Tuesday, January 12, 2010

Traction-brabant 56

Maintes et maintes fois, on m’a reproché et on me reproche encore la noirceur de mes poèmes. C’est vrai qu’ils sont noirs, mais beaucoup moins qu’autrefois. Peut-être qu’un climat plus tempéré, collant mieux à la réalité des choses, agit-il.
Cependant, il me semble toujours essentiel de défendre la noirceur de certains textes, y compris ceux écrits par d’autres poètes.
Voyons plutôt comment se comportent les pros de l’écriture, dont l’importance dans la littérature n’est plus contestée :
- Le livre de Job : « Pourquoi ne suis-je pas mort dans le ventre de la mère ? Pourquoi n’ai-je pas expiré au sortir de ses entrailles ? » ;
- Shakespeare : « Tu serais mieux dans ton tombeau qu’ici le corps en butte à toutes les violences du ciel » (Le Roi Lear) ;
- Rimbaud : « Le travail humain ! C’est l’explosion qui éclaire mon abîme de temps en temps »  (Une saison en enfer) ;
- Antonin Artaud : « Je crois qu’il y a toujours quelqu’un d’autre à la minute de la mort extrême pour vous dépouiller de notre propre vie » (Van Gogh ou le suicidé de la société) ;
- Louis-Ferdinand Céline : « La merde a de l’avenir. Vous verrez qu’un jour on en fera des discours » (Voyage au bout de la nuit ?);
- Sarah Kane : « C’est la peur qui m’éloigne des rails. Je prie simplement pour que la mort soit bien le putain de terminus » (4.48 Psychose).
Pas très réjouissant tout ça n’est-ce pas ? Pour trouver de l’optimisme là-dedans, levez-vous de bonne heure ! Et encore, le manque de place m’interdit d’en citer davantage.
Alors, pourquoi cela semble t-il poser problème, quand Malta et ses potes donnent dans le sombre ? Pourquoi devrions-nous amuser la galerie pendant que des pointures la font pleurer ? Je ne peux m’empêcher de constater qu’il y a là comme qui dirait un déni d’écriture. Quand vous passez un examen, vous en bavez. Quand vous faites du sport, vous êtes en sueur. Et les cancers, et les suicides, les licenciements, la pression familiale, c’est aussi la vie ça. Pourquoi la littérature et plus particulièrement la poésie devraient-elles jouer les folies bergères ?
Soyons clair. La poésie a aussi pour fonction de remuer la merde, pas seulement de donner des tapes amicales dans le dos des lecteurs, tout simplement parce qu’elle n’est pas faite que pour ça. Et puis, cela ne m’empêche pas d’aimer l’humour, qui peut être noir. D’ailleurs, lire des textes sombres, contre toute attente, finit par constituer une détente comme une autre.
                                                                                                                                               P.M.

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Poézine ou pour parler comme les gens bien "revue poétique et littéraire" et toutes petites petites éditions, comme le format des bouquins