Tuesday, December 31, 2019

Traction-brabant 80


Je crois que je viens de trouver un moyen de rendre la poésie plus intéressante aux yeux du grand public. Si, si, je ne plaisante pas.
Vous voulez vivre centenaires ? (ou presque) ? Eh bien, devenez poètes ! C'est génial, non ? La poésie comme élixir de longue vie ! Fallait y penser, n'est-ce pas ? Ça me semble de loin plus efficace que les recherches scientifiques effectuées sur de nouveaux traitements.
Avec la poésie, rien que du naturel !
C'est à la portée de toutes et de tous, en plus. Bon, je reconnais que ça n'a pas toujours été comme ça, hélas.
Sur ce point, les poètes maudits ont été les pires ennemis de leur art. Pensez-vous ! Villon, disparu dans la nature à 32 ans, Lautréamont décédé à 24 ans ! Et cet imbécile de Rimbaud qui s’est tué au boulot à 37 ans ! Quelle honte ! Mais un tel cauchemar, aujourd'hui, est bien fini. Pour trouver un jeune mort en poésie, il faut remonter à Christophe Tarkos en 2004. Et mis à part quelques illuminés qui n'ont rien compris à la vie, tout cela est derrière nous.
Voyez plutôt : Yves Bonnefoy, mort à 93 ans, Eugène Guillevic et Jean Rousselot, à seulement 89 et 90 ans, Jean L'Anselme à 92 ans, et Pierre Béarn à 102 ans. J'en passe et des meilleurs…En plus, il n’y a pas que des morts, il y a des vivants aussi : Philippe Jaccottet, Jacques Réda, Francis Cheng, Anise Kolz, déjà chopés au radar à quatre-vingt-dix ou peu s’en faut. Ce sont nos valeurs sûres ! Et même les casseurs de langage y parviennent ! La vieillesse c’est no limit ! Un truc de ouf !
Crois-moi, ami poète, je suis désolé de te le dire, mais si tu es mort avant 80 ans, c'est que tu as raté ta vie. C'est bien pour cela que j'ai attendu le numéro 80 pour aborder ce thème sensible du grand âge.
Alors, fais pas le con, poète ! Applique-toi à fonctionner. Écris 5 poèmes et ritournelles par jour, publie tes 4 recueils par an et oublie pas d'aller consulter régulièrement ton médecin. Prends tes pilules quoi. Ça doit être quand même moins crevant que de se droguer et de boire trop d'alcool fort... Écrire, c'est tout ce qu'on te demande, poète, c'est quand même pas difficile ! Écrire, d’ailleurs, tu pourras toujours le faire, à défaut du reste.
Admets en plus que la poésie est un truc lent, donc c’est pas grave si tu ralentis. Ça concerne la contemplation éternelle. Or, avec l'âge, on devient asymptote à l'éternité, en quelque sorte. Donc, tout baigne ! D’ailleurs, je sais pas pourquoi je te dis ça, car tu m’écoutes parfaitement.
Si, avec tout ce que je dis là, la poésie vous fait pas envie, moi j'y comprends plus rien. C'est la vertu écologique à médiatiser (sauf pour les arbres).  
P.M.                                                            


Numéro 80 de Traction-brabant


Le numéro 80 de "Traction-brabant" est vendu au prix de 2,40 €.

Pour plus de précisions, contact association le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Présentation

"TRACTION-BRABANT" (alias T-B pour les intimes) est un fanzine d'écriture, de poésie et autres textes courts, créé en janvier 2004 par Patrice MALTAVERNE (conception, écriture, choix et mise en page des textes) et Patrice VIGUES (illustrations).

"TRACTION-BRABANT" existe aussi et surtout sous sa version papier à une cent soixante-dizaine d'exemplaires par numéro. Le poézine est à parution aléatoire, quoique... si tous les deux trois mois, les combattants sont en forme, un nouveau numéro sort de leur tanière.

