Sunday, August 07, 2022

Incipits finissants (99)

 
Je ne peux m’empêcher de penser, avec beaucoup de naïveté, que certaines personnes sont trop bien payées pour ce qu’elles font de leurs journées.
Joueurs de football, actionnaires. Cela paraît évident. S’ils étaient rémunérés en fonction de leur temps de travail, combien d’heures par semaine devraient-ils travailler ?
On peut ajouter à cette liste non exhaustive, d’autres activités : immobilier, achat-revente (voitures, grandes surfaces alimentaires), grâce auxquelles, même si le risque existe, des intermédiaires se rémunèrent grassement sur le dos de la bête.
Ce qui fait mal, c’est de ressentir que ces boulots célébrés ne semblent pas intéressants. On les résume par le mot de négoce. Ça ne créé rien et ça repose en partie sur le bagout. Bref, tout ce qui relève du commerce, de la communication, voire même… de la politique !
Et force est de constater qu’une parole totalement vaine, recèle davantage de valeur financière que des actes ou œuvres visibles.
L’exemple-type est celui des agriculteurs, quand il en existe encore de petits, du personnel soignant qui sauve des vies, mais aussi, plus généralement, des travailleurs manuels, pas assez reconnus dans la société d’aujourd’hui.
Quant aux artistes, lorsque l’on voit ce qu’ils produisent, ce n’est pas du vent, et pourtant c’est mal payé, en général.
Seulement, à ce point de ma démonstration, le doute me prend. Vouloir être bien rémunéré dans ce domaine de la création artistique, n’est-ce pas faire passer, avant toute considération d’utilité immédiate, sa passion qui n’est guère partagée par les autres ?
De plus, on dira tout ce qu’on voudra, mais le joueur de foot intéresse plus de monde que le poète plein de bonne volonté qui veut avoir une fonction sociale. Donc, c’est peut-être normal que le poète soit moins payé.
Et si la rémunération était proportionnelle au manque d’intérêt des missions à réussir ? Autrement dit : mieux vaudrait être davantage payé pour exercer des tâches ingrates, de nature administratives, par exemple, que personne n’accomplirait s’il n’y était pas obligé. Ainsi, donc, faudrait pas vouloir le beurre et l’argent du beurre et tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes ?
Pourtant, l’exagération est manifeste aux deux extrémités de la chaîne, chez les plus pauvres comme chez les plus riches. Soit pas (assez) payés, soit trop. Et J’y reviens dans ma tête, je n’en sors pas, comme dans un cercle…   

P.M.

Numéro 99 de "Traction-brabant"

 

Le numéro 99 de "Traction-brabant" est vendu au prix de 3 €.

Pour plus de précisions, contact association le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Présentation

"TRACTION-BRABANT" (alias T-B pour les intimes) est un fanzine d'écriture, de poésie et autres textes courts, créé en janvier 2004 par Patrice MALTAVERNE (conception, écriture, choix et mise en page des textes) et Patrice VIGUES (illustrations).

"TRACTION-BRABANT" existe aussi et surtout sous sa version papier à une cent soixante-dizaine d'exemplaires par numéro. Le poézine est à parution aléatoire, quoique... si tous les deux trois mois, les combattants sont en forme, un nouveau numéro sort de leur tanière.

"TRACTION-BRABANT", aujourd'hui publié par l'association Le Citron Gare, ne demande aucune subvention, le poézine a juste pour but de faire circuler à son modeste niveau une poésie pas trop classique ni trop molle surtout, ainsi que de véhiculer certaines pistes de réflexion, sans pour autant qu'il ne soit tranché dans le vif.

Plus précisément, à l'origine, TRACTION-BRABANT est la contraction de traction avant, l'auto et de brabant double, la charrue à double soc. Cela montre avant tout notre nostalgie pour ces vieux objets mécaniques ainsi que notre méfiance par rapport à un progrès non mesuré...

Les auteurs (poètes, illustrateurs) présents dans "TRACTION-BRABANT" sont plus de cinq cents, d'après les dernières stats.

Ce blog a pour but de reproduire des extraits du zine sous sa version papier et de faire connaître davantage ce que nous faisons....

"TRACTION-BRABANT" s'efforce d'encourager ses participants à des échanges de textes et d'idées et pourquoi pas à de possibles rencontres.

