Wednesday, November 14, 2012

Traction-brabant 91

Rien à faire. La poésie a décidemment beaucoup à voir avec les saisons. Il y a le printemps des Poètes, bien sûr ! Mais il y a surtout les fins de trimestres. Les mois de mars, juin, septembre et décembre, tant redoutés à cause des avalanches incessantes de poésies. À chaque fois, c’est la même chose : si vous écrivez des poèmes, que vous en lisez (je précise cette circonstance qui n’a rien d’une évidence) et que donc, vous êtes abonné à plusieurs revues vous permettant d’en lire, vous recevez en une semaine une tonne de publications. Et puis après, plus rien. Et pas davantage avant. Pourquoi donc ?

Au-delà des possibles offres de réduction de frais postaux, il y a tout simplement cette attraction terrestre, cet atavisme envers les saisons, qui fait qu’en général, la poésie ne se réveille, dans les revues, que selon la mode quatre saisons ou sinon, été hiver.

Ainsi, en fin de compte, il s’agit d’une discipline très administrative, dans sa régularité de pendule, ce qui peut contribuer à l’ennui que parfois on lui trouve. C’est comme si rien ne pouvait atteindre cette régularité parfaite. Ni évènement grave, ni traumatisme collectif. L’idée s’enracine selon laquelle la poésie tourne à vide, puisque rien ne l’atteint, alors qu’elle est censée traduire l’émotion même, sujette à d’irrégulières explosions aux périodicités, par essence, imprévisibles.

Les revues, me direz-vous, sont justement là pour canaliser, à travers un collectif stable (le collectif du revuiste, qui se tape en général presque tout seul le boulot !), ces explosions individuelles.

Il n’empêche : la régularité poétique finit par me porter sur le système, je l’avoue. Et je pense à nouveau à cette époque où, avec quelques copains, nous rêvions d’allumer un barbecue le 31 décembre, ou de dresser un sapin de Noël pour la Saint-Jean.

Heureusement, ce que la routine inhumaine, car trop humaine, ne parvient pas à obtenir, peut-être l’absence de saisons marquées l’autorisera-t-elle. Et la poésie suivra alors ce changement universel.

Au moins, avec « Traction-brabant », malgré l’apparence, je fais plus attention à mon rythme personnel, voire intérieur, qu’à une respiration trimestrielle.

Si je suis déjà parvenu à sortir un numéro de Traction-brabant en dehors des mois de mars, juin, septembre ou décembre, sans doute recevrez-vous un jour (merci d’avance à la Poste qui m’aidera sur ce coup-là), un de ces numéros un 31 décembre, voire un 2 janvier ou un 14 août. Ce serait l’idéal de voir nos textes surgir quand on ne les attend pas. Cela s’appelle effet de surprise… qui devrait aller de soi en poésie. 

P.M.                                                                       


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