Saturday, July 04, 2020

Traction-brabant 89

Je n'aime pas trop les thèmes en poésie et les thèmes en poésie ne m’aiment pas trop. Ça ne date pas d’hier, cette histoire ! Quand j’ai commencé à écrire régulièrement, vers l’âge de vingt ans, je me suis rendu compte que j’étais un poète maudit… surtout par les thèmes !

Lorsque je m’attelais à un sujet précis, très vite, au bout de quelques vers, ça déraillait : je me mettais à parler d’autre chose et lorsque je relisais mon poème, je me rendais compte que j’avais causé d’à peu près tout, sauf de ce dont j’avais voulu causer au départ.

Ne me demandez pas le pourquoi du comment. Ça vient peut-être du fait que j’ai toujours écrit très vite, en me laissant porter, puis dépasser par mes pensées fuyant de partout.

Depuis, ces retrouvailles ratées ont pu avoir lieu avec les thèmes, à l’occasion de ma collaboration à certaines revues auxquelles j’ai participé. Mais faut pas être trop regardant sur ma fidélité de près à ces commandes. Amour aura vite fait de devenir désamour. Voyage se métamorphosera rapidos en errance. Bref, je n’ai pas vraiment changé. Étant lucide quant à cette malchance, je me suis donc dit qu’il valait mieux pas que je fasse de Traction-brabant une publication thématique. D’ailleurs, ma seule expérience dans le domaine (cf numéro 85) a tourné en queue de poisson, voire en eau de boudin : deux participants dont moi. Faut dire que le sujet que j’avais choisi était pas super ouvert, s’agissant de « repreneur, reprise ».

Bien entendu, je distingue les avantages de la revue thématique : assurer la cohésion de l’ensemble, préférer l’œuvre collective autour d’un axe fédérateur à l’addition de poèmes centrés sur leur nombril, et donc à l’arrivée, faire éclore une publication moins « gratuite », qui présente mieux, les auteurs ne se retrouvant pas par hasard en ce lieu immatériel. Sauf qu’il y a des forts en thème qui écriraient même sur une marque de WC. Ce constat pose la question de la nécessité profonde d’écrire. De quoi se demander si la poésie ne devient pas alors un jeu superficiel, comme une gymnastique du cerveau.

Et puis zut à la fin ! Est-ce que Rimbaud a écrit sur un thème en particulier ? Et puis Mallarmé, et puis Lautréamont ? Et les surréalistes ? Vous me direz si je suis fou, mais j’ai l’impression qu’ils parlent de tout à la fois dans leurs poèmes. Est-ce que le Poème, comme certains l’appellent, ne serait pas le seul média littéraire dans lequel il est possible d’enfermer un monde en une seule page ? Pourquoi vouloir le restreindre, lui qui refuse d’être mis en prison ?

Moi, je suis pour la liberté dans les poèmes, la seule qui me reste… P.M.

Numéro 88 de Traction-brabant

Le numéro 88 de "Traction-brabant" est vendu au prix de 2,60 €.

Pour plus de précisions, contact association le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Présentation

"TRACTION-BRABANT" (alias T-B pour les intimes) est un fanzine d'écriture, de poésie et autres textes courts, créé en janvier 2004 par Patrice MALTAVERNE (conception, écriture, choix et mise en page des textes) et Patrice VIGUES (illustrations).

"TRACTION-BRABANT" existe aussi et surtout sous sa version papier à une cent soixante-dizaine d'exemplaires par numéro. Le poézine est à parution aléatoire, quoique... si tous les deux trois mois, les combattants sont en forme, un nouveau numéro sort de leur tanière.

"TRACTION-BRABANT", aujourd'hui publié par l'association Le Citron Gare, ne demande aucune subvention, le poézine a juste pour but de faire circuler à son modeste niveau une poésie pas trop classique ni trop molle surtout, ainsi que de véhiculer certaines pistes de réflexion, sans pour autant qu'il ne soit tranché dans le vif.

Plus précisément, à l'origine, TRACTION-BRABANT est la contraction de traction avant, l'auto et de brabant double, la charrue à double soc. Cela montre avant tout notre nostalgie pour ces vieux objets mécaniques ainsi que notre méfiance par rapport à un progrès non mesuré...

Les auteurs (poètes, illustrateurs) présents dans "TRACTION-BRABANT" sont plus de cinq cents, d'après les dernières stats.

