Monday, July 24, 2006

De Léon Maunoury (extrait de T-B 56)

Le soleil lourd. Ton petit corps serré dans ses frusques se meut jusqu'au frigo pour arracher ta première bière de la journée. Ventilo flemme et clope abandonnée sur le bord de la table. La chaleur grosse, sueur acide, insectes en pagaille qui se bousculent dans le jardin à l'ombre des grosses courges qui gonflent. Toi qui respires et qui fumes, qui attends le soir comme si c'était un train à prendre.  
   Tu écris: "Ombres de cactus frappées par le vent, hennissements de poussière bleue. Décors en celluloïd installés en paravent (longues villes lumières surlignées de cuivre). Interstice western dans le chant aveugle de la parole morte."
Les chardons se frayent un chemin dans le brouhaha incessant des mots, dans la somme des possibles que l'alphabet nous propose. Les chardons émergent des sols bétonnés du langage. Je les cueille, ils sont là, hantant les gouffres de l'entre deux mots. Tout est permis, et après le mot chardon j'ouvre l'orage, je trempe la page de liqueurs brûlantes, le bouilleur de cru frappe à ma porte et s'en vient distiller mes visions. 
« Viens bouilleur! Viens donc et distille! Sers-moi plein crâne de ton mercure, de ta sève visqueuse ou de ton jus noir électronique! »
Moi je me repose,  ma carte d'abonnés instinct me donne droit à un break  pour la nuit, et si le rêve est rouge, je le monte à cru et vais trancher la toile.

[Cuivre au galop dans les plaines mentales, des chardons plein les yeux].

"Une couleur n'est pas une couleuvre" disent-ils.  Toutes les mâchoires serrées qui aboient et grincent dans ma tête. Une couleur n'est certainement pas une couleuvre. Et le BLEU est posé comme une roche, et impossible de fissurer le ciel, la mer, tout ce qui vient se frotter à lui.
Une couleur n'est pas une couleuvre? Le noir est la nuit, il couleuvre en longs couloirs de mots jusqu'à l'instant morsure où le bleu se déchire en haletant, épuisé. L'infection s'applique paisiblement, sifflements et liqueurs mielleuses qui s'écoulent de la fracture. Claquements de fouet dans le dégradé. Le noir s'enfonce onctueusement. On relève la tête. Une couleur dans ta gorge, propagation du soir jusqu'en ton antre crâne. 

   [Le chant aveugle de la parole qui meurt en hoquets, qui tourne dans le vide des configurations possibles].

Comment on hurle avec des mots plein la gueule? Avec des mots qui hantent jusqu'aux plus intimes de nos songes? Comment on fait pour déconnecter leur termitière de notre chambre/crâne?
                                   
  [Ils agrippent mon cri de leurs petites mandibules acérées et le cryptent en hiéroglyphes biscornus].


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Poézine ou pour parler comme les gens bien "revue poétique et littéraire" et toutes petites petites éditions, comme le format des bouquins