Tuesday, April 20, 2010

Incipits finissants (48)

Les poètes ont beau sacraliser la vie quotidienne. Cette dernière n’est pas souvent à la hauteur. Alors, dans ces conditions, pourquoi ne pas céder à la tentation de quelque illumination qui ne résout rien, mais qui a au moins l’avantage de nous faire découvrir d’autres réalités plus agréables que l’ordinaire ?

Je me bornerai ici à traiter des effets de l’alcool. C’est très classique me direz-vous. Pas tant que ça, si le phénomène est abordé sous un jour nouveau. Je m’explique.

Le principal tort des buveurs, comme de tout spécialiste, est de ne faire que de boire toute la journée. Ce faisant, ils n’obtiennent plus l’effet désiré, si tant est qu’ils s’en souviennent encore.

Pour qui veut pleinement profiter de l’ivresse, il importe de ne pas abuser des substances alcoolisées, ainsi que de les mélanger à d’autres drogues. Le bon air, par exemple.

Je me rappelle être parti pour une promenade d’une heure qui se transforma à l’aide de ma carte topographique en randonnée six fois plus longue. Je vous laisse deviner mon état quand redescendant dans la vallée, je me trouvai fort déshydraté. J’aurais alors pu me gaver d’eau comme la majorité. Eh bien non ! Sans savoir pourquoi, je résolus de commander un Jet 27, ce qui est très naze.

Comme j’avais soif, je bus vite ce breuvage qui n’était pas précisément destiné à me désaltérer. Et là, sans avoir besoin d’un second verre, à peine un quart d’heure plus tard, j’entrai dans un nouveau monde. Celui du Jet 27, qui ressemble peut-être à celui de la Chimay bleue. Ça c’est de la provoc ! En tout cas, des Jets, il y en avait partout. Les paroles de la rue fusaient à mes oreilles comme des Jets ! J’étais au milieu de la Tour de Babel, tant les voix tintaient à mes oreilles. Ma tête devenait un ordinateur ultra perfectionné. Et lorsque je voulus me déplacer, je me sentis propulsé au milieu d’autres autos tamponneuses, ces piétons zigzaguant sur les trottoirs. J’étais alors certain d’avoir raison d’être là. Pour la première fois de ma vie.

Et il y avait mieux. Les gens s’étaient ramollis d’un seul coup d’un seul, ce qui augmenta de façon inquiétante mon amour pour ces êtres. Je comprenais le monde entier, sans que les autres n’aient l’obligation de me comprendre.

Cette illumination valait la peine que j’avais prise à me lever avec une autre idée en tête que de m’illuminer. Et tant pis pour la redescente ! D’ailleurs, elle fut toute douce…

P.M.

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Poézine ou pour parler comme les gens bien "revue poétique et littéraire" et toutes petites petites éditions, comme le format des bouquins