Saturday, June 13, 2009

Traction-brabant 47

Je rigole plus là, maintenant. Voilà-t-il pas que j’ai plus le droit d’écrire de poésie triste ! ! ! Vous parlez d’une merde ! A chaque fois que j’essaye de placer, avec délice, un poème sombre et désespéré, mes quelques lecteurs, les quelques personnes qui assistent à mes lectures un peu publiques, s’ennuient, inutile de le cacher, et me traitent en souriant de pessimiste.

Faut dire que depuis tout le temps que je sévis, je ne me suis pas encore suicidé, imitant sans les consulter la plupart de mes petits copains du réseau. Alors forcément, mon potentiel de succès s’est peu à peu émoussé.

Il aurait fallu que je meure à un moment, et puis que je revienne voir leurs tronches émues après. Hélas, elles n’auraient jamais été en émoi, les tronches. Alors tant pis pour moi. Me voilà condamné à paraphraser jusqu’à ma mort l’almanach Vermot.

Pourtant, je me demande encore pourquoi les gens préfèrent les textes qui les amusent. Vous prononcez un jeu de mots à deux balles et ils s’esclaffent comme des baleines. Et même qu’ils m’applaudissent quand je commence à leur faire plaisir, presque par hasard, tant c’est pas de gaieté de cœur, je vous le garantis.

Au contraire, qu’est-ce que je me fendais la poire autrefois, quand j’écrivais de la poésie trash punk hardcore ! Dans mes poèmes, j’arrivais à mourir en moyenne chaque vers impair ou pair, à la limite, les jours où j’étais pas en forme, du temps de ma jeunesse.

Bien entendu, ça crachait mille fois mieux que ces logorrhées de pépé.

En plus, je m’en sortais toujours indemne, de mes poèmes, tout en ne cessant de faire la nique à la mort.

Tandis que là, ça doit être l’époque libérale qui veut ça, il me faut écrire des poèmes rigolos pour détendre les travailleurs. Le problème est que je m’ennuie à la tâche. Là, pour le coup, j’ai l’impression de mourir à petit feu, tellement j’y crois pas. Echec sur toute la ligne !

J’ai même pas réussi à convaincre les amateurs de belles lettres que la vraie poésie ne résidait pas que dans cette tradition des jeux de mots laids mais que nous devions voir la sale vérité en face et qu’il fallait donc la décrire sans fard pour la conjurer, quand il s’agit toujours de cette bon dieu d’impuissance qui remonte à la surface, quoi qu’on fasse.

Rien à faire, ils rigolent comme des bossus quand je leur ressors mon « Hymne à la planche à repasser » ou « Total bonheur ». Et à chaque fois, ils me tuent un peu plus de leur superficialité native.



P.M.

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Poézine ou pour parler comme les gens bien "revue poétique et littéraire" et toutes petites petites éditions, comme le format des bouquins