papier comme un fou furieux, avant de rejoindre le cours de mes émissions normales.
Par exemple, je ne sais pas ce que c’est que me retirer de la société pendant un mois pour écrire (sauf une fois, lorsque j’ai été opéré). Ça n’existe pas dans ma vie. Ça ne devrait pas exister avant longtemps, ou alors, il y aura un problème.
Bien sûr, c’est usant. C’est même rageant, car forcément, comment voulez-vous que je sois certain d’avoir achevé un ensemble qui tienne la route ?
Ce qui me bouffe, précisément, c’est de me dire que si je ne m’étais pas débrouillé comme ça, jamais je n’aurais réussi à publier, ne serait-ce qu’un recueil de textes disparates.
Et puis, en même temps, ce n’est que de la poésie. Ou à peu près. Alors, ce n’est pas grave. Je préfère, à tout prendre, être dans l’action, au moins encore pendant un certain temps, afin d’avoir quelque chose à dire.
Bien sûr, mes poèmes ne sont pas sans défauts. Celles et ceux qui auraient un peu de temps à perdre à les décrypter, y repéreraient des erreurs, incohérences, reprises, problèmes de soudure. Ceci dit, ils passeraient plus de temps à les analyser que j’en ai mis à les écrire ! C’est ça qui est le plus drôle ! Et qu’est-ce que ça me casserait les pieds de devoir corriger ensuite mes textes comme s’il s’agissait de devoirs d’école !…
En plus, quand je lis une majorité de choses publiées par les gens qui ont le temps d’écrire, ça me rassure ! Car, je sens très vite que c’est de la poésie de glandeur.
En effet, quand on enlève tout ce qui est recopié du carnet de notes (au lieu d’être imaginé, comme quand on n’a pas le temps !), ainsi que les références littéraires explicites qui émaillent ces poèmes, je constate qu’il ne reste pas grand-chose de vivant à l’arrivée. Et je ne peux m’empêcher de penser : c’est de la poésie super bien fichue qui aurait dû ne pas être publiée. Du coup, je me console en écrivant de la poésie pas forcément publiable, à cause de toutes ses ratures qui ne sont pas corrigées.

P.M.

Numéro 85 de Traction-brabant


Le numéro 85 de "Traction-brabant" est vendu au prix de 2,60 €.

Pour plus de précisions, contact association le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Présentation

"TRACTION-BRABANT" (alias T-B pour les intimes) est un fanzine d'écriture, de poésie et autres textes courts, créé en janvier 2004 par Patrice MALTAVERNE (conception, écriture, choix et mise en page des textes) et Patrice VIGUES (illustrations).

"TRACTION-BRABANT" existe aussi et surtout sous sa version papier à une cent soixante-dizaine d'exemplaires par numéro. Le poézine est à parution aléatoire, quoique... si tous les deux trois mois, les combattants sont en forme, un nouveau numéro sort de leur tanière.

"TRACTION-BRABANT", aujourd'hui publié par l'association Le Citron Gare, ne demande aucune subvention, le poézine a juste pour but de faire circuler à son modeste niveau une poésie pas trop classique ni trop molle surtout, ainsi que de véhiculer certaines pistes de réflexion, sans pour autant qu'il ne soit tranché dans le vif.

Plus précisément, à l'origine, TRACTION-BRABANT est la contraction de traction avant, l'auto et de brabant double, la charrue à double soc. Cela montre avant tout notre nostalgie pour ces vieux objets mécaniques ainsi que notre méfiance par rapport à un progrès non mesuré...

Les auteurs (poètes, illustrateurs) présents dans "TRACTION-BRABANT" sont plus de cinq cents, d'après les dernières stats.

Ce blog a pour but de reproduire des extraits du zine sous sa version papier et de faire connaître davantage ce que nous faisons....

"TRACTION-BRABANT" s'efforce d'encourager ses participants à des échanges de textes et d'idées et pourquoi pas à de possibles rencontres.