S'il vous plait, n'envoyez jamais plus de 10 pages format A4 (en un seul fichier et format Open office ou Word, de préférence) si vous contactez le poézine, sinon, votre manuscrit ira direct à la poubelle virtuelle, mais la poubelle quand même ! Je n'ai pas besoin de lire des tonnes de pages d'un auteur pour savoir de quoi il en retourne !

P.M.

Contact pour l'association Le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Pas le bout du tunnel


Poésiemusiketc de Christophe Bregaint et Damien Paisant

Le blog "Poésiemusiketc", animé par Christophe Bregaint et Damien Paisant, est sous-titré "revue numérique d'expression poétique".

Ce terme plutôt général permet d'associer publication d'actualités poétiques (nouvelles publications, par exemple) et de poèmes (plutôt "rock and roll : moi, ça me va bien) ou d'articles théoriques.

À noter également la colonne de droite qui comprend nombre de liens vers d'autres publications poétiques.

Bref, "Poésiemusiketc" est un carrefour rempli d'informations ! Par ici l'entrée !

D'Eric Bouchéty (extrait de T-B 99)

 -L’écorce du chant.-


Incertitude, inquiétude inquiétude derrière la musique imprécise
insoluble
C’était notre musique cet air fragile incertain qui disait que notre force est notre envie
qui disait, qui dit notre force et l’envie
ont ce timbre unique dans une guitare de vie.
- La fissure a toujours été
la beauté de notre chant-
Un jour l’écorce crisse
parce qu'une complainte chanta la crainte
le balancement d'une mélodie qui vacille
comme une décision la fin d'une saison, d'un couplet.
L'orgueil dans le geste, l'éclisse dans la main
et l'ariette dans le cœur se poursuivent.


Auteur ayant beaucoup écrit de Patrice VIGUES

Malta compil 2001 : "La glaciation des sexes" : (avec lecteur mp3)

A la période dure il y avait "La glaciation des sexes", poème extrait du recueil "Mauvaises nouvelles" et publié par la revue Alpes Vagabondes en 2003 :

Les sexes libérés en prison
les sexes en prison à la casse
Cette chaîne d'appels dérisoires
Nous est restée sur le coeur
Comme une ardoise à bercer
Notre histoire au début
Etait pourtant bien partie
Et voilà que la pirouette des coeurs prend toute la place
Il faut choisir une autre voie
Pour nous endormir sur l'autoroute des rêves
Robes et langes
Rêves chatoyants
La route a même été repeinte
Les barreaux de la prison d'Oedipe
Ont fondu sous le soleil germinal
Nous ne sommes que des sexes perdus
Dans l'embouteillage des lumières mortes
Un feu trop désiré
Un feu mort
Avec nos ailes brûlées
Nous voyageons trop vite
Nous pouvons nous arrêter aussi
Enterrer notre lune dans le sable
Repartir avec de nouvelles conserves
Qui font un bruit infernal
Et amusent tout le corps
Bougeant jusqu'à l'éternité
Les passagers clandestins
Se noient par milliers dans ces ferrailles
Mais nous voyageons
Et les corbeaux des mers
Avalent notre sexe repoussant

Sur fond musical de TcherNoByle le Prophet mix via le site de partage musical Dogmazic, site de musique sous licence libre, https://www.dogmazic.net/

De Sébastien Degrave (extrait de T-B 99)

Bouquets et biquettes
 
 
Ce matin j’ai rencontré une chèvre dans la rue,
Pleine de poils - pas la rue ! La chèvre ! Des poils drus, drus !
Qui l’eût cru ? Moi j’ l’ai cru. Un pelage blanc écru.
Si ! Si ! Une chèvre impératrice, très très bien vue
Dans la bonne société des truies et vaches lectrices.
Je les connais ces truies et vaches pleines de caprices :
Pour les séduire, il faut leur offrir des bouquets
De poèmes. Mais pas n’importe lesquels : des flopées
De poèmes qui narrent les voyages de chèvres bohèmes.
Or ces truies et vaches lectrices, oui, oui ! je les aime !
Alors j’ai demandé à cette chèvre dans la rue
- Celle aux poils drus, drus - si elle avait déjà vu
De tels poèmes car je veux à mon tour les lire
À ces divines vaches et truies - Il ne faut pas rire -
Pour les cueillir !
 

