Friday, December 02, 2022

Traction-brabant 101

La planète brûle. L’eau commence à manquer. Nous souffrons de la chaleur. Le prix des matières premières augmente. Vite, il faut faire quelque chose, apprendre à vivre autrement, moins consommer, retrouver le goût de la simplicité, protéger la nature.

De ce point de vue, la poésie ne semble pas en retard, puisqu’elle parle des saisons depuis des siècles.

De plus, beaucoup de poètes vivent à la campagne, ou du moins, à proximité du vert, même si, sur ce point, je n’ai pas de statistiques valables à vous livrer. J’ignore si elles existent, est-ce que quelqu’un y a pensé ? Donc, pour une fois, les poètes se font éveilleurs de conscience. Ce sont de vrais militants. Ils aiment et ils agissent.

Agir ? J’ai comme un doute, soudain.

Les poètes possèdent des connaissances sur les animaux et les fleurs, tout particulièrement, et aussi les arbres. Ils décrivent à merveille les paysages, les singularisant par le recours à des articles définis afin de nommer ce qu’ils observent : « le », « la »…En somme, ils ont bien révisé leurs cours de sciences naturelles et leur grammaire...

Cependant, ne sont-ils pas plutôt dans la contemplation que dans l’action ?

Avec leurs œuvres, je me balade dans une exposition. Pas bon signe certes, si la faune et la flore ressemblent à un musée…on ne va pas s’amuser, du coup ! D’ailleurs, l’oiseau ou la fleur ont déjà perdu pas mal de leurs congénères. Ils se retrouvent bien seuls, tel le poète. Et ils ne bougent guère, le poète comme l’oiseau. Misère de misère !...

Elles sont loin les belles histoires d’animaux de Pergaud, où l’on voyait les animaux tracer leur chemin à travers les buissons. L’affut de la chasse, pas trop leur truc, aux poètes. La nature, d’accord, mais à distance respectable.

Déjà, pour aimer de près le végétal et l’animal, il faudrait kiffer le pourrissement et comme dans le tambour d’une machine à laver, ce cycle sale des saisons : trop chaud trop froid, très pluie ou très sec. Pour le poète, hélas, seul le printemps compte…

Du coup, peu de monde écrit de l’intérieur la poésie de l’extérieur : sombre, épaisse, profonde, dense et menaçante parfois.

Je l’affirme juste pour que vous me dénichiez de pas trop jolis contre-exemples.  

P.M.

Numéro 100 de "Traction-brabant"


C'est un numéro de "Traction-brabant" pas tout à fait comme les autres. Le 100ème. L'aboutissement (auquel je n'ai jamais pensé) de 18 ans de passion. 

Le numéro 100 de "Traction-brabant" est vendu au prix de 3 €. Alors, ne vous privez pas. Des exemplaires des anciens numéros sont disponibles sur demande.

Pour plus de précisions, contact association le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Présentation

"TRACTION-BRABANT" (alias T-B pour les intimes) est un fanzine d'écriture, de poésie et autres textes courts, créé en janvier 2004 par Patrice MALTAVERNE (conception, écriture, choix et mise en page des textes) et Patrice VIGUES (illustrations).

"TRACTION-BRABANT" existe aussi et surtout sous sa version papier à une cent soixante-dizaine d'exemplaires par numéro. Le poézine est à parution aléatoire, quoique... si tous les deux trois mois, les combattants sont en forme, un nouveau numéro sort de leur tanière.

"TRACTION-BRABANT", aujourd'hui publié par l'association Le Citron Gare, ne demande aucune subvention, le poézine a juste pour but de faire circuler à son modeste niveau une poésie pas trop classique ni trop molle surtout, ainsi que de véhiculer certaines pistes de réflexion, sans pour autant qu'il ne soit tranché dans le vif.