S'il vous plait, n'envoyez jamais plus de 10 pages format A4 (en un seul fichier et format Open office ou Word, de préférence) si vous contactez le poézine, sinon, votre manuscrit ira direct à la poubelle virtuelle, mais la poubelle quand même ! Je n'ai pas besoin de lire des tonnes de pages d'un auteur pour savoir de quoi il en retourne !

P.M.

Contact pour l'association Le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Cherchez les intruses


D'Antonella Fiori (extrait de T-B 59)

Sur les trottoirs
plein d'histoires
pleins de sexe
plein de vie

toute la vie portée
par la rue

identités fragiles

corps qui
se frôlent
corps qui
s'évitent
corps qui
galopent
dans tous
les sens
comme ces
feuilles qu'un
souffle de vent
balaie dans le caniveau

fièvre rouge ou
choléra
le vent fauche
la débauche
là où les poussières
se retournent vers
le ciel

Poèmes quotidiens d'Antoine Bargel

À travers ses "Poèmes quotidiens", Antoine Bargel propose une lecture en vidéo de certains de ses textes.

Ce sont bien des poèmes du quotidien, car fondés sur l'observation de ce qui se passe autour. C'est aussi de la poésie de chambre, en quelque sorte, d'autant plus qu'il y a des apparitions bien réelles qui passent à travers ses textes.

C'est aussi et tout simplement de la poésie, car ces textes connaissent, si je puis dire, une chute du vers, tout à fait régulière. Peux pas le dire autrement. C'est l'impression que ça me donne à entendre la fin, ou résolution, de ces poèmes...

Pour aller y voir, c'est ici.

Cette fois-ci c'est la bonne de Patrice VIGUES

Malta compil : 2010 (avec Windows media player)

Le poème qui suit, est intitulé Florange et est extrait d'un cycle de textes consacré à des villes de Lorraine. Hé oui, dans la réalité, il ne s'agit pas que d'une question de fleurs. Mais ici, oui.

Des émaux et des camés. Des fleurs qui ne coûtent pas cher aux senteurs. Des senteurs qui se dérobent pour fuir le long des remparts. Et leurs teintes qui se perdent aux musées. Très belles surtout ce bleu d’orage et ce vert qui repêche des noyés. Et puis le jaune des infections transfigurées avant de conclure par le rouge à fuir par dessus tout. L’art est dans ces formes qui mélangent des couleurs d’absolu. C’est monumental ça ressemble trop à des vitraux d’église. Il ne s’agit pas de couleurs naturelles. Le promeneur en piétine les dalles et les dalles mènent tout droit au grand cimetière de l’Est tout au long duquel en levant la tête durent les fleurs artificielles.

Sur la musique de C-Reaction "Dark lights", que vous pouvez réécouter via le site Dogmazic...

De Thomas Vinau (extrait de T-B 19)

MÉTHODE DE SURVIE


technique numéro 1 _DIAPRER L’OBSCURITÉ:
LA TENDRESSE EST UNE COULEUR
UNE BRISE CHAUDE CARESSE LA NUIT
PUR VÊTEMENT DE SILENCE

technique numéro 2 _TISSER FILS DE LUMIÈRE:
MANTEAU DE DISSEMBLANCE
CATHÉDRALES ÉPHÉMÈRES
POÉSIE DU LUCIDE

technique numéro 3 _DE L’AMOUR DES NANOCKS:
L’OMBRE EST L’ÉCHAFAUDAGE DE LA CLARTÉ
L’AUBE EST RESPIRATION
SA MAIN DANS LA MIENNE

technique numéro 4 _ARCHITECTURE DES VENTS:
LE RIRE FROID DU MISTRAL
DU MOUVEMENT DES CONTRAIRES
ÉPARGNER LES NUANCES

technique numéro 5 _MÉTAMORPHOSE SENSIBLE:
TERRE, CAILLOUX, BRINDILLE, NUAGE
CHIEN, PÉTALE, ARBRE, POUSSIÈRE
FLEUR, PLUME, PARFUM, ORAGE

technique numéro 6 _PIERRE PAR PIERRE:
MOT PAR MOT, SECONDE PAR SECONDE
GRAPPILLER UNE À UNE CHAQUE MIETTE DE FORCE
DE L’ÉSTHÉTIQUE DES RUINES