Ce blog a pour but de reproduire des extraits du zine sous sa version papier et de faire connaître davantage ce que nous faisons....

"TRACTION-BRABANT" s'efforce d'encourager ses participants à des échanges de textes et d'idées et pourquoi pas à de possibles rencontres.

S'il vous plait, n'envoyez jamais plus de 10 pages format A4 (en un seul fichier et format Open office ou Word, de préférence) si vous contactez le poézine, sinon, votre manuscrit ira direct à la poubelle virtuelle, mais la poubelle quand même ! Je n'ai pas besoin de lire des tonnes de pages d'un auteur pour savoir de quoi il en retourne !

P.M.

Contact pour l'association Le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

King Kong 2011


D'Antoine Bertot (extrait de T-B 87)


De l'extérieur du bois, je regarde s'extraire l'étrange nuage du châtaignier – un souffle d'air jaune se détourne de mes yeux : son dos voûté pourtant s'élève. Il suffit de peu – une respiration, un tremblement de main – et la tension s'inverse. En poussières, regarde ce qui reste au pied de l'arbre : cela finit de voler – l'air cesse de porter. Parfois se trace un visage incertain. Le profil droit s'effondre comme creusé. Blessure, face béante. Afin de célébrer son manque, elle expose quelques semaines son maintien lumineux. Souviens-toi, la couleur se fragmente, figure d'autres corps. À la fin d'un jour terne, le jaune cassé des fleurs me rappelle l'haleine d'une fenêtre. Sa lampe projette au dehors une zone claire – la nuit alors un mur percé.

"Kronix" de Christian Chevassieux

Pour changer un peu de la poésie, voici ce blog - intitulé "Kronix" et sous-titré "Un vague intérêt pour tout" - dans lequel il est surtout question de réagir à l'actualité, mais avec la distance de celui qui réfléchit un peu à ce qu'il écoute et à ce qu'il voit. Des aphorismes aussi, d'humour acide.

Vrai ! On va finir par croire que nous ne sommes pas plus intelligents que ceux qui sont morts avant nous !

Pour passer par la trappe de la réflexion, c'est ici.

Les derniers instants d'une trompette de la mort de Patrice VIGUES



Publication dans le numéro 21 de la revue "Le capital des mots" (juillet 2010) : avec Windows media player

J'inaugure une nouvelle série de fichiers audio avec l'enregistrement de certains de mes poèmes publiés, par un tout ptit qui figure dans le numéro 21 de la revue Internet Le Capital des mots (juillet 2010). Comme ça ça s'ra plus court...

Avec la complicité musicale d'un morceau du groupe "Deathstar" : "Sleep robot", Dogmazic, site de musique sous licence libre, https://www.dogmazic.net/).


Vous avez posé un verre d'eau sur la table
Examinant votre corps nu
A la clarté du liquide
Laissé la nuit
Comme une veilleuse
Qui ne s'évapore pas
Avec les prières


Ou plutôt
Vous ne vous êtes pas déshabillée
Après avoir cassé tous les miroirs
Déployant vos yeux
Sur la glace au plafond
Tandis que le verre d'eau posé au bord du vide
Laisse perler
Des gouttes sur votre corps
Dressé en mémoire de personne

De Léon Maunoury (extrait de T-B 56)

Le soleil lourd. Ton petit corps serré dans ses frusques se meut jusqu'au frigo pour arracher ta première bière de la journée. Ventilo flemme et clope abandonnée sur le bord de la table. La chaleur grosse, sueur acide, insectes en pagaille qui se bousculent dans le jardin à l'ombre des grosses courges qui gonflent. Toi qui respires et qui fumes, qui attends le soir comme si c'était un train à prendre.  
   Tu écris: "Ombres de cactus frappées par le vent, hennissements de poussière bleue. Décors en celluloïd installés en paravent (longues villes lumières surlignées de cuivre). Interstice western dans le chant aveugle de la parole morte."
Les chardons se frayent un chemin dans le brouhaha incessant des mots, dans la somme des possibles que l'alphabet nous propose. Les chardons émergent des sols bétonnés du langage. Je les cueille, ils sont là, hantant les gouffres de l'entre deux mots. Tout est permis, et après le mot chardon j'ouvre l'orage, je trempe la page de liqueurs brûlantes, le bouilleur de cru frappe à ma porte et s'en vient distiller mes visions. 
« Viens bouilleur! Viens donc et distille! Sers-moi plein crâne de ton mercure, de ta sève visqueuse ou de ton jus noir électronique! »
Moi je me repose,  ma carte d'abonnés instinct me donne droit à un break  pour la nuit, et si le rêve est rouge, je le monte à cru et vais trancher la toile.