Plus précisément, à l'origine, TRACTION-BRABANT est la contraction de traction avant, l'auto et de brabant double, la charrue à double soc. Cela montre avant tout notre nostalgie pour ces vieux objets mécaniques ainsi que notre méfiance par rapport à un progrès non mesuré...

Les auteurs (poètes, illustrateurs) présents dans "TRACTION-BRABANT" sont plus de cinq cents, d'après les dernières stats.

Ce blog a pour but de reproduire des extraits du zine sous sa version papier et de faire connaître davantage ce que nous faisons....

"TRACTION-BRABANT" s'efforce d'encourager ses participants à des échanges de textes et d'idées et pourquoi pas à de possibles rencontres.

S'il vous plait, n'envoyez jamais plus de 10 pages format A4 (en un seul fichier et format Open office ou Word, de préférence) si vous contactez le poézine. 

À l'inverse, jusqu'à preuve du contraire, et contrairement à la majorité des revues de poésie d'aujourd'hui, aucune thématique n'est imposée dans "TRACTION-BRABANT". C'est la liberté chère au poète (du moins, je le crois) qui prime, et puis aussi, cette certitude que le poète peut trouver lui-même de quoi il a envie de parler quand il écrit…

P.M.

Contact pour l'association Le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Cette fois-ci on est prêts

De Daniel Birnbaum (extrait de T-B 54)

Effet de manche

 Il était debout depuis déjà un long moment alors que le pâle soleil d’hiver se levait encore avec hésitation. Il ne devait pas s’en faire. Ce n’était qu’un matin comme les autres. Ce n’était d’ailleurs que le petit matin. Ce ne pouvait donc pas être un grand jour. Il ne fallait pas y penser.

Il se mit à marcher lentement sur le trottoir sale en évitant les poubelles qui débordaient. Il espérait que le brouillard qui tardait à disparaître continuerait à l’estomper encore un moment de la froide réalité. Les premières voitures du matin et les dernières de la nuit passaient côte à côte dans leurs halos de lumière humide.

            Il remonta machinalement le col de fourrure synthétique sur sa barbe poivre et sel. La journée serait froide, machinalement froide. Le froid ne le dérangeait pas. Plus. La pluie oui. Mais il n’y aurait pas de pluie aujourd’hui.

            C’était son premier jour à cet endroit. Il voulait que tout se passe bien. Il enfonça le bonnet jaune machinalement sur ses cheveux gris gras. La journée serait longue. Machinalement longue. L’espoir ou l’ennui compteraient les heures. Il verrait bien.

            Il avait agi comme il l’avait toujours fait. Les jours précédents il avait fait des repérages. Le choix lui semblait bon. L’endroit lui paraissait très convenable. Il y avait beaucoup de passage et aucun de ses confrères n’avait eu l’idée de se l’approprier. Il avait toujours eu le sens de l’organisation. Tout se passerait bien. Mais plus il avançait plus la marche se faisait lente.

            Il dit bonjour à un confrère assis sur un banc. Il aurait eu envie de s’arrêter. De s’asseoir. De parler. Mais pour dire quoi ? Les paroles étaient comme le reste, rares. Lui, de toute façon, il les économisait pour plus tard.
            Voilà, le brouillard était dissipé, un rayon de soleil éclairait même l’endroit exact, comme un signe. Il commença sa plaidoirie. C’est comme ça qu’il faisait la manche. Il avait été rayé du barreau, abrité derrière des barreaux, et maintenant il plaidait pour des badauds. Qui aimaient ça. Il se souvenait, ou il inventait. Peu importait. Ça sentait le crime, les magouilles, le scandale, oui, ils aimaient ça. Parfois un attroupement se formait. Quand l’occasion se présentait il s’amusait même à constituer un jury. Des retraités, qui avaient le temps d’écouter jusqu’au bout. Et là, il leur racontait sa propre histoire.

            Ils l’acquittaient à tous les coups. Eux.

