Saturday, November 25, 2006

Incipits finissants (33)

A toi M, quand tu débarquais digne dans la salle d’études et que tu extirpais de ta valise en fer grillagé des bouquins de cul même pas interdits de vente, prenant l’air d’un curé avant de nous expliquer le pourquoi du comment, les silhouettes que tu avais déjà choisies dans ton catalogue. C’est comme si tu avais trouvé le moyen de nous enfumer, toi l’échappé de ce monde pourrave parti pour des féeries pas trop sympathiques. Oui il se pouvait que tu aies vécu avec ces nanas sorties des bottes de foin là-bas dans ta ferme ta gueule.
Et toi aussi Monsieur S le baroudeur qui en avait connu des poupées, surtout en forme de canettes aux troisièmes mi-temps des matchs de foot, tu détaillais toutes leurs caractéristiques techniques comme celles de l’avion, tu goûtais leur psychologie à fleurs d’un haussement d’épaules et ça marchait du feu de dieu pour toi tes études.
A moins de vingt ans, tous les deux, vous étiez déjà sortis des eaux, aussi avancés qu’un Rimbaud sans écriture. Avancés, oui. Vous en avez donné des cours, à nous qui restions tapis dans l’arène des dégingandés à grandes oreilles, trop polis pour ne pas sourire. A nous qui stationnions au seuil du couloir en continuant à nous tromper d’église.
Eh ben les gars, qu’êtes-vous devenus ? Parce que la vie elle a continué après votre effacement, elle ne s’est pas arrêtée à ce moment là. Après, il a fallu suer. Alors, en avez-vous fini avec elle ? Ou avez-vous sombré dans le plat pays de l’existence ?
N’auriez-vous pas plutôt pu la prendre à l’envers la vie, vous évader plus tard pour ne jamais rêver ? Parce que depuis j’ai perdu le fil de vos leçons, n’ayant pas bien vu à quoi elles ont servi, sauf à vous en sortir, alors qu’il aurait fallu y rester de toute forces au fond de vos clairières animales, ne jamais voir le bout du délire au lieu d’envoyer des messages de retour d’un monde que, contre toute apparence, vous n’avez jamais effleuré.
Alors, pourquoi fallait-il que vous soyez là ? Aujourd’hui ne demeurent plus de vous que ces maigres épouvantails, qui nous renseignèrent par avance sur l’abandon de tout idéal, emprisonnant dans leurs torses les petits cris de jouissance des sirènes de détresse, humains tombés dans la poussière de costards trop grands.


P.M.

1 comment:

Anonymous said...

Encore un texte bien écrit qui, en plus, fait réfléchir. Patrice Maltaverne a tout pour déplaire aux marchands de sable. Aux lecteurs préférés des médias, ceux avec des paupières cousues

Fabrice

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Poézine ou pour parler comme les gens bien "revue poétique et littéraire" et toutes petites petites éditions, comme le format des bouquins