Saturday, August 08, 2020

Incipits finissants (89)

Avec l’épidémie, il faut changer nos habitudes du tout au tout. Limiter l’activité de nos entreprises, restreindre au maximum les contacts sociaux, éviter les réunions familiales, Enfin, bref, ça s’appelle confinement et notre vie en est bouleversée pour une durée indéterminée. Et c’est vrai aussi pour les poètes, n’est-ce pas ?

Enfin, c’est vrai que… comment dire…les poètes ne sont peut-être pas les personnes les plus concernées par ces mesures exceptionnelles d’urgence. Du moins, les vrais poètes. Regardez, moi, je suis un vrai poète, et donc je travaille pas. Je suis un vrai poète et donc, j’ai pas de famille ni d’amis. Je suis un vrai poète et donc, je sors pas.

Interdire au poète toute vie sociale, c’est le laisser un peu plus peinard que d’habitude dans son coin. En résumé, quand c’est pas la fête pour les autres, c’est la routine pour le poète, comme quand c’est la réussite pour les autres, c’est la prise de tête pour le poète. Voilà une psychologie très simple à comprendre.

En fin de compte, pour le vrai poète, le confinement est toujours la règle.

Y a pas de quoi non plus s’affoler si c’est la guerre. C’est tout le temps la guerre pour le poète. C’est bien pour cette raison que ce dernier n’est célébré qu’en temps de guerre. Le poète est un guerrier, même si ça se voit pas vraiment. Euh non… il s’agit plutôt d’un résistant, c’est plus élégant !

Quant à la sociologie économique du poète, il faut bien que ce dernier s’adapte au chiffre d’affaires qu’il dégage. Soit 0,5% de vente de livres. Ça fait pas des masses. Du coup, empêcher les regroupements et les manifestations de poètes, voilà quelque chose de difficile à réussir. Faudra songer à interdire toute réunion à partir de deux personnes, du coup ?

S’agissant des entreprises poétiques, y a pas de quoi non plus s’effrayer. J’en profite d’ailleurs pour vous l’annoncer : en ces temps difficiles, ni « Traction-brabant », ni le « Citron Gare », ne vont fermer leurs magasins, vu qu’ils n’ont jamais ouvert.

Une seule concession à l’air vicié du temps : je compte clore la porte du siège social des éditions du Citron Gare au plus fort de l’épidémie. Cela vous parait-il plus sage ? Pas sûr, finalement, vu que le moment est tout trouvé pour que s’achètent des livres de poésie. Vous en faites pas : les plus opportunistes d’entre nous y ont déjà pensé ! Ah ! Le p’tit commerce : y a que ça de vrai !

P.M.


 

Numéro 89 de Traction-brabant

Le numéro 89 de "Traction-brabant" est vendu au prix de 2,60 €.

Pour plus de précisions, contact association le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Présentation

"TRACTION-BRABANT" (alias T-B pour les intimes) est un fanzine d'écriture, de poésie et autres textes courts, créé en janvier 2004 par Patrice MALTAVERNE (conception, écriture, choix et mise en page des textes) et Patrice VIGUES (illustrations).

"TRACTION-BRABANT" existe aussi et surtout sous sa version papier à une cent soixante-dizaine d'exemplaires par numéro. Le poézine est à parution aléatoire, quoique... si tous les deux trois mois, les combattants sont en forme, un nouveau numéro sort de leur tanière.

"TRACTION-BRABANT", aujourd'hui publié par l'association Le Citron Gare, ne demande aucune subvention, le poézine a juste pour but de faire circuler à son modeste niveau une poésie pas trop classique ni trop molle surtout, ainsi que de véhiculer certaines pistes de réflexion, sans pour autant qu'il ne soit tranché dans le vif.

Plus précisément, à l'origine, TRACTION-BRABANT est la contraction de traction avant, l'auto et de brabant double, la charrue à double soc. Cela montre avant tout notre nostalgie pour ces vieux objets mécaniques ainsi que notre méfiance par rapport à un progrès non mesuré...

Les auteurs (poètes, illustrateurs) présents dans "TRACTION-BRABANT" sont plus de cinq cents, d'après les dernières stats.

Ce blog a pour but de reproduire des extraits du zine sous sa version papier et de faire connaître davantage ce que nous faisons....

"TRACTION-BRABANT" s'efforce d'encourager ses participants à des échanges de textes et d'idées et pourquoi pas à de possibles rencontres.

