Wednesday, July 28, 2010

Incipits finissants (69)

Drôle de pays pour un jour. C’est que l’on reçoit le président. Du coup, je suis désolé que nous ayons les idées si mal placées, sauf qu'aujourd’hui tout est sans-dessus dessous. Les nerfs sont à vif et croyez-moi, pour une fois sur trois cent soixante, ce n’est pas le sexe qui nous obsède. Cela ne signifie pas pour autant que nous ne soyons pas obsédés, même si l'on ne voit personne à poil dans notre viseur. Cela aurait pu, hélas ce n’est pas le bon jour pour une telle fantaisie.
Les couvreurs, dont les formes noires tapent sur le toit, sont des snipers. Les baguettes de pain sont des Kalachnikov. Les sacs en plastique sont des bombes à fragmentation. Les treillis rangers sont des tenues commandos. Le centre-ville est un cimetière. Les camions poubelles sont des chars d’assaut. Les mecs en costards sont des agents en sécurité. Les gros sont des gilets pare-balles. Les chiens sont des bergers allemands, eux pardon, des pitbulls. Les fourgons sont des blindés. Les avions sont des hélicos. Les hélicos sont des bombardiers. Les étuis à violons sont des mitraillettes. Les flotteurs sont des torpilles multicolores. Les lignes d’eau sont des bâtons d’explosifs. Les lunettes noires sont des masques à soudure. Les boites à outils sont des boîtes noires. Les tortues sont des pains de dynamite. Idem pour les escargots. Les téléphones portables sont des rabatteurs. Les fleurs sont des diffuseurs de parfums toxiques. Les ballons sont des drones. Les poissons sont des crocodiles. Les bricoleurs sont des poseurs de grenades. L’air que l’on respire est une arme bactériologique. Un gant est une main bionique. Le son d'une guitare électrique en concert est une scie circulaire en pleine séance de torture. Une perceuse est une chignole pour la cervelle. Un chirurgien en blouse blanche est un bourreau en blouson noir. Une bite d’amarrage est une mine. Un souffle d'air est l’ultime avatar d’une explosion nucléaire. Un photographe est un tireur d’élite. Un talus est le parapet d’une tranchée. Un bateau est un sous-marin. Un volet qui claque est un coup de fusil tiré dans le dos. Une statue est un espion oriental. Un poseur de lapin est un poseur de bombe. Un parapluie est une baïonnette. Une barricade est un salarié en grève. Tout cela finit par ne plus être très naturel, n’est-ce pas ?
Il y a des jours, vous pouvez m’en croire, où l'on souhaiterait vivre dans un désert, ou plus exactement, dans un endroit oublié de toute forme de pouvoir, pour ne pas avoir ce genre d'images en héritage.

P.M.

1 comment:

Anonymous said...


Qu'excellent !!! :))
Ma lecture de ce texte ne fut que pleinement agréable, amplement satisfaisante.
IMMENSE MERCI POèTE :))

"Une perceuse est une chignole pour la cervelle."
Ou une roulette pas russe :))

2 clones en costard qui sonnent à une porte d'appart' sont des Men In Black


Lectrice :))

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Poézine ou pour parler comme les gens bien "revue poétique et littéraire" et toutes petites petites éditions, comme le format des bouquins