La revue La page blanche

La revue numérique La page blanche n'est pas si blanche de page que ça. Outre son poète de service (différent à chaque numéro), elle propose d'autres poèmes d'autres poètes dont la particularité est d'être en prose, voire même, remis en prose.

A contrario, cela signifie : peu de chances de lire des vers dans cette publication. C'est vrai que s'il s'agit de phrases coupées en vers (une possible maladie de la poésie d'aujourd'hui), autant lire des vraies phrases !

On trouve également dans cette publication épurée des notes de lecture et aussi de la poésie traduite, bref tout ce qui fait qu'une vraie revue existe. 

Pour ouvrir une page blanche, c'est ici.

La voiture accidentée du futur de Patrice VIGUES

Malta compil 2008 : "le mégaphone" (avec lecteur mp3)

Alors là, c'est carrément l'inédit de chez inédit : dernier poème de cette compil pour le moment:

Le vla le poème (je vous préviens il est assez long, hé oui, c'est comme ça, j'ai de plus en plus d'endurance mais le lecteur, lui, en a-t-il de l'endurance ?


LE MEGAPHONE

 
Ils disent qu’ils ne sont pas du bétail les élus hélas ils se conduisent pareil. Si l’un aperçoit un pré vert ou des glaces à l’orange les autres suivent mêlant leurs graisses au passage. Aujourd’hui sans rire ils se meuvent avec une voiture jusqu’au supermarché


Le test a débuté le jour de l’invitation. Il était convenu entre ma mie et moi que le premier qui dégainerait autre chose qu’un virement bancaire serait viré d’office. Mais la loi n’étant plus jamais votée à mains basses aurait paru trop dure pour la masse

Le mégaphone fera l’affaire. D’abord c’est un objet donc béni par l’absence de dieux printaniers. En plus il coûte cher et ne sert à rien. Pour gueuler au dessus de la tempête il faut avoir une voix d’enfant de cœur et ça nous l’avons

La difficulté pour se procurer un mégaphone semble de prime abord inouïe. Elle l’est parce que nous ne sommes pas professionnels du spectacle. Elle l’est parce que nous ne savons pas quel coin de la toile déchirée bénir avant qu’un dimanche aux puces l’engin nous revienne

Je rêve toujours de gueuler dans cet ustensile à piles. Le mieux est d’enregistrer des insultes sous couvert. Voir les têtes dépitées survivre dans l’angoisse. En dehors du mégaphone la nature se moque et biffe toute présence autre qu’éternelle. Les humains en sortent battus par les vents

Chérie je ne serai pas méchant avec les libellules. Je te promets que si j’effraye des grenouilles c’est pour ne plus avoir peur des hommes. Expectore le givre crache un bon coup dans la soupe du vent en amont et tu sentiras s’évaporer l’ironie des bonbons

Le jour dit les invités se présentent. Ils sont bien venus je n’y aurais pas cru. Tout à coup ils lèvent la tête vers les tuiles. Où-suis-je ? Mieux vaut que j’épèle leur nom après le mariage. Preuve d’affection ils reçoivent un numéro et ils écoutent


Sur un accompagnement de Automotive (via Dogmazic, site de musique sous licence libre, https://www.dogmazic.net/) et "Kanario d bogart" (voilà un titre qu'il est original). 

D'Eric Bouchéty (extrait de T-B 99)

 -L’écorce du chant.-


Incertitude, inquiétude inquiétude derrière la musique imprécise
insoluble
C’était notre musique cet air fragile incertain qui disait que notre force est notre envie
qui disait, qui dit notre force et l’envie
ont ce timbre unique dans une guitare de vie.
- La fissure a toujours été
la beauté de notre chant-
Un jour l’écorce crisse
parce qu'une complainte chanta la crainte
le balancement d'une mélodie qui vacille
comme une décision la fin d'une saison, d'un couplet.
L'orgueil dans le geste, l'éclisse dans la main
et l'ariette dans le cœur se poursuivent.