"TRACTION-BRABANT", aujourd'hui publié par l'association Le Citron Gare, ne demande aucune subvention, le poézine a juste pour but de faire circuler à son modeste niveau une poésie pas trop classique ni trop molle surtout, ainsi que de véhiculer certaines pistes de réflexion, sans pour autant qu'il ne soit tranché dans le vif.

Plus précisément, à l'origine, TRACTION-BRABANT est la contraction de traction avant, l'auto et de brabant double, la charrue à double soc. Cela montre avant tout notre nostalgie pour ces vieux objets mécaniques ainsi que notre méfiance par rapport à un progrès non mesuré...

Les auteurs (poètes, illustrateurs) présents dans "TRACTION-BRABANT" sont plus de cinq cents, d'après les dernières stats.

Ce blog a pour but de reproduire des extraits du zine sous sa version papier et de faire connaître davantage ce que nous faisons....

Enfin, "TRACTION-BRABANT" s'efforce d'encourager ses participants à des échanges de textes et d'idées et pourquoi pas à de possibles rencontres.

À l'inverse, merci de ne pas entrer en relation avec "TRACTION-BRABANT", si vous êtes une vedette de cinoche, que vous vous la jouez professionnel(le) - rester simple ne signifie pas toujours être idiot, enfin, il me semble !

P.M.

Contact pour l'association Le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Trouver la voiture II

Daba en poésie de Vojka Milovanovic

Voici, publiés dans ce blog, quelques poèmes sensibles, ceux de Vojka Milovanovic, qui font du bien à lire. Un soupçon de fraîcheur, et surtout une sensibilité qui ne me semble pas feinte, de la simplicité pas simple enfin.

Dommage que la publicité des over blog fasse passer ces poèmes pour des îles au milieu d'un océan de trucs pas essentiels...

Pour aller Daba, ou là-bas, c'est ici.

De Pierre Vella (extrait de T-B 49)

Le jeune homme trop maigre pour être affamé s’approcha brusquement d’un gros commanditaire sortant de la halle et lui braqua un pistolet sur le cœur.

« Le portefeuille ! » lui cria-t-il dans sa bonne oreille.

Le gros commanditaire frissonna, sortit son portefeuille très lentement et gémit : « Mais pourquoi moi ! Pourquoi subitement moi ? ! Il y a d’autres profiteurs sur la place, d’autres usuriers, d’autres filous bien plus retors que moi ? ! »

Le jeune homme appuya un peu plus son arme contre la poitrine du corpulent vieil homme : « Parce que je vous avais repéré de loin, sachant à votre mine que vous seriez faible et trouillard comme un enfant ! Sans résistance ! Allez, sortez ce portefeuille de votre poche ! »

Le gros commanditaire s’exécuta enfin en tremblant. Le jeune homme sortit alors une grosse liasse de billets épaisse comme un dictionnaire de sa veste et la fourra de force dans le portefeuille déjà bien garni du bonhomme suppliant.

« Non non ! Pas d’argent ! PLUS d’argent ! Pourquoi moi ! Non, non, arrêtez, c’est trop, je n’en puis plus ! » Une commère qui passait par là regarda le jeune homme en souriant, voyant bien qu’il importunait un notable.

« C’est bien fait pour lui – dit-elle en levant les bras devant la sorte de fatalité qui l’avait fait choisir cette victime – c’est bien fait pour lui. Il l’avait bien cherché. L’argent va à l’argent, que peut-on ? »

Le gros commanditaire rentra chez lui plus tôt que de coutume, les poches pleines de billets, pâle et accablé. Il allait devoir dire à sa femme (qui plus il était riche, plus elle était acariâtre) qu’on lui avait encore donné de l’argent dans la rue ! Décidément, la sécurité de la ville laissait à désirer. Ce n’était plus une vie si l’on recevait de l’argent à tous les coins de rue. Et les conséquences !