[Cuivre au galop dans les plaines mentales, des chardons plein les yeux].

"Une couleur n'est pas une couleuvre" disent-ils.  Toutes les mâchoires serrées qui aboient et grincent dans ma tête. Une couleur n'est certainement pas une couleuvre. Et le BLEU est posé comme une roche, et impossible de fissurer le ciel, la mer, tout ce qui vient se frotter à lui.
Une couleur n'est pas une couleuvre? Le noir est la nuit, il couleuvre en longs couloirs de mots jusqu'à l'instant morsure où le bleu se déchire en haletant, épuisé. L'infection s'applique paisiblement, sifflements et liqueurs mielleuses qui s'écoulent de la fracture. Claquements de fouet dans le dégradé. Le noir s'enfonce onctueusement. On relève la tête. Une couleur dans ta gorge, propagation du soir jusqu'en ton antre crâne. 

   [Le chant aveugle de la parole qui meurt en hoquets, qui tourne dans le vide des configurations possibles].

Comment on hurle avec des mots plein la gueule? Avec des mots qui hantent jusqu'aux plus intimes de nos songes? Comment on fait pour déconnecter leur termitière de notre chambre/crâne?
                                   
  [Ils agrippent mon cri de leurs petites mandibules acérées et le cryptent en hiéroglyphes biscornus].

Traction-brabant 78


La mauvaise nouvelle est arrivée hier dans la journée, alors que je me baladais négligemment sur Internet, comme tout occidental un peu évolué.
Voilà t-y pas qu’écrire s’acquiert par des cours, même écrire de la poésie.
C’est très triste, ça.
La poésie, c’était le dernier domaine où l’on était à peu près peinards. On n’avait aucun compte à rendre à personne. On pouvait faire ce qu’on voulait avec les mots.
Et pis là, j’apprends qu’en fait, non, c’est comme à la belote ou au football : il y a des règles qu’il faut respecter, voire, un cursus à suivre.
J’entends : nos juges risquent de nous dire, si nous n’avons pas été formés : vous, vous ne savez pas écrire, car vous n’avez pas le diplôme requis.
Ainsi, je m’interroge.
Rimbaud a-t-il suivi des études d’écriture ? Eh bien, oui : ça s’appelait cours de latin et de rhétorique.
Il n’empêche qu’il aurait pu devenir plus performant, ne pas arrêter la poésie à vingt ans, au lieu de partir vendre ses conneries en Éthiopie.
Idem pour ces voyous de Villon, Corbière, et même d’Apollinaire, ce dernier ayant été sauvé par la guerre, qui l’a tué.
Au fait, pendant qu’on parle d’études, est-ce qu’il n’y a pas d’équivalences en poésie ? Je veux dire, si par exemple, je prends mon cas personnel, après trente ans d’écriture, est-ce que je peux recevoir une attestation certifiant que j’ai le niveau de maître es poésie ?
Ou bien, est-ce que je peux m’inscrire sur une liste d’aptitude, qui je l’espère, sera parfaitement objective avec mes qualités que j’imagine bien existantes ? C’est pas parce qu’on est vieux qu’on est bon à jeter aux orties.
Je vous implore, hein, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs les professeuses et professeurs, de me dire si j’ai tout juste ou tout faux, ou entre les deux.
C’est pas le tout, s’il y a des stages de poésie, cette dernière peut devenir une activité économique comme une autre. Que dis-je ? Pas une activité économique, carrément un Marché !
Zut, ça fait bizarre d’entendre ça. Si la poésie devient un Marché, c’est qu’il y en a quelques-un(e)s qui vont s’en mettre plein les fouilles : là, je donne quasi dans la science-fiction… pour le moment.
Vous me direz : les américains le font déjà. Ah ben alors là, je m’incline : si les américains nous précèdent, c’est qu’il faut les imiter au plus vite !

P.M.