Image de Cathy Garcia

 


De Riel Ouessen (extrait de T-B 91)

EN SEMBLE

Le temps n'a pas d'an
Prise sur nous
Le temps nous lèche la main

Je vermillonne ta lèvre
Pour la bonde et la danse
Je te chevales
Tu me portes de fond

Le fût en bleu, pour l'être de toi
Embruns
À langue sourde

J'étoffe ton ciel
Tu enlumines mon dais
Mes chairs, de vérité


Tiens-toi à l'impossible, comme si tu pouvais traquer tout ce que les yeux ont hué, les oreilles feutré, les langues déclenché, les mains foulé
Comme si tu pouvais traquer la montée, le frisson, l'amot et l'image
Juste ma main sur ton sexe
Comme si de rien n'était


La ramure, en violet, pour l'ultra
Vire qui bat ton flanc
Comme notre volte
En face à vers, Tu
L'envers, en vire-vire

Je ne suis pas au bois
Je m'enchâsse sur ta courtine
De caresses long cours en bruit de mur


Tiens-toi au frisson, comme si tu pouvais ameuter tout ce que tes yeux
feutrent, tes oreilles
débuchent, ta langue foule, tes mains huent
Comme si tu pouvais fouler l'image de ma main sur ton sexe
Comme si de rien n'était


J'ombre ton gourmand, pour voir
Je t'enchéris
Tapis
Je te relance
Parole
Je me rapproche
Jusqu'à comparaître devant ton sourire

Ta main passe

Je jaunis la grève
Pour cette plage perlée
Qui ourle ton bras
Pour cette plate langue
Qui s'autorise à piquer


Rends-toi à l'image, comme si tu pouvais monter mon sexe
Juste ta main sur mes yeux
Comme si rien n'était impossible


Je verdure ton front
Pour la profondeur de lame

Côte fauve, je te cintre
En tapinois
Côté court, tu me coulisses
De source

Je blanchis ce qui est sans
Coupable de givrer la mèche
Pour ce qui est sans
Cible
Pour ce qui est sans
Culotte
Pour qui sans

Pour qui monde ta verge
Au plus vif de ma combe

Comme je te vis
Rends-toi

Le feu central de François-Xavier Farine

C'est un joli titre pour un blog (aussi) : "Le feu central. C'est bien quand les poètes ont encore le feu central ! ça devrait être obligatoire !

Dans cette publication - un blogspot tout simple comme ceux que j'anime - se côtoient quelques poèmes de François Xavier Farine, le tenancier de blog, mais également pas mal de chroniques de recueils.

La poésie comme une tranche de vie, voilà ce que vous lirez ici. Et c'est déjà pas mal. Et aussi, ça se lit bien !

Pour retrouver Le feu central, c'est ici.

