Friday, May 07, 2021

Traction-brabant 13

Tiens, si on parlait de poésie, pour faire revue spécialisée ?
N’est-ce pas, comme ça, en parlant pas d’autre chose, on se mouillera pas, hein, les nanasmecs ?
Alors il y a des poètes qui notent tout ce qu’ils voient, monomaniaques du quotidien. A partir de l’instant où il s’agit de petites choses et que c’est noté, grosso modo, ça devient bon.
Il y a des poètes qui utilisent des mots ronflants comme la Mort ou le Poème, sitôt qu’ils mettent des majuscules, ça leur donne l’illusion qu’ils dominent tout autour d’eux.
Il y a des poètes qui veulent toujours faire tenir le monde entier dans un haïku, lorsque c’est du trois vers, ils bandent, même si à la fin, ça fait beaucoup de mondes.
Il y a des poètes qui adorent écrire que tout va bien, surtout quand tout va mal, la pudeur, c’est leur truc.
Il y a des poètes qui adorent écrire que tout va mal, surtout quand tout va bien, la provoc, c’est leur trip.
Il y a des poètes qui écrivent ke dans un autre langage ke l’ordinaire, dès ke c’est compliqué et (pas) net, ça leur less la serre-titude d’être bons en orthograf and es littératour.
Il y a des poètes qui ne pensent qu’à être réguliers. Si ça rime, ces obsédés de l’alexandrin s’en donnent à cœur joie.
Eh bien ! Le Politburo de Traction-Brabant vous le dit, tous ces poètes, il les aime.
La condition d’appartenance à la secte est bien plus difficile à remplir. Comme pour une démonstration géométrique, il faut et il suffit que les poètes soient suffisamment sympathiques pour le contacter.
Avouez que l’exigence est tout de même bien plus exigeante que si le staff de Traction-Brabant ne triait qu’un seul type d’écritures. C’est carrément reconnaître qu’il y a quelque chose au dessus du poème.
Alors, dans ces conditions, on n’est pas sûr de changer de sitôt une équipe qui gagne pas.


P.M.

Numéro 93 de Traction-brabant


Le numéro 93 de "Traction-brabant" est vendu au prix de 2,60 €.

Pour plus de précisions, contact association le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Présentation

"TRACTION-BRABANT" (alias T-B pour les intimes) est un fanzine d'écriture, de poésie et autres textes courts, créé en janvier 2004 par Patrice MALTAVERNE (conception, écriture, choix et mise en page des textes) et Patrice VIGUES (illustrations).

"TRACTION-BRABANT" existe aussi et surtout sous sa version papier à une cent soixante-dizaine d'exemplaires par numéro. Le poézine est à parution aléatoire, quoique... si tous les deux trois mois, les combattants sont en forme, un nouveau numéro sort de leur tanière.

"TRACTION-BRABANT", aujourd'hui publié par l'association Le Citron Gare, ne demande aucune subvention, le poézine a juste pour but de faire circuler à son modeste niveau une poésie pas trop classique ni trop molle surtout, ainsi que de véhiculer certaines pistes de réflexion, sans pour autant qu'il ne soit tranché dans le vif.

Plus précisément, à l'origine, TRACTION-BRABANT est la contraction de traction avant, l'auto et de brabant double, la charrue à double soc. Cela montre avant tout notre nostalgie pour ces vieux objets mécaniques ainsi que notre méfiance par rapport à un progrès non mesuré...

Les auteurs (poètes, illustrateurs) présents dans "TRACTION-BRABANT" sont plus de cinq cents, d'après les dernières stats.

Ce blog a pour but de reproduire des extraits du zine sous sa version papier et de faire connaître davantage ce que nous faisons....

"TRACTION-BRABANT" s'efforce d'encourager ses participants à des échanges de textes et d'idées et pourquoi pas à de possibles rencontres.

S'il vous plait, n'envoyez jamais plus de 10 pages format A4 (en un seul fichier et format Open office ou Word, de préférence) si vous contactez le poézine, sinon, votre manuscrit ira direct à la poubelle virtuelle, mais la poubelle quand même ! Je n'ai pas besoin de lire des tonnes de pages d'un auteur pour savoir de quoi il en retourne !

P.M.

