Thursday, December 06, 2007

Incipits finissants (78)


En termes d’évasion, on ne célèbre que les voyages ou l’immobilité. D’ailleurs, l’aventure est le plus souvent payée cher aux agences touristiques. Des vols aux pays où ça dépayse absolument, pas chez nous, jamais. Ou bien, c’est l’inverse exact. On ne bouge pas. C’est l’ici, toujours et encore, jusqu’à la nuit des temps. Le futur qui aime bien ressembler au passé, dans son unification coutumière.
De la sagesse du poète à la folie de l’aventurier, qui des fois, d’ailleurs, adorent se confondre l’un l’autre. Mais lequel de ces deux personnages de cinoche est le vrai ? Peut-être aucun et c’est bien ça le problème, pour moi.
C’est pourquoi j’ai envie de célébrer autre chose de moins romantique. Ce que vivent par obligation pas mal de personnes. Ni dans leur maison ni hors de leur pays. Mais sur toutes les routes ou gares de France (vous pouvez remplacer ce mot par un autre, ça revient au même).
Oui, les aires d’autoroute sont moches. Et les gens qui s’y arrêtent, mes semblables, mes frères, tout aussi moches. Et aussi, les halls de gares, sacs à courants d’air et à bousculades. Rassemblement de gens pressés, qui veulent être partout, sauf là.
C’est bien pour ça qu’à ce propos, il est impossible de parler de voyages. Il n’y a pas de tourisme, pas de vraie rupture avec le quotidien, non plus. Il n’y a pas davantage de repli sur soi dans une plus confortable tranquillité.
Le contrecœur est toujours un cœur, sauf qu’il est plus gros et plus dur. Hélas, tout ça suit trop bien le courant pour être digne d’être remarqué. Pourtant, il y a ces restaurants de passage, ces gites d’étape dans lesquels la peinture s’écaille presque discrètement des murs. Ces villes de province traversées où ne vivent plus que des vieux. Ces enseignes qui clignotent avec irrégularité, déjà plus qu’à moitié condamnées.
Puis, à l’opposé, dans les mégapoles, ces gens qui proposent leur commerce à même la rue. Pas que de la drogue, non. Ces zones de danger qui font prendre tout le risque aux voitures contre les piétons.
Eh bien moi, malgré l’apparence, j’aime bien vivre des étapes dans des endroits où suinte la tristesse ou la hâte. Et comme toutes les étapes se ressemblent, cela devient presque une vie entière, au pays des tiers mondes que l’on devine, rien qu’à leurs regards perdus.
Mobile et immobile à la fois…Plus vrai et plus précieux, car pas le choix…
P.M.

1 comment:

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Poézine ou pour parler comme les gens bien "revue poétique et littéraire" et toutes petites petites éditions, comme le format des bouquins