S'il vous plait, n'envoyez jamais plus de 10 pages format A4 (en un seul fichier et format Open office ou Word, de préférence) si vous contactez le poézine, sinon, votre manuscrit ira direct à la poubelle virtuelle, mais la poubelle quand même ! Je n'ai pas besoin de lire des tonnes de pages d'un auteur pour savoir de quoi il en retourne !

P.M.

Contact pour l'association Le Citron Gare : p.maltaverne@orange.fr

Cherchez les intruses


D'Hélène Miguet (extrait de T-B 89)

Est-ce que le silence un jour se tait ?

Personne ici ne lui a demandé de crier si fort, personne n’est né vivant pour supporter ses hurlements de lune à l’envers ni ses grincements de loup à l’affût. Sa gueule cassée

de remords s’ouvre sur la gorge des mots et mâche lentement leurs soubresauts de vie encore flûtée comme ces voix qui tremblent souvent au bord des seuils et que ce satané silence roué aux tortures subtiles

étrangle  

sadique sarabande.

Page Paysage d'Etienne Ruhaud

Le nouveau blog d'Etienne Ruhaud est intéressant en ce sens qu'il est de type généraliste. Souvent, il est de bon ton de ne chroniquer (du moins apparemment, puisque dans les trois quarts des cas c'est ainsi) que tel ou tel style de littérature, voire un seul type de poésie...

Eh bien là, pas du tout. Car Etienne Ruhaud ne se contente pas de parler de Traction-brabant ! Il se livre à un vrai vagabondage à travers les lectures qui l'ont marqué ("La conjuration des imbéciles" de John Kennedy Toole), ou évoque des expositions, des auteurs professionnels connus (Pierre Guyotat).

En même temps, vive le journalisme littéraire s'il ne se limite pas à parler que des auteurs ou initiatives archi reconnues !

Pour entrer dans le paysage, c'est ici.

Portrait d'homme politique, de Patrice VIGUES


Malta compil 2016 : "Vous savez ce qu'est la politesse à ce stop..." (avec Windows Media Player)

Ce n'est pas encore durant l'année 2016 qu'on rigolera, je vous préviens.

Voici un poème inédit extrait de "Réflexe criminel" :

Vous savez ce qu'est la politesse à ce stop
Je lui ai souhaité un bon week-end sans penser
À demain ou seulement à une soirée avec les copains
Il n'y avait rien d'anormal hormis quelques maisons
Le protégeant d'un vent d'automne un peu fort
Mais jamais il ne me serait venu à l'idée
Que je ne le reverrai plus ou alors de manière
Fugitive juste avant un vol de papillon comme une pureté
Voyante au regard du modèle de panneaux rouillés en vogue
Sur cette route où son corps a été découvert après

Et pour l'adaptation musicale, c'est ici (avec un titre de *Hiryu, intitulé "Box of beeps", importé de Dogmazic, site de musique sous licence libre, https://www.dogmazic.net/).

D'Éric Scilien (extrait de T-B 89)


LA CAVE

 

L’année dernière,

Pierre est descendu

à la cave

mais n’est jamais

remonté

 

