Tuesday, January 24, 2012

De Lionel Mazari (extrait de T-B 29)

On nous a mis des lunettes barbelées,
non pour nous empêcher de voir
mais pour qu’on sache que nos regards sont
interdits.
Nos paroles ont été déformées,
on a cousu nos lèvres avec des élastiques
afin que nos sourires n’aillent pas trop loin.
Au fond de notre gorge étroite est une rivière
asséchée
où s’essoufflent les mots des autres.
Depuis qu’on nous travaille le corps,
nos cris se font aussi douloureux que la blessure.
Dedans, dehors, c’est toujours le même,
le mauvais côté de la grille ;
les forçats affranchis ont ôté leurs rayures.
Mais ils ont conservé l’uniforme
et se nomment apôtres de l’exil ;
la prison ouverte est leur église.
Dehors, dedans, où qu’elles aillent,
nos jambes sont des clôtures ;
à chaque fois qu’on s’éloigne, on parque.
Nos mains sont devenues des gants,
nos crasses de grands oiseaux effarouchés
qui prennent le ciel pour un avion fantôme.
Nous sommes libres, quelqu’un y veille ;
mais nous allons dormir entre des murs.
Notre sexe tombé sèche au grand jour ;
celui des filles a disparu
volé par des enfants qui partent naître ailleurs,
de vrais enfants
et non plus ces maladies qui nous poussaient dans
le ventre.

http://http://www.lionelmazari.org//

1 comment:

Anonymous said...

"Notre sexe tombé sèche au grand jour ;
celui des filles a disparu
volé par des enfants qui partent naître ailleurs,
de vrais enfants
et non plus ces maladies qui nous poussaient dans
le ventre."
*J'ai relu ça aujourd'hui. Ca m'a fait du bien.

Fabrice

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Poézine ou pour parler comme les gens bien "revue poétique et littéraire" et toutes petites petites éditions, comme le format des bouquins