Friday, March 05, 2021

Incipits finissants (83)


On dit que l’enfance est précieuse. Eh bien, moi, je suis pas d’accord. Je ne sais pas où vous êtes allés chercher tout ça. Pour moi, c’est un espace restreint, dans lequel la liberté n’existe pas. Un monde que l’on ne maîtrise pas, tout flou, et rempli de dangers insoupçonnables. L’impression d’être enfermé, non particulièrement à cause des parents, ou d’autres personnes, mais parce qu’il y a plein de choses que l’on ne comprend pas, et que l’on contrôle encore moins. L’impression que le prochain pas se fera dans le vide. Et puis aussi, un ennui diffus, trop de vacance. On ne bosse pas quand on est un enfant, alors à quoi on sert ? On est obligé d’écouter ce que disent les autres et c‘est loin d’être toujours très intéressant. Et puis, quand l’ennui disparaît, ça devient plus atroce. On se retrouve contraint forcé d’aller à l’école. Le premier enfer de la première tôle, avant l’armée, puis le travail pour la paye, avant qui sait, sans doute, la maison de retraite. Je me souviens nettement de ce premier jour d‘absence de liberté déclarée, de cette injonction qu’il y aurait à s’amuser de quelque chose de pas drôle. Un cauchemar éveillé, l’idée qu’il faut sortir de chez soi pour aller quelque part où c’est nul.
Heureusement, plus tard, les choses se sont éclaircies, sauf qu’il a fallu, avant, sauter pas mal d’obstacles. Le goût de la vie m’est venu quand j’ai obtenu mon permis de conduire et que j’ai suivi des études supérieures, surtout des cours facultatifs. Dans tous les cas, la liberté de choisir ses supplices. C’est bien ça le progrès qui saute aux yeux. Ainsi, je comprends mieux ce monde, bien qu’il me révolte. J’ai aussi l’impression, même si c’est faux, que je peux m’extraire assez vite de ses obligations. Tout le contraire de l’enfance…
Et pourtant, plus je m’en éloigne et plus les impressions nostalgiques reviennent en force : le père Noël qui apporte les cadeaux dans la pièce d’à côté, la neige dehors et la crèche de Noël avec tous ces petits personnages qui ont une histoire, les soirs où les plombs sautent et où l’on s’éclaire à la bougie, les tranches des vieux livres qui sentent le renfermé, les collections des merveilles du monde dans le programme Télé, les albums de Tintin, Blanche-Neige sans les sept nains, les lutins de Flosco, une traction-avant à visiter et à dessiner ensuite, l’île aux trente cercueils, la cour d‘école à dépaver, les bêtes à bon dieu à compter au pied d’un tilleul, les asperges à repérer, les champignons idem, au fond des bois, Mon premier et dernier bolet Satan, la première côte à monter à vélo.
Contre toute attente, peut-être qu’il y a des bonnes choses à retenir de l’enfance…
P.M.

Numéro 92 de Traction-brabant

 


Le numéro 92 de "Traction-brabant" est vendu au prix de 2,60 €.

Pour plus de précisions, contact association le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Présentation

"TRACTION-BRABANT" (alias T-B pour les intimes) est un fanzine d'écriture, de poésie et autres textes courts, créé en janvier 2004 par Patrice MALTAVERNE (conception, écriture, choix et mise en page des textes) et Patrice VIGUES (illustrations).

"TRACTION-BRABANT" existe aussi et surtout sous sa version papier à une cent soixante-dizaine d'exemplaires par numéro. Le poézine est à parution aléatoire, quoique... si tous les deux trois mois, les combattants sont en forme, un nouveau numéro sort de leur tanière.

"TRACTION-BRABANT", aujourd'hui publié par l'association Le Citron Gare, ne demande aucune subvention, le poézine a juste pour but de faire circuler à son modeste niveau une poésie pas trop classique ni trop molle surtout, ainsi que de véhiculer certaines pistes de réflexion, sans pour autant qu'il ne soit tranché dans le vif.

Plus précisément, à l'origine, TRACTION-BRABANT est la contraction de traction avant, l'auto et de brabant double, la charrue à double soc. Cela montre avant tout notre nostalgie pour ces vieux objets mécaniques ainsi que notre méfiance par rapport à un progrès non mesuré...

Les auteurs (poètes, illustrateurs) présents dans "TRACTION-BRABANT" sont plus de cinq cents, d'après les dernières stats.

Ce blog a pour but de reproduire des extraits du zine sous sa version papier et de faire connaître davantage ce que nous faisons....

"TRACTION-BRABANT" s'efforce d'encourager ses participants à des échanges de textes et d'idées et pourquoi pas à de possibles rencontres.

