Tuesday, May 07, 2024

Incipits finissants (53)

Ce n’est qu’un corps qui dérive le long du cours d’eau. Un corps autobalancé d’un pont ou d’une rive. Triste réalité, hélas ordinaire. Lui qui de son vivant n’a jamais voyagé aussi libre d’attaches, le voilà bien parti pour éclater tous ses records. Le courant est avec lui !
Pour faire post-tautologico-Tarkos, c’est un corps qui est fier de son statut de corps. Faut dire qu’il y a vraiment de quoi. Son amie, la rivière, est la seule à se jouer de ce fabuleux article 17 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, toujours appliqué avec zèle, puisque étant relatif au respect de... la sainte propriété privée !
Cela lui permet, au corps, de croiser un cimetière, mais comme il n’a pas envie de se donner à la science des esprits, il repart parmi les flots et alors apparaît un centre commercial. De là, il aperçoit les rangs de caddies du superbe supermarché. C’est là qu’il trimait avant, le corps. Pourvu qu’ils ne le remettent pas, même raide, à la caisse, là où seule importe la validation des transactions.
Mais vite, il faut déguerpir en mettant les bouchers doubles. En aval, c’est rien de moins que l’usine, enfin rien de plus que l’usine à l’arrêt. Un nouveau concept à la française. La friche industrielle pour les artoschtes ! Encore du subventionné tout ça ! Ah ! Quelle beauté, y a pas à dire. Ça l’était tout de même davantage quand ça rapportait des salaires, même nazes, qui permettaient d’avoir sa maison et d’aller tous les week-ends à la pêche. Tiens, voilà une canette… vide ! A cette époque, on se sentait moins seul quand on était ouvrier. Maintenant, c’est plus triste qu’une cathédrale, comme ces vieux classique Larousse qu’on ne lit plus.
Le corps commence à se demander s’il va s’arrêter un jour de dériver. Le problème principal, quand on y regarde de près, en fait, réside dans les vivants.
D’ailleurs, voici à tribord un jardin pour les mômes. C’est déjà plus touchant. Sauf que les enfants vont cafter à leurs parents s’ils le voient et ensuite ils feront des vilains cauchemars puis beaucoup plus tard, ils le rejoindront dans un flux identique.
Ayant réfléchi à la situation, le cadavre vient de changer d’avis : il va se rendre au prochain cimetière à peu près potable croisé sur sa route. C’est encore là qu’il passera le plus inaperçu et pourra infinir en paix.
                                                                                                                                                    P.M.

Numéro 107 de "Traction-brabant"

 

Le numéro 107 de "Traction-brabant" est vendu au prix de 3 €. Alors, ne vous privez pas. Des exemplaires des anciens numéros sont également disponibles sur demande.

Pour plus de précisions, contact association le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Ce numéro 107 est également disponible sur Hello Asso : 

Présentation

"TRACTION-BRABANT" (alias T-B pour les intimes) est un fanzine d'écriture, de poésie et autres textes courts, créé en janvier 2004 par Patrice MALTAVERNE (conception, écriture, choix et mise en page des textes) et Patrice VIGUES (illustrations).

"TRACTION-BRABANT" existe aussi et surtout sous sa version papier à une cent soixante-dizaine d'exemplaires par numéro. Le poézine est à parution aléatoire, quoique... si tous les deux trois mois, les combattants sont en forme, un nouveau numéro sort de leur tanière.

"TRACTION-BRABANT", aujourd'hui publié par l'association Le Citron Gare, ne demande aucune subvention, le poézine a juste pour but de faire circuler à son modeste niveau une poésie pas trop classique ni trop molle surtout, ainsi que de véhiculer certaines pistes de réflexion, sans pour autant qu'il ne soit tranché dans le vif.

Plus précisément, à l'origine, TRACTION-BRABANT est la contraction de traction avant, l'auto et de brabant double, la charrue à double soc. Cela montre avant tout notre nostalgie pour ces vieux objets mécaniques ainsi que notre méfiance par rapport à un progrès non mesuré...

Les auteurs (poètes, illustrateurs) présents dans "TRACTION-BRABANT" sont plus de cinq cents, d'après les dernières stats.

Ce blog a pour but de reproduire des extraits du zine sous sa version papier et de faire connaître davantage ce que nous faisons....

"TRACTION-BRABANT" s'efforce d'encourager ses participants à des échanges de textes et d'idées et pourquoi pas à de possibles rencontres.