Le niveau de vie qui monte, les frais obligés que cela entraîne, les œuvres caritatives à l’affût, les aides à la famille, les quémandeurs.

La femme du commanditaire lorsqu’elle le vit comprit tout de suite à sa mine :

« Si c’est pas malheureux de voir ça ! » Elle haussa les épaules sans commisération pour son mari qui soupirait et tremblait encore en enlevant sa veste et en desserrant sa cravate.

2011

Mon vélocipède à antenne a fondu de Patrice VIGUES



Malta compil : 2008 (avec Windows media player)

Alors là, c'est carrément l'inédit de chez inédit : dernier poème de cette compil pour le moment:

Le vla le poème (je vous préviens il est assez long, hé oui, c'est comme ça, j'ai de plus en plus d'endurance mais le lecteur, lui, en a-t-il de l'endurance ?


LE MEGAPHONE

 
Ils disent qu’ils ne sont pas du bétail les élus hélas ils se conduisent pareil. Si l’un aperçoit un pré vert ou des glaces à l’orange les autres suivent mêlant leurs graisses au passage. Aujourd’hui sans rire ils se meuvent avec une voiture jusqu’au supermarché


Le test a débuté le jour de l’invitation. Il était convenu entre ma mie et moi que le premier qui dégainerait autre chose qu’un virement bancaire serait viré d’office. Mais la loi n’étant plus jamais votée à mains basses aurait paru trop dure pour la masse

Le mégaphone fera l’affaire. D’abord c’est un objet donc béni par l’absence de dieux printaniers. En plus il coûte cher et ne sert à rien. Pour gueuler au dessus de la tempête il faut avoir une voix d’enfant de cœur et ça nous l’avons

La difficulté pour se procurer un mégaphone semble de prime abord inouïe. Elle l’est parce que nous ne sommes pas professionnels du spectacle. Elle l’est parce que nous ne savons pas quel coin de la toile déchirée bénir avant qu’un dimanche aux puces l’engin nous revienne

Je rêve toujours de gueuler dans cet ustensile à piles. Le mieux est d’enregistrer des insultes sous couvert. Voir les têtes dépitées survivre dans l’angoisse. En dehors du mégaphone la nature se moque et biffe toute présence autre qu’éternelle. Les humains en sortent battus par les vents

Chérie je ne serai pas méchant avec les libellules. Je te promets que si j’effraye des grenouilles c’est pour ne plus avoir peur des hommes. Expectore le givre crache un bon coup dans la soupe du vent en amont et tu sentiras s’évaporer l’ironie des bonbons

Le jour dit les invités se présentent. Ils sont bien venus je n’y aurais pas cru. Tout à coup ils lèvent la tête vers les tuiles. Où-suis-je ? Mieux vaut que j’épèle leur nom après le mariage. Preuve d’affection ils reçoivent un numéro et ils écoutent


Sur un accompagnement de Automotive (via Dogmazic) et "Kanario d bogart" (voilà un titre qu'il est original). Avec Windows Media Player

De Xavier Monloubou (extrait de T-B 78)

Les matins de grâce

L’idée me suit. Accrochée à la vie qui d’étale, presque s'enfuit.
Penser l’éternel pour mesurer l’autre éternel.
Lorsque le soleil fait tomber son fer chaud sur le pavé.
L'esprit bruine et devient doux. L'ange joue avec le loup et l'amour n'est plus menacé.
Au milieu des bois. L’arbre et le cygne blanc se mettent à brailler de joie.
1000 rêves ont assiégé les cendres. De l’autre côté de l’arbre. Le règne.
Les rêves nous y ramènent. De plus en plus nombreux. S’entourant de pluie. À peu près sans aucun bruit. Seuls avec la prière. Et l'idée simple de nous rendre heureux.
(27-03-16)


Incipits finissants (40)