et maintenant, je n’ose plus

aller chercher du vin

de peur que Pierre

ait bu

toutes les bouteilles

et que je sois obligé

d’aller en acheter d’autres

au supermarché

Traction-brabant 27

Décidément il y a une vie à mener autour de l’écriture, je ne le savais pas, mais à présent je m’en rends compte. Avant, lorsque j’écrivais tout seul, comme un grand, bref pour l’ego, comme un auteur normal, je me disais : si tu carbures, peut-être auras-tu droit, avec un peu de chance, à une publication. Et ensuite tu écriras un autre truc et puis tu essaieras à nouveau d’être publié jusqu’à extinction des feux.
C’est ainsi que s’y prennent les écrivains. Pas très jouissif tout ça… Surtout quand les textes se reproduisent comme les photos d’un album de famille…
Mais aujourd’hui, c’est différent. Je m’ennuie moins depuis ma découverte du microscopique activisme, bien qu’au fond de la casserole ne soient produites que des ptites bubulles. Il y a d’abord ce poézine dont je n’ai pas envie de parler. Trop classique…
Ensuite il y a les lectures consacrées à ma propre écriture. Je n’en ai guère l’habitude, cependant, comme les gens ne se déplacent pas tous en même temps, à chaque fois, il faut recommencer de lire les mêmes poèmes, alors à force, je m’y habitue.
Au bout d’un moment, le cercle alentour des personnes qui écrivent ou s’intéressent à quelque chose d’artistique s’élargit tellement que je ne suis plus capable de savoir si l’écriture n’était pas le plus beau des mirages me permettant de cacher les autres personnes à mes propres yeux.
On comprend mieux sans les excuser les réticences au partage de la part de certains (h)auteurs. Ils auraient bien trop peur de perdre ce qu’ils pensent avoir de plus cher au monde : eux-mêmes !
Là où mon affaire se complique, c’est qu’il est possible aussi de concevoir des lectures à organiser autour de « Traction-brabant ». S’il faut lire tout ce qui a été écrit, même dans les vingt sept numéros du poézine, je ne suis pas prêt d’en finir.
Sans parler des ateliers d’écritures auxquels participer, pourquoi pas à organiser, à animer, de possibles émissions de radio ou festivals de poésie, sans oublier l’écriture de chroniques de livres, avec au final le déballage de sa roulotte pliante les week-ends afin de sortir le théâtre de la poésie ou l’inverse. Ce qui revient à se mettre à poil pour de bon et à dire oui je suis poète, plus seulement dans l’écriture mais sans doute davantage dans la vie… et avoir mis tant d’années pour cet unique aveu…Oui, décidément, il y a toute une vie à mener autour des poèmes.
P.M.

De Nelson Jacomin (extrait de T-B 89)


9.9.19


Je vivrais milles vies que ça ne changerait rien

 

j'aurais toujours ce boum boum

 

Guili guili dans le ventre

 

une petite feuille qui me chatouille

et qui tourne

et qui tourne

 

et partout ton visage

Et la petite moue quand tu pinces tes lèvres

 

Je pourrais mourir tu sais

Je n'ai pas besoin de grand-chose

 

Le souvenir

Hier

 

Je me laisse porter loin et je dérive

 

Je n'appelle pas à l'aide

 

Je ne tente rien.

Les blogs de Walter Rulmann et son webzine Mgversion2>datura

Cela fait maintenant depuis 1996 que Walter Ruhlmann anime le webzine "Mauvaise graine", devenu depuis "mgversion2datura".

Et du pollen de la datura volent des poèmes toxiques : retrouvez Régis Belloeil, Bruno Toméra, Jean-Christophe Belleveaux, Eric Dejaeger, Walter Ruhlmann himself, et bien d'autres auteurs encore...

Quelques 70 numéros plus tard et après plusieurs déménagements (!), si ce webzine existe toujours dans sa version dématérialisée, il y a possibilité également d'en recevoir une version papier en passant par http://www.lulu.com/

Pour en savoir plus et pour participer à "Mgversion2>datura", rendez-vous sur le blog ci-dessus (pour chaque numéro de la revue des thèmes sont proposés).

À visiter également, le blog d'auteur de Walter : son blog d'auteur (celui de l'Orchidée noctambule, joli titre - non ? - d'un recueil paru en 1996) : ici

De Guillaume Fougerat (extrait de T-B 89)


Le tremble


Il a vu le silence dans la peupleraie quand, les grands trembles frissonnaient sous l'assertion émue d'un crépuscule qui ne se connaissait pas.

Plus tard, au milieu des vignes éteintes la nuit parsemait leurs ombres douteuses, et la terre était meuble et irrégulière.

Nu, allant, il tremblotait à chaque pas, assuré peu ; il crissait au contact des moutures embourgeonnées, le regard autant attiré par le sol, la terre noire, que par le clair ciel.

D'angoisse plus, de spasmes pas. Errance conduite par un net sentiment d'incertitude.

Poncifs.

Avait-il divorcé, de qui, de quoi ? L'air était étrangement vaste et il savait d'ores et déjà que cela ne durerait pas. Agoniser, agonir, frémir quand la nuit se fut plus sourde, lui plus muet. Il taisait ce qu'il ne pouvait, n'aurait pas su dire. Ses pieds chancelants étaient suffisamment éloquents. Vacillent, flageolent. Et le mènent. Suis-je si fragile qu'il me semble l'être ? D'où me vient cette obstination à hésiter ? Il buta sur une motte de terre plus grosse et solide que les autres, sa cheville flancha. Dut-il tomber ? Il a avancé, fragile, debout, un pied devant l'autre et tout autour tout continuait de se taire. Et c'est un spasme continu qui le faisait avancer. Silence. Silences. La nuit évidente tremble.

