Saturday, November 19, 2005

Traction-brabant 33

Je complète mon étude sociologique consistant à savoir pourquoi certains auteurs rechignent à acheter, ne serait-ce que quelques bouquins de quelques autres auteurs : apparemment ça existe. Commençons par les raisons plus ou moins évidentes ou valables : parce que ça les emmerde, parce qu’ils ont pas envie, parce qu’ils ont pas de sous, parce qu’ils sont partisans des échanges…Mais encore ? Parce qu’ils sont atteints de plusieurs syndromes. Le syndrome de l’artiste : « moi je ne me salis pas les mains avec les billets, sauf avec ceux qui rentrent et je fais en sorte que mes tarifs sont bien élevés pour qu’il en rentre plus d’un seul coup ». Le syndrome du chroniqueur revuiste : parce qu’il reçoit déjà plein de bouquins…. Oui, mais, l’erreur est vite trouvée : certains livres l’auraient intéressé qu’il n’a pas lus parce qu’il ne les a pas achetés. Porte ouverte à tous les copinages, pas toujours en rapport avec la valeur des textes. Hélas, le syndrome le plus grave, le plus pliant de rire me paraît être celui de l’écrivain, car dans ce cas, il n’y a aucune prise de risque financière directe de la part de la personne : pas d’exposition, pas de publication avec un coût à amortir. Tout simplement, l’autoproclamé écrivain n’aime pas être pollué par l’écriture des autres. Imaginez : Liberty Valance entre dans un saloon, la tension est palpable. Le mec pose son flingue sur le comptoir. Le rag time devrait s’interrompre mais il ne cesse pas. Une poupée approche pour la danse et Liberty Valance dit : « les vrais durs ne dansent pas ». Plus de musique, plus de cul, le vide absolu. Eh ben là, c’est du pareil au même : les vrais écrivains ne payent pas. J’en soupçonne même de croire qu’ils vont devenir des écrivains s’ils ne payent pas. Moi, ça me laisse dubitatif. Non que je méprise leur talent mais je ne vois là qu’une brochette de branques autoproclamés faisant les malins, dépourvus de toute sympathie et qui tirent une balle dans le pied du réseau auquel, nonobstant leur hauteur de vue, ils appartiennent, c’est pas plus compliqué que ça. De toute façon, le retour de manivelle est rapide. Les livres des aristos, sauf preuve d’incroyable génie, on les achète pas. Comme ça après, ils ont de vraies raisons de se la jouer misanthropes. En tout cas, je peux vous le dire : avec tous les bouquins que je me suis payés, depuis le temps, ma voix aurait dû muer. Alors, je pense plutôt que si elle est nulle aujourd’hui, c’est qu’elle l’était déjà avant.


















P.M.

2 comments:

Un poème pour le Japon said...

ahah intéressant, tu ferai un bon profiler. J'en prends note et je mets ton blog en partage =)

Anonymous said...

marrant..produit récemment un petit coup de gueule sur le même thème ou presque ..j'adore ces bons hasards qui nous font nous rejoindre.

ce que j'aime aussi c'est la numérotation du temps, des pages..décidément c'est de la jolie bagnole cette TB..;-I
annaj

Blog Archive

About Me

My photo
Poézine ou pour parler comme les gens bien "revue poétique et littéraire" et toutes petites petites éditions, comme le format des bouquins