Contact pour l'association Le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

King Kong 2011


De Jamila Cornali (extrait de T-B 79)


TERRE

Les pétales
Rouges
De ma rose
Tombent
Sur un sable
Blanc
Où mes pieds
Fondent
Je me retourne
Et me retrouve
Face à un arbre
Dont les feuilles
Sèches
Tombent
Sur une terre
Rouge ardente
Et je dessine
Sur cette terre
Un signe
Fort
Qui me protègera
De la chute

Les mains flâneuses de Marine Giangregorio

Résurgence du titre "Les mains flâneuses" (?), le blog de Marine Giangregorio propose, dans une alternance de photos en noir et blanc et de poèmes, des textes que je qualifierai de passionnels, et ça me fait du bien de les lire, d'être tourneboulé par ces vers.

Ce n'est pas si courant d'y aller aussi franchement dans l'écriture, je trouve...

Si vous n'avez pas peur de la bagarre et de la foudre (mais je fais confiance à celles et ceux qui rendent visite à "Traction-brabant"), c'est ici.

Déclinaison du même blog, "États d'âme" montre différents tableaux, effectués à l'aide de différentes techniques (huile, aquarelle, acrylique etc).


Brahms à Marienbad de Patrice VIGUES


Malta compil 2012 : "Ami tu m'as demandé..." (avec Windows media player)

Comme l'année 2012 est désormais finie et bien finie, j'ajoute à la Malta Compil un texte écrit cette année là. La musique qui l'accompagne est "Le cauchemar" de Miss Hélium, importée via Dogmazic (site de musique sous licence libre), https://www.dogmazic.net/.

Vous pouvez entendre ce poème lu par ici.

En voici le texte :

Ami tu m’as demandé par lettre suspendue dans les airs si je pouvais être pour toi cet arrosoir irriguant des plaies bien tranchées. Soudain il n’y eut plus que toi et moi alors que j’aurais préféré monter à plusieurs sur la plate-forme d’un tête à tête. Au fait comment cela se passait-il avant lorsque nous vivions à peu d’ailes d’oiseaux l’un de l’autre ? J’ignore si le mystère en se déplaçant venait gratter comme un fantôme au pied de nos intimités ou si c’était un grand méchant loup résorbé par les marées quotidiennes. Puis les lettres de cette lettre se sont effacées. Je ne sais plus qui tu es je ne sais plus qui nous étions si nous nous nous traînions dans une oasis à peine calamiteuse. Cela m’étonnerait d’ailleurs. Il y a plein de vides entre ces mots. Il y a plein de vies et quelques faux trésors à ramener chez toi la queue basse et le crépuscule est toujours pour nous ce même raton laveur

Si nous nous croisions sur un morceau de trottoir
Il n’y aurait personne pour claquer notre battoir

D'Anne Barbusse (extrait de T-B 90)

 
à bout de rêve traverser les forêts, femmes hivernales et hautes
à moins d’éviction dernière avec des mots à court d’images il faut – très tôt -  traverser la brume blanche à moindres frais – couler le corps dans le vide -
neige et pluie mêlées de nuit
le mort est devenu fantôme - malgré l’image pendue qui parfois se fige encore  -
traverser le comble de l’hiver affaissé
avec les spectres bordés de silence
les hommes évanouis sans ciel
- que les arbres nus dessinent des crépuscules mauves après une journée de soleil cru ou
lancent leurs bras noirs vers le vide inouï
alors nous reprenons les habits lourds de quotidienneté incolore
la brume mange le village
dehors la neige a dessiné des draps blancs et fins sur les petits champs du silence
nous n’avons que voix froide
l’extrême-onction frappe les mots
nous écrivons c’est notre seule gageure - que le monde vaille écriture - avec
le viatique hivernal et les images mouillées qui pendent parmi les branches
notre seule intériorité est abstraction de paroles qu’entendent mal les hommes
alors comment marcher
de désir en désir franchir les jours courbés de pluie
soudain à huit heures chante l’invisibilité des oiseaux
mais le ciel est plus bas que le monde - la magie nous déserte - nous savons
que rallongent les jours et notre savoir lutte contre la réalité de nuit
c’est alors que montent les mots qui attendent la mi-aube pour s’ouvrir
c’est alors que nous avons des ciels empêtrés au bout de nos yeux
et que des chats furtifs traversent le jardin de brume
- je n’ai plus besoin de la sexualité fourbue pour cacher mon espoir vif - au fond
du jardin le monde respire avec la verticalité de la pluie
le brouillard tisse terre et ciel dans le non-dit
c’est demain que je parlerai ta langue
ce matin je prépare la vie donnée par l’hiver parcimonieux
c’est demain que les oiseaux auront la visibilité acquise
au bord de la route - un champ planté de cardons droits sur la terre blanchie et craquante - l’homme est mort en décembre - tombé dans la rue en allant à son
poulailler – Ardéchois et toujours en bleu de travail sur le mythe élaboré de son tracteur 
- le champ
ne bougera plus et se dressent les plantes soigneusement enveloppées à leurs pieds – qu’ajouter au paysan disparu pendant qu’en Grèce je m’absentais et que
les rues scandaient l’Europe dans l’Athènes encerclée de cortèges hurlants et d’hommes brandissant à bout de voix la grécité inénarrable de la déesse de Gortyne
- nous passons sur la route étroite au bord du champ aux mains mortes
l’hiver se courbe et nous avons des visages de lune
à la ligne de rencontre entre jardin et ciel le regard se noie à l’enterrement de la lumière
 

