Sunday, October 08, 2006

De Jean Pézennec (extrait de T-B 58)

LE MÉTIER

Le métier ne l’avait jamais vraiment enthousiasmé. Il l’exerçait un peu par hasard, et il ne se sentait pas vraiment fait pour, même s’il faisait de son mieux. Longtemps il s’était dit que comme tous les métiers, celui-là devait s’apprendre, même s’il était difficile, même si l’on avait vite fait en l’exerçant de se blesser ou de blesser les autres — et il s’était plusieurs fois blessé, et il avait plusieurs fois blessé les autres —. Longtemps, il avait cru qu’avec l’âge il s’adapterait, qu’avec l’âge, lui aussi finirait par s’attacher à ce métier qu’il n’avait pas choisi, comme tous ces collègues si appliqués, si consciencieux qu’il voyait autour de lui. Malheureusement, il atteignait ses soixante ans et il constatait qu’il n’en était rien. Il était toujours aussi malhabile, il se sentait toujours aussi mal adapté à la tâche qui était la sienne.

Il lui fallait se rendre à l’évidence. Il mourrait avant d’avoir acquis la maîtrise du métier de vivre.

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Poézine ou pour parler comme les gens bien "revue poétique et littéraire" et toutes petites petites éditions, comme le format des bouquins