Friday, January 14, 2011

Incipits finissants (65)


Les vacances, c'est comme un vase à remplir de vide. Avant, on précipite, le rythme de travail, même quand ce n'est plus du travail. Tout ce qui est à faire, et ce qui ne l'est pas, doit être terminé.
Un empilement de tâches se fait jour, qui se contredisent presque et qu’il faut absolument mener à bien. Cela ressemble à des casiers à remplir dans son cerveau en un temps minimum. D’ailleurs, on est déjà en train d’harnacher le coffre de toit. Et si ça ne ferme pas, on pousse davantage les bagages jusqu’à ce qu’ils ressortent de l’autre côté.
Au milieu de cette succession précipitée d’actions, l’esprit s’énerve pour un rien. En fin de compte, les vacances trouvent leur justification, cette dernière n’existant pas encore un mois auparavant. Par chance, il faut croire que la nature a horreur du vide, car les tâches se succèdent une à une à l’horizon mental, telles des armées de petits soldats de plomb ou de fourmis industrieuses…Et toute cette agitation, pour quoi ?
Pour finir allongé en été sur une plage. Pour être surpris par les carsses du soleil qui n'est autre que de l'électricité naturelle rechargeant nos batteries. C'est bien ce que je disais : il s'agit d'un vide qui nous remplit peu à peu, en sablier inversé. Puis, au bout de quelques jours, la force, de nouveau, nous habite. Comme si, à présent, nous nous sentions plus grands que cette pile de choses évanouies qui ont squatté notre esprit avant notre départ.
Ainsi, une fois démembré, le coffre bondé n’est plus qu’un symbole d’inaction. Les objets ne nous parlent plus et c’est une bonne nouvelle car rien d’autre ne parle ici. Même les hommes demeurent silencieux, alors qu’ils continuent à dire des bêtises à longueur de journée. Tels au bureau, tels en terrasses !
Mais ce rêve, on le sait, ne dure jamais longtemps.
Quand la vie intérieure est enfin parvenue à prendre toute la place, il convient de la pousser dans un coin. Le beaucoup de bruit pour rien reprend. On doit se résoudre par mimétisme, à mener de nouvelles batailles, afin de répondre aux ordres et de remettre en place les choses, et ce n’est pas une image - utiles seulement au corps matériel qui nous cerne.
Hélas, il faut admettre que ce monstre a un aspect bêtement social, et qu’il joue les caméléons pour nous faire avaler des grosses couleuvres.
Vous le devinez. Dès à présent, on n’espère plus que les prochaines vacances.

P.M.

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Poézine ou pour parler comme les gens bien "revue poétique et littéraire" et toutes petites petites éditions, comme le format des bouquins