Ça fait longtemps que j’avais pas pensé que c’était quand même bien qu’il y
ait eu des guerres. C’est l’une des plus belles vérités à ne pas oublier. À
l’instar de Brassens, je pense tout particulièrement à la plus magnifique d’entre
toutes les guerres : celle de 14/18.
En effet, sans la guerre, pas de héros. À côté de ça, qu’y a-t-il d’intéressant
à raconter dans notre vie d’aujourd’hui ? Vous avez déjà lu des romans
palpitants sans crimes ? Bon, c’est vrai, il reste les histoires de cul.
Ça occupe pas mal de langues, surtout celles qui causent. Hélas, c’est moins
glorieux....
Et ne parlons pas ici de honte, s’il vous plait. Moi, je comprends pas ceux
qui disent que la guerre c’est la honte. Faut dire qu’on n’y a guère participé.
Tout ce qu’on sait, c’est qu’elle donne plus de profondeur à la vie, y a qu’à
voir ces trous d’obus, en héritage à nous laissés.
D’ailleurs, je ne fais qu’écouter ce que le Président, il a dit. Nous avons
un devoir de mémoire. Sans guerre, pas de mémoire. Tu crois que ta vie de
bureau, quelqu’un va s’en rappeler ? Selon le grand principe, pour que
quelque chose soit digne de souvenirs, faut que ce quelque chose chie très bien
d’avoir trop mal chié.
C’est comme dans notre vie : quand on se souvient de rien, c’est que
c’est la paix.
Et donc c’est la guerre qui chie le plus, que voulez-vous !
Bon, bien entendu, une guerre qui tue, ça fait pas mal de morts. C’est un
peu le problème. Mais ceux-là, je veux dire, les morts, c’est pas comme nous,
qui passons toute notre vie à suer sur un chantier ou à pâlir derrière une pile
de dossiers, ils disparaissent illico, sans avoir besoin, eux, de se forcer
pendant des années à faire la même chose, avant qu’on les oublie à toute
vitesse, sitôt partis.
En ce sens, les morts de la guerre n’ont aucune importance, puisqu’ils sont
désormais invisibles, mais pas moins que nous, qui sommes pourtant vivants.
Vous l’avez pas vue, cette bombe-là, vous tomber sur la tronche, hein ?
Les meilleurs, bien entendu, ce sont nos héros, ils sont revenus de la
guerre sains et saufs, ou, à la limite, un peu estropiés, ce qui fait plus
crédible. Il n’y a qu’eux pour nous intéresser, car on les rattache à quelque
chose de pas lisse. Justement, l’inverse des vérités de La Palisse.
S’il n’y avait pas eu les guerres, on n’aurait plus qu’à vivre : Autrement
dit et en bref, l’ennui total, en prélude à une mort sans relief.
P.M.
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