Image de Pierre Vella et en son hommage

 


D'Adrien Braganti (extrait de T-B 75)

La tendresse des fêlés

Pendant qu'ils affichent pour tous
Leur vie sans sommeil,
Nous touchons du doigt une tendresse
Sans pareille.
À l'abri des madrigaux en ruine,
De ces serpents qui bossent sous couvertures
Dans les décors au désordre calculé.

Enfonce-toi entre mes bras.
Contracte-toi si l'on te déloge
Des beautés de nos chansons
Si l'on te mène à voir
Nos vies de rêves comme le fruit pourri
De la passion.

Les cris des cochons ne valent pas une rime
Et nos silences seront notre seul crime.

Pour Kicking Horse de Cathy Garcia

 


Et pour en savoir plus sur les illustrations, la revue et les textes de Cathy Garcia, je vous propose de leur rendre visite :

http://cathygarcia.hautetfort.com/
http://gribouglyphesdecathygarcia.wordpress.com/
http://delitdepoesie.hautetfort.com/
http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com/
http://imagesducausse.hautetfort.com/ http://ledecompresseuratelierpictopoetiquedecathygarcia.hautetfort.com/ http://associationeditionsnouveauxdelits.hautetfort.com/

Le blog littéraire de Christian Cottet-Émard

Je découvre à l'instant ce blog qui fait ambiance. Ambiance de style. C'est celui de Christian Cottet-Émard. 

Le lecteur curieux y trouvera des aphorismes bien tournés ou bien sentis, comme vous voulez qu'on dise, ainsi que des réflexions sur l'écriture poétique, extraits de journal. Bref, cette publication porte bien son titre de "blog littéraire".

Je précise que les articles sont entrecoupés de belles photos, offrant leur indispensable respiration.

C'est ici, tout simplement.

Traction-brabant 99

J'ai souvent entendu ça : quand il écrit, le poète se méfie du « je » comme de la peste ! Ces précautions d’auteur ressortent lors de nombreux d’entretiens que je lis en revues depuis des années. Il s’agit aussi d’un conseil volontiers prodigué aux auteurs en herbe.

Bref, ce rejet du « je » me semble être une constante du poète pudique qui n’aime pas constater que l’égo prend toute la place dans ses vers, surtout s’il est d’un naturel discret.

Dur dur de reconnaître, en effet, que la réserve s’envole lorsque les freins de l’écriture lâchent et qu’en réalité, le moi reprend le dessus. Cet aveu sonne comme une faiblesse impardonnable.

Lorsque je relis certains de mes poèmes, le « je » m’énerve effectivement, même si ce « je » n’est pas toujours moi : Avouez-le, créer un « je » de toutes pièces, c’est le sommet de la perversité. Comme s’il n’y en avait pas déjà assez comme ça ! En voilà une méthode commode pour rentrer dans la peau d’un personnage, devenir un héros lorsqu’on n’en est pas un !

Alors, quand toute cette comédie me tape sur le système, j’ai ma combine : elle n’est pas miraculeuse ! Au lieu d’écrire « je », j’écris « il », ou bien « elle », ou bien « tu », ou bien « vous » ! Ou encore mieux, j’ai recours à la tournure impersonnelle : bref, tout ça, les poètes savent le faire.

Malgré tout, quelque chose me gêne dans cette défiance. Si j’en reviens à ces entretiens du début, lorsque l’auteur interrogé affirme ses réserves vis-à-vis du je, il dit texto : « Je me méfie du je ». Du coup, le « je » qui a disparu de la surface des mots en profite pour surgir dans la réalité.

Par conséquent, ça ne sert pas à grand-chose cette chasse à soi-même ! C’est dans la vie qu’il faudrait le fuir, le « je » !

Si l’enseigne (l’écriture) est belle, mais que l’accueil (l’humain) est nul, la révolution induite par l’écriture n’est pas énorme. À ce compte-là, pas de fausse pudeur ! Vous pouvez laisser le « je » dans vos poèmes. Plutôt que de vous prendre la tête avec ces coquetteries, posez-vous des questions sur votre humanité ! La réflexion sera plus utile ! Même si, à trop confondre œuvre et homme, cette ambition finit par être démesurée !

P.M.

De Dennis Crowch (extrait de T-B 94)

 
De l’irréalité en rasade

Toujours plus d’échappées par la tangente narrative de substitution. Cas critique de littérature de fuite, un penchant compulsif pour la réponse imaginaire, le délire plutôt que la médiocrité du dialogue avorté à répétition. Une nouvelle rasade, et encore une tiens. Une addiction aux épanchements coupables de la langue. De mystérieux courants d’électricité mentale. Des bouffées de sentiments incongrus. Éclatement de pensées parasites dans une cacophonie mentale. Les refuges de l’irréalité se dissipent trop souvent. Les lettres des mots se désolidarisent.
 