Image de Perre Vella


De Sloom Delli (extrait de T-B 89)

ma mam et mon pap

j'ai du mal à dire d'eux

mes parents

et si j'ai du mal à l'dire

c'est parce que j'ai tellement

peu d'souvenirs de quand

iels étaient ens

mes parents

ça s'rait comme les rapprocher

comme si iels s'étaient remis

ens- j'en tremble

j'ai jamais réussi à dire

d'eux

mes parents

mais mamère et monpère

comme si iels s'étaient jamais

rencontrés

comme si iels s'étaient jamais

fait des papillons dans

l'ventre – ou alors

vite fait !

comme on dirait des éphémères

qui s'font des paps

pour moi

ça a toujours été

ma mam d'un côté

et mon pap de l'autre

et pour cause

quand j'suis avec ma mère

j'me sens comme orpheline de

pap

 

et quand j'suis avec mon père

j'ressens comme si mam

se cherchait un alibi

des maters

avec ça

c'est toujours le même

sentiment d'abandon

que ce soit

avec l'un ou l'autre

j'ressens comme si iels me

manquaient à

l'unisson

va p't'être falloir

que j'me fasse une raison

va p't'être falloir

que j'leur refasse une

relation

qui sait

c'est parce que j'ai

tellement peu d'souvenirs de

quand iels étaient

ens

j'arrive même pas à l'écrire

de quand iels étaient

en-semble !

longtemps les gens qui disent

« mes parents »

j'les voyais comme des gens

normaux

comme des gens avec aucun

problème de famille

0

j'me sens pas anormale pour

autant

et j'crois pas avoir la vie

d'un bébé qu'on aurait mal

torché

mais y'a des fois

où quand j'suis seule dans ma

chambre j'me dis

à voix haute:

mes parents

mes parents

mes parents

c'est pas pour tester

l'acoustique

mes parents

mes parents

mes parents

c'est pour essayer de

dev'nir l'enfant des deux

mes parents

mes parents

mes parents

et à la fin ça veut plus rien

dire :

y'a rien d'mieux que de s'le

répéter pour qu'on s'en

émancipe

pour moi

le plus supportable

c'est encore de les appeler

monpère et mamère

ou alors

c'est pas mes parents à moi

mais les parents

d'Guibert

et c'est bien assez comme ça

bien assez comme ça

pour s'imaginer qu'iels

l'auront été un peu

ou au moins comme ma paire

on sait jamais frère

les appeler mes ramps comporte

un trop grand risque

le risque qu'ils reforment ce

couple d'hétéros porteurs de

mort

et moi quoi

que j'renaisse à l'infini pour

leur fils ???

comme ça :

ma mam est gouine

et mon pap est

PD

: ça s'rait pas la meilleure

façon d'me renier ça

?

"Les 10 fils d'Harry Hahn (ou l'art dévoilé du cocon)" (illustration de Jean-Marc Couvé)



Le Raudi à Metz

Une fois n'est pas coutume. Je fais de la pub pour un site d'actualités culturelles messin. Il s'agit du Raudi, ou la culture autrement, comme c'est très bien résumé.

À côté de nombre de manifestations et d'initiatives locales présentées à la une, vous trouverez en cliquant sur le bandeau de droite un lexique messin. De quoi prendre son passeport et venir vivre en France de l'extérieur.

Vous verrez : on y arrive. J'en suis la preuve vivante ! 

À ne pas manquer également une belle série de contrepèteries messines...

Le Raudi, c'est ici.

Wednesday, August 05, 2020

Traction-brabant 89

Je n'aime pas trop les thèmes en poésie et les thèmes en poésie ne m’aiment pas trop. Ça ne date pas d’hier, cette histoire ! Quand j’ai commencé à écrire régulièrement, vers l’âge de vingt ans, je me suis rendu compte que j’étais un poète maudit… surtout par les thèmes !

Lorsque je m’attelais à un sujet précis, très vite, au bout de quelques vers, ça déraillait : je me mettais à parler d’autre chose et lorsque je relisais mon poème, je me rendais compte que j’avais causé d’à peu près tout, sauf de ce dont j’avais voulu causer au départ.