technique numéro 7 _PROJECTILE
PENSER À DEVENIR
AUTORISER L’OUBLI
INVESTIR DANS LA PERTE

technique numéro 8 _AMASSER CENDRES
COLLECTION DE DÉTAILS
TOMBER C’EST VOLER UN PEU
LA FOUDRE DANS UN VERRE D’EAU

technique numéro 9_RÉDEMPTION PAR LE VERBE
CACAHOUÉTE SALMIGONDI CONCOMBRE ANACHORÉTE
CUCURBITACÉ NYCTALOPE ANDOUILLETTE CALLYPIGE
GALINACÉ PYTÉCANTHROPE CHAMALO CHARIVARI

Incipits finissants (84)


Désolé, mais je commence à en avoir marre d’entendre que l’on ne sait pas ce que c’est que la poésie. Ce principe d’incertitude, bien dans le style de l’époque, est devenu une certitude qui permet à celles et ceux qui s‘en prévalent d’écrire tout ce qui leur passe par la tête. C’est pourtant un casse-tête mille fois plus facile à résoudre que celui du chômage.
Surtout que bien sûr, on sait ce que c’est que la poésie. C’est même marqué dans le dico : "La poésie est un genre littéraire très ancien, aux formes variées, écrites généralement en vers mais qui admettent aussi la prose, et qui privilégient l'expressivité de la forme, les mots disant plus qu'eux-mêmes par leur choix (sens et sonorités) et leur agencement (rythmes, métrique, figures de style)" 
D’emblée, la poésie est musique, cette dernière étant rendue par les rimes (du Moyen-âge à Baudelaire), les assonances et le rythme également. Par ailleurs, la typographie, la position des mots sur la page, les coupes aléatoires, entre ou dans les mots, contribuent à mettre du rythme à ce qui peut en avoir déjà.
Et puis, bien sûr, la poésie est image, celle qui se voit et celle qui s’imagine. Là, je fais plus particulièrement référence aux textes surréalistes.
Enfin, la poésie est affaire de situation. Car il y a des situations qui sont en général ressenties comme étant plus poétiques que d’autres : la venue du printemps, la naissance d’un enfant. Ici, je pense à la poésie du quotidien où l’observation de détails de la vie ordinaire donne lieu à l’expression d’une situation poétique.
Donc, c’est pas compliqué de définir la poésie. Et vous pouvez pas dire que ma définition manque de largeur d’esprit. Vous mélangez musique, images et situation, quelle que soit la forme employée pour le dire (vers ou prose) et alors, votre taux de poésie grimpe en flèche. Bien sûr, ce dernier varie en fonction de l’équilibre atteint entre différents dosages de musiques, images et situations.
À l’inverse, si vous découpez en vers le discours d’un homme politique, votre texte risque fort de ne pas être un poème, ce qui n’est pas grave en soi. Après tout, même en France, il n’y a pas de loi qui oblige (encore) à écrire de la poésie. Du moment que c’est bien fichu, vous pouvez appeler ça comme vous voulez : fragments, aphorismes, texte court, brève, roman. On s’en fout.
Mais pitié, arrêtez de vouloir faire rentrer la poésie dans toute expression écrite. La poésie attend juste qu’on l’aide à naître, pas qu’on la présuppose.
P.M.

"Thema Africa 5" : illustration de Henri Cachau

Pour en savoir plus, contact : henricachau@free.fr

De Céline Rochette-Castel (extrait de T-B 26)

Culot de soleil
ouvre
la veine poétique ;
bouillon noir en tesson
me dépèce,
prenant le temps de l’opération.
Lutte, tension,
ma chair est soleil ;
il n’y a plus qu’un seul espace : solaire.


Un horizon
de lumière ;
rien
à voir.
Toute lumière braquée ;
qui m’écartèle
sur le lit
en manœuvrant le projecteur ?
Le soleil arrache son aiguille,
et encore.


Les rayons rouges du soleil
cousent
des cicatrices
sur ma peau qu’il écale,
surface suturée ; invisiblement ?
La blessure d’écorchée vive
existe
bel et bien,
hideuse.

