Wednesday, July 28, 2010

Incipits finissants (82)


Ça fait longtemps que j’avais pas pensé que c’était quand même bien qu’il y ait eu des guerres. C’est l’une des plus belles vérités à ne pas oublier. À l’instar de Brassens, je pense tout particulièrement à la plus magnifique d’entre toutes les guerres : celle de 14/18.
En effet, sans la guerre, pas de héros. À côté de ça, qu’y a-t-il d’intéressant à raconter dans notre vie d’aujourd’hui ? Vous avez déjà lu des romans palpitants sans crimes ? Bon, c’est vrai, il reste les histoires de cul. Ça occupe pas mal de langues, surtout celles qui causent. Hélas, c’est moins glorieux....
Et ne parlons pas ici de honte, s’il vous plait. Moi, je comprends pas ceux qui disent que la guerre c’est la honte. Faut dire qu’on n’y a guère participé. Tout ce qu’on sait, c’est qu’elle donne plus de profondeur à la vie, y a qu’à voir ces trous d’obus, en héritage à nous laissés.
D’ailleurs, je ne fais qu’écouter ce que le Président, il a dit. Nous avons un devoir de mémoire. Sans guerre, pas de mémoire. Tu crois que ta vie de bureau, quelqu’un va s’en rappeler ? Selon le grand principe, pour que quelque chose soit digne de souvenirs, faut que ce quelque chose chie très bien d’avoir trop mal chié.
C’est comme dans notre vie : quand on se souvient de rien, c’est que c’est la paix.
Et donc c’est la guerre qui chie le plus, que voulez-vous !
Bon, bien entendu, une guerre qui tue, ça fait pas mal de morts. C’est un peu le problème. Mais ceux-là, je veux dire, les morts, c’est pas comme nous, qui passons toute notre vie à suer sur un chantier ou à pâlir derrière une pile de dossiers, ils disparaissent illico, sans avoir besoin, eux, de se forcer pendant des années à faire la même chose, avant qu’on les oublie à toute vitesse, sitôt partis.
En ce sens, les morts de la guerre n’ont aucune importance, puisqu’ils sont désormais invisibles, mais pas moins que nous, qui sommes pourtant vivants. Vous l’avez pas vue, cette bombe-là, vous tomber sur la tronche, hein ?
Les meilleurs, bien entendu, ce sont nos héros, ils sont revenus de la guerre sains et saufs, ou, à la limite, un peu estropiés, ce qui fait plus crédible. Il n’y a qu’eux pour nous intéresser, car on les rattache à quelque chose de pas lisse. Justement, l’inverse des vérités de La Palisse.
S’il n’y avait pas eu les guerres, on n’aurait plus qu’à vivre : Autrement dit et en bref, l’ennui total, en prélude à une mort sans relief.   
P.M.       

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Poézine ou pour parler comme les gens bien "revue poétique et littéraire" et toutes petites petites éditions, comme le format des bouquins