Ne me demandez pas le pourquoi du comment. Ça vient peut-être du fait que j’ai toujours écrit très vite, en me laissant porter, puis dépasser par mes pensées fuyant de partout.

Depuis, ces retrouvailles ratées ont pu avoir lieu avec les thèmes, à l’occasion de ma collaboration à certaines revues auxquelles j’ai participé. Mais faut pas être trop regardant sur ma fidélité de près à ces commandes. Amour aura vite fait de devenir désamour. Voyage se métamorphosera rapidos en errance. Bref, je n’ai pas vraiment changé. Étant lucide quant à cette malchance, je me suis donc dit qu’il valait mieux pas que je fasse de Traction-brabant une publication thématique. D’ailleurs, ma seule expérience dans le domaine (cf numéro 85) a tourné en queue de poisson, voire en eau de boudin : deux participants dont moi. Faut dire que le sujet que j’avais choisi était pas super ouvert, s’agissant de « repreneur, reprise ».

Bien entendu, je distingue les avantages de la revue thématique : assurer la cohésion de l’ensemble, préférer l’œuvre collective autour d’un axe fédérateur à l’addition de poèmes centrés sur leur nombril, et donc à l’arrivée, faire éclore une publication moins « gratuite », qui présente mieux, les auteurs ne se retrouvant pas par hasard en ce lieu immatériel. Sauf qu’il y a des forts en thème qui écriraient même sur une marque de WC. Ce constat pose la question de la nécessité profonde d’écrire. De quoi se demander si la poésie ne devient pas alors un jeu superficiel, comme une gymnastique du cerveau.

Et puis zut à la fin ! Est-ce que Rimbaud a écrit sur un thème en particulier ? Et puis Mallarmé, et puis Lautréamont ? Et les surréalistes ? Vous me direz si je suis fou, mais j’ai l’impression qu’ils parlent de tout à la fois dans leurs poèmes. Est-ce que le Poème, comme certains l’appellent, ne serait pas le seul média littéraire dans lequel il est possible d’enfermer un monde en une seule page ? Pourquoi vouloir le restreindre, lui qui refuse d’être mis en prison ?

Moi, je suis pour la liberté dans les poèmes, la seule qui me reste… P.M.

Sunday, July 26, 2020

De Tom Sam (extrait de T-B 50)

fortune

tu n’es pas le plus à plaindre
avait-il entendu
alors qu’il arrivait devant le vieil immeuble
il suivit les petites affiches qui le dirigèrent vers la cave
la cage d’escalier était remplie de brume sanguinolente
les briques suaient comme le pervers avant le crime
la vérité, il l’avait vue sous de multiples aspects,
encore aujourd’hui et il en était désemparé.

il arriva dans la cave qui servait de cuisine.
l’unique lampe halogène vacillait comme une bougie
dans la gueule du désespoir.
il n’y a pas de fatalité se répétait-il dans sa tête.
dans la pénombre, il aperçut le chef dégoulinant
qui découpait un énorme jarret de porc.
chaque fois qu’il levait le bras vers ce plafond désolé
le hachoir scintillait
à la manière d’une étoile morte,
une étoile esseulée et blafarde dans un empyrée désaffecté,
l’étoile sous laquelle il était probablement né.
le local était trop étroit pour qu’un homme puisse s’asseoir.
le taulier continuait à marteler la bidoche.
tu viens pour l’annonce ? lui demanda-t-il
sans parler, il acquiesça de la tête.
bon, tu dois avoir très faim
tu peux commencer tout de suite ?
Il répondit que oui
pas causant, c’est très bien, marmonna le chef
puis il lui tendit la serviette ainsi que les clefs
tu vas m’être utile et ce soir tu mangeras à ta faim
mais à ta place je chercherais pas à me berner gamin
termine ce que je te demande
avant que la nuit tombe ou bien c’est moi qui vais te
tomber dessus !
il remonta les escaliers en courant puis passa devant le clodo
qui lui répéta qu’il n’était pas le plus à plaindre
il sourit et lui cracha à la gueule.