C’est l’histoire du poète le plus génial que j’ai connu, même si je ne l’ai jamais rencontré. Ne croyez pas qu’il s’agisse là de bêtises. C’était un mec pas comme les autres. D’autres personnes pourront le confirmer. Ce mec balaize s’est pointé un jour que nous lisions dans notre bar préféré. D’emblée il nous a pris de haut, c’est à peine s’il nous a dit bonjour, se contentant de nous écouter comme ça, vautré sur une table. Enfin, au bout d’une demi-heure, il se leva pour proclamer : ce que vous lisez c’est pas de la poésie. La poésie c’est ça. Et alors il s’est mis à dire ce qui sans aucun doute constituait l’un de ses poèmes, un fragment de ce qui nous parut aussitôt être une œuvre intense, caractérisée par des vers d’équilibriste, difficiles à suivre mais qui avaient l’avantage de piquer au vif notre intuition. C’était comme de la science-fiction éternelle. Et nous, nous étions là comme des ronds de frites.

La logorrhée de ce mystérieux visiteur dura un peu plus de cinq minutes. Puis le mec s’arrêta de parler, balançant une carte de visite sous nos yeux ébahis. Enfin il se barra sans rien ajouter et nous ne le revîmes plus jamais dans le bar.

Quelques jours plus tard, muni des cordonnées du poète, je tentai de le contacter par mail. Pas de réponse. Je lui téléphonai ensuite sur son portable, pour l’inviter à venir boire un verre. Pas davantage de réponse. Un jour enfin, je le croisai dans la rue. Je lui fis un signe de tête. Mais il sembla ne pas me voir. Les copains l’aperçurent dans des circonstances similaires. Certains allèrent jusqu’à prétendre l’avoir vu conduire une vieille deux chevaux peinte en vert pomme. Hélas, aucun poème ne fut publié sous le nom qu’il nous avait donné, aucun livre de lui ne circula sous le manteau de notre bohème. En me rappelant ce regard qui n’avait jamais été autre que méprisant, j’en conclus qu’il attendait qu’on vienne le chercher chez lui. Seulement, il pouvait attendre longtemps. Petit à petit, le souvenir de son existence s’estompa dans nos mémoires. Et après tant d‘années, je me dis : le poème qu’il a lu n’était-il pas d’un autre que lui ? Aujourd’hui, j’en suis presque certain. Le génie est rentré dans sa boite. Finalement, ce n’était pas une bonne idée.

P.M.

Déesse de Cathy Garcia

Et pour en savoir plus sur les illustrations, la revue et les textes de Cathy GARCIA, je vous propose de leur rendre visite :

http://cathygarcia.hautetfort.com/
http://gribouglyphesdecathygarcia.wordpress.com/
http://delitdepoesie.hautetfort.com/
http://associationeditionsnouveauxdelits.hautetfort.com/

Les bouseux de l'Ouest par Thomas Vinau

Voici un super blog avec des méga photos (venant de la Libray of Congress) qui chient bien et que m'a fait suivre Thomas Vinau. C'est pas à la mode mais c'est.

D'Antoine Maine (extrait de T-B 58)

À l’horizon

À l’horizon de cette nuit
Passent encore passent sans fin
De longs wagons couleurs d’ombre
Couleur de pluie et puis s’en vont
Dans la déroute des lueurs

Là plus de chien pas même un loup
Nul ne pourra changer le cours
Ainsi ainsi va notre peur

Rideaux tirés sur la pagaille
Des jours laissés en contrebas
Le long convoi borde les rues
Tout encombrées de maisons basses
Pauvres jardins mangés de rouille
Haies qui s’écroulent sous le poids
De nos silences lourds comme pierre

À quai des hommes sans couleurs
Les bras chargés de souvenirs
Attendent et c’est depuis longtemps

Après le talus on devine
Dans l’herbe sèche le creux tiède
Où firent litière les amants
Leurs corps noués dans le matin
Haleine chaude au ras du ciel
Ils ont pris le chemin d’hiver
Celui qui longe notre oubli
Celui qui mène aux peupliers
Et dans l’abri secret des branches
Les oiseaux ferment les paupières


J’ai laissé tellement de nuits
La cendre à la peau d’une femme

Image de Pierre Vella


D'Adrien Braganti (extrait de T-B 75)

La tendresse des fêlés

Pendant qu'ils affichent pour tous
Leur vie sans sommeil,
Nous touchons du doigt une tendresse
Sans pareille.
À l'abri des madrigaux en ruine,
De ces serpents qui bossent sous couvertures
Dans les décors au désordre calculé.

