Thursday, July 31, 2008

Incipits finissants (13)

- Bonjour Monsieur
- Bonjour Monsieur
- En tant que Président Directeur Général de Traction-Brabant, je réalise un micro-trottoir sur toutes les manifestations d’originalité qui traversent notre société. Il y a de quoi faire… En passant à plusieurs reprises à côté de vous, j’ai réalisé que vous peigniez des figures sur le sol. Et tous les jours, il y en a une nouvelle. Est-ce qu’il vous arrive d’être en vacances ?
- Ah ben non, je pars jamais en vacances parce que je suis pas un pro.
- En tout cas, c’est beau ce que vous faites. Mais dites donc, vos dessins, vous devriez les vendre.
- Oh non ! Pas question. j’aime trop ma liberté. Et pis j’ai pas besoin de ça. L’autre jour, j’ai représenté une bite sur bitume. Sûr, si j’étais un artiste, je la vendrais, j’essaierai de créer de la provoc pour mieux argenter ma came. Tandis que là, c’est du naturel. Gérants de sociétés et assistantes de direction me snobent. Pas grave. Il y a les autres. Vous, vous êtes le 3000ème visiteur de mon site. C’est bon pour la révolte.
- Excusez moi je vois pas bien le rapport…
- Juste la preuve qu’on a pas besoin de grand-chose pour agir, donc la pub et tout le matos….
- Mais de quoi vous vivez, alors ?
- Poubelle + soupe populaire + RSA + Trésor de guerre + Vides greniers : peintures, pinceaux, puces.
- Hélas, dès demain, tout ce que vous avez peint sera effacé.
- OK d’accord. Mais les gens sérieux, à force de comparer les murs de la banque d’en face, horriblement tristes avec mon soleil, à l’indifférence pleine de gaieté, commencent à se dire, dans un accès de lucidité, que peut-être le soleil n’a pas besoin de plus pour briller. Et si la pluie efface mes croûtes, ils s’en rappellent plus que s’ils allaient se chauffer dans une expo musée
- Eh bien merci, Nous rendons l’antenne. Nous continuerons demain notre enquête sur le bonheur.


P.M.

1 comment:

Anonymous said...

Les peintres aujourd’hui, il leur faut du matos, vachement, des tablettes, des Iphone45789, une bagnole pour transporter le matériel, un fou atelier, un chapeau, une panoplie de peintre, 635 appareils photographiques, du papier velours – sont cons à l’envers ! Bref, ils doivent bosser dur avant d’entuber leur première toile, des années d’entreprise à subir pour gagner tout ça - passer par le même piège à cons que les étudiants, pareil ! Eux pour un boulot, il leur faut un abonnement Internet, une voiture, des téléphones mobiles, un look de gagneur qui coûte la peau de leurs fesses, leur faut tout pour espérer avoir un travail qui leur permette de bouffer.
Mais j’en reviens à mon artiste peinteux, après il bosse énormément – comme un chevalet de mine fermée, il n’a plus le temps peindre. Parfois c’est pire, il n’a plus rien à peindre, le boulot lui a tout siphonné le gris du crâne ! Il attend la retraite, de manger les pinceaux par les poils. Le paradis en peinture.

Fabrice

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Poézine ou pour parler comme les gens bien "revue poétique et littéraire" et toutes petites petites éditions, comme le format des bouquins