S'il vous plait, n'envoyez jamais plus de 10 pages format A4 (en un seul fichier et format Open office ou Word, de préférence) si vous contactez le poézine, sinon, votre manuscrit ira direct à la poubelle virtuelle, mais la poubelle quand même ! Je n'ai pas besoin de lire des tonnes de pages d'un auteur pour savoir de quoi il en retourne !

P.M.

Contact pour l'association Le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

King Kong 2011


Le blog littéraire de Christian Cottet-Émard

Je découvre à l'instant ce blog qui fait ambiance. Ambiance de style. C'est celui de Christian Cottet-Émard. 

Le lecteur curieux y trouvera des aphorismes bien tournés ou bien sentis, comme vous voulez qu'on dise, ainsi que des réflexions sur l'écriture poétique, extraits de journal. Bref, cette publication porte bien son titre de "blog littéraire".

Je précise que les articles sont entrecoupés de belles photos, offrant leur indispensable respiration.

C'est ici, tout simplement.


De Marine Giangregorio (extrait de T-B 87)

L’homme cerf-volant

Le regard porté par un fil
Au bout duquel dansaient
Ici et là,
Les couleurs d’une liberté
Avortée de l’aube
De rêves taillés dans
Les veines de l’enfance
À le voir, avancer le pas
Chaloupé, la bouche
Engloutissant le ciel
Habité, d’une
Étrange fougue
Bousculant les passants
Car le vent, le vent
Tournait vite
On se demandait, qui
De l’homme ou du cerf-volant
Tenait l’autre
Vivant

Mon vélocipède à antenne a fondu de Patrice VIGUES

Malta compil 2007 : "Ensuite toute la famille..." (avec Windows média player)

Histoire de vous réveiller un peu : cette compil est bientôt finie. Le texte choisi pour l'année 2007 a fait l'objet d'une publication dans la collection Polder de la revue Décharge. Il s'agit d'un poème extrait de "Sans mariage" :

Ensuite toute la famille les proches
Montent dans l'auto blanche effilée
Qui coupe les ubans du berceau
Ne bouche pas les trous de l'ennui
Le reste du temps ta soif de bonheur
Marche sur le linge neuf plus opaque
Eveille toi au balcon et ensemencée
Par les lis d'apparat regarde comme
Délicatement ils fanent je te le répète
Tu es une conteuse de fleurs machinale

Sur une musique de Monochord "No question no answer" (Via Dogmazic, site de musique sous licence libre, https://www.dogmazic.net/). C'est bien le cas oui.

De Dorian Masson (extrait de T-B 88)

Un poisson nommé Elvis.

 

Un poisson nommé Elvis chante l'aquarium des cœurs brisés.

Sa nageoire autour du micro

Et son aileron coiffé à la mode des mulets noirs des 50’s.

Les dauphins tiennent les comptes et gardent la caisse.

Les requins s'assurent que tout le monde paye.

Le poisson nommé Elvis plisse ses yeux jamais fermés,

Fronce ses sourcils absents

Et garde sa bouche telle qu'elle est.

Il chante l'amour sous-marin

À des soles aux yeux bleu marine.

Ses bulles se posent sur leurs joues rouges

Et de leurs yeux coulent des larmes invisibles.

Les étoiles de mer aiment applaudir les stars

Et les éponges n'ont aucune personnalité.

Dans les bas-fonds sous-marins,

Un poisson nommé Elvis chante l’amour

Et met le feu à l’Océan.

Pourtant, ce ne sont que des bulles qui éclatent.

Sous les pieds d'un Monde triste

Qui pense donner naissance à des génies.

Mais là-haut aussi, quand les génies chantent,

Ce ne sont que des bulles.

Sitaudis

Le site Sitaudis, animé par Pierre Le Pillouer, regroupe différents chapitres, qui ont pour noms "Parutions", "Incitations", "Poèmes et fictions", "Apparitions", "Célébrations" et "Prescriptions".

Pour résumer les choses, ce site contient à la fois des des poèmes ou textes en prose, mais également des des chroniques de livres et des textes théoriques sur la poésie, le tout rédigé par les nombreux collaborateurs du site.

Résolument ancré dans la poésie d'aujourd'hui, Sitaudis constitue une porte d'entrée possible pour celles et ceux qui souhaitent se tenir de ce qui s'écrit de moderne dans ce domaine.

Sitaudis, sitôt fait, c'est ici.

Tacot : illustration de Henri Cachau



Pour en savoir plus, contact : henricachau@free.fr

De Sébastien Ayreault (extrait de T-B 21)

TU N’AIMES PAS MES CHAUSSETTES ?