S'il vous plait, n'envoyez jamais plus de 10 pages format A4 (en un seul fichier et format Open office ou Word, de préférence) si vous contactez le poézine. 

À l'inverse, jusqu'à preuve du contraire, et contrairement à la majorité des revues de poésie d'aujourd'hui, aucune thématique n'est imposée dans "TRACTION-BRABANT". C'est la liberté chère au poète (du moins, je le crois) qui prime, et puis aussi, cette certitude que le poète peut trouver lui-même de quoi il a envie de parler quand il écrit…

P.M.

Contact pour l'association Le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Dans le bocal

Le bordel des poètes, de Dom Corrieras

Je ne dis pas ça parce que les posts récents du "Bordel des poètes" contiennent des textes que j'ai publiés dans "Traction-brabant" ou le "Citron gare", mais ils sont rares les blogs dans lesquels sont mis en ligne :

- des poèmes qui ne sont pas forcément l'oeuvre du titulaire du blog;
- des poèmes d'auteurs connus de la sphère littéraire, comme d'auteurs reconnus par moins de personnes.

Eh bien, le "Bordel des poètes" de Dom Corriéras réussit cet exploit ! Il mélange allègrement tous les genres, sans décréter qu'une seule poésie serait la bonne, au dépens de toutes les autres (comme le font trop souvent les spécialistes qui donnent l'impression d'avoir besoin de se poser comme juges du bien et du mal pour pouvoir exister pas beaucoup).

Au vol, je dirai donc que vous retrouverez là-dedans des poèmes d'Olivier Larronde, comme de Rutebeuf, comme de Thibault Marthouret ou Marlène Tissot, comme d'Akhmatova ou de Pierre Dac !
Profitez en, vous aurez un vrai panorama de la poésie qui se pratique ou s'est pratiquée.

Plongez donc dans ce bordel (c'est ici !) de bon aloi !

D'Alain-Jean André (extrait de T-B 45)

PAS Á LA PAGE

Machines, loin de nous l’enthousiasme des débuts
du XXe siècle Loin de nous la nausée
de sa moitié Loin de nous les journées chaudes
d’un mai de roman Loin de nous le pied ferme
sur la terre ferme, mythe du progrès, langue de bois
qui s’y croit Les pages du XXe
sont déjà reliées dans des encyclopédies bon marché
qui marchent Et nous voyons, les feuilletant religieusement,
que nous sommes déjà de l’encre séchée Loin de nous
de ce qui bat en nous Machines,
toujours plus familières Loin de ces images captives
du papier glacé Loin de ce rapt
vraiment en dehors de la page

Hélicoléoptère de Patrice VIGUES


 

Malta compil 2012 : "Ami tu m'as demandé..." (avec lecteur mp3)

Comme l'année 2012 est désormais finie et bien finie, j'ajoute à la Malta Compil un texte écrit cette année là. La musique qui l'accompagne est "Le cauchemar" de Miss Hélium, importée via Dogmazic (site de musique sous licence libre), https://www.dogmazic.net/.

Vous pouvez entendre ce poème lu par ici.

En voici le texte :

Ami tu m’as demandé par lettre suspendue dans les airs si je pouvais être pour toi cet arrosoir irriguant des plaies bien tranchées. Soudain il n’y eut plus que toi et moi alors que j’aurais préféré monter à plusieurs sur la plate-forme d’un tête à tête. Au fait comment cela se passait-il avant lorsque nous vivions à peu d’ailes d’oiseaux l’un de l’autre ? J’ignore si le mystère en se déplaçant venait gratter comme un fantôme au pied de nos intimités ou si c’était un grand méchant loup résorbé par les marées quotidiennes. Puis les lettres de cette lettre se sont effacées. Je ne sais plus qui tu es je ne sais plus qui nous étions si nous nous nous traînions dans une oasis à peine calamiteuse. Cela m’étonnerait d’ailleurs. Il y a plein de vides entre ces mots. Il y a plein de vies et quelques faux trésors à ramener chez toi la queue basse et le crépuscule est toujours pour nous ce même raton laveur

Si nous nous croisions sur un morceau de trottoir
Il n’y aurait personne pour claquer notre battoir

De Xavier Le Floch (extrait de T-B 14)

Les temps modernes

Enchaîné aux aiguilles
Des billes plein les poches
Engloutir un soda vanille
À l’appel des cloches