Enfonce-toi entre mes bras.
Contracte-toi si l'on te déloge
Des beautés de nos chansons
Si l'on te mène à voir
Nos vies de rêves comme le fruit pourri
De la passion.

Les cris des cochons ne valent pas une rime
Et nos silences seront notre seul crime.

Le Raudi à Metz

Une fois n'est pas coutume. Je fais de la pub pour un site d'actualités culturelles messin. Il s'agit du Raudi, ou la culture autrement, comme c'est très bien résumé.

A côté de nombre de manifestations et d'initiatives locales présentées à la une, vous trouverez en cliquant sur le bandeau de droite un lexique messin. De quoi prendre son passeport et venir vivre en France de l'extérieur.

Vous verrez : on y arrive. J'en suis la preuve vivante ! 

A ne pas manquer également une belle série de contrepèteries messines...

Le Raudi, c'est ici.

Saturday, June 01, 2019

Incipits finissants (38)

Ah bon sang ! Qu'est-ce qu'ils étaient bath les vieux de dans le temps ! Ils ne nous faisaient pas concurrence, ils ne nous cassaient pas les pieds, à toujours vouloir être dans le coup, à vouloir rester jeunes, à toujours être dans le vent, dans la bourrasque oui, à courir à bride abattue, malgré leurs dénégations, après la jeunesse éternelle, alors qu'ils ne parviendront pas à garder la jeunesse en courant après, c'est une évidence, parce que le moteur, il est davantage foutu, malgré tout. Et puis aussi, parce que c'est inutile car la jeunesse, qu'est-ce qu'elle peut être conne des fois !
Alors, oui, moi, je regrette les vieux qui ne quittaient jamais leur maison, qui continuaient à s'habiller en bleu de travail, comme s'ils continuaient à aller au boulot, même s'ils ne travaillaient plus. Les vieux pour qui les loisirs principaux étaient la culture du potager et le canon de vin rouge au café du coin. Les vieux qui n'avaient pas honte de se coucher à sept heures du soir et qui regardaient jamais la télé, ne suivaient jamais la mode, même pour la critiquer. Bref, des vieux de vieux, des vrais vieux ! Là, au moins, on n'était pas trompés sur l'emballage. Avant, les vieux revendiquaient d'être vieux, parce qu'ils n'étaient pas nombreux à pouvoir le devenir. Alors voilà, c'était plus clair pour moi.
Heureusement, je suis très content, parce que le pouvoir, merci, en reculant l'âge de départ à la retraite, va contribuer à changer cette situation, en faisant de nous des vrais vieux, comme autrefois. Pas des vieux jeunes, qui font tout le temps semblant, mais des vieux aux dos cassés et plein de rhumatismes et qui voyageront du lit au boulot et vice versa. Les vieux vont enfin pouvoir retrouver leur fonction première, celle d'être vieux et de faire vraiment tache au milieu du tableau, en nous offrant un spectacle, certes désolant, mais tellement naturel. En plus, c'est de là qu'on vient, alors autant y retourner.
Parce que, en plus, les vrais vieux, ça sera nous. Génial, car nous ne risquons pas de nous faire de l'ombre. Et pis, les jeunes nous respecteront mieux si on essaye pas de leur ressembler.
Ah vivement qu'on soit vieux ! On pourra même pas regretter notre jeunesse, notre jeunesse de vieux !
Parce que tout ça, de toute façon, pour la révolte, c'est du pareil au même !