-Non, j’les aime pas, elle a répondu.
J’ai réfléchi un instant, un peu à la manière de Charles Bronson dans il était une fois dans l’ouest, ou si vous préférez, un peu avec le soleil dans les yeux, et puis j’ai continué à me tailler la moustache un peu n’importe comment.
-Et puis n’insiste pas, elle a encore dit, j’les trouve ridicule !
Sur quoi, j’ai ouvert le robinet d’eau froide,
Viré les poils du lavabo.
-Tu sais, elle a poursuivi, c’est pas comme ça qu’tu vas t’en sortir…
En passant dans la chambre, j’ai regardé ma toute nouvelle moustache dans la grande glace de l’armoire - pas mal - je l’ai lissée de chaque côté, et je suis parti à la cuisine me dissoudre
Une aspirine 500.
Mais comment alors ?
-Tu dois lire l’univers, elle a dit, c’est comme ça, c’est marqué
dans ton horoscope du mois d’août.
J’ai mis mon chapeau et je suis sorti dans la cour.
Mon téléphone a chanté.
J’ai décroché.
C’était Karl Marx.
-On ne va pas s’en sortir, il a dit.

Et puis j’ai raccroché,
Scellé mon cheval,
Et j’ai fondu enchaîné
Dans l’horizon violacé.

"Coulée féline" (illustration de Jean-Marc Couvé)


De Pierre Gondran dit Remoux (extrait de T-B 83)

Mon cortex blessé ne distingue plus
Le soleil de ses reflets —
Mon corps qui déambule dans ce monde
Aux mille aubes angulaires
Jette tant d’ombres (éparses)

*

Mille pièces de goudron
Sur la rue arlequin
Cicatrices bitumineuses
De membres artificiels
À la peau morte et fragile

*

L’aorte battante
À la paroi d’asphalte
Nourrit les trajets capillaires
Enfouis dans le tissu de béton
Jusqu’en haut des tours géantes

Traction-brabant 56

Maintes et maintes fois, on m’a reproché et on me reproche encore la noirceur de mes poèmes. C’est vrai qu’ils sont noirs, mais beaucoup moins qu’autrefois. Peut-être qu’un climat plus tempéré, collant mieux à la réalité des choses, agit-il.
Cependant, il me semble toujours essentiel de défendre la noirceur de certains textes, y compris ceux écrits par d’autres poètes.
Voyons plutôt comment se comportent les pros de l’écriture, dont l’importance dans la littérature n’est plus contestée :
- Le livre de Job : « Pourquoi ne suis-je pas mort dans le ventre de la mère ? Pourquoi n’ai-je pas expiré au sortir de ses entrailles ? » ;
- Shakespeare : « Tu serais mieux dans ton tombeau qu’ici le corps en butte à toutes les violences du ciel » (Le Roi Lear) ;
- Rimbaud : « Le travail humain ! C’est l’explosion qui éclaire mon abîme de temps en temps »  (Une saison en enfer) ;
- Antonin Artaud : « Je crois qu’il y a toujours quelqu’un d’autre à la minute de la mort extrême pour vous dépouiller de notre propre vie » (Van Gogh ou le suicidé de la société) ;
- Louis-Ferdinand Céline : « La merde a de l’avenir. Vous verrez qu’un jour on en fera des discours » (Voyage au bout de la nuit ?);
- Sarah Kane : « C’est la peur qui m’éloigne des rails. Je prie simplement pour que la mort soit bien le putain de terminus » (4.48 Psychose).
Pas très réjouissant tout ça n’est-ce pas ? Pour trouver de l’optimisme là-dedans, levez-vous de bonne heure ! Et encore, le manque de place m’interdit d’en citer davantage.
Alors, pourquoi cela semble t-il poser problème, quand Malta et ses potes donnent dans le sombre ? Pourquoi devrions-nous amuser la galerie pendant que des pointures la font pleurer ? Je ne peux m’empêcher de constater qu’il y a là comme qui dirait un déni d’écriture. Quand vous passez un examen, vous en bavez. Quand vous faites du sport, vous êtes en sueur. Et les cancers, et les suicides, les licenciements, la pression familiale, c’est aussi la vie ça. Pourquoi la littérature et plus particulièrement la poésie devraient-elles jouer les folies bergères ?
Soyons clair. La poésie a aussi pour fonction de remuer la merde, pas seulement de donner des tapes amicales dans le dos des lecteurs, tout simplement parce qu’elle n’est pas faite que pour ça. Et puis, cela ne m’empêche pas d’aimer l’humour, qui peut être noir. D’ailleurs, lire des textes sombres, contre toute attente, finit par constituer une détente comme une autre.
                                                                                                                                               P.M.

