Sunday, May 30, 2021

De Ludovic Joce (extrait de T-B 50)

Dernière cigarette


les poings dans les poches, elle
arpente inlassablement le même
morceau de trottoir
tutoie la même
misère
tapie dans les ténèbres

dans son sillage errent
quelques fantômes qui
de temps à autre
l’entraînent au fond d’une impasse
noire et
profonde comme l’enfer

quand elle refait surface
elle est
un peu plus lourde
un peu plus
sale et
abimée

de loin, on dirait
une sirène trop maquillée
échouée malencontreusement sur l’asphalte

sous la lueur des réverbères
à la pâle clarté
elle puise la maigre chaleur
que ceux de son espèce
rechignent à lui donner

Dunhill au coin des lèvres, elle
mâchonne ses vieux rêves
au goût de nicotine
et imagine
des lendemains qui chantent

mais quand vient l’heure
de la dernière cigarette
(quand le bruit du monde
s’élève avec l’aurore)
un mur de désillusions
l’attend déjà

1 comment:

Anonymous said...

Tellement juste et désespéré!

Traction-brabant 30-31

Un écrivain c’est un con splendide moi j’vous le dis je veux dire celui qui en fait son métier je vais vous raCONter pourquoi. Obligatoirem...