Friday, June 22, 2012

Incipits finissants (37)

Il était une fois un voyageur qui voulant passer du bon temps, s'en vint dans un bar à hôtesses de la périphérie de Metz.

Cet homme, qui n'avait pas beaucoup de sous sur lui, se trouva bien déconfit, quand le moment fût venu de payer une deuxième bouteille de champagne à sa compagne d'un soir.

Soudain lui vint l'idée qu'il planquait dans son veston un exemplaire des "Affinités électives" de Goethe, écrivain allemand du 19e siècle commençant.

Il sortit donc le livre et le montrant à la fille, lui expliqua qu'il en était l'auteur, le livre ayant été imprimé dans les années mille neuf cinquante.

La fille, qui n'en croyait pas ses oreilles, et pour cause, alla tout de suite le répéter à la patronne qui, émerveillée de recevoir dans son établissement une telle pointure, offrit la deuxième bouteille de champagne à notre écrivain, après avoir examiné ses affinités électives sous toutes ses coutures.

Aux questions empressées de ces femmes, M. Goethe précisa que le travail d'écrivain demandait beaucoup de calme et de concentration, qu'il ne se classait d'ailleurs pas parmi les écrivains français, ni allemands, comme son nom pouvait le faire croire, mais bien plutôt qu'il se considérait comme un auteur lorrain. Enfin il précisa qu'il travaillait déjà à son prochain livre qu'il intitulerait certainement "Les souffrances du jeune Werther", dans lequel était racontée une histoire douloureuse puisqu'il était question de suicide, priant à ce sujet ses hôtesses de rester discrètes sur ce nouveau livre, au moins jusqu'à sa parution, ce qu'elles lui promirent en choeur.

Une fois la bouteille de champagne vidée, M. Goethe fut reconduit vers la sortie avec les honneurs de la maison. Ces dames s'inclinèrent et le videur fit de même. Ensuite, M. Goethe garda une digne contenance jusqu'au coin de la rue, puis abandonnant son rôle, il se vautra sur le capot de son auto.

Le statut d'écrivain ce n'est pas rien, bon diou !

Ainsi finit ma petite histoire où le héros ne vécut pas forcément heureux, mais fut plié de rire et n'eut pas d'enfant, mais bénéficia d'une bouteille de champagne gratos.

Si vous connaissez des histoires dans lesquelles le statut d'auteur vous a servi dans la vie (moi pas), faites-moi signe, je suis preneur.



P.M.

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Poézine ou pour parler comme les gens bien "revue poétique et littéraire" et toutes petites petites éditions, comme le format des bouquins