Bien huilée, bien dressée
La mécanique articulée

Ligoté au clavier
Un écran pour visage
Sucer du gravier
Au son des mirages

Bien huilée, bien dressée
La mécanique articulée

Accroché au volant
Une puce dans la tête
Ecraser le vivant
Au klaxon d’une non-fête

Bien huilée, bien dressée
La mécanique articulée



et devant l'excitation générale, une petite vidéo journalière de streep-tease poétique

Nu de Matisse : illustration de Henri Cachau

Pour en savoir plus, contact : henricachau@free.fr

De Christophe Réal (extrait de T-B 65)

MOUVEMENT DE VOILE

Si les poissons-clowns font rire les baleines
Si les bouées tintent sous le flot des proues
Si les pieds-de-biche jouent à tire-d'aile
À danser au rythme des requins-marteaux

Que les poissons-lunes éclairent l'abîme
Que l'étoile de mer colmate le rafiot
Que tes doigts d'oursin comme des algues vives
Caressent les vagues qui lorgnent ma peau

Rose de Cathy Garcia


Pour en savoir plus sur les illustrations, la revue et les textes de Cathy Garcia, je vous propose de leur rendre visite :

De Joëlle Pétillot (extrait de T-B 82)

Grenier du rêve

Le sommeil ébréché des vieilles porcelaines
L'attente sans chagrin des ombres du grenier
La fenêtre unique, penchée
Les lucioles affolées d'un soleil de traverse

Tout meuble boîte
Chaque pli est un gouffre
C'est puissant comme une marelle
Ciel et terre
En un seul parquet
Fixé sur les vieilles patères
Un temps de craie

Pendule d'une seule aiguille
Claudiquant
Posée là comme un codicille

Rien ne vieillit
Tout se patine
L'enfance, la vie,
Notre âme
Aussi.

"The dark side oh the pink" (illustration de Jean-Marc Couvé)




Le blogue de Christophe Condello

Accompagné d'une citation d'Aristote, en sous-titre, "Les arbres sont des êtres qui rêvent" (ce n'est pas ici effectivement qu'ils seront coupés !), le blogue (comme c'est écrit dedans) de Christophe Condello publie des textes d'autres poètes.

Il s'agit aussi d'un blogue d'actualité poétique : mise en avant de certaines manifestations (lectures), publications (chroniques de revues et de livres), et hommage à des auteurs disparus, sans compter une liste de liens d'éditeurs bien fournie.

Bref, une assez complète publication, à suivre ici.

Traction-brabant 98

Cela m'a fait une drôle d'impression quand j’ai croisé un ami l’autre jour et que je lui ai raconté être parti chercher Traction-brabant. À cet instant, j’ai eu comme une révélation. Et si Traction-brabant était devenu mon enfant ? Ah non ! Arrêtez ! Je n’en suis pas encore arrivé à ce stade !

Simplement, maintenant qu’elle a atteint sa majorité, Traction-brabant brûle de prendre son envol, ce qui m’énerve assez ! Je sens comme une envie de sa part de se mettre à la littérature ! Quelle prétention ! C’est du beau ! Quand je pense que je la nourris depuis toutes ces années ! Si elle continue à m’embêter comme ça, je ne suis pas certain de survivre à tous ses caprices ! Je vais être obligé de lui couper les vivres. Si elle veut devenir écrivain, elle se les paiera, ses études de lettres modernes ! Ça lui apprendra la signification de l’expression : voler de ses propres ailes.

Il faut dire que ce n’est pas toujours facile pour Traction-brabant. Depuis que son petit frère est né en 2012, elle se montre parfois jalouse. Citron Gare est très mignon, et d’ailleurs, je m’applique à fond pour parfaire son éducation. Alors que je me suis jamais beaucoup soucié de l’apparence de « Traction-brabant ». Si elle se met en tête d’être coquette à présent, je ne pourrai plus m’occuper du petit Citron Gare, qui a bien besoin qu’on le protège ! À dix ans à peine, pensez-vous, il ne connait rien de la vie ! Lui aussi, je dois lui épargner les mauvaises rencontres qu’il peut faire à la sortie de l’école, à commencer par les littérateurs, ces êtres malfaisants qui vous embobinent pour une gloire supposée. Si je n’y prête pas attention, il se fera entuber direct !