Image de Pierre Vella et en son hommage


Traction-brabant 76

Oui, c'est vrai, la société de consommation, elle est vraiment bonne à foutre à la poubelle. C'est contre ça que je me révolte quand j'écris ce qui me semble être de la poésie.
« Bonjour, Monsieur Maltaverne.
- Bonjour, msieu dame.
- Je voulais savoir si je pouvais avoir un poème dans le numéro 76 de « Traction-brabant ». J'ai un texte à faire biper, là, et ça peut pas attendre, sinon, je vais être victime d'une overdose avec tout plein de vers.
- Attendez que je regarde ça. Oui, c'est bon, mon four est prêt pour la cuisson. Par contre, pour la livraison, il faudra attendre d'ici deux trois mois.
- C'est pas grave. Je viendrai le chercher quand je ferai mes courses dans la zone commerciale.
- Entendu. Je vous recontacte bientôt, une fois que j'aurais lu votre texte.
- OK, merci… »
Quelques jours après…
- Allô, c'est le service avant-vente de chez T-B. Votre poème il est bon. Je vais le monter sur la Traction-brabant 76. Vous pourrez passer en prendre livraison le 15 novembre ?
- Attendez, je regarde, oui, je suis libre ce jour-là.
- Dans ce cas, à bientôt.
- A bientôt ! »
Le 15 novembre suivant
« Bonjour M'sieu Maltaverne. Il est prêt, mon poème ?
- Attendez, j'suis en train de le démouler. Il va pas tarder à sortir. C'est un peu difficile, comme tous les accouchements.
- J'attends une minute, alors ?
- Pas besoin : le voilà qui arrive. Tout beau, tout chaud.
- Merci, M'sieu Maltaverne ! Grâce à cette publication, je vais pouvoir faire sensation sur la piste aux étoiles.
- Attendez un instant. J'enlève les dernières chiures qui se sont posées sur votre pare-brise. Vous savez, ça revient vite, ce genre de trucs, et après, on n'y voit que dalle pour avancer. »
- Ah vraiment, vous êtes un chic type !
- Non, y a pas d'quoi. C'est gratis la première fois. Adieu tout nouveau tout beau poète que je ne reverrai jamais.
Et il dérape en se barrant du garage. Pressé d'être ailleurs, encore, celui-là. Bon, je vais pas lui souhaiter un accident au sortir du T-B drive, mais tout de même, ça serait mieux qu'il se paye un rétroviseur avant de se planter.
P.M.

D'Estelle Gillard (extrait de T-B 72)

Ici la cité-dortoir, des bâtiments presque en ruines, des pelouses délabrées.
Derrière chaque fenêtre un rêve d'abondance frappe ici les hommes telle une malédiction biblique.

« Ne pense pas, ne pense pas aux livres, à ceux que tu as lus, à ceux que tu envisages de lire ; ici pas de Malthus ou de Keynes ;
ici tu es la somme des particules du bétail humain ; ici, tu n'es pas. Je te le répète, tu n'es pas », - continua-t-il tandis que nous déambulions dans la puanteur des couloirs,
« Je viens souvent, dès que le temps me le permet, sais-tu pourquoi ? Parce qu'il existe ici une terre très ancienne et neuve à fouler, une île où poser le pied, parce qu'ici, se cristallise, et se structure le désir exaltant et sublime de l'insurrection totale ».
« Je te raccompagne », ajouta-t-il en regardant sa montre ; « j'ai rendez-vous avec un étudiant pour peaufiner sa thèse de doctorat sur Bernanos et le roman de la lutte. Je te dépose en voiture. Allons-y ».

De nouveau il avait accommodé l'histoire à sa sauce. C'en était fini. La  revolución était terminée.

Le site de Marc-Albéric Lestage

En suivant le lien ci-après, vous pourrez faire un tour sur le site de Marc-Albéric Lestage, qui décrit l'ensemble de ses activités artistiques, notamment musicales (d'interprète multi-instrumentiste et de compositeur) et poétiques (par la publication de recueils à la fois denses et à la forme d'objet-livre originale).

Pour y aller, c'est ici.

Saturday, November 26, 2022

Le site d'Amaury Ballet

Dans le site d'Amaury Ballet, qui s'appelle comme lui s'appelle, non seulement, vous trouverez un résumé de ses activités placées sous le signe de l'écriture : "rédacteur indépendant, intervenant en écriture".

Mais en plus, sont ici mis en ligne plusieurs de ses textes (nouvelles ou contes), dont certains ont obtenu des prix, ainsi que des poèmes-chansons.

L'écriture d'Amaury Ballet est placée résolument sous le signe du voyage, de l'évasion et de l'aventure, qui parfois devient mésaventure. Il y a du London et du Cendrars là-dedans.

Bref, des thèmes qui tiennent à cœur, quand on a encore un peu de jeunesse en soi...Si vous souhaitez vous évader, c'est par ici.