De Jamila Cornali (extrait de T-B 79)


TERRE

Les pétales
Rouges
De ma rose
Tombent
Sur un sable
Blanc
Où mes pieds
Fondent
Je me retourne
Et me retrouve
Face à un arbre
Dont les feuilles
Sèches
Tombent
Sur une terre
Rouge ardente
Et je dessine
Sur cette terre
Un signe
Fort
Qui me protègera
De la chute

La nouille martienne

La nouille martienne, est-ce l'émergence d'une mythologie du futur ? Je plaisante mais tout de même... Je suis en train d'imaginer à quoi peut ressembler une nouille martienne.

La nouille martienne, qui écrit sous un pseudo, n'est sûrement pas la nouille martienne.

Peu importe d'ailleurs. J'aime ses poèmes, même s'ils sont comme la nouille martienne : pas faciles à suivre. Pour autant, ils ont une bonne densité de bons poèmes.

Il y a beaucoup d'introspection dans ces textes, une distance avec ce qui est autour assez importante, mais pas forcément critique.

Non, la nouille martienne est plutôt nostalgique et regarde le temps qui passe autour d'elle...

En outre, vous trouverez dans ce blog, sous-titré "Juste pour ne pas, et encore", vous trouverez également des extraits d'autres poèmes d'autres auteurs aimés.

Pour changer de monde, c'est ici.

De Charles Desailly (extrait de T-B 55)

La suceuse froide

parfois tu repenses à cette fille
qui t’a sucé à fond
dans les toilettes d’un bar
après le concert de Gainsbourg
au Casino de Paris
cette femme de quarante ans
qui t’a plaqué contre la faïence
jacob delafon en te priant
de la fermer
deux êtres en contact dans tendresse
dans la règle froide du désir
tu revois la chasse d’eau déglinguée
le papier toilette collé sur ta verge
et plus tard au comptoir
ses lèvres épaisses buvant
de grosses goulées de bière
parfois tu es pétrifié
par ton orgueil d’homme
et tu voudrais retrouver toi aussi
ton âme d’enfant sauvage
avec son désir brutal
et ses errances de bête blessée

Image de Pierre Vella


De Brigitte Giraud (extrait de T-B 63)

Des bouts de corps
glissent sur le pavé,
dans le rond de terre autour des arbres,
contre l'arbre.
On se laisse apparaître.
Dans le passage, les mains attendent.
Le café est désert.
L'attente, c'est la lenteur de l'œil.
Il y a un type au comptoir qui a l'air de ruminer sa solitude. 
Dedans/dehors, tout est lisse. 
Et la vie coule comme la pluie dégouline.
Pas moins, pas plus.
Dans la beauté des bleus.
Je ne sais pas comment ça commence.  

Des pieds et des mains (illustrations de Jean-Louis Millet et titre de Malta)




Le Raudi à Metz

Une fois n'est pas coutume. Je fais de la pub pour un site d'actualités culturelles messin. Il s'agit du Raudi, ou la culture autrement, comme c'est très bien résumé.

À côté de nombre de manifestations et d'initiatives locales présentées à la une, vous trouverez en cliquant sur le bandeau de droite un lexique messin. De quoi prendre son passeport et venir vivre en France de l'extérieur.

Vous verrez : on y arrive. J'en suis la preuve vivante ! 

À ne pas manquer également une belle série de contrepèteries messines...

Le Raudi, c'est ici.

