Friday, April 11, 2014

De Laurène Duclaud (extrait de T-B 86)

Courir dans le noir
avec des millions d’autres


Assise sur une colline en béton
Avec l’ami que j’allais perdre en vieillissant
Nous regardions au loin le beau bateau sans pavillon
Être démantelé par des nouveaux nazis souriants,
Riches tueurs en cravate, aux dents d’argent.
C’était triste
Cette nuit allait encore être atroce
Et des humains usés, violés, trahis allaient se faire tuer.
Allaient ils devenir hystériques, animal piégé
Quand la Méditerranée les engouffrerait?

Un jeune couple qui “venait d’acheter”
arriva sur la colline pour arracher un des derniers arbres
pour le ramener chez eux.
On était tous très contents
Mon ami saigna du nez

On est encore resté là quelques années et puis on a bougé
On marchait dans des quartiers franchement très sécurisés
L’entre-soi, l’illusion -heureux-d’être née-      

On a croisé une manif pour tous
Alors on y est allé
Les gens y accusaient d’autres, des inconnus,
d’être le diable
Ils étaient très agressifs, et pas très cohérents
Mon ami a dit que c’était dieu qui Trancherait
Et on s’est tiré

On est passé voir la fille que je respectais, que j’aimais
Je la dégoûtais
Elle était en train de vomir d’avoir pensé à m’aimer
Je lui tendis un mouchoir mais j’étais transparente.
Mon ami a eu de la gêne pour moi, puis on s’est en allé.

Pour fêter ça, on est allé voir la destruction
De notre école d’enfance.
Les instit’ courageuses, les dames de cantine
Tout le monde était viré.
Le gardien bourru finirait à la rue quelques années plus tard

Ça nous avait ouvert l’appétit
On adorait manger bio
Mais comme nous voulions tous les 2 plein de cuisses de poulet
Gros appétit
Nous commandâmes le nouveau poulet sans os à 6 cuisses
Livré en 8 secondes par un homme-vélo très pro, très fatigué
Délicieux.
Mon cher ami s’est léché les babines
M’a serré la main sans me regarder il a dit
“On va progressivement ne plus jamais se voir”
Je ne l’ai pas vu partir

J’ai traîné encore quelques temps

C'était l'époque où l'on espérait tous secrètement
l'apocalypse douce ivre
Qu'on s'allonge dans l'herbe qui n'existe plus
et qu'on nous désactive 

No comments:

Traction-brabant 92

Cette idée lumineuse nous pendait au nez. Voilà t-y pas que les intellectuels de la haute et autres business men voudraient que Rimbaud soi...