"Lapin en colère" (illustration de Jean-Marc Couvé)

De Jean Gorzar (extrait de T-B 22)

Humain jouant avec son œil, avec ses yeux et son regard,
Les roulant comme les bébés, les petits enfants, les pyramides
Les cubes, et toutes sortes d’autres volumes, leur expression se vide
Les orbites pleines, les sourcils et les cils toujours secs
comme le blé au vent et l’étendard

Au lit, c’est souvent le soir, c’est souvent la nuit, les yeux clos
On ne sait pas vraiment si personne, un bébé, un enfant, un joueur
de trop
Oublié, ne s’amuse et retourne dans son bonheur, notre regard

Vers l’intérieur « Allez donc vérifier par vous-même si votre iris,
Votre rétine, et tout ce qui fait prise, au fin fond ne glisse
De votre corps, votre âme, allez donc voir par vous-même ! »

Par contre, chacun peut y perdre la peau, et sa situation
C’est pourquoi, ces mondes demandent et prient la plus grande attention,
Hier, je m’y suis perdu en cherchant ceux que j’aime.


Jean GORZAR - RENNES

Sans oublier son blog : http://paulfreval.over-blog.com/

A tous les déracinés de Cathy Garcia

Et pour en savoir plus sur les illustrations, la revue et les textes de Cathy Garcia, je vous propose de leur rendre visite :

http://cathygarcia.hautetfort.com/
http://gribouglyphesdecathygarcia.wordpress.com/
http://delitdepoesie.hautetfort.com/
http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com/
http://imagesducausse.hautetfort.com/ http://ledecompresseuratelierpictopoetiquedecathygarcia.hautetfort.com/ http://associationeditionsnouveauxdelits.hautetfort.com/

Le Raudi à Metz

Une fois n'est pas coutume. Je fais de la pub pour un site d'actualités culturelles messin. Il s'agit du Raudi, ou la culture autrement, comme c'est très bien résumé.

A côté de nombre de manifestations et d'initiatives locales présentées à la une, vous trouverez en cliquant sur le bandeau de droite un lexique messin. De quoi prendre son passeport et venir vivre en France de l'extérieur.

Vous verrez : on y arrive. J'en suis la preuve vivante ! 

A ne pas manquer également une belle série de contrepèteries messines...

Le Raudi, c'est ici.

D'Éric Jaumier (extrait de T-B 85)


L'éther

ton bec
dans la petite
tauromachie
du jour.

Ton bec pique
ce peu !

montre quelques
reflets,
vagabonds.

racle la voix
la peau du tambour

l'énigme nue
in fine
chante à tue-tête.