À cet égard, Citron Gare n’est pas non plus tout blanc ! Dès que je passe trop de temps avec Traction-brabant, il pique de ces crises ! Evidemment, Traction-brabant est le fruit d’un amour de jeunesse ! Tandis que Citron Gare est le résultat de ma sagesse d’adulte qui fait que je lui réserve un brillant avenir. Du coup, ça m’embête car il ne faudrait pas que Traction-brabant pense que je la prends pour une punkette qui tourne mal.

Moi, je vous l’dis ! C’est pas facile d’élever tout seul deux enfants, quand en plus, il faut travailler pour gagner sa vie !     

P.M.

Saturday, May 04, 2024

"Jacques Louvain" de Dominique Boudou

En voilà un bon vieux blogspot bien complet : il s'intitule de façon marrante "Jacques Louvain", mais c'est le blog de Dominique Boudou. Allez savoir qui des deux est le vrai ! Les deux peut-être, sans doute.

En tout cas, il s'agit d'une publication presque aussi ancienne que celle de "Traction-brabant".

Ce que j'ai surtout remarqué dans "Jacques Louvain", c'est cet appétit d'écrire tous azimuts. On trouve des poèmes, des proses poétiques ou des nouvelles, ou un roman (au moins), regroupés par cycles, par épisodes. 

Et puis également pas mal d'écritures sur des lectures. L'auteur de ce blog est quelqu'un qui lit beaucoup et c'est pour moi une bonne chose. Dominique Boudou en profite d'ailleurs pour rédiger quelques remarques sur la littérature en général, pertinentes.
Il y a même un article qui énumère les études suivies par des auteurs souvent inconnus (pas mal d'autodidactes parmi eux) ! Intéressant.
Bref, on ne s'ennuie pas avec "Jacques Louvain". Il y a là un véritable bouillonnement intellectuel !...C'est ici.


Sunday, April 28, 2024

De Fred Johnston (extrait de T-B 27)

MESSAGE DANS UNE BOUTEILLE

« Certes, les puissants conservent maints privilèges… »
- Jean-Louis Servan-Schreiber : Le retour du courage

Aidez-moi…
les navires de guerre arrivent –

Mes amis
brandissent leurs drapeaux, leurs banderoles :

Et sur les balcons
les tireurs d’élite polissent leurs armes –

Je ne comprends pas
les règles du jeu ; je crache des gouttes de sable.

Thursday, April 25, 2024

Traction-brabant 81

Si mon poème est un loisir, il me vient illico presto quand je laisse mes pensées vagabonder. Je n’ai pas besoin de faire des efforts. Je regarde ce qu’il y a autour de moi : plein de choses stupides. À chaque fois, les pattes de mouche de la réalité l’emportent. Ou bien je me laisse transbahuter par mes rêves, mâtinés de réel. Et mon poème, s’il pousse de travers, je ne lui coupe pas les tifs. Il grandit comme il a envie, il peut se cogner aux murs, en sortir un peu amoché, et finalement, tourner court au bout de cinq minutes. Conglomérat de déjections de mon esprit vacant, tonneau des Danaïdes à remplir continuellement, il m’aura au moins permis d’occuper dix minutes. J’ai envie d’en envoyer une brassée de pareils à Malta. Il en fera ce qu’il voudra. Au pire, il les jettera à la poubelle sans fond des textes non publiés.

Si mon poème est un métier, j'ai avant tout besoin d’un patron pour l’écrire. Entendez par là une forme obligatoire. Sans patron, pas de sujet. Quant à ce dernier, il sera rendu inoffensif par mon patron. À la limite, il vaut mieux qu’il le soit. Et pas question de changer de forme. En effet, contrairement aux rêveurs, je regarde toujours pousser mon poème. Je le surveille tandis qu’il tente de s’élever dans des limites restreintes, celles que je lui ai fixées. Et je n’écris pas un seul poème, mais une série de textes construits sur un patron identique. Le but est d’écrire le recueil le plus uniforme possible. Mon poème, je veux qu’il ait la boule à zéro. Quand on ouvre un de mes livres, il faut que toutes les pages se ressemblent, afin que le lecteur ne soit pas perdu. Mon poème, c’est le petit soldat d’une grande armée personnelle. Bien entendu, je refuse de l’envoyer à Malta qui ne publie que des ramassis d’humeurs. Moi, j’exige un véritable éditeur, qui m’obéisse au doigt et à l’œil. Car en réalité, je suis ma propre forme.

