Friday, May 22, 2009

De Michelle Caussat (extrait de T-B 14)

Ephémère est ma joie. Petits frissons de roses. Alentour un calme de chats. C’est venir sans arrêt l’océan de conscience. Laisser déferler de courtes vagues de nuit mouillée. Un temps viendra pour le rossignol des aubes vertes. Un temps viendra pour la pluie douce, à senteur de géranium rouge. Pour les sabots claquant, le buis sauvage des abeilles. De petites déroutes de hérissons entre les tiges folles des mauves couchées par le vent et ses larmes. Le raffût des chatons, tout curieux derrière la vitre.
De tout cela, plus précieux qu’une bague, que restera t-il, lorsque des jours nouveaux, des jours d’acier, s’avanceront casqués en des brumes incertaines ?
Mon fils, être d’amour que je laisserai vivre dans ces jardins sans papillons, que vas-tu devenir lorsque je serai vieille, usée comme un torchon, ou morte même, éparpillée dans le bleu aride du vent d’est ?
Cette planète craquelée, où l’on met dans des coffres les tournesols du Rêve, tandis que les hommes meurent secs et affamés, oripeaux indigos, langues et bras brisés !
Que restera t-il d’un monde millénaire où des pestes sévissent, où l’on sabre les gosiers libres ? Sans arrêt des combats, du feu dans les voitures ! la rouille sur les bateaux, les enclumes solides jetées, les vautours jaillissant des aubes pâles, la peinture collant comme des tripes sur les carreaux, les artistes aux yeux de chiens fous, et les enfants cruels tissant des embuscades, et les oiseaux noircis dans leurs cercueils de tergal !
Tandis qu’une fourmi-lion erre sans discontinuer sur la nappe de damas rose, je pense à mes fracas, mes luttes et mon sang. Ma parole de stylographe, aussi parfois mes cris dans l’incompréhension d’un sable, la maison de chair disparaît. Homme que j’ai aimé, que reste t-il de la colline aux chèvres, où nos lèvres s’unirent pour la première fois ?
N’y a t-on point bâti quelque cité fiévreuse, dans l’odeur du pétrole, n’y a t-on point clôturé quelques jardins mesquins, où poussent quelques fleurs domestiques, à l’admiration rétive du passant ?
La colline aux esprits où nous faisions l’amour, appuyés aux arbres complices ? Dans le bleu de nos yeux les vignes roussies de septembre, où pendaient les raisins , leur lumière sucrée ?

1 comment:

Anonymous said...

Je ne sais pas pourquoi j'adore ces histoires de collines aux chèvres, de raisins sucrés…Je n'ai pourtant jamais été légionnaire (tout le contraire, j'ai évité le service militaire); J'ai aimé une fille sur une colline moi aussi, la fille était belle, plus belle que la vie.

Fabrice

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Poézine ou pour parler comme les gens bien "revue poétique et littéraire" et toutes petites petites éditions, comme le format des bouquins