Saturday, April 17, 2010

De Marc Sastre (extrait de T-B 29)

C’est comme ça que l’on tient le coup, puisqu’il en est ainsi des corps déchus à perpétuité, à défaut de nous faire poètes, en accord avec les juges, sous notre robe de poussière, nous nous sommes faits érotiques modernes. Des érotiques de cathédrale, pas de lit de fleurs soufrées où se déchirent les toisons rieuses et humides de volonté, quand le vin coule du soleil, non, des érotiques de cathédrale. Tant que la langue peut lécher le sucre de ses liens…
Alors si l’érotisme est un collabo il faut bétonner les plages, assécher les océans, les mers, les rivières et les piscines privées aussi.
Bien sûr qu’elle nous aime la plage, quand trop de chaleur donne parfois envie de s’évanouir, d’un évanouissement qui serait comme une mort joyeuse, une mort d’où l’on reviendrait.
Car la chaleur gagne toujours, elle ne s’en tient pas seulement à violenter le bitume, le béton la ferraille, elle fouille aussi nos carcasses. Au plus profond, et même plus loin.
L’été nous viole, une cigarette peut être insupportable si on ne l’accompagne pas d’une bière, ou deux.
Alors quand l’ombre ne suffit plus, quand elle échoue dans les limites de la pierre, quand le vent se retient, il ne reste que l’eau, la plage fantasmatique, saturée de créatures anoblies, refoulant le monde, défiant ce défi liquide se fracassant et bavant à leurs pieds.
La plage pointe un au-delà, le vent y recouvre les noms que le sable moule. Au-dessus des embruns, des vagues métaphoriques, les rires peuvent toujours fêter la saveur d’une équité fugace.
J’ai dit fugace.
Ton sein est mon sein, louée soit ta peau noire. Je parcours tes chevilles, je m’approprie tes genoux, je nomme ton bassin et en appelle au plus profond de ton ventre. Je ne te rêve plus je ne t’invoque plus : tu m’es si proche que tu es mienne.
La plage est le théâtre renouvelé
L’hypermonde de saison
La pornographie détournée et incarcérée dans le droit aux congés payés.
Ne vous trompez pas de saison en essuyant d’un revers de soie cette bave qui sourd ardemment d’une lèvre instinctive : votre érotisme n’est qu’une pornographie déchue à force de christianisation.
Mais bientôt il faudra ranger les parasols, les crèmes et les messes glacées, toutes les promesses que l’été n’a pas tenues. En attendant la lente et douce descente de l’automne. Il restera l’hiver pour espérer, le printemps pour oublier.
Je le répète l’été est un collabo.

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Poézine ou pour parler comme les gens bien "revue poétique et littéraire" et toutes petites petites éditions, comme le format des bouquins