Thursday, July 28, 2005

Incipits finissants (1)

Cette soirée en boite est la plus excellente de ma carrière de poisson surgelé. A dix heures du soir, déjà, je ne vois plus bien. J’ai juste repéré les épaules carrées du videur du « Rollmops ». Je me plante devant lui au garde à vous. Mon corps est un panneau piqué à l’entrée du sens giratoire à l’intérieur duquel Monsieur Abell me précipite. Vu la blancheur de sa figure, je me dis qu’elle doit être pourrie à l’intérieur. Pourtant, c’est sans doute la seule ombre qui me reste. Dommage car sur les banquettes en mousse de polyuréthanne de jolies grosses dames me sourient à travers la circulation des lumières. Mais plutôt triste et vague, tout à coup, une parole d’amour surgit de ma bouche que je ne peux saisir et qui vole sur le canapé où est allongée un peu à l’écart une simili blonde accrochée à un croissant de lune qui se vaporise juste à l’endroit de son corps. Trop tard pour rêver…
Dans la brume, les visages s’éloignent. Je suis tiré par une force rétrograde dans le passé de mon déshabillage. Au pied de la porte et en contact étroit avec la rosée du matin, des pleurs mordent ma gorge. Et je crache un merci à Monsieur Abel dont la tête sort des épaules comme une mongolfière.
Ouais. La voiture est encore loin dans ce cimetière de toits givrés. Tout d’abord, je dois uriner toutes les mascarades de la veille pour repousser le sable qui entre dans mes narines. C’est drôle comme aux limites du cimetière, les grues ont retourné la terre pour un dimanche à minuit.

Je pisse toujours et à mes pieds, un trou immense est creusé, dont la profondeur m’est inconnue…

P.M.

3 comments:

Akinol said...

See Here or Here

Akinogal said...

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Giroflée Tournebuse said...

J'aime vraiment bien cette écriture rafraîchissante.

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Poézine ou pour parler comme les gens bien "revue poétique et littéraire" et toutes petites petites éditions, comme le format des bouquins