Monday, July 20, 2020

Traction-brabant 14

Alors voilà pour être un bon écrivain c’est comme une recette dans laquelle il faut se laisser porter au début la qualité des oracles du poète du haut de la plaque le prédispose à des propos qui tombent à pic dans un murmure d’indifférence mais en y regardant bien là n’est pas encore son succès d’estime les paroles pour être admises doivent être répétées plusieurs fois après la réussite se joue ailleurs dans la qualité du silence associée à la pureté des oracles tant et si bien que leur valeur dépend de la pureté du silence un vrai silence de bonne qualité ne doit pas dépendre des idées même pour un communiste surtout libertaire l’interruption volontaire de silence force aux rapports humains non protégés il n’est même pas besoin de prétexter que l’on a une famille à torcher ou une vieille tante en viager quand on dispose d’un beau silence on n’a pas de famille la qualité du silence donne au bon écrivain les trois quarts de son intelligence face aux choses de la vie les hommes comptent pour du beurre c’est le moyen le plus sûr de couper court à toute tentative d’immixtion dans un débat où tremblerait la tolérance comme ça on peut conclure seul à seul avec ses idées qu’on les gardera toujours comme une tribu de poux dans un monde poli le silence est bien vu il est malséant de déranger les autres quand on a pas envie d’être dérangé par eux un bon écrivain ce n’est pas quelqu’un qui a une présence extraordinaire ses oracles disent le contraire c’est quelqu’un qui réussit chaque jour à être invisible le bon écrivain sait écrire une bonne fois pour toutes suffisamment bien pour ne pas être dérangé par les autres il lui faut aller le plus vite possible pour ne jamais être emmerdé on ne va pas mettre le nez dans le cambouis des abrutis qui veulent connaître de l’humain être bon auteur c’est plus qu’être un bon adulte rien à voir avec le bon père de famille qui se fait entuber à longueur de journée par les cris des mômes dit-il par duo de chèques interposés les rapports humains convergent quelque peu sans que les idées n’aient aucun rôle à jouer là dedans ce ne sont pas les mains qui signent les chèques et qui demandent d’acheter les bouquins ce n’est pas la langue c’est une conscience en dehors de l’écrivain un instinct séculaire de survivance les mots seuls entrent par intrusion le pro ne touche pas à tout ça ce sont pas ses mains qui écrivent non plus il écrit avec la bouche comme les autres handicapés comme ça il n’a pas besoin d’en rajouter après si seulement le silence ne nécessitait pas d’écrire encore pour assommer le silence pieux car le meilleur écrivain n’est rien il n’a pas de peau pas de sexe il est le néant cyberactif nul ne peut s’en approcher des fois un vrai pro prend l’air dans les foires à bouquins que si on parle des siens c’est un pro et un pro n’a que faire des crottes de chiens qui jonchent les trottoirs il n’a que faire aussi de ceux qui sont pas des pros il finit toujours par dire ses parfaits oracles il est l’impuissance mais il ne faut pas que ça se voie il n’a pas envie d’arriver tout sale à l’assemblée des sages de la langue des hommes de bonne volonté il écrit tous ses trucs pour pas qu’on le dérange dans sa bulle la poésie c’est réussi un fameux tour de passe- passe la poésie ennuie un maximum de personnes alors si l’on peut par le silence surmultiplier la valeur toute relative de ses sentences quand elles plombent un peu plus le fond des caves de papiers défraîchis alors c’est OK le pro signe un contrat d’édition exclusif avec le silence lui seul est vraiment pro

PM

Tuesday, July 14, 2020

Le site d'Hervé Gasser

Je vous invite à découvrir le site très complet d'Hervé Gasser.
L’originalité de cette publication, visible d'emblée, c'est qu'elle montre des images de la Bibliothèque nationale de France, disponibles en libre-accès, qui servent de toiles de fond aux textes publiés et donnent à l'ensemble du site sa densité de grimoire.

Outre un roman (avec une photo de Rimbaud en Abyssinie en frontispice) et un roman feuilleton, le visiteur pourra découvrir des collages, des romans-photos, ainsi que des poèmes, notamment ceux écrits pendant de confinement.

Si vous êtes amateur de vers classiques et surtout d'alexandrins, vous serez servis. Mais attention, si le contenant est classique, le contenu ne l'est pas. C'est bien de la poésie d'aujourd'hui, qui parle du monde d'aujourd'hui.

Pour aller y faire un tour, c'est ici.

Incipits finissants (89)

Avec l’épidémie, il faut changer nos habitudes du tout au tout. Limiter l’activité de nos entreprises, restreindre au maximum les contacts s...