Wednesday, November 23, 2022

De Victor Ozbolt (extrait de T-B 90)

Oiseaux 
 

Les grands oiseaux blancs s’agitent
Autour d’un nuage gris
Dès que s’invite l’aurore
 
Je suis un tout autre oiseau
Au plumage imprévisible
En caméléon des airs
 
Un oiseau porteur de rêves
Qui offre au bord de la lune
Un coin de mon duvet tendre
 
Un oiseau porteur de rires
Jongleur de mots et d’instants
Qui brave la maladie
 
Moi le clown de l’hôpital

Sunday, November 20, 2022

Incipits finissants (73)

Il faut être vraiment cinglé pour parler de choses sérieuses ! Et qui plus est, en public !
Imaginez la scène. Ce mec-là débarqué de je ne sais quelle galère, dans ce restaurant en plein crépuscule, parlait à haute et très intelligible voix des primaires des présidentielles, du terrorisme ambiant, des prises de position de telle ou telle personnalité politique, de l’individualisme des français d'aujourd'hui (tu parles, Charles, on n'a pas envie d'être dérangés dans nos habitudes, nous). Tout du bonhomme déprimant ! À l'écouter, pas une seule chose n'allait.
Bon, il déblatérait aussi sur des histoires de flics et de traversée de frontières difficile. C'est incroyable comme dans les péripéties des fous et des alcooliques (des fous aussi), il peut y avoir plein de bastons, voire de coups de matraques qui s'abattent sur les têtes !
Bizarrement, la frontière n'avait pas eu l'air d'être imperméable pour notre bonimenteur qui avait pu, malgré tout, passer d'Allemagne ou du Luxembourg à la France, avec juste pas mal d'égratignures à l'âme.
Bref, ce mec-là était bon à enfermer.
Sauf qu'en l'espace d'un quart d'heure, je l'entendis parler d'Erich Honecker et de la pièce de théâtre d'Eugène Ionesco, « Le rhinocéros ».
« Vous n'êtes que des rhinocéros ! », clama-t-il pour conclure de façon péremptoire son spectacle gratos, devant nos yeux rassurés par sa sortie de scène.
Cependant, je réfléchissais. Qui, en 2017, connaît encore Erich Honecker et « Le rhinocéros » d'Eugène Ionesco ?
Franchement, pas beaucoup d’âmes. Et d'ailleurs, tout le monde s'en tape. Quand j'observe les personnes sensées et intégrées qui m'entourent, à dire vrai, on n'est pas aussi sinistres et dépréciatifs que ça. On est surtout informés sur le temps qu'il fait dans la semaine, sur les promos chez Lidl, ou bien sur la recette de la tarte Tatin.
Non, mais franchement, on n'a pas idée ! En 2017, il faut être aliéné pour se permettre de développer des théories politiques et de s'occuper d'absurde !
Que Dieu nous préserve de finir aussi mal que de tels personnages négligés, rencontrés au fil des rues, quand on ne file pas assez vite, avec toute cette folie ramassée comme un venin qui ne songe qu'à être craché sur des gens aussi dignes que nous le sommes en toutes circonstances ! 
P.M.

Thursday, November 17, 2022

De Basile Rouchin (extrait de T-B 37)

Passage en caisse
Main de papa poule
Signe la facture :
On quitte magasins, cabines et caddies.

En chemin,
Le petit joue à la console,
Sa soeur allume son baladeur dernier cri,
Mes nouveaux dessous couvent des promesses...

Main de père tranquille
Rivée au volant,
Entame une manoeuvre.

Retour au foyer : Main de propriétaire
Nerveusement cherche ses clefs.

Claquement de portes.
Pater inhospitalier : tu te découvres.
Me mater ?

Pas le temps de me changer.
Main d'époux assure la distribution,
Saigne mon corps,
Code barre ma peau

Et j'encaisse par amour des marques

Traction-brabant 101

La planète brûle. L’eau commence à manquer. Nous souffrons de la chaleur. Le prix des matières premières augmente. Vite, il faut faire quelq...