Thursday, August 02, 2007

De Clara Regy (extrait de T-B 53)

Train

nous n'aurons plus d'été
à dessabler les joues
envelopper les corps de tissus secs et vifs
à creuser les mots d'ouvrages
-d'encres et de riens-
et ton bras blanc
ton bras blanc décomposé là-bas
nous n'irons plus
-arroser les ruisseaux
-jeter des glaçons aux soupes de pain de vin

le train roule si vite
essuie mon chagrin
plus de fauteuil plastique
mi-ombre et mi-sommeil

je déteste
arbres-haies-colza brûlant-
champs labourés/hirsutes
les poteaux électriques et leurs fils
enfants raides tendus coupants hautains
tous pareils
le ballast de bure
et les touffes de genêts
les lapins au cul blanc
dans les champs le matin
la douleur des murs
la voix du contrôleur
arbres-haies-colza brûlant-
champs labourés/hirsutes

nous n'aurons plus d'été
à ensabler ton ventre

et les gares où descendent
les morts et les vivants
hôtel des voyageurs et les horloges rondes
panneaux indicateurs et parkings bouffis
mon mouchoir à chagrins est plein de carreaux sombres

allez viens
j'aime un peu les lapins 
leurs petits culs pelés
l'ombre de leurs oreilles
et leurs chapelets de perles
à cache-cache dans l'herbe

agitée de murmures

1 comment:

SD et NG said...

Si beau. Si tendre. Si féroce aussi madame la mort.

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