Saturday, April 15, 2017

Incipits finissants (35)

Je tiens à vous féliciter pour la conscience professionnelle exceptionnelle dont vous avez fait preuve dans les réformes menées depuis quelques années afin de rendre notre entreprise compétitive face à la concurrence mondiale.

Je ne suis pas sans savoir qu'il s'agissait d'un sacrifice important pour vous et que vous avez dû modifier vos habitudes de vie. Mais maintenant, nous avons parachevé le programme et nous voilà parvenus à un nouvau monde, sûr de lui-même.

A présent, je vais vous prendre en photo pour sceller ce moment d'éternité. alors les gars, un peu de calme ! Le petit oiseau va sortir ! Oui, bien sûr, Bébert, je sais que tu grelottes depuis que t'as perdu ton logis parce que tu as aussi perdu ton job parce qu'on t'a viré. Essaye au moins de te tenir droit pour la photo, que diable ! Et ne tremble pas comme une vieille carcasse de poulet ! Et toi, Mimile, lâche cette bouteille de vin. un litre de villageoise, ça n'est pas très prhotogénique. Ce n'est pas parce qu'il fait moins huit degrés Celsius toutes les nuits qu'il faut que tu t'alcoolises à outrance. Quant à toi Mouloud, ne crois pas que tu t'es fait tabasser parce que tu es un arabe. Alors reste digne, malgré la crasse incrustée dans ton imper. On t'aimait dans la société. C'est grâce à toi si ça roule aujourd'hui pouyr moi, le directeur, lui le P.D.G. et tous les actionnaires.

Mais je t'en supplie ! Fais quelque chose pour tes gnons Mouloud ! Enfile ces lunettes de soleil afin qu'on ne voie plus ton oeil au beurre noir. Et toi, totof, arrête de gueuler comme ça, après la photo, tu l'auras ta soupe populaire ! Je te l'ai déjà dit, tu la ramènes trop et c'est pour ça qu'on t'a mis dehors ! Qu'est-ce que tu veux que j'y fasse si t'es viré ? C'est à cause de la mondialisation. Ce sont les actionnaires qui le disent.
 
Par contre, les grimaces ça fait pas chouette sur la photo des anciens du groupe. Bon ! Mimile et Bébert, occupez-vous du ptit Louis. J'ai l'impression qu'il a envie de piquer un somme, mettez lui des baffes pour qu'il se réveille. Je comprends pas. Il dort tous les jours sur son banc depuis qu'on l'a jeté et il est même pas capable d'être prêt pour notre kermesse annuelle des licenciés économiques. J'vous le dis les gars, vous avez toujours manqué de discipline, sauf peut-être... là...c'est bien, on va y arriver... bougez plus. Et clac ! C'est nickel. On voit même plus que vous puez.

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Poézine ou pour parler comme les gens bien "revue poétique et littéraire" et toutes petites petites éditions, comme le format des bouquins