Sunday, August 21, 2005

Traction-brabant 86


À force de prôner la parcimonie, le silence, la brièveté, bref, l’économie dans le poème, on en vient à faire du mal à l’idée de poésie. Ben oui, c’est vrai quoi ! Un mec qui en appelle à la surveillance du bien écrire vous colle des caméras dans la tête et peu à peu, ça rassemble aux centres villes d’aujourd’hui. Ainsi, faudrait se surveiller dans l’écriture comme dans la vie normale, pas dire trop de bêtises comme si on était des enfants. Au mieux, il y a du prof là-dedans, au pire, du flicage.

Avec un mec qui célèbre la rigueur dans le choix de ses mots, on en arrive vite à la rigueur économique. Faut limiter son nombre de mots et donc, pourquoi employer des gens quand on a n’a pas besoin d’autant de monde pour bosser ? Et ça c’est la suppression des emplois, comme on supprime les messages longs et inutiles, puisqu’on se situe d’emblée au bord du silence. Hélas, quelqu’un qui vous répond pas quand vous lui envoyez des poèmes, est-ce que vous pensez sérieusement qu’il parviendra à vous convaincre du fait que son silence est synonyme de sympathie ?

Somme toute, vous n’appartenez pas à cette bonne bande de la parcimonie. En fin de compte, vous voilà exclus de l’élite poétique parce que bon : faut pas déconner : vous aviez qu’à appliquer les bons préceptes… Ainsi, vous vous retrouvez parqués comme des gamins dans le mauvais ensemble : celui des non-admis, des refoulés, des recalés - de la bande de ceux qui se défoulent avec des images - des inconscients, des gens imprévoyants, en quelque sorte, des naïfs et des idiots. Ceux qui n’ont pas compris la vertu écologique des mots rares et choisis.

En prônant la parcimonie dans les poèmes, le silence, la brièveté, c’est finalement pas mal coller à l’époque. C’est refonder une morale dont je croyais qu’on était heureux de s’être débarrassés et donc correspondre à cette mode du soin hygiénique hypocrite (pas boire, pas fumer) dont la motivation n’est pas l’amour de son prochain, mais de faire faire des économies à la sécu, comme on ne laisse de la place qu’aux rares élus.

Je sais ce que vous pensez : j’exagère en liant la poésie au reste du monde. Mais d’abord, je trouve que c’est le propre du poète, d’exagérer, justement. Et je pense que ce truc d’économie est surtout une question d’ambiance générale.

Donc, à tout prendre, je préfère le souffle en poésie, car, même s’il y a eu des abus de lyrisme, celui-ci me paraît plus généreux que le vers écono(miqu)e qui finit par modifier notre perception des choses. À moins que je ne confonde cause et conséquence…

P.M.

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