Wednesday, July 01, 2020

Traction-brabant 14

Alors voilà pour être un bon écrivain c’est comme une recette dans laquelle il faut se laisser porter au début la qualité des oracles du poète du haut de la plaque le prédispose à des propos qui tombent à pic dans un murmure d’indifférence mais en y regardant bien là n’est pas encore son succès d’estime les paroles pour être admises doivent être répétées plusieurs fois après la réussite se joue ailleurs dans la qualité du silence associée à la pureté des oracles tant et si bien que leur valeur dépend de la pureté du silence un vrai silence de bonne qualité ne doit pas dépendre des idées même pour un communiste surtout libertaire l’interruption volontaire de silence force aux rapports humains non protégés il n’est même pas besoin de prétexter que l’on a une famille à torcher ou une vieille tante en viager quand on dispose d’un beau silence on n’a pas de famille la qualité du silence donne au bon écrivain les trois quarts de son intelligence face aux choses de la vie les hommes comptent pour du beurre c’est le moyen le plus sûr de couper court à toute tentative d’immixtion dans un débat où tremblerait la tolérance comme ça on peut conclure seul à seul avec ses idées qu’on les gardera toujours comme une tribu de poux dans un monde poli le silence est bien vu il est malséant de déranger les autres quand on a pas envie d’être dérangé par eux un bon écrivain ce n’est pas quelqu’un qui a une présence extraordinaire ses oracles disent le contraire c’est quelqu’un qui réussit chaque jour à être invisible le bon écrivain sait écrire une bonne fois pour toutes suffisamment bien pour ne pas être dérangé par les autres il lui faut aller le plus vite possible pour ne jamais être emmerdé on ne va pas mettre le nez dans le cambouis des abrutis qui veulent connaître de l’humain être bon auteur c’est plus qu’être un bon adulte rien à voir avec le bon père de famille qui se fait entuber à longueur de journée par les cris des mômes dit-il par duo de chèques interposés les rapports humains convergent quelque peu sans que les idées n’aient aucun rôle à jouer là dedans ce ne sont pas les mains qui signent les chèques et qui demandent d’acheter les bouquins ce n’est pas la langue c’est une conscience en dehors de l’écrivain un instinct séculaire de survivance les mots seuls entrent par intrusion le pro ne touche pas à tout ça ce sont pas ses mains qui écrivent non plus il écrit avec la bouche comme les autres handicapés comme ça il n’a pas besoin d’en rajouter après si seulement le silence ne nécessitait pas d’écrire encore pour assommer le silence pieux car le meilleur écrivain n’est rien il n’a pas de peau pas de sexe il est le néant cyberactif nul ne peut s’en approcher des fois un vrai pro prend l’air dans les foires à bouquins que si on parle des siens c’est un pro et un pro n’a que faire des crottes de chiens qui jonchent les trottoirs il n’a que faire aussi de ceux qui sont pas des pros il finit toujours par dire ses parfaits oracles il est l’impuissance mais il ne faut pas que ça se voie il n’a pas envie d’arriver tout sale à l’assemblée des sages de la langue des hommes de bonne volonté il écrit tous ses trucs pour pas qu’on le dérange dans sa bulle la poésie c’est réussi un fameux tour de passe- passe la poésie ennuie un maximum de personnes alors si l’on peut par le silence surmultiplier la valeur toute relative de ses sentences quand elles plombent un peu plus le fond des caves de papiers défraîchis alors c’est OK le pro signe un contrat d’édition exclusif avec le silence lui seul est vraiment pro

PM

Sunday, June 28, 2020

Le site d'Hervé Gasser

Je vous invite à découvrir le site très complet d'Hervé Gasser.
L’originalité de cette publication, visible d'emblée, c'est qu'elle montre des images de la Bibliothèque nationale de France, disponibles en libre-accès, qui servent de toiles de fond aux textes publiés et donnent à l'ensemble du site sa densité de grimoire.

Outre un roman (avec une photo de Rimbaud en Abyssinie en frontispice) et un roman feuilleton, le visiteur pourra découvrir des collages, des romans-photos, ainsi que des poèmes, notamment ceux écrits pendant de confinement.

Si vous êtes amateur de vers classiques et surtout d'alexandrins, vous serez servis. Mais attention, si le contenant est classique, le contenu ne l'est pas. C'est bien de la poésie d'aujourd'hui, qui parle du monde d'aujourd'hui.

Pour aller y faire un tour, c'est ici.

Thursday, June 25, 2020

D'Igor Quézel-Perron (extrait de T-B 73)

Emails

Perte d’érotique 


Disparue ce vêtement moulant, l’enveloppe, promesse que l’on décachetait comme on dégrafe une robe. Cette pudeur à se livrer enflammait l’imagination. Loin de cet érotisme, main au panier rapidement promise à la corbeille, le mail ne compte pas fleurette. L’excitation du retournement de ce fourreau pour découvrir le nom de l’émissaire, le temps que l’on mettait à vagabonder avant de consommer s’éteignent. Le mail, pornographe, ne remet pas à plus tard. Du texte, il livre la chair nue.