Poésie et peinture, l'impensé imaginable, de Pierre Vandrepote

Le blog de Pierre Vandrepote, intitulé "Poésie et peinture, l'impensé imaginable", donne à lire des réflexions sur l'œuvre d'écrivains (pas forcément "que" poètes) et penseurs, tout en se penchant aussi sérieusement sur le cas de la poésie.

J'ai bien aimé ce blog pour la densité et la finesse de ses réflexions (il y a du texte !) sur la poésie (obligé !), tout particulièrement, leur introspection et rétrospection synthétiques, et enfin leur absence de certitudes.

À noter également une prédisposition pour l'univers de la poésie surréaliste, avec laquelle je me sens toujours familier.

Pour y aller, c'est ici.

Image de Pierre Vella

 


De Marlène Tissot (extrait de T-B 24)

Deux garçons
Assis sur un muret
Ils ont chacun
Une cigarette dans une main
Et une bière dans l’autre
Ils doivent avoir quatorze ans
Peut être quinze
Et dans le regard
Pas la moindre
Lueur d’espoir

Image de Cathy Garcia

 


Et pour en savoir plus sur les illustrations, la revue et les textes de Cathy Garcia, je vous propose de leur rendre visite :

http://cathygarcia.hautetfort.com/
http://gribouglyphesdecathygarcia.wordpress.com/
http://delitdepoesie.hautetfort.com/
http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com/
http://imagesducausse.hautetfort.com/ http://ledecompresseuratelierpictopoetiquedecathygarcia.hautetfort.com/ http://associationeditionsnouveauxdelits.hautetfort.com/

Incipits finissants (42)

Jeunes générations, méfiez vous de la bouffe. Du commun plaisir qu’il y a à se retrouver en bande de cons autour d’une bonne table couverte d’une tonne de victuailles et de liquides pour la faire descendre.

Car ils savent vous flatter le corps et le palais comme personne, les gens normaux, pour vous empêcher de faire autre chose que ce qu’ils font, pour vous faire frire au fond de leur poêle dans un rayon de vingt kilomètres autour de leur baraque.

Ainsi, je m’en revenais d’une longue longue marche quand, avisant qu’une vieille connaissance habitait dans les parages, je me dis, pourquoi pas lui adresser un coucou et recharger les accus de ma batterie sur pattes.

L’idée était plus que séduisante puisque, entre la solitude d’heures d’efforts, la sueur et les ampoules ou la perspective de se caler le cul face à une assiette pleine, je n’avais guère plus de jugeote qu’un clébard.

Et voilà mon hôtesse qui compatissait, le tablier autour de la taille, à l’énoncé de mes douleurs, et détaillait en retour le contenu de son congélo, automatique oubli de tous les maux de la terre : sangliers de l’année n-1, jambon sec de la ferme ta gueule, saucisson de teckel, et même, puisque la poésie des adultes va surtout se loger dans l’ingestion de substances solides : harpe de roquefort, blason de foie gras, sonate de choucroute, symphonie porcine, happening de têtes de veaux…

Là où ça se devient triste, c’est lorsque mon assiette se remplit de ces récompenses de la vie, comme ils disent, et que j’arrive à suivre grâce à la valse des bouteilles.

La malédiction résidait bel et bien dans cette performance conjuguée de la mère déguisée en cuisinière et de l’estomac bêlant à la messe, alors que les petits hommes invisibles sous le tropique du capricorne de mon ventre crevaient la dalle, trop loin du cliché des maisons bien entretenues qui faisaient toute la fierté des cloches à fromages tapissant nos cerveaux.

Mais j’avais encore l’illusion que cela ne pouvait venir des lauriers dressés en l’honneur de la bonne bouffe… A présent, je souffrais plus qu’après la marche. Et pourtant, une fois admis dans le cercle de la cochonnaille, tout n’était que luxe et volupté. Jusqu’au moment où je vis mon corps, tout brouillé, choir dans le congélo, compensant ainsi le vide d’être tombé dans ce sympathique traquenard de nos civilisations crevant d’abondance… de victuailles ! 