Friday, May 24, 2019

Le blog de Vince

S'agit-il de Vince Taylor ? En tout cas, ce blog déménage comme du rock and roll et la poésie qui dépote est pas mal venue à cette époque de l'année où on commence à rempoter les fleurs.

Rien que le titre est déjà tout un programme : ma poésie et pas la tienne...

Le Vince, tout ce que les poètes bien élevés gnangnan pensent tout bas, lui, il a le mérite de le dire tout haut. Ma poésie c'est pas la tienne et c'est bien pour cela qu'elle est bien : tiens, encore une histoire de cylindrée à décapoter en ces premiers jours de printemps pour en foutre plein la vue aux copains.

Bon, le Vince, il y a du sexe aussi dans sa poésie, mais bon, je vais pas vous refaire le coup du printemps... Laissez vous pousser au Vi(n)ce en cliquant dessus !

Thursday, May 16, 2019

De Clément Bollenot (extrait de T-B 76)

après la pluie
la poussière est toujours noire
sous le soleil
la poussière est toujours noire
au clair de lune
la poussière est toujours noire
sur les mains de l'enfant
la poussière est toujours noire
dans les cœurs
la poussière est toujours noire
à travers les bombes
la poussière est toujours noire
au-delà des falaises
la poussière est toujours noire
parmi le couloir des souvenirs
la poussière est toujours noire
rien ne bouge
maintenant
dans le coin de la pièce
la poussière est toujours là 

Sunday, April 28, 2019

De Jean-Yves Bourgain (extrait de T-B 72)

La vraie vie

La vraie vie n’est ni la propriété ni la liberté ni la ponctualité. Ni la sécurité sociale ni le système scolaire ni l’appareil judiciaire. Ni le PIB ni le niveau d’instruction ni l’espérance de vie. Ni la politique ni la culture ni la religion. Ni internet ni la télévision ni l’électricité.

La vraie vie ne peut être ni définie ni encadrée ni réglementée ni contrôlée ni prévue ni aménagée.

La vraie vie est un souffle, un élan, un torrent. Un tsunami d’événements contre lesquels le Conseil de sécurité de l’ONU, Daech et la bombe atomique ne peuvent absolument rien.

La vraie vie fait naître les nourrissons et pousser les fleurs, elle déplace les nuages, inspire des mélodies aux uns et de l’amour aux autres, elle détruit tout en un clin d’œil et reconstruit le double encore plus rapidement.

La vraie vie ne s’arrête pas. Elle n’est pas à la mode. Elle n’a aucun diplôme ni aucun papier d’identité, elle n’a ni nom, ni âge, ni statut social.

La vraie vie fait rire et pleurer, elle donne faim et soif, elle fait couler le sang dans les veines et clapoter les ruisseaux entre les rochers.

La vraie vie est dans un sourire, dans un baiser, dans un échange sincère. Elle se fout des codes, des titres, des règlements, des grands hommes et de l’histoire. Elle se joue des frontières, des prisons, des clôtures et des contrats.
La vraie vie transforme les pires moments en meilleurs souvenirs, elle provoque les rencontres et scelle les amitiés. Elle maintient en vie les mourants et foudroie les plus vigoureux dans la force de l’âge.

La vraie vie donne des frissons, des émotions, des picotements dans le ventre. Elle n’attend pas que ce soit le bon moment pour faire ce qu’elle veut. Quand elle a envie de changer le cours d’une vie, elle n’a qu’à claquer des doigts et rien ni personne ne pourra rien y faire.

Coule, avance, dévale la pente, toi, la vraie vie. Précipite-toi vers ta destination, précipite-moi dans le sens que tu as choisi de choisir. Change d’avis mille fois. Piétine-moi, écrase toutes mes tentatives de te nommer, de t’étudier, de te faire connaître. Efface ma mémoire, saccage mon quotidien, fais de moi ce que tu veux.