Le site de Marc-Albéric Lestage

En suivant le lien ci-après, vous pourrez faire un tour sur le site de Marc-Albéric Lestage, qui décrit l'ensemble de ses activités artistiques, notamment musicales (d'interprète multi-instrumentiste et de compositeur) et poétiques (par la publication de recueils à la fois denses et à la forme d'objet-livre originale).

Pour y aller, c'est ici.

Monday, August 01, 2022

D'Henri Clerc (extrait de T-B 69)

Les Lords

Dans la salle du dîner
la Reine d’Angleterre
se munit d'une fourchette
et l'envoie valser
au visage du pondérant
Duc de Toulouse.
Piqué par cet affront,
il se lève couteau en main.
Sept infirmiers les neutralisent,
les ramènent à leur chambre
les sanglent à leur lit.
Pour empêcher la rixe
au sein de l'UMD
il faudra éviter
les semaines à venir
que la Reine et le Duc
ne s'entrevoient.
Décaler les repas,
temporiser les sorties,
resserrer d'un cran
ce qui leur reste
de liberté...

Friday, July 29, 2022

Timotéo Sergoï

Voici le blog de Timotéo Sergoï que j'ai eu la chance de rencontrer à Boucq, lors d'un marché des éditeurs...et des poètes !

Ce blog résume bien les activités de cet auteur, qui va au-devant des gens et fait pas mal de rencontres par les mots. 

Vous trouverez également mises en ligne, de grandes affiches poétiques. Puissance du lyrisme garanti.

C'est ici.

Tuesday, July 26, 2022

Incipits finissants (52)


Faudrait que j’évite
  De critiquer les(h)auteurs
  Tous ces sujets lourds
   
  Je sais ça vous lasse
  D’autant qu’il existe à peine
  Ce monde petit
    
   Et si je recours
  A la forme tripartite
  C’est pour vous détendre
   
  Car vous préférez
  Aux pertes d’adrénaline
  Quelques vers comptés
   
   Cela vous permet
  De terrasser la sueur
  En parlant nature
  
  Ainsi les prés sont
  Pareils malgré ces débats
  Où les merles chantent
   
  En plus c’est sympa
  Quand le soleil vous réchauffe
  Les bouts de couenne 

  Vous êtes immobiles
  Et la terre se fatigue
  Prenant votre place

   Au fond du jardin
  Il n’y a pas de pouvoir
  Pas d’argent visible
   
Les arbres en terrasse
  Aident à ne jamais entendre
  La ville agitée
  
Le bonheur est là
  Ne cherchons pas la bagarre
  Le sommeil s’en charge
 
Si ça continue
  On décédera en paix
  Sans raz de marée
 
Buvez-vous du thé ?
  Je vous promets des étés
  Doux dans nos chapelles
  
P.M.

Wednesday, July 20, 2022

De Chloé Landriot (extrait de T-B 66)

Témoignage

Que la vie porte autant de joie
Bien sûr tu le savais déjà
Mais ce n’est pas pareil

Il y a cet arbre
Au jour naissant on dirait
Qu’il porte la lumière et qu’il éclaire
Doucement
D’un feu très doux
Ses bourgeons sont d’un or discret
Ses bourgeons sont de petites lumières
Comme des soies
Qui n’ont pas plus de poids dans l’air
Que le souffle qui l’entoure

Aux branches de cet arbre aimé par le levant
Il y a
Ce que la vie porte en elle et d’espoir et de joie
Il y a la beauté
Il y a le miracle
Il y a qui traverse ton corps
Perdu
Qui se rassemble sous le maillage du temps
L’amour

Et cet arbre au matin se tient dans la lumière
Sa présence est si dense
Que tes yeux ne suffisent
Ni ton corps tout entier
Ni ton cœur
Et tu cherches encor comment le saluer

A cet instant du jour qui n’appartient qu’à toi
Dans la ferveur muette et l’air frais du matin.

Incipits finissants (99)

  Je ne peux m’empêcher de penser, avec beaucoup de naïveté, que certaines personnes sont trop bien payées pour ce qu’elles font de leurs jo...