P.M.



De Tristan Félix (extrait de T-B 39)

1/7/2010

Et si Ovaine se mettait à poursuivre les policiers pour trouble au désordre public ?
Elle s’élance comme une bille dans une manifestation contre outrage à la démesure.
De tous les bords accourent les Bouches, les Bulles, les Méduses, les Trous, tout un cortège de Nulles échappées du pire. Même le rire s’est fendu d’un éclat.
« L’Emeute de tous les temps » titre la Gazette :
Les agents, tournent aussitôt les talons mais ils
sont pris de vertige et se transforment en toupies.
Ovaine, émue, ne mollit pas : elle en attrape un par
le fond du pantalon - mais il est déjà plein de trous

Le Raudi à Metz

Une fois n'est pas coutume. Je fais de la pub pour un site d'actualités culturelles messin. Il s'agit du Raudi, ou la culture autrement, comme c'est très bien résumé.

À côté de nombre de manifestations et d'initiatives locales présentées à la une, vous trouverez en cliquant sur le bandeau de droite un lexique messin. De quoi prendre son passeport et venir vivre en France de l'extérieur.

Vous verrez : on y arrive. J'en suis la preuve vivante ! 

À ne pas manquer également une belle série de contrepèteries messines...

Le Raudi, c'est ici.

Friday, April 30, 2021

Le blog de Vince

S'agit-il de Vince Taylor ? En tout cas, ce blog déménage comme du rock and roll et la poésie qui dépote est pas mal venue à cette époque de l'année où on commence à rempoter les fleurs.

Rien que le titre est déjà tout un programme : ma poésie et pas la tienne...

Le Vince, tout ce que les poètes bien élevés gnangnan pensent tout bas, lui, il a le mérite de le dire tout haut. Ma poésie c'est pas la tienne et c'est bien pour cela qu'elle est bien : tiens, encore une histoire de cylindrée à décapoter en ces premiers jours de printemps pour en foutre plein la vue aux copains.

Bon, le Vince, il y a du sexe aussi dans sa poésie, mais bon, je vais pas vous refaire le coup du printemps... Laissez vous pousser au Vi(n)ce en cliquant dessus !

Tuesday, April 27, 2021

De Pierre Gondran dit Remoux (extrait de T-B 83)

Mon cortex blessé ne distingue plus
Le soleil de ses reflets —
Mon corps qui déambule dans ce monde
Aux mille aubes angulaires
Jette tant d’ombres (éparses)

*

Mille pièces de goudron
Sur la rue arlequin
Cicatrices bitumineuses
De membres artificiels
À la peau morte et fragile

*

L’aorte battante
À la paroi d’asphalte
Nourrit les trajets capillaires
Enfouis dans le tissu de béton
Jusqu’en haut des tours géantes

Saturday, April 24, 2021

Le Cigar space de Fred Michiels

Ce blog de Fred Michiels et Wichard Ragner (ce dernier étant un compositeur pas très connu, semble t-il, ici, ou pas, aux commandes des réalisations picturales ?), découvert, par hasard, à travers l'envoi d'une newsletter, est vraiment marrant. Car en fait, il se compose de poèmes qui osent ne pas être très poétiques, c'est à dire, loin du sens coutumier de ce terme (les petites fleurs, etc). 

Ça parle de l'art, du monde contemporain, mais en des termes abstraits, qui sont de l’ordre du constat, sans déception aucune.

Dommage que les poèmes ne soient pas plus souvent écrits en français. C'est ici le Cigar Space.

Wednesday, April 21, 2021

De Riel Ouessen (extrait de T-B 91)

EN SEMBLE

Le temps n'a pas d'an
Prise sur nous
Le temps nous lèche la main

Je vermillonne ta lèvre
Pour la bonde et la danse
Je te chevales
Tu me portes de fond

Le fût en bleu, pour l'être de toi
Embruns
À langue sourde

J'étoffe ton ciel
Tu enlumines mon dais
Mes chairs, de vérité


Tiens-toi à l'impossible, comme si tu pouvais traquer tout ce que les yeux ont hué, les oreilles feutré, les langues déclenché, les mains foulé
Comme si tu pouvais traquer la montée, le frisson, l'amot et l'image
Juste ma main sur ton sexe
Comme si de rien n'était