Perte de gestes et d’atours imposée par une dictature, dont la police chasse cette manifestation des émotions : la calligraphie. La texture et le maniement de l’enveloppe sont quant à elles mises à un index tapotant hystériquement sur le clavier.
Impossible de « refaire le trajet de la main qui a écrit »[1] le texte. Les hésitations et les imperfections sont cachées par cette chirurgie esthétique : retours en arrière dont rêveraient bien des peaux avachies, corrections orthographiques ou grammaticales, propositions de synonymes qui donnent à une pensée molle une convenance à peu de frais. La rature, histoire d’une émotion et d’une raison en marche, nécessitait bien du courage.

L’imaginaire n’a pour matériau que le nom de l’expéditeur et le sujet, permettant avant tout de savoir ce que l’on met à la poubelle. L’ancien lecteur est devenu éboueur.


[1]            Roland Barthes, L’empire des signes

Friday, June 19, 2020

De Xavier Frandon (extrait de T-B 55)

Créer un enthousiasme comme une putain débauchée
dans l'inexistante usine – disparue ! - l'acti
vité salvatrice prude puritaine – mazette!
On ne contrôle plus rien, une débandade générale.

Elle rougit au Pôle emploi – sa jupe très ouverte
mais sans liberté possible et nous évitons
les week-ends : trop douloureux...trop proches des lundis
avec cette paperasse...on ne s'en sort plus.

Restent les nuits éclaircies à pleins phares, mais sans but
ne pas déranger les voisins, passer invisible
invisible mais belle, belle à se maudire d'être là.

Restent les jours et leurs putains d'heures longues, très sévères
avec vos rêves et les siens. Elle reste dans ce milieu
tellement animé qu'on ne peut plus la voir.

Tuesday, June 16, 2020

Incipits finissants (65)


Les vacances, c'est comme un vase à remplir de vide. Avant, on précipite, le rythme de travail, même quand ce n'est plus du travail. Tout ce qui est à faire, et ce qui ne l'est pas, doit être terminé.
Un empilement de tâches se fait jour, qui se contredisent presque et qu’il faut absolument mener à bien. Cela ressemble à des casiers à remplir dans son cerveau en un temps minimum. D’ailleurs, on est déjà en train d’harnacher le coffre de toit. Et si ça ne ferme pas, on pousse davantage les bagages jusqu’à ce qu’ils ressortent de l’autre côté.
Au milieu de cette succession précipitée d’actions, l’esprit s’énerve pour un rien. En fin de compte, les vacances trouvent leur justification, cette dernière n’existant pas encore un mois auparavant. Par chance, il faut croire que la nature a horreur du vide, car les tâches se succèdent une à une à l’horizon mental, telles des armées de petits soldats de plomb ou de fourmis industrieuses…Et toute cette agitation, pour quoi ?
Pour finir allongé en été sur une plage. Pour être surpris par les carsses du soleil qui n'est autre que de l'électricité naturelle rechargeant nos batteries. C'est bien ce que je disais : il s'agit d'un vide qui nous remplit peu à peu, en sablier inversé. Puis, au bout de quelques jours, la force, de nouveau, nous habite. Comme si, à présent, nous nous sentions plus grands que cette pile de choses évanouies qui ont squatté notre esprit avant notre départ.
Ainsi, une fois démembré, le coffre bondé n’est plus qu’un symbole d’inaction. Les objets ne nous parlent plus et c’est une bonne nouvelle car rien d’autre ne parle ici. Même les hommes demeurent silencieux, alors qu’ils continuent à dire des bêtises à longueur de journée. Tels au bureau, tels en terrasses !
Mais ce rêve, on le sait, ne dure jamais longtemps.
Quand la vie intérieure est enfin parvenue à prendre toute la place, il convient de la pousser dans un coin. Le beaucoup de bruit pour rien reprend. On doit se résoudre par mimétisme, à mener de nouvelles batailles, afin de répondre aux ordres et de remettre en place les choses, et ce n’est pas une image - utiles seulement au corps matériel qui nous cerne.
Hélas, il faut admettre que ce monstre a un aspect bêtement social, et qu’il joue les caméléons pour nous faire avaler des grosses couleuvres.
Vous le devinez. Dès à présent, on n’espère plus que les prochaines vacances.

P.M.

Blog Archive

About Me

My photo
Poézine ou pour parler comme les gens bien "revue poétique et littéraire" et toutes petites petites éditions, comme le format des bouquins