Thursday, July 30, 2020

Traction-brabant 85

Encore deux, trois poètes et je n’aurai plus personne à publier au Citron Gare. J’ai bientôt fini mon boulot, je vais pouvoir tout remballer. Être en retraite à 50 ans ! Cool !
Oui, je sais, il n’y en a pas beaucoup qui peuvent se vanter d’un tel exploit. Mais vous n’avez pas rêvé. Moi, j’ai réussi là où tous les autres éditeurs ont échoué.
- Bon sang, tu déconnes, Malta ! Tu vas pas nous faire croire qu’il n’y a qu’une quinzaine de poètes à éditer aujourd’hui ? Toi qui dis qu’on est 67 Millions de poètes en France, tu te contredirais pas des fois ?
- Oui, je sais, mais, pour moi, un très bon poète, c’est plus qu’une personne qui écrit très bien, c’est une personne dont l’écriture me fait frissonner de plaisir. C’est pas du tout la même chose. C’est carrément physique, tu comprends. En même temps, si c’est mal tourné, ça me fera rien ! Actuellement, il y en a deux trois nouveaux poètes par an qui arrivent à produire cette impression sur moi…pendant quelques instants. Et encore, il peut y en avoir moins !...
- Bon d’accord, on a compris. Ça en élimine déjà pas mal, sauf que restent encore plus de 15 ou 20 poètes sur 67 millions…
- Oui c’est vrai, j’ai oublié de préciser qu’un poète que je souhaite éditer est quelqu’un qui n’est pas déjà édité 3 ou 4 fois par an. Comme par hasard, ce sont justement ces personnes qui sont publiées en priorité. L’édition, pourtant, comme la potion magique, ça devrait faire de l’effet un certain temps, sinon, c’est que ça sert à rien.
- Soit, mais on est encore loin du compte…
- Sauf que j’ai pas tout déclaré. Un poète que je souhaite éditer, c’est quelqu’un qui est capable de continuer à être passionné par la poésie des autres, même quand lui-même n’est pas publié… c’est quelqu’un qui peut me citer d’autres poètes qu’il lit, qui kiffe leur style, même s’il est pas pareil que le sien !...
- Ah, parce qu’en plus de très bien écrire, de procurer des frissons de plaisir à Malta, de pas beaucoup publier, il faut encore s’intéresser à ce que font les autres ! Celle-là, on me l’avait jamais encore faite ! C’est comme de manger les plats qu’on n’a pas cuisinés ! De rouler dans les bagnoles qu’on n’a pas vendues ! Oh là là ! Ça devient trop compliqué là ! J’arrête tout de suite la poésie ! Je savais pas qu’il fallait l’aimer pour en écrire. Je préfère la gonflette, du coup ! Ça va me rapporter davantage ! Pas de temps à perdre avec des bêtises !
- Oui, finalement, t’as raison. Y a même pas 15 ou 20 personnes qui rentrent dans les critères. Au Citron Gare, on est plus sévère que chez Gallimard !     
P.M.

Wednesday, July 15, 2020

De Bastien Godard (extrait de T-B 85)


L'ÉCRIVAIN ET LA PLAGE


« Je » s'adresse à « toi »

L'écrivain sur le bateau, le cœur sur la plage.
(Et sur les côtes blanches, le bruit d'un sablier)

Les mots le pont mais l'écrivain trop loin
Trop de vent dans les yeux pour
Voir
Les mouettes ? Petits nuages ;
Gros nuages, cils qui coulent de gris
La nuit, le jour
C'est le même bleu qui se teinte.
Les quais, sauvages
Les cliquetis fantômes
Les crustacés qui s'empourprent
Le cœur boum boum et les vagues
Et les vagues c'est infini pour un petit cœur
Qui palpite entre les trous de crabes
Et le pont est loin
C'est joli les vagues, ça lèche le cœur, ça l'embrasse
Ça l'écume dans le sable,
Mais sans l'écrivain
– L'écrivain ! Regard vide voyage
Navigue statique, statue de proue
Tendu, dévoué vers. –
Ça pique, ce sel.

Les mots : le pont qui grince, relevé
Les yeux sans mains : là
Les mains sans rien : partir
Ça va ça vient
Ça bat, ça bat

Ressentir, c'est voir.
Mais eux se quittent, oui se quittent
Ne font que ça.
– L'un ressent trop sans pouvoir
L'autre peut tout sans le savoir –
La collusion, l'hébétude des souffles
Des gestes, des dérives
Par les chocs
Trop proches, de l'effrayante
Fusion d'un amour qui se délite.

S'étire l'horizon, depuis leurs observatoires
Les silences, les coquillages
– Océaniques les silences –
Loin le pont, le large, que quitte le pavillon
En dit long ce départ :
Ces pleurs sur un collier de dents
– Un sourire douleur mais sourire –
Car secrètement nostalgiques
Et heureux de l'être.

Ils n'attendent que le retour
Sur le pont enfin se reconnaître
Traduire ensemble ces rêves de respirations,
De la langue étudiée des signes de l'autre.
Mais ce pont – oh le retour toujours
Leur joie se heurte, cette joie ne compte
Non, ils ne comptent plus tout ça :
Les grains, le sablier, les soleils, les étoiles
Plus rien ne compte.
Impuissants lorsque le pont s'abaisse
Et que leurs barrières s'indomptent.

Le voyage et l'amour
Le cœur et les cris,
Chaque fois un peu mieux
Mais chaque fois un peu trop.