Fais-moi comprendre encore des millions de fois que je n’existe pas, que Jean-Yves n’est qu’un vêtement, une fleur bientôt fanée, une vague insignifiante qui finira bien par s’échouer sur la plage, un jour ou l’autre. Fais-moi sentir que la table, la pluie, l’écran en face de moi ne sont pas distincts de tout ce que je crois pouvoir enfermer dans mon hypothétique individualité.

Balaye mes certitudes. Déshonore-moi, fous-moi la honte à chaque fois que je t’oublierai, à chaque fois que je te confondrai avec tout ce que tu animes, toutes ces illusions qui prennent des faux airs d’importance capitale.

Sers-moi un verre d’eau fraîche.

Saturday, April 20, 2019

Traction-brabant 79

Il s'en passe de bien moches dans les blogs de plus en plus sites.com. Les choses ont empiré en une dizaine d’années. Désormais, dans plus d’un tiers des cas, je renonce à mettre en lien d’autres blogs avec celui de Traction-brabant. Il y a des signes qui ne trompent pas. Les titres poétiques de ces publications artisanales sont constitués des noms des auteurs, quand ce ne sont pas des pseudos.com. Ben voyons ! Faut pas se crever la nénette. On enregistre de nouveaux records d’immodestie dans le milieu amateur de l’écriture. Les blogs foutraques et marrants ont laissé la place à des publications que les gentils qualifieront d’épurées, et que moi, je considère comme anémiées. Sur la page principale, sur fond blanc toujours, deux trois gribouillis se battent en duel, que des gamins de maternelle réussiraient sans problèmes... C’est l’apologie du pois chiche à se mirer dans l’assiette. En lieu et place de textes, on trouve des vidéos ennuyeuses. Et puis, des photos de lectures et de rencontres. Les lectures, c’est des nanasmecs qui lisent debout, les rencontres, c’est des nanasmecs qui causent assis et puis les performances, c’est des nanamecs qui hurlent couchés. Avec ça, je me couche moins idiot, c’est sûr. Si la malchance est de la partie, on a droit à la profession de foi de l’auteur volontiers artiste (ou autiste), du style « Mon travail est une réflexion sur l’espace, une mise en situation du réel » et blablabla vas-y que je te drosophile une armée de grosses mouches.
Bref, après avoir fait le tour du site, tu sais toujours pas ce que le boss écrit, car tu vas jamais au-delà des premières de couverture, et si ça se trouve, c’est juste ça qui coûte 20 € pièce, tellement t’as l’impression qu’il n’y a rien derrière. Ces (h)auteurs sans scrupules et naïfs à la fois pensent qu’ils vont nous convaincre d’acheter leurs œuvres. Hélas, de telles publications me persuadent surtout d’aller voir ailleurs, là où l’herbe est verte, et non pas blanche comme un cahier.
Bon, si vous me dites que c’est une façon ordinaire de nous prendre pour des billes, là, je suis d’accord. Si pour abattre son chien, on dit qu’il a la rage, on est sur la bonne voie. Bientôt, il n’y aura plus rien d’intéressant sur Internet.
Alors qu’un bon blog, c’est quelque chose de bien plus simple. C’est du texte plus du texte plus du texte, un laboratoire évolutif d’écriture éruptive à ciel ouvert. N’économisez pas vos poèmes. Si on vous les pique – pas grave - c’est qu’ils sont réussis. Et puis un blog, c’est de l’image, pleine et entière, des couleurs que l’on voit, du rouge sang, oui, c’est ça, des textes sanglants qui s’écoulent des plaies de l’âme, quelque chose de dense qui vous étouffe, dans lequel vous avez du mal à vous repérer, et qui, en tout cas, refuse de ressembler aux placards vides de chez Ikéa. 
P.M.                                                                                                   

Blog Archive

About Me

My photo
Poézine ou pour parler comme les gens bien "revue poétique et littéraire" et toutes petites petites éditions, comme le format des bouquins