La ramure, en violet, pour l'ultra
Vire qui bat ton flanc
Comme notre volte
En face à vers, Tu
L'envers, en vire-vire

Je ne suis pas au bois
Je m'enchâsse sur ta courtine
De caresses long cours en bruit de mur


Tiens-toi au frisson, comme si tu pouvais ameuter tout ce que tes yeux
feutrent, tes oreilles
débuchent, ta langue foule, tes mains huent
Comme si tu pouvais fouler l'image de ma main sur ton sexe
Comme si de rien n'était


J'ombre ton gourmand, pour voir
Je t'enchéris
Tapis
Je te relance
Parole
Je me rapproche
Jusqu'à comparaître devant ton sourire

Ta main passe

Je jaunis la grève
Pour cette plage perlée
Qui ourle ton bras
Pour cette plate langue
Qui s'autorise à piquer


Rends-toi à l'image, comme si tu pouvais monter mon sexe
Juste ta main sur mes yeux
Comme si rien n'était impossible


Je verdure ton front
Pour la profondeur de lame

Côte fauve, je te cintre
En tapinois
Côté court, tu me coulisses
De source

Je blanchis ce qui est sans
Coupable de givrer la mèche
Pour ce qui est sans
Cible
Pour ce qui est sans
Culotte
Pour qui sans

Pour qui monde ta verge
Au plus vif de ma combe

Comme je te vis
Rends-toi

Sunday, April 18, 2021

Traction-brabant 93

Je suis toujours surpris par l'absence de variété de maints recueils publiés par nombre de poètes pourtant beaucoup édités. C’est marrant ça, on dirait qu’ils le font tous exprès, les poètes, d’écrire tout le temps la même chose, et les éditeurs, de tout le temps les publier.

Alors, attention, je n’ai pas dit que ce n’est pas bien, ce qu’ils écrivent. J’ai dit que c’est toujours pareil et que personne n’a l’air de s’en rendre compte, alors que ça se voit comme le nez au milieu de la figure. Alors, pourquoi ?

C’est comme si on leur avait appris à se cloner pendant des années (parfois pendant un demi-siècle au bas mot), comme s’ils marchaient continuellement main dans la main avec leurs éditeurs, que c’était plus poli, en quelque sorte, de jamais déranger leurs habitudes.

On a donc l’impression, en lisant leurs livres, que ces poètes donnent à publier à leur partenaire tout ce qu’ils sont écrit dans leur calepin, dès qu’ils ont assez d’écritures pour composer un volume. Et quand on lit leurs recueils successivement, on se persuade que le passage de la main à la main s’est fait presque au milieu d’une phrase. Ce qui est gênant, c’est que, à côté de ça, si j’envoie un manuscrit à ces mêmes éditeurs, leur réaction n’est plus du tout identique. Elle se fait beaucoup plus châtiée. En effet, soit, c’est pas assez cru, soit c’est trop cuit, et l’amendement n’est pas permis, tandis que là, à peine démoulé du calepin, c’est déjà édité.

Donc, il faut croire que je n’ai pas tout compris. Moi qui pensais qu’il fallait faire des efforts en changeant de disque, qu’il était préférable de varier les plaisirs, à la fois pour le poète et ses lecteurs, eh bien, je me fourrais le doigt dans l’œil !

Et donc, vu que j’ai rien compris, j’ai préféré écrire sur des thèmes variés, tels que le métro, la vie en banlieue, la fête foraine, le mariage, la mort d’un ami, la course à pied, une actrice, et même, même la bagnole…Vade retro satanas ! Eh bien, j’aurais dû ne parler que de moi-même, enfin, de mes états d’âme, sans chercher des prétextes à la con ! En favorisant le sujet par rapport au style, le fond sur la forme, je n’ai pas été assez un puriste. Péché mortel ! J’ai voulu me changer les idées en faisant appel à l’imagination, alors que l’ennui n’existe jamais en poésie !

Mais promis juré. La leçon est comprise. À présent, comme n'importe quel poète d'expérience, je tiendrai mon journal au jour le jour, en alignant les crottes de bique du quotidien, à savoir à quelle heure les poubelles sont levées ou quand le voisin fait pisser son chien, sans oublier de vous détailler mes problèmes de tuyauterie, qui, forcément, iront en s'amplifiant Et là, ça marchera du tonnerre. Suffit juste de l'écrire en vers.

P.M.

Traction-brabant 13

Tiens, si on parlait de poésie, pour faire revue spécialisée ? N’est-ce pas, comme ça, en parlant pas d’autre chose, on se mouillera pas, h...