J'écris n'ayant jamais su m'exprimer.
Les mots sont un entre-deux qui
– Instable endroit de passage –
Ne touche que du bord la plage,
Est trop fragile pour la mer amour
Ne comprend, ne ressent, ne conçoit
Qu'en parcelles fuyantes.
C'est comme ça,
Oui, à peur près, comme ça.
Ça me bouleverse.
Sans aucune certitude
Autre que : les Seuls forment un cœur
Et c'est pour ça qu'on corrige, qu'on rature
Qu'on encre
Qu'on enlève, en rajoute
Améliore,
Que je peux y passer là des heures
Et là une vie entière.

Tout le problème est là car
La sincérité, les houles : dur d'en douter,
Les couchers et levers de sommeil, aussi.
Tout commence par une histoire.
Et ce problème de mot est vieux comme l'Histoire de l'Humanité :
Comment transcrire une réalité avec si peu de bagages ?
Là-dessus, l'écrivain voyage en quête de réponse
Le cœur, lui, reste là, te regarde (n'aie crainte il est tendre)
Il se fait miroir
Et derrière ton reflet,
Il y a l'infini des vagues.

Tuesday, July 07, 2020

Incipits finissants (70)

Moi, j'vous l'dis : on vit vraiment une époque formidable, grâce à la télé.

Geneviève et Adolf partent en vacances tous les ans sur la côte d'Azur. Mais cet été, pour la première fois, ils ont l'idée de louer leur appartement. Ce qui leur permet de gagner de l'argent tout en ne travaillant pas. Et de plus, leur propriété est surveillée par ses occupants durant leur absence.

Gain net de l'opération soleil : 500 € par mois. L'esprit tranquille, Geneviève et Adolf pourront ainsi se prélasser dès les prochaines vacances sur la plage d'un hôtel 5 étoiles au lieu de subir la lagune d'un hôtel 3 étoiles.

Micheline et Olaf viennent d'acquérir leur résidence principale : un duplex coquet avec vue sur la mer. Seulement voilà, cet appartement doit être rafraîchi. Plutôt que de confier les travaux de rénovation à des professionnels qui risquent de les arnaquer, Micheline et Olaf concluent un contrat d'échanges de services à domicile avec leurs nouveaux voisins, Bjorn et Halek. Ainsi, pendant que Bjorn repeint tout l'appartement, Micheline, qui est une super maman au foyer, prépare à manger et blanchit la famille de Bjorn et Halek, ce dernier ne pouvant s'occuper de leurs trois chères têtes blondes, car effectuant de nombreux déplacements à l'étranger dans le cadre de son activité professionnelle. Quant à Olaf, il s'est fait un nouvel ami, puisque tous les midis, il prend l'apéro avec Bjorn.

Gain net de l'opération travaux : 45,72 € par mois.

A l’instar de quinze millions de Français, Gertrude est au chômage, son entreprise ayant été délocalisée sans elle à Tombouctou, un pays où la vie coûte moins cher. Comme elle n'a plus besoin de cœur pour fonctionner, Gertrude a mis en vente le sien. En échange, la transplantation d'un cœur artificiel est une opération aujourd'hui couramment pratiquée, les nouvelles prothèses ayant une durée de vie d’au moins vingt ans. Comme pour tout véhicule, un contrôle technique est juste recommandé tous les quatre ans. Par ailleurs, un cœur d'origine est une valeur cotée en bourse, ce qui laisse la possibilité aux collectionneurs en paléontologie d’étudier la vie des hommes d'autrefois. Ainsi, grâce à cette astuce, Gertrude compte vivre de ses économies sans travailler pendant au moins cinq ans.

Gain net de l'opération cœur : 126 356 €. Après, elle verra à vendre son cerveau, sauf s’il est parti avant, par ces temps de fuite.

Et nous alors, qu'est-ce qu'on attend pour être moins nuls ?
P.M.

Tuesday, June 30, 2020

De Hervé Merlot (extrait de T-B 35)

Souris verte

Et quand tu remets
ça
minou imberbe

je dis
qu'il y a là
un écosystème

dont finalement
on entend peu parler

dans nos tribunes
pourtant si loquaces

au sujet
de la préservation
de la nature

(extrait de "Are you ready, hank ?")

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