Le Raudi à Metz

Une fois n'est pas coutume. Je fais de la pub pour un site d'actualités culturelles messin. Il s'agit du Raudi, ou la culture autrement, comme c'est très bien résumé.

À côté de nombre de manifestations et d'initiatives locales présentées à la une, vous trouverez en cliquant sur le bandeau de droite un lexique messin. De quoi prendre son passeport et venir vivre en France de l'extérieur.

Vous verrez : on y arrive. J'en suis la preuve vivante ! 

À ne pas manquer également une belle série de contrepèteries messines...

Le Raudi, c'est ici.

Monday, March 01, 2021

Le roi de la forêt de Sammy Sapin


Voici venu le tout nouveau blog de Sammy Sapin, intitulé "Le roi de la forêt", qui publie différents types de poèmes, regroupés en différentes rubriques.

Parmi ces rubriques, on en trouve, deux, assez marrantes, mais justifiées : les poèmes médicaux courts, et les poèmes non médicaux courts. Si vous voulez lire de beaux haïku, certes pas forcément très réguliers, c'est le moment !

À lire également l'histoire de Petitcarré, un personnage inventé par l'auteur.

L'ensemble de ces drôles de poèmes, dans leur caractère discontinu, constitue une description fine des blessures de notre société.

Le roi de la forêt, c'est ici.

Friday, February 26, 2021

Incipits finissants (86)


Il y a la plupart des personnes, les vrais sages, qui ne recherchent pas de reconnaissance sociale au-delà de leur famille et de quelques amis.
Il y a les trous du cul (hommes politiques, footballeurs, et autres stars) qui veulent argent et pouvoir. Ça permet de vivre largement, et même si c’est du toc, voilà au moins du tangible. Pourvu que ça dure pour eux !
Et puis, il y a les (h)auteurs, et tout particulièrement ceux de la famille poétique, sorte de troisième sexe porteur de constats sidérants. Car, à la fin comme au début de leur histoire, leur seule héroïne sera la solitude.
En effet, celles et ceux-là se battent pour être les premiers de cordées de 0 et des poussières d’un chiffre d’affaires de 7,3 millions d’euros, qui représente 0,3% des exemplaires de livres vendus (en 2013, source Challenges), en comptant la poésie avec le théâtre et, par la même occasion, les poètes morts depuis 600 ans.  
Ah, sûr que ça vaut le coup d’écraser les copains de son indifférence ! Bon d’accord, il y a pas que l’argent. Il y a aussi la reconnaissance sociale. Mais justement, ça tombe bien, elle existe pas, au-delà de ce qu’elle rapporterait si l’on jouait à la baballe dans le club de foot local. Donc, on pourrait croire qu’ils vont laisser tomber la partie, les poètes. Eh ben non ! Contre toute logique, ils préfèrent continuer à croire en la puissance de portée de leur ego, sans d’ailleurs remuer un coin de paupière, pour les meilleurs d’entre eux, afin d’assurer la diffusion de leurs textes, qui passent donc totalement inaperçus, comme s’ils n’avaient jamais été publiés ! Mais ça ne fait rien. À leurs yeux, leur égo triomphera de toutes les difficultés, grâce à cette arme de destruction massive de la réalité, alimentant le mythe de la célébrité instantanée : leur nom sur la couverture d’un bouquin.
Et si par aventure, on pousse la curiosité jusqu’à en ouvrir les pages, on y lira un ensemble de mots inintelligibles, dont le seul intérêt, invisible d’emblée, est d’être les leurs. Ivresse solitaire qui fonctionne toujours, les (h)auteurs n’ayant pas besoin d’un casque pour écouter leur rengaine en stéréo. Ils se regardent dans un miroir et n’y découvrent pas même un Narcisse trop beau. Ils ne voient que des pages dégageant des hologrammes en relief de leurs mots. Et au milieu du silence des autres, ça fait un boucan d’enfer ! Essayez de leur dire que c’est du pipeau, ils vous haïront ! Bande d’cons, va ! Ou alors, c’est qu’ils s’ennuient vraiment dans la vie !           
P.M.

Saturday, February 20, 2021

De Basile Rouchin (extrait de T-B 37)

Passage en caisse
Main de papa poule
Signe la facture :
On quitte magasins, cabines et caddies.

En chemin,
Le petit joue à la console,
Sa soeur allume son baladeur dernier cri,
Mes nouveaux dessous couvent des promesses...

Main de père tranquille
Rivée au volant,
Entame une manoeuvre.

