Sunday, July 01, 2018

Incipits finissants (73)

Il faut être vraiment cinglé pour parler de choses sérieuses ! Et qui plus est, en public !
Imaginez la scène. Ce mec-là débarqué de je ne sais quelle galère, dans ce restaurant en plein crépuscule, parlait à haute et très intelligible voix des primaires des présidentielles, du terrorisme ambiant, des prises de position de telle ou telle personnalité politique, de l’individualisme des français d'aujourd'hui (tu parles, Charles, on n'a pas envie d'être dérangés dans nos habitudes, nous). Tout du bonhomme déprimant ! À l'écouter, pas une seule chose n'allait.
Bon, il déblatérait aussi sur des histoires de flics et de traversée de frontières difficile. C'est incroyable comme dans les péripéties des fous et des alcooliques (des fous aussi), il peut y avoir plein de bastons, voire de coups de matraques qui s'abattent sur les têtes !
Bizarrement, la frontière n'avait pas eu l'air d'être imperméable pour notre bonimenteur qui avait pu, malgré tout, passer d'Allemagne ou du Luxembourg à la France, avec juste pas mal d'égratignures à l'âme.
Bref, ce mec-là était bon à enfermer.
Sauf qu'en l'espace d'un quart d'heure, je l'entendis parler d'Erich Honecker et de la pièce de théâtre d'Eugène Ionesco, « Le rhinocéros ».
« Vous n'êtes que des rhinocéros ! », clama-t-il pour conclure de façon péremptoire son spectacle gratos, devant nos yeux rassurés par sa sortie de scène.
Cependant, je réfléchissais. Qui, en 2017, connaît encore Erich Honecker et « Le rhinocéros » d'Eugène Ionesco ?
Franchement, pas beaucoup d’âmes. Et d'ailleurs, tout le monde s'en tape. Quand j'observe les personnes sensées et intégrées qui m'entourent, à dire vrai, on n'est pas aussi sinistres et dépréciatifs que ça. On est surtout informés sur le temps qu'il fait dans la semaine, sur les promos chez Lidl, ou bien sur la recette de la tarte Tatin.
Non, mais franchement, on n'a pas idée ! En 2017, il faut être aliéné pour se permettre de développer des théories politiques et de s'occuper d'absurde !
Que Dieu nous préserve de finir aussi mal que de tels personnages négligés, rencontrés au fil des rues, quand on ne file pas assez vite, avec toute cette folie ramassée comme un venin qui ne songe qu'à être craché sur des gens aussi dignes que nous le sommes en toutes circonstances ! 
P.M.

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Poézine ou pour parler comme les gens bien "revue poétique et littéraire" et toutes petites petites éditions, comme le format des bouquins