Thursday, July 28, 2011

Traction-brabant 15

Déjà décembre. Voilà l’hiver et on compte ses morts de l’année. Il y a d’abord les morts morts. Ceux là on a envie d’être avec eux, parce que s’ils sont morts, ce n’est vraiment pas de leur faute. Ils paraissent honnêtes, même s’ils ne l’étaient guère.
Il y a aussi les morts vivants. Ceux là, ils posent davantage problème. On sait juste une chose d’eux. Leur cœur continue à battre et voilà à peu près tout. Il suffit de les imaginer en train de faire battre leur cœur à des années lumière d’ici. Des fois, on tombe sur des vieux trucs indéfinissables, pas même ces photos contingentées dans le dossier des quarantaines ou bien détruites. Les ennuis arrivent juste par association d’idées.
Peut-être que les morts vivants ont muté en morts morts, victimes d’un accident d’auto qui a fait l’objet d’un triple looping salto arrière, apportés comme des sacs de patates sur leur fauteuil roulant à commande numérique dans une maison de retraite avec digicode, fuyant de partouze comme des bonbonnes de gaz acidulé.
Peut-être sont-ils au zénith de leur existence intemporelle, peut-être se marient-ils et ont-ils beaucoup d’enfants. Sinon ils gagnent à qui en veut des millions, investissent outremerde et pilotent un hors-bord sur le lac des corbeaux.
Peut-être sont-ils devenus encore plus nuls, non, ça c’est pour rire. Tombés dans le trou noir de l’imagination.
Peut-être leur cœur bat-il au soleil.
Malgré tout, leur vie demeure végétative, rattachée à un passé glissant comme les feuilles toutes marron. Ils stationnent dans un temps qui n’est plus le nôtre et nous stoppons au dessus de leurs têtes une mongolfière gonflée à l’hélium des souvenirs trépassés. Le pire est qu’ils semblent rester blancs comme neige, mais sur une autre planète, ressemblant presque à la nôtre.
En fait, la distance mise à part, rien n’a changé.
Ils jouent dans l’équipe des inconnus, comme avant. Et cela nous ramène incessamment aux brouillards de l’enfance, à une pureté qui n’a jamais existé sans eux.
P.M.

2 comments:

Anonymous said...

Je comprends pas tout mais putain vachement beau le texte...On lit on lit et on n'existe pas plus pour ça mais le coup des brouillards de l'enfance avec le pédo machin et ses bonbons acidulés qui partouze dans une maison de vieux avec des morts vivant du temps qui passe et du type avec les patates dans un fauteuil qui les vend dans un hors-bord avec un accident d'auto mort mort en hiver tombé dans un trou noir au zénith (5-2, DUDUL au service contre Mongolfière de Gaz AciDULé(une particule rescapée d'une pseudo révolution?)) Bravo! Nous sommes sur la même longueur d'onde: la mort continue

Anonymous said...

Vive le 15!

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Poézine ou pour parler comme les gens bien "revue poétique et littéraire" et toutes petites petites éditions, comme le format des bouquins