Retour au foyer : Main de propriétaire
Nerveusement cherche ses clefs.

Claquement de portes.
Pater inhospitalier : tu te découvres.
Me mater ?

Pas le temps de me changer.
Main d'époux assure la distribution,
Saigne mon corps,
Code barre ma peau

Et j'encaisse par amour des marques

Wednesday, February 17, 2021

De Beb Kabahn et en son hommage (extrait de T-B 24)

Quoi de plus nyctalope
Qu’un fou furieux de lycanthrope
Courant cul nu hors des fossés
Enjambant stères et marais ?
Hein ?

Moi ! sous la hutte recouverte
Accroupie les mains dans le tertre
Sillonnant la structure complexe
Mouvant pour moi son arc convexe
Et ses polygones multiples
Comme autant de cristaux de givre
L’ADN capte le périple
La conscience humaine en dérive
Et la splendeur de la vie même
Stupéfiante beauté du monde
Et ses murmures de je t’aime
Comme mon ventre elle est bien ronde
La Mère Terre qui nous abonde
Que nous foulons à pieds chaussés
Que nous avons violée, rossée
De coups bas et d’égocentrisme
Loin de nous tout antispécisme
Plutôt croquer nos frères sauvages
Et nous accrocher au mirage
D’une consommation à outrance
Nos seuls chemins d’outrecuidance.

Et si ma mère me caressait
Lui arracherai-je les seins
Pour faire des objets délaissés
Servant tout juste de coussins ?
Ou pour recouvrir mon volant
Du cuir de sa peau tannée
Histoire d’un confort indigent
Conçu pour plaire et pavaner
Devant qui ?
D’autres matricides suspects
A écarter les branches de nos bras
Pour en faire un feu de joie misérable
Quand il suffisait d’un câlin
Que nous cherchions et qui était là
Depuis toujours et à jamais
Juste derrière la cloison
Dont nous avions perdu la porte
Trop occupés à péter le mur
Pour se croire libre alors qu’on l’est
Seulement pousser la poignée.

Sunday, February 14, 2021

Incipits finissants (72)

Lutter contre le temps qui passe, c'est un enjeu capital, y compris lorsque l'on n'est pas poète.
À cet égard, je croyais avoir trouvé la bonne combine, profitant d'une opportunité automnale. En effet, comme chaque année, à la fin octobre, nous avions reçu l'ordre de reculer d'une heure nos pendules. Du coup, j'en profitai pour me lever une heure plus tôt afin de parvenir à finir ce que j'avais à faire.
C'est génial, ce changement d'heure. Cela nous permet de jouer avec le temps comme nous le voulons. Par ce biais, nous sommes les seuls maîtres à bord. À cette occasion, je réalisai que les heures n'étaient pas seulement des fuseaux, mais également des jauges de vie comme d'essence, dont l'on pouvait user sans modération.
Hélas, au bout de quelques jours, le temps me rattrapa, et avec lui, son manque. Comme s'il s'agissait d'une drogue prégnante, malgré son invisibilité.
Après avoir hésité quelques instants, je résolus de retarder ma montre, disposant de nouveau d'une heure psychologique de plus pour vaquer à mes occupations. En effet, l'activité professionnelle indépendante que j'exerçais ne m'obligeait pas à vivre, pour l'essentiel, au même rythme que nombre d'humains. Je n'avais pas d'autre obligation que d'effectuer mon travail, et ce, à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit.
Au début, cela fonctionna très bien. J'étais toujours en avance sur mon programme. Cependant, il fallait prendre garde à ne pas oublier que l'horloge de mes congénères était une h + 1. Et à cause de cette petite heure de plus où je me devais de rester les yeux ouverts, j'avais l'impression de faire le grand écart.
À peine deux semaines plus tard, ce qui devait m'arriver m'arriva : je m'endormis au beau milieu de l'après-midi, ratant la signature d'un marché important, et me réveillant à une heure qui m'était devenue étrangère. Le temps m'avait une fois de plus érodé. Qu'à cela ne tienne ! Je décidai de reculer mon horloge d'une heure à chaque fois que je me sentais en retard. Au bout d'un moment, je me retrouvai tout seul sur une île déserte, mi-allumée, mi-éteinte, ne sachant plus comment vivaient les autres hommes. Et c'est comme ça qu'un matin, je crus avoir deux minutes d'avance sur le corbillard qui m'embarquait pour le paradis... En fait, c'était juste le bus qui me remmenait au boulot.  
P.M.

Incipits finissants (83)

On dit que l’enfance est précieuse. Eh bien, moi, je suis pas d’accord. Je ne sais pas où vous êtes allés chercher tout ça. Pour moi, c’es...