Si mon poème est une passion, il a une tête et un cœur. Il n’est pas directement inspiré par l’extérieur, il n’obéit pas non plus à un plan précis. Il doit me permettre de résoudre une difficulté, même passagère, même symbolique. Illusion ? Tant pis, je l’écris malgré tout, pour le plaisir du voyage intérieur. D’ailleurs, il n’est pas tout seul, sans être pour autant indifférencié. Il suit sa propre logique et se fout de ce qu’il y a autour. Il ne veut pas toujours être montré. C’est ce que ce poème irradie en moi qui compte. À la limite, je l’enverrai peut-être à Malta, s’il est sympa, ou je ne lui enverrai pas. L’essentiel, c’est qu’il soit écrit. Et qu’il me fasse vivre un peu différemment, dans le monde réel, celui qu’il me faut subir chaque jour. Lorsqu’il s’agit de mettre du beurre dans les épinards. Et basta.

P.M.

Monday, April 22, 2024

De François Audouy (extrait de T-B 101)

Tenter de toucher le nerf de la guerre,
de fourrer les doigts dans la plaie,
résurgence des régions anciennes,
goût du sang, appel de la forêt.

Saillir du néant, de l’emprise,
ou autant emporte la vie
quand, crissant sur le pavé humide,
les pneus dérapent, incontrôlés.

Anticiper en seule issue,
suite dans les idées sacrée ;
cessation des hostilités,
audace dans la mise à nu.
 
C’est dans les garages de l’être
que sans cesse que s’efface Soledad,
qu’on se garantit en cas de sinistre
d’un zeste de réminiscence

Friday, April 19, 2024

Incipits finissants (67)

On avait bien dit : plus jamais ça. Plus jamais ça, mais quoi ? C’est ce fantôme de l’autoritarisme, qui est de moins en moins un fantôme et met en péril la démocratie, si tant est que ce joli mot ait été jamais mis en musique. Appelez ça extrême droite, ordre moral, droitisation des idées. 
Plus jamais ça. J'entends pour ma part cette injonction depuis 1986, année des manifestations lycéennes et étudiantes (contre un projet élitiste de réforme universitaire d'un ministre oublié par ailleurs), au cours desquelles un étudiant, Malik Oussekine, a été tué par des voltigeurs policiers. Une prise de conscience synonyme d'endormissement progressif.
Plus jamais ça, avec un peu plus qui s'efface peu à peu.
C'est que les tueries de nos ancêtres sont lointaines à présent. D'ailleurs, victimes et bourreaux sont morts finalement. Regardez la guerre de 14-18. Il y a beau avoir eu 1,5 millions de français morts. Les villes bombardées ont été reconstruites. Les villages détruits ont été recouverts par de belles forêts. Bref, tout le monde s'en fout. La guerre en France est devenue une abstraction. Les kapos, des jeux vidéo.
Et pourtant, les conflits armés bien actuels, ils existent. Bien sûr qu'ils existent. Mais ils sont loin de chez nous. Alors, c'est pas grave. Sauf qu'ils ont tendance à se rapprocher de plus en plus, dans leur soif de partage des plaies. Du coup, ça devient moins drôle.
En plus, s'il y a toujours du plus jamais ça, y a toujours aussi plus de chômage. Et aussi de plus en plus de vieilles badernes politicardes, de plus en plus coupées du peuple. Alors, ma foi, on en parle de plus en plus, du messie politique, en échange de quoi on s'autoriserait volontiers des libertés avec notre régime démocratique. Après tout, Hitler a réglé le problème du chômage. Ah ça ! Question de ça ! Il l'a bien réglé ! D'ailleurs, ces temps-ci, on republie "Mein Kampf". Et pis merde ! Trop longtemps, on a été trop gentils avec tout le monde. Et qu'est-ce que ça nous a apporté ? Que des emmerdes. On aimerait pour une fois pouvoir montrer les crocs. Les gentils, Mère Térésa et tout ça, ça n'a jamais été très vendeur. A la limite, Jésus. Mais même lui, il est mort en martyr.
L'autoritarisme, c'est comme la dope. On est déjà tellement accros à la drogue douce qu'un jour, on tombera dans la dure. ça nous fera ptète du bien. Peut-être que ça guérira tous nos maux, qu'ont pas été solutionnés par les gentils. Et tant qu'à mourir à cause des idées des autres, autant que ce soit de mort rapide.
P.M.

Incipits finissants (53)

Ce n’est qu’un corps qui dérive le long du cours d’eau. Un corps autobalancé d’un pont ou d’une rive. Triste